TESTAMENT D'ANTOINE ARNAULD
L^HisTOiRB de cet homme célèbre est trop connue pour que nous en donnions ici le détail ; aous nous contenterons de dire qu'il est né à Paris le 6 février 1G12, qu'il fut le vingtième enfant d'Antoine Arnauld et de Catherine Manon. Son père, avocat très -distingué, devînt avocat-général de Catherine de Médicis. Quant à Antome » docteur de Sorbonne , né avec les dispositions le» plus heureuses, il s'immisça dès son jeune à«;e dans les f(uerelles sur la grâce, publia ^on traité de (on plutôt contre) la frt-qacnie communion, qui fut vivement attaqué; prit le parti de Jansénius, combattit toute sa vie contre les jésuites » contre les calvinistes» contre Mallebranche » ' etc. , et composa une Ibule d^onvrages ( réunis et im^ primés à Lausanne en 1777—83, 45 vol. în ^ ") > qu'on peut diviser en cinq classes : 1.° ceux concernant les LcUes-leltres et la philosophie; 2.° ceux (jui regardent les matières de la grâce; 5.*" les livres de controverse contre les calvinistes; 4*'* les écrits contre les jésuites; et 5.* tous ses écrits sur récriture sainte. Arnauld» déclaré chef du parti janséniste» fut obligé de quitter la France , après s*étre tenu caché quelque temps à Paris chez la duchesse de Loni;ucville. Il se retira dans les Pays-Bas en 1679, et après avoir erré dans difi'érens endroits , il se fixa à BruiLclles. 11 était à Liège lorsqu'il a fait le testament suivant en 1680; quant à son testament spirituel» on ignore où U l'a fiitt : il est daté da Ueu de sa retraite, en 1689 , cinq ans avant sa mort. Son testament de famille est ainsi conçu :
€ An «OM DU PiiAE» £T m FlLS, £T DU SaII^X-ËSPBIT.
XESTAMIiPil
Après m*être mis entre le» maîns de Jâsvd-CHEisT mon
Sauvt lii , dans la coaliancc que j*ai, que m'ayant feît tant (le grâces jusqu'ici, quelque indigne que j'en fusse, il ne m'abandonnera pas à ma dernière heure, et qu'il aura égard aux prières que je prie la sainte Vierge » saint Antoine mon patron, saint Augustin et tous les saints de faire pour moi, afin d'obtenir de sa miséricorde infinie , qu'il me fa^^se la grâce de mourir en vrai chrétien , en véritable fils de l'église catholique, hors de laquelle j'ai toujours reconnu qu'il n'y a point de salul; je déclare que c*est ici ma dernière volonté^ et que je révoque tous les testamens que je pourrais avoir faits a vaut celui-ci* > Si Dieu m'appelle à lui étant hors de France, ceux qui m'assisteront à la mort , disposeront de ma sépulture comme ils le jugeront à propos; je souhaite seulement que mon cœnr soit porté à Porl-Royal-dcs-Champs ; mais si c'est en France, je désire d'être enterré dans ce monastère, pr^s des personnes avec qui Dieu m'avait encore plus uni par les liens de la charité que par ceux du sang* Je n*ai pas besoin de me recommander aux prières de l'ancienne et de la nouvelle abbesse, de mademoiselle de Vertus , et de la seule de mes nièces qui y reste présentement, et d( luulcs les autres religieuses : je sais quelle est leur charité pour moi, et je suis si assuré de leur déstniéressement , que je ne doute point qu'elles ne ' soient plus contentes de prier Dieu pour moi par les seuls mouvemens de leurs afTections , qu'y étant excitées par aucune aumône.
:pM. de Pompone et M. l'ahbé Arnauld ne trouveront pas mauvais que je uc leur laisse rien du peu de bien que j'ai, n'en ayant pas-besoin : ils seront plus édifiés que je l'emploie en de bonnes œuvres de charité et de justice, et que je les assure qu^après les avoir recommandés à Dieu tant que je vivrai , je tâcherai , s*il me iuil miséricorde après ma mort, comme je i'cspèie ,
d'attirer sur eux et la j&mille du premier» ses bénédio* tiens et ses grâces.
