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David Purry, seul artisan de son immen>;e fortune, fut un citoyen modeste et bienfaisant, dont loulcs les pensées ne tendirent qu'au bien de sa patrie et au soulagement des malheureux. Son teslament étant l'expression de sentimens aussi honorables, nous nous faisons un devoir d'enrichir notre recueil des principales dispositions de cet acte important.
Nous ne nous étendrons pas sur la vie de M. Purrv, parce que M. Fréd. Brandt en a donné une notice intéressante, suivie de son testament et d'un extrait de sa correspondance particulière. ISeuchâtel, 1826, in-8.° de xij — 1 08 pag. , avec portrait et fac-similé. Nous dirons seulement que David Purry reçut le jour à ÎSeuchàtel en février 1709, de J#in-Pierre Purry, maire de Lignières, puis colonel au service de S. M. Britannique, et de demoiselle Lucrèce Chaillet, son épouse. Son père, extrêmement actif et entreprenant, forma divers élablissemens , d'abord au Cap de Bonne-Espérance , puis en Amérique dans la Caroline; mais il acquit plus de réputation que de fortune, et mourut au sein de sa colonie dans la ville de Purisbourg, qu'il avait fondée. Son fils aine, Charles Purry , qui l'avait suivi en Amérique , lui succéda dans le commandement de la colonie. Il se maria avec une veuve de Charlestown, capitale de la Caroline, s'établit à Port-Royal , et au moment où il se proposait de repasser en Europe , il fut assassiné par ses nègres en juin 1/54; sa veuve et une fille qu'il avait , restèrent en Amérique.
Quant au jeuneDavidPurry , fils cadet de Jean-Pierre, il n'avait pas quitté Neuchâtel ; il fut destiné au com-
mcrcc par sa mère , rjui prit grand soin de son éducation. Elle le plaça d'abord chez M. Isaac Tarteiron , banquier à Marseille; de là il passa à Londres, et la maison de Londres qui sut apprécier ses qualités et ses talens , l'envoya à Lisbonne , où il arriva en i ySG. C'est là qu'il commença l'édifice de sa fortnne , et qu'il le continua jusqu'à sa mort arrivée le 5i mai 178G. Pendant sa longue carrière dans la finance, il s'attira la confiance et l'estime générale par son zèle, sa probité, sa générosité , sa bienfaisance, et par la fermeté de son caractère, quand la circonstance l'exigeait. En voici un trait qui mérite d'être rapporté :
Lorsqu'en 1759 , par suite de la conspiration tramée contre la vie de Joseph L", roi de Portugal, il fut décidé que les Jésuites seraient expulsés du royaume , le marquis de Pombal prit si bien ses mesures et le secret fut si bien gardé, que ces pères n'apprirent le sort qui leur était réservé qu'au moment même où ils reçurent l'ordre de partir et d'aller s'embarquer sur le vaisseau qui était préparé sur le Tage. {^C'était le 3 septembre; les pères étaient au nombre d'environ 600. ) Le supérieur de la compagnie avait en main une somme considérable, dont le gouvernement pouvait s'emparer , puisque l'arrêt de bannissement portait confiscation des biens de la société. Il ne savait quel parti pi^endre pour sauver cette valeur. Enfin il se décida à se rendre chez M. Purry (quoique protestant et protégé du ministre Pombal) ; « Monsieur, lui dit-il, vous êtes un honnête honmic, » j'ai toute confiance en vous; voici un dépôt assez » considérable, qui appartient h notre ordre malheureux; )^ je le confie à votre honneur; l'acceptez- vous? » M. Purry réfléchit un monient; il compr(Mid la délicatesse
de sa position. Enfin il se décide « Mon père,
» lui répondit-il, je conçois votre embarras, le mien » n'est pas moins grand; n'inq>orle, j'accepte voire ï» dépôt , et quoi qu'il puisse m'en arriver , il ne sera re-
DE DAVID PIRRY. 4^^
