‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 4)Chapitre 7 sur 91 · TESTAMENT DE MARIE-AKTOINETTE · texte numérisé non relu

TESTAMENT DE MARIE-AKTOINETTE

Ce 16 octobre^ à quatre heures tH demie do malin.

« C'est à vous, ma sœur, que j'écris pour la dernière fois. Je viens d'être condamnée, non pas à une mort honteuse, elle ne lest que pour les criminels, mais à aller rejoindre votre frère; comme lui innocente , j'espère montrer la même fermeté que lui clans ces derniers momens. Je suis calme comme on lest quand la conscience ne reproche rien ; j*ai un profond r^et d'abandonner mes pauvres cnfans ; vous savez que je n'existais que pour eux et vous, ma bonne et tendre sœur, vous qui avez par votre amitié tout sacrifié pour être avec nous. Dans quelle position je vous laisse ! J*ai appris par le plaidoyer même du procès que ma fille était séparée de vous. Hélas! la pauvre enfant, je n'ose lui écrire, elle ne recevrait pas ma lettre. Je ne sais même pas si celle*-ci vous parviendra. Recevez pour eux deux, ici f ma bénédiction. J'espère qu'un jour , lors-

dans 868 derniers malheurs, touîours traitée en reine;

et Marte-Antoinette, dont on ne cite que des traits de bienfaisance, d été traitée comme la dcinièto des criminelles!! ( V. le testament de Marie i^tuart, tom. 1, pp. 208 — a54. )

qu'ils seront plus grands » il» pourront se réunir avec vous , et jouir en entier de yos tendres soins.

Qu'ils pensent tous cIcmix à ce que je n'ai cesse de leur inspirer ; qu^ les principes et l'exécution exacte de ses devoirs sont la première base de la vie ; que leur amitié et leur confiance mutuelle en feront le bonheur; que ma fille seule qua 1 âge qu'elle a « elle doit toujours aider son frère par les conseils que Texpérience qu'elle aura de plus que lui et son amitié pourront lui inspirer; qne mon fils à son tour rende à sa sœur tous les soins et Ils services que l'aniitié peut inspirer; qu'ils sentent: eniin tous deux que, dans quelque position où ils pourront se trouver, ils ne seront vraiment heureux que par leur union. Qu'ils prennent exemple de nous. Combien dans nos malheurs notre amitié nous a donné de consolation ! et dans le bonheur on )ouit doublement quand on peut le partager avec un ami. Et où en trouver de plus lendre , de plus cher que dans sa propre famille? Que ajon iiis u oublie jamais les derniers mots de son père , que je lui répète expressément : Qu'il ne cherche jamais à venger notre mort.

» J ai a vous parler d une chose bien pénible à mon cœur. Je sais combien cet entaut doil vous avoir fait de la peine : pardonnez-lui , ma chère sœur; pensez à l'âge qu'il a , et combien il est facile de faire dire à un cnlant ce qu'on veut, et même ce qu'il ne comprend pas. Un jour viendra, )'espère, où il ne sentira que mieux tout le prix devos bontés et de votre tendresse pour tous deux» U me reste à vous confier encore mes dernières

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pensées. J aurais voulu les écrire dès le commencement dtt procès ; mais outre qu'on ne me laissait >pa8 écrire, la marche en a été si rapide que je

n'en aurais réellement pas eu le temps.

» Je meurs dans la religion catholique, apostolique et romaine, dans celle de mes pères, dans celle où l'ai été élevée et que j'ai tpuiours professée, n'ayant aucune consolation spirituelle à attendre, ne sachant pas s'il existe t ucore ici des prêtres de cette religion ; et même le lieu où je suis les exposerait trop, s'ils y entraient unè fois.

• Je demande sincèrement pardon à Dieu de toutes les fautes que j'ai pu coiiimeltre depuis que j'existe. J'espère que dans sa bouté il voudra bien recevoir mes derniers vœux, ainsi que ceux que je fais depuis longtemps pour qu'il yeuille bien recevoir mon ame dans sa miséricorde et sa bonté. Je demamJe pardon à tous ceux ({iic je connais, et à vous, ma sœur, en particulier, de toutes les peines* que, sans le Youloir ;4'aurais pu TOUS causer. Je pardonne à tous m<A*eimemis le maJ (pi'ils m'ont fait. Je dis ici adieu àm'(^ tantes et à tous nu's irèrcs et sœurs. J'avais des amist l'idée d'en être séparée pour jamais et leurs peine» sont un des pins ^l ands regrets que j'emporte en mour int; qn ils sachent, du moins, que jusqu'à mon dernier moment j'ai pensé à eux. Adieu, ina bonne entendre sœur. Puisse cette lettrevvous arriver! Pensez toujours a moi ; je tous embrasse de tout mon cœur, ainsi que mes pauvres^ct chers en la 11 s. Mon Dîeu ! qu'il est déchirant de les quitter pour toujours. Adieu , adieu 1 Je ne vais plus m'occuper que de mes devoirs spirituels»

Comme je ne suis pas libre dans mes ac lions, on m'amènera peut-être un prêtre, mais fe proteste ici que je ne lui dirai pas un mot, et que je le

traiterai comme un être absolument éirauger. »

Après avoir terminé ces douloureux adieux , la reine se jeta sur un lit , et ne tarda pas â goûter

•pour la dernière fois les douceurs d'un sommeil • paisible et profond ; liélas , c'était celui de l'innocence l Cinq heures étaient à peine écoulées , qu'à son réveil on lui fit quitter sa robe de deuil, et on lui donna un déshabilh'; do piqué blanc. Ensuite elle fut livrée à l'exécuteur, qui lui lia ks mains derrière le dos, et la fit monter avec lui sur le tombereau banal destiné i conduire' les criminels au supplice. Pendant le trajet depuis la Conciergerie à la place Louis XV, Marie* Antoinette ne montra ni abattement, ni fierté; elle regardait avecindifférenœ une force armée de trente ml]|Q hommes qui formaient une double haie dans les rues où elle passait, et elle conservait le plu»; grand calme au milieu des injures grossières d une vile populace. Arrivéesur la place . Louis XV, â midi précis, elle monta sur Téchafeud avec courage et ixhi^mation , puis se mit à genoux et dit : S£igj!(£ua, £Clair£z jej xough£zues

BOliKKEAUX, AdIXU PODB TOUJOURS, MBS XNFAKS, »

VAIS REJOINDRE VOTRE PERE. A l'instant oii l'exécuteur arracha le bonnet qui lui couvrait la téte, elle devint plus pâle qu'à l'ordiuaire, son visage entièrement décoloré annonça que tout le sang venait de se porter vers le cœur : elle perdit connaissance; et il est présumable que le ciel permit

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