TESTAMENT DE JACQUES-AUGUSTE DE THOU
Il est peu de noms plus recommandables que celui de Jacques-Auguste de Thou , surtout pour le temps où il a vécu. Soit qu'on le considère comme politique , soit qu'on l'envisage comme historien , ou simplement comme httérateur , il sera toujours mis au rang de ces hommes célèbres qui , dans des temps cxlrèmement difficiles , au milieu des passions les plus exaspérées , des excès dans tous les genres , n'ont jamais dévié des principes de la justice, de l'honneur, de la probilé, enfin de cette vertu austère qui imprime l'admiration , le respect et la confiance.
Né à Paris en i55ô, J.-A. de Thou, après avoir fait d'excellentes éludes, se destinait à Télal (ecclésiastique; mais son frère ahié étant morl, il prit le parti de la robe,
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fut reçu conseiller au parlement, ensuite président h mortier. Pendant les temps aft'renx de la lij;ue , il fut fidèle à Henri III , puis h Henri IV , et toujours honoré de la confiance de ces deux rois , auxquels il rendit de très-grands services , soit en France , soit hors de France. Comme historien , sa réputation est établie depuis longtemps; et la postérité a confirmé le jugement qu'on a toujours porté, soit sur le style, qui est admirable, soit sur le fonds, marqué au coin d'une bonne foi et d'une impartialité dont lui-même faisait ^'aveu avec candeur.
« Je prends Dieu à témoin , écrivait-il au président ï Jeannin , que je n'ai eu en vue que sa gloire et l'utilité 2> publique , en écrivant l'histoire avec la fidélité la plus » exacte et la plus incorruptible dont j'ai été capable , » sans me laisser prévenir par l'amitié ou par la haine... » Cette même protestation se retrouve dans son testament que je regarde comme un monument précieux de sincérité et de modestie, où la tendresse conjugale épanche sa douleur sur la perte récente d'une épouse chérie; où la piété expose les objets de sa foi; où l'amour paternel s'occupe du soin de ses enfans encore jeunes; où enfin règne un esprit d'ordre et d'arrangement qui partout annonce une belle ame ,. un caractère franc , et toutes les qualités de l'homme de bien.
Cet acte ,. selon l'habitude d'écrire de de Thou , a été rédigé dans un latin si beau et si facile h entendre , que nous croirions le dénaturer en le faisant passer dans une traduction. Nous allons donc donner le texte original.
IN NOMINE SANCTJE ET INDIVIDUyE TRINITATIS.
« Quoniam Deo itavisum^ut uxor niea charissima Gasparda Chastrœa^ quatn mihi fore superstitem semper speraveram et optabam^ turbato ordine natiirœ^ prior decesserit : Ego Jacobus Augustus Jhuanus , omnium maximus ac miserrimus peccator^ morte ejus luctuosissimd admoneor ut de mea serib
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cogitem , et de rébus meis hoc ultimœ voluntatis mece elogio statuam^
» Ante oinnia grattas guàm possum maximas ogo Deo omnipotenti^ quôd me ex fidelibus parentibus nasci voluerit ^ in ecclesia sua per sacrum lavacrum regeneraverit^ meque in ea sacramentorum .suorum participent Jecerit ^ et Jidem vivant non mortuam in aninto meo impresserit^ adjunctd œternœ vitœ s pet quœ in eo consistit^ ut credamus in Jjeum^ et qucm misit filium dilecti^simum^ Ferbum œternum^ ante sœcuîa genifum^ Jesum Christum , qui conceptus de spiritu sanclo in utero beatissimce f-irginis 3Iarice carnem in sœculo sumpsît , in ea natus^ passus , inor~ tuiis ^ et sepultus est^ in ea resurrexit ^ ascendit in ccelum^ captivam ducens captivitatent^ et indè îargissimè dona hominibus distribuit^ pro consummatione promissorum misso spiritu sancto à pâtre fdioque procedente.
» In hac fide vivere me profiteor^ et ut in ea ad uhimunt vitœspiritum constanter^ ac sinehœsitatione persévèrent^ assiduis quantiim possum precibus ac lachrjmis à Deo contendo ^ immensamque ipsius clementiant oro et obtestor ^ ut me in peccatis et iniquitatibus conceplum^ ab humanœ injîrmitatis poUutionibus repurgct , dignumque ex indigno per miser icordiam suam ej^iciat ^ in quo ^ tanquam in templo suo habitare dignetur ^ mihique passionis Jilii s ui ddeclissimi Jesu Christi meritum ad expiationem peccatorum applicet^ ut cum novissima vit ce hora ?ion improvisa venerit^ ab angelis suis in sinuin Abrahœ raptus ^ cum sanctis et electis sais œternd J'elicitate perfruar.
» Hœc prœfatus^ Uberis meis^ quos ex humanissima^ et insolabiliter ^ nisi quatenus in resurrectione f'pes^ mihi semjfer lugenda cou juge suscepi ^ tutores do notninoque Ilcnricum ChasirœuniNancœicomiteni