‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 5)Chapitre 119 sur 136 · TESTAMENT DE GARRICK · texte numérisé non relu

TESTAMENT DE GARRICK

David Garrîck, le Roscius de l'Angleterre, fds du capitaine Pierre Garrick , naquit à Hereford le 20 février 171G. Son père le destinant au commerce, l'envoya à Lisbonne chez son frère, négociant, où il ne resta qu'une année, n'ayant aucun goût pour cet état; il en l'ut de même de l'étude des lois, et de celle des mathématiques qu'il cultiva faiblement. Enfin sa passion pour le théâtre l'emporta; il débuta à Ipswich en \']l\\ ; puis la même année , il se rendit à Londres , où le 1 9 octobre il joua avec succès, sur un petit théâtre , le rôle de Richard III. Il passa à Dublin en 1742, et y obtint des applaudisscmens unanimes. Il revint ensuite à Londres, où sa gloire et sa fortune augmentaient chaque jour; enfin, en 1747» il acheta le théâtre de Drury-Lane , obtint le renouvellement du privilège , et conserva la direction de ce théâtre jusqu'au 10 juin 1776, jour où il prit congé du public, et se retira après avoir cédé, pour la somme de 55, 000 liv. st. , son privilège qui lui en avait coûté 8,000. Sa retraite causa de irrands regrets au public; comblé de gloire et de biens, il ne survécut que trois ans à cette retraite, et mourut dans sa maison à Londres, le mercredi 20 janvier 1779. Sa pompe funèbre fut extraordinaire. Soixante et dix voitures de deuil , dont vingt- quatre caresses de parade , occupés par tout ce que l'Angleterre avait de plus distingué , formèrent le cortège. Le convoi arrivé à l'abbaye de Westminster, fut reçu par le chapitre; l'évèque de

Rochester oflîcia , et le corps de Garrick fut enterré h deux pieds de distance du monun)ent de Shakespeare (i) , élevé en 1740 par les dames de Londres.

Son testament n'offre rien d'eJraordinaire que le détail de sa fortune, qui était considérable et dent il dispose en bon mari , en bon parent , et en bon citoyen. Ce testament a é'ié fait l'année qui a précédé sa mort. En voici les principales dispositions :

< Je David Garrick, habitant ma maison dans l'Adelphi , dépose entre les mains do lord Camd'^n , du trèshonorable Richard Rigby, de JohnPattersonetd'Albany Wallis, écuyers, ma maison de Hampton sur la Tamise, province de Middlesex , avec les deux îles ou îlots qui en dépendent; le temple et la statue de Shakespeare , ma maison de l'Adelphi , avec les meubles et tableaux des deux dites maisons , pour être remis à Eva-Maria Garrick, ma femme , afin qu'elle en jouisse pendant sa vie naturelle (2) et qu'elle en fasse sa résidence.

y> Je donne et lègue à madite femme tout le linge , vaisselle , porcelaine , chevaux , voitures , tout ce que contiendront mes caves dans les susdites maisons (5).

ï> Je lui donne de plus 1000 liv. st. payables d'abord après mon décès , et 5ooo hv. payables une année après ma mort.

(i) Nous aurions désiré enrichir notre recueil du lestdmeut de Shakespeare; mais voici tout ce que nous avons trouvé à cet égard : « Ce teslament que Ton a publié, et qui porte la date de i6i6, a '^> été fait, dit le testateur lui-même, en état de parfaite santé. Après » avoir' exprimé des senlimeus de piété, il dispose de divers legs en » faveur de sa fille Judith, d'une sœur, d'une nièce, et enfin de sa » femme, à laquelle il donne sou meilleur lit avec sa garniture. » ^J^ William Shakespeare, né à Siralford-sur-Avon , le aS avril i564, est mort, à ce qu'on croit, en ifii6, année où il a fait son testament.

(2) Expression employée en Angleterrepourdésigner renies viagères.

(3) Cet article e^t essentiel dans un pays où le viu le moins cher 5e paie urdiiiaircment \n iV. la lioiUeillc.