> Comme je ne pourrais sans ingratitude et sans înjus* tîce, ne pas reconnaître raflTection et les servîcos de 1^1. Guelplu' d< qui j'aî reçu (îcptiîs vingl-deux ans (|u'il demoure avec moi , lanl de témoignages d*amitié, je lai lègue la rente de cinq irtillc deux cents livres en fonds, que j*aî sur rh6tel-4e-Tille , qui est sous un autre noms il 7 a longtemps que je lui ai donné tout ce que doit le sieur Martin , marchand » tant en fond s q u 'en arrérages, comme aussi une petite partie que j*ai sur raffaîre des rivières : cette dernière parlie esl fort peu de chose, et î! y a peu d'apparence qu'on lire rien de la première; maib soit qu'on en tire quelque chose, ou non, )j9 lui lègue encore un ibnds de six mille lÎTres ou environ , qui rapporte trois cents livres de rente, à ce que je crois, à condition qu'il s'obligera de payer une pension viagère de cent livres h une pauvre demoiselle nommée de Privati. Je lui lègue aussi luon eruciliv <1<* bronze, mon reliquaire, qui a été autrefois à la inerc Agnès, et ma pendule. Je veux aussi qu'il fasse tout ce qu'il voudra de mes habits, et de mon linge, et de mes meubles , en quelque part qu'ils soient , et qu'on ne lui demande aucun compte du maniement de mon bien, étant assuré qu'il me l'a plus conservé que je ne l'aurais fait moi-même.
» Je voudrais être en état de faire quelque chose de semblable pour M. Ruth-Dans , qui est aussi auprès do moi depuis plusieurs années; mais ne le pouvant pas, je suis réduit à lui laisser seulement pour marque de mon amitié, celui de mes livres qu'il voudra choisir dans ma bibliothèque , en un ou plusieurs volumes. A yant ressenti, autant que j'ai pu, les obligations que j'ai à madame la marquise de F»ouei , ma cousine, je la supplie d'agréer mon crucifix pciuL par M. Champagne , que je l'ai prié de me garder^ afin que ce qui la fera souvenir
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de moi, la fasse aussi souvenir de celui qui est mort pour elle , et qui doit seul posséder tout soa cœur. Je hisse auwi à M* le marquu de Roucî» pour une marque de notre amitié , deux médailles du roi et deux pièces curieuses de cristal d'Islande.
> Je laisse ù mon filleul Antoine-Au2;ustin , fils aîné de M. de Boisrogor , ma Bible Inlîne coii\erle de chagrin, afin qu'il y apprenne à vivre eu Jbou chrélien , selon les promesses que j'ai faites pour lui au saint baptême.
> Pour n*aToir pas la peine de marquer en particulier ce que je désire que l'on fasse du reste de mon bien présent et à venir, j'ai jugé à propos d'en faire un legs universel h une persotuic de piélé, qui puisse exécuter mes intentions , que je lui marquerai par des mémoires à part; et j'ai cru n'en pouvoir trouver de plus propre que madame de Fompertuis , qui a bien Toulu depuis quelque» années prendre soin de mes affîiires, par l'affection que Dieu lui a donnée pour moi , et qui sait en quoi consistent mes eflets, qu'on pourra employer après ma mort en de bonnes œuvres , et je la supplie aussi de se charger de l'exécution de mon testament : mais la laissant maîtresse de ce que je n'aurai point laissé h d'autres, ni par mon testament » ni par des mémoires séparés , je laaupplie de garder pour elle le tableau de saint Charles» peint par M. Champagne, et un grand crucifix en images.
» Fait à Liège, ce 25 septembre 1680. »
Signé Antoine Abnauld , docteur de Sorbonnc.