» mis qu'à la personne que vous m'indiquerez ou qui
> sera porteur d'un ordre de votre paît. » Quelques jours après le départ des RR. PP. , le marquis de Pombal est instruit de ce qui venait de se passer; il mande M. Purry : « Vous avez reçu, dil-il , un dépôt » considérable des Jésuites? — C'est vrai, Monseigneur, î — Vous allez le faire transporter à la trésorerie; tous
> leurs biens ont été confisqués et cet argent est dévolu » à la couronne. — Je prie A . Ex. d'observer que cet » argent est un dépôt, et qu'il est sacré pour moi. J'ai » solennellement promis au père qui m'a donné sa cons fiance que , quoi qu'il pût m'arriver, je ne le rendrai 5 qu'à lui ou à quelqu'un délégué de sa part. — Mais ,
T Monsieur, vous oubliez Si le roi l'ordonne? — Je
» sens que je m'expose beaucoup; je puis perdre b-s 2? bonnes grâces de S. M. , la faveur de V. Ex. , et peul-
> être m'attirer une punition plus grave encore; mais » fort de ma conscience que je dois seule reconnaître 3> pour juge dans cette circonstance, .je ne puis ni ne
> dois manquer à la foi promise, y Le ministre irrité se fâche, menace et quitte bru>qiiement M. Purry; mais dans le fond il affectait plus de courroux qu'il n'en avait réellement , car il ne pouvait s'empêcher d'admirer la fermeté et le courage de cet honnête homme , sacrifiant tout à ses devoirs. Quelque temps après , le dépôt fut livré au ministre, mais ce fut par l'ordre précis du père qui l'avait confié , et qui , informé de ce qui s'était passé , fit des conditions honorables pour son ordre, conditions qui furent religieusement observées par M. de Pombal.
Nous pourrions citer beaucoup d'autres traits, non moins honorables pour la mémoire de M. Purrv, surtout en fait de bienfaisance envers les malheureux et de générosité envers sa ville natale. (On en verra la preuve à la fin de cet article. ) 11 jouissait de la plus grande considération. Le roi de Prusse , Frédéric-le-Grand , lui conféra la noblesse en jjSô, et le créa baron.
l\7)'.i TESTAMENT
M. de Purry n'a jamais élé marie. Son testament a été fait en 1777, c'est-à-dire iieaf ans avant sa mort. Ses biens avaient beaucoup augmenté pendant ces neuf années; et dalls un petit codicille fait en 1 786, pour changer ses exécuteurs teslamenîaires, il se promet lait d'y en joindre un second, pour disposer de l'augmentation de sa fortune; mais sa mort survenue neuf joui's après, ne lui a pas permis de faire ce second codicille. \ oyons le testament; il a pour titre :
« Mon testament fait le 5o de janvier 1777, sicnÉ
ET RECONNU LE lO SEPTEMBRE DE LA MEME ANNÉE.
>: Au NOM DE Dieu , amen. Je soussigné David Purry, » de Neuchûtel en Suisse , né en février 1 709 , fils du > feu colonel Jean-Pierre Purry et de feue dôme Lucrèce ?■ Chaillet, de ladite ville, naturalisé sujet de la Grandes> Bretagne , par acte de son parlement du mois de mars » ou d'avril de 1706, et actuellement négociant établi » depuis 4i ans l\ Lisbonne en Portugal : Considérant » l'incertitude de la durée de notre vie en ce monde, » j'ai déterminé défaire en pleine sanlé le présent, mon » dernier et unique valable testament , pour l'amour de » diverses personnes , auxquelles je désire faire part des 5> biens dont il a plu h Dieu de me bénir et que je pos- :? sède : et d'abord je déclare être né dans la religion 5> protestante réformée , dans laquelle je prétends vivre 2> et mourir; je rends de très-humbles grâces au Tout- » puissant mon créateur pour toutes les faveurs que j'en i^ ai reçu (sic); j'implore sa divine miséricorde pour le 2> pardon de tous mes péchés, et j'espère de la bonté 2> infinie de cet être suprême qu'il recevra mon ame dans » son paradis.