DE GARP, ICK. 4^7

> Je donne et lègue à madile femme i5oo liv. slcrl. par an, tout le temps de sa vie naturelle , et aussi longtemps qu'elle résidera en mes deux susdites maisons , et 1000 liv. st. dès qu'elle quittera l' Angleterre, ou qu'elle fixera sa demeure soit en Ecosse ou en Irlande.

» Je donne et It guc à mon neveu David Garrick, la maison , fermes , jardin , maisons et terres , situés à Hampton , en exceptant celle léguée h ma femme.

» Je dépose entre les mains de mes susdits exécuteurs testamentaires, le lief de Heudon, avec mon droit de patronage sur l'église dudit fief, avec ordre de le vendre et d'en employer les deniers suivant ma volonté ci-après spécifiée.

> Je donne , après le décès de ma femme , la statue de Shakespeare et ma collection des anciennes pièces de théâtre , au Musée britannique.

» Je donne à mon neveu Carringlon Garrick, le reste de ma bibliothèque , en exceptant néanmoins pour la valeur de loo liv. st. de livres en faveur de ma femme, à son choix.

» Je donne à l'institution établie pour le soulagement des pauvres acteurs , les maisons acquises du théâtre de Drury-Lane, pour cette même institution.

:s> Je donne à mon frère Georges Garrick , 1 0,000 liv. st. ; à mon frère Pierre , 5ooo liv. ; h mon neveu Carrington Garrick, 6000 liv. ; à mon neveu David Garrick, outre la dot que je suis convenu de lui payer le jour de son mariage , la somme de 5ooo Hv. st. ; je dépose entre les mains de mes exécuteurs testamentaires la somme de 6000 liv. st. ( faisant partie de mes biens ) , en faveur de ma nièce Arabella Shaw , femme du capitaine ShaAV.

x Je donne à ma nièce Catherine Garrick , la somme de 6000 liv. st. , qu'elle recevra le jour de son mariage, ou à sa majorité (c'est-à-dire à 21 ans ).

» Je donne à ma sœur Mercia Doxey, la somme de 3ooo liv. st. ; et à la nièce de ma femme , actuelle-

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ment avec nous à Hampton , la somme de iboo liv, st.

* Si les susdits legs cvcéflaient les Tonds assignés pour les payer, chaque légataire diminuera mes bienfaits à raison de la somme que je lui accorde jusqu'à la mort de ma femme : l'argent qui proviendra pour lors de la vente de Hampton , et les fonds destinés pour la sûreté de ses rentes viagères , rentreront h son décès dans ma succession , et serviront à dédommager les légataires» S'il restait du surplus , je veux qu'il soit partagé à portions égales entre mes plus proches parens, suivant l'ordre observé dans les successions ab intestat.

» En conséquence de ma dernière volonté , je nomme les mentionnés ci-dessus mes exécuteurs testamentaires, en foi de quoi j'ai signé et apposé mes armes à cet écrit, le 2/4 septembre 1778.

Signé David Garrick.

Et plus bas : sic transit gloria niundi.

On peut se faire une idée de la fortune qu'a amassée Garrick, en relevant les sommes en argent dont il dispose dans son testament : elles montent à 47,000 liv. st. ; ce (jui , à n'estimer la liv. st. qu'à 24 fr. , donne 1 1 ,4oo,ooo fr. de notre monnaie; à quoi il faut ajouter sa superbe maison de campagne d'ilamplon , avec ses îles et ses fermes , son fief d'Hendon , ses maisons de Londres , celle du théâtre de Drury-Lane , son immense mobilier, consistant en vaisselle, porcelaine, vins, tableaux, statues, bibliothèque, chevaux, voitures, etc. etc. etc.

Qandon voit Shakespeare laisser à sa femme son meilleur lit avec sa garniture^ et qu'on voit les biensinmienses dont Garrick a comblé la sienne , on peut dire que l'aveugle Philus a beaucoup plus d'égards pour celui qui fait valoir les fruits du génie que pour celui qui les produit.

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