Outre ce testament, M. Arnauld en a fait un autre qui a pour titre : Testament spirituel, ou déclai'ation en. forme de testament, des véritables dispositions de mon ame dans toutes les rencontres de ma vie , so pag. in-i s. C'est , dit-il , une justification de sa conduite pendant les malheureuses luttes qui ont trop longtemps divisé l'église. Nous allons eu rapporter le commencement et lu fin ;
d'ANTOINB ARNADL0.
€ Au nom du Père, et du Fils, et du SainUËspriL
> Ayant disposé par un autre acte du peu de bien tem- » porel que Dieu m*a donné » je prétends que celui-ci'
> sera une autre sorte de testament, qui regardera une
» autre sorte de bien , que la sagesse dit être préférable * à toutes les ricbesses de la terre : c'est que Dieu ayant » permis que ma vie ait été fort agitée , ot exposée à » une infinité de jugemens difTérens , je croîs être obligé
> de rendre compte à l'église des véritables sentiment » de mon cœur, pour prévenir les fitux bruits qu'il est » aisé de prévoir que la calonmie pourra répandit soit
> en me trailaut d'hérétique mort dans son erreur, soit
> en supposant que c'est me faire grâce que de croire
> pieusement que je me suis reconnu avant que de
> mourir , etc. etc. »
Cette déclaration finit ainsi :
€ Dites à mon ame, ô mon cher Jésus ! que vous
> êtes son Dieu et son Sauveur, et qu'ayant par votre
> grâce quitté tout pour vous, vous me tiendrez lieu de
> tout en quelque état que je me trouve. C'est dans
> cette espérance que je me repose et finis le compte » que j'ai cru vous devoir rendre des dispositions de » mon ame , afin qu'elles soient un jour connues de vos » serviteurs et de mes frères qui sont enfans comme ^ moi de votre épouse la sainte église apostolique et T> romaine , dans le sein de laquelle je proteste encore
> une fois que je veux vivre et mourir.
» Fait dans le lieu de ma retraite, ce iG septembre ^ jour de la féte des martyrs S. Corneille et S* Cyprien* » l'an de Jésus-Christ 1689.
^ Si^iiè avec paraphe Axtoinb Arnauld.
» Scellé de son sceau et de ses armes, qui sont d'azur
> en chevron d'or, accompagné en chef de deux palmes 3p de même, couchées suivant les traits, et d'une mon- » tagae en pointe» aussi d'or, pour supports deux
» griilbûs» et au bas ces paroles du prophète-roi, qui lui » senraîent de devise.; Miki autemadharere Beo , bonum » est, >
Antaine Aniauld mourut entre les bras du P. Quesnel»
à Bruxelles» le 8 août 1694, à 83 ans; il fut enterré dans le chœur de la paroisse Spinte-Calherine. Le lieu d« '^,! ^( [Milture fui longtemps ignoré; mais son cœur fut porté à Port -Royal , puis transféré à Palaiseau. De toutes les épitaphes qu'on lui a faites, aucune ne lui conrenaift mieux que celle de Tri?ulce : Hic quiescit qui nunquànt ifuîeoîU
TESTAMENT DE JEAN IJ JS DEUW 0 O D.
Noirs avons déjà vu plusieurs teslamens anglais , marqués au coin d'une certaine origiua'iic assez naturelle à cette nation, mais nous n*en avons point encore cité où le goût liltérairf^ fût pour quelque chose daiis les bizarreries du testateur. Nous allons en mentionner un de ce^nre , c'est celui de M. IJnderwoodde Necsington, grand ami d'Horace, selon toute apparence. N'ayant pas son acte de dernière volonté sous les yeux , nous nous contenterons de donner le détail de ses Innérailles en exécution de son testament; il sulfira pour iaire parAnlement connaître cette pièce singulière.
Le G mai lySS, fut enterré à Wittesca M. Jean Underwood de Necsington. On l'a descendu dans la fosse à cinq heures, et, sitôt les prières finies, on a mis pardessus son cercueil une espèce do voûte, qui porte visà-vis Pestomac du défunt , un morceau de marbre hlunc revêtu de cette inscription :
non OKNIS MOBIOB.
JOHN UNDERWOOD.
DE 9, UNDBRWOOD. 449
Lorsque la fosse iul comblée et couverte de gazoo» les six amis qui avaient conduit le défunt en terre » chantèrent la dernière strophe de la xx«* ode du second livre d'Horace :
Absiot inaai funere naentae , Luctii!>qtte iurpcs et querimonue;
Compesce clanorein, ac lepulcrt
Mille supervaciioft honores*
On suivît en tout tes intentions; on ne fît point sonner les cloches; il n'y eut d'invités que six amis. Nul parent ne suivit le convoi; la hière était peinte en vert ; et on y plaça le corps tout hahîHé. On lui mit
sous la tète V Horace de Sautidon; aux pieds, ÏGMiUon de Richard Bentley ; h la main droite, une petite Biùle grecque, avec une inscription en lettres d'or, terminée par les initiales J. U.; dans la main gaucho, une petite édition à* Horace, avec cette inscription : MusU arnicas, J. U. ; enfin » on lui mit V Horace de Bentley sous le coccix.
Quand la céicmonic fut finie, ses ùmh retournèrent à rancieu logis du di^'unt , où sa sœur avait fait préparer un souper élégant; et quand on eut desservi, ils chantèrent la xxxu* ode du i.** livre à*Horace {i); puis ils burent gaiement une rasade et s'en furent sur les huit heures.
M. Lndcrwood laissa près de ciiK} liante mille écus h sa sœur , à condition qu'elle ferait obsLi ver ponctuellement tous les articles de son testament, dans lequel il lui prescrivait de donner dix livres sterling à chacun de ses amis , qu'il avait prié de ne pas se mettre en noir.
(f) Cest Tode Qtdd dedicatum poscU ApoUinem votes f
Ce iiVst plus en rboiuieir du défàntqui: ses amis ont chanté cette
oclc* c\'iait pour leur propre compte. pnisqu^eUe reuferme des vœux
qui ne peuvent concerner que des vivans»
450 TBSTAKBHt
Ensuite venait le détail de son conToi» et le testameat iiaîssait ainsi :
€ Ceci &it» je désire que mes amis boivent gaiement mie rasade^ et qu*ib ne pensent plus à Uhobbwood. >
Je dois la connaissance de ce testament , Traîment original, mais bien dans le genre anglais^àM. Duplessis» dont l'obligeance égale l'érudition.
Le goût de M. Underwood pour Horace , me rappelle qu'un autre Anglais , son contemporain , avait la même passion pour cet aimable poète» La bibliothèque de M. Jacques Douglas était uniquement composée de toutes les éditions d*Horace qui avaient paru depuis 1476 jusqu'à 1709, année oii M. Douglas donna le calalop^ue de cette singulière bibliothèque. II possédait 43o édilious du favori d'Âuguste, M. Sommer en a depuis domié un autre catalogue beaucoup plus ample* Il commence à l'édition Medioùmi,A* Zarot, eirca 1470 » in-4**« ^ jusqu'à 1774 et même 1775» Ce catalogue forme un ?oL în-8.* de 1 60 pag.
Celle passion pour un auteur spécial s'est manifesté cil Italie de notre temps, chez M. l'abbé Marsand , professeur de l'académie de Padoue ; il a iait pour Pétrarque ce que M. Douglas a fait pour Horace, et même on peut dire qu'il a poussé plus loin ses in?estigations; car H a réuni k la collection des éditions des œuvres de cet auteur» beaucoup d'autres objets inlcressans, toujours relatifs à l'amant de Laure. On lui doitîa meilleure édition des œuvres de Pétrarque , Bime dt Petrarca, Padova , i8so, s vol. in-4.*, ornés du portrait de Pétrarque, de celui de Laure» de 6 gravures et d*un fœ-smile. On en a tiré ifio esmmplaires , tous en papier véfîn , au prix de i5o fr. de souscription. Dès-lors Marsand a publié le catalogue de sa collection des éditions de Pétrarque, etc. , collection qui se compose de 900 volumes. Ce catalogue a pour titre , BiàUotkeca Petrarchesca, Me-