» Je déclare être garçon , libre , n'ayant jamais été » marié, et n'avoir point d'enfant iH d'héritier forcé, » tous les biens que je possède ayant élé acquis par la
DE DAVID PIRRY. /^Ôô
> f^ràco (le Dieu , légitimement , dans le commerce , à s l'exception (le ceux que j'ai hérités de feue ma chère
> sœur Marie Purry, à qui j'avais Aiit de son vivant des
> donations plus considérables; ainsi, pouvant dis- 3> poser de tous mes biens à mon entière et libre volonté, » je le fais de la manière suivante , savoir :
» Je lègue à ma belle-sœur Sarah Garvey-Purrv , de
> la Caroline méridionale, veuve de feu mon cher frère
> Charles Purry, la somme de dix mille cruzades , de
> quatre cents reis chaque cruzade, laquelle valeur s'enï> tendra également pour celle de toutes les cruzades
> mentionnées ci-après , chacune de l^oo reis (i).
» A ma chère nièce Eléouore Bull-Purry , de la Ga- 5 roline méridionale , fille unique de ma susdite belle-
> sœur et de feu mon cher frère Charles Purry , mariée
> à M. John Bull, de ladite Caroline, la somme de » 5o,ooo cruzades.
> Au susdit sieur John Bull , 10,000 cruzades.
? A mon cousin germain Pierre Quinche , de Ncu- » cbâtel. G, 000 cruzades.
> A son frère mon cousin germain, etc. etc. » Suivent une quantité considérable de legs faits aux
parens du testateur, h des amis, à ses associés, à ses commis, à ses domestiques , à une jeune fille ou femme portugaise nommée Anna-Joaquina Rosa , à trois demoiselles filles d'un négociant de Lisbonne , qui était mort, etc. Après ces legs individuels, qui se montent,
(i) La cruzade de 400 reis se calcule sur le pied de 2 cruzades et demie pour 1,000 reb , et comme la moyenue de change sur Paris est des ^So reis pour 3 liv. de France, on peut compter que 3,5oo cruzades valent 1,400,000 reis et équivalent à environ 9,700 fr. de France. » (IVote tirée de la Notice sur la vie de M. Purry ^ p. io8.)
Dans le tableau de comparaison des monnaies étrangères avec les monnaies de France, la cruzade d'or de 488 reis est estimée 3 fr. 3o cent. {V. Annuaire du bureau des longitudes ^ iSaS, p. 67. ) Cette estimation se rapproche beaucoup de la précédente donnée par M. Fréd. Brandt.
4^4 TESTAWIîNT
dit le testateur, à 126,400 cruzades, viennent les legs généraux.
« Je lègue aux pauvres de la paroisse N." S." das
> Mercès , dans laquelle, je demeure acluellcment , douze
> cents cruzades , pour leur être distribuées par petites ï> perlions aux plus nécessiteux et dignes de charité..., 2> avec l'assistance du curé de ladite paroisse qui pour ;> lors existera , auquel je lègue aussi deux cent quarante 3> cruzades pour lui-même.
s> Je lègue aux pauvres de la factorerie britannique
> de Lisbonne douze cents cruzades , pour leur être
> distribuées par petites portions, etc. , avec l'assistance 5 du conseil britannique de Lisbonne. » ( A la fin du testament il y a aussi deux cent quarante cruzades pour le chapelain de la factorerie. )
Ici M. Purry déclare qu'il ne doit rien à personne; qu'au 5 1 décembre précédent ( 1 77G ) , ses biens pouvaient monter à 4/5,000 cruzades, non compris ce qui lui reviendra de sa société actuelle Purry, Mellish et de Vismes , pour sa part des profits accumulés et laissés en réserve sur la balance dernière dudit 3i décembre, et des autres profits qui pourront résulter de la continuation des afiaires. Ses biens particuliers consistent en trois articles, savoir : le premier, en un mobilier considérable, qui lui appartient; le second, en cent cinquante-huit contos cent quinze mille cent soixanteun reis d'argent liquide que lui doit ladite société, à intérêt de cinq pour cent ; et le troisième , en vingt-six centièmes dans le fonds capital de cent contos de reis et de toutes les afiaires de la société, etc.
Enfin, il institue et nomme pour héritier universel du restant de tous ses biens tant présens que futurs , la ville et bourgeoisie de Neuchàlel en Suisse, sa patrie, «pour en fc^ire, dit-il, les usages ci-après nommés, y auxquels uniquement et de toutes façons je les destine, V afin que les bourgeois de ladite ville , mes compatriotes,
DE DVVID riRRY. 4^'J
> y participent selon mes intentions , t-t en reçoivent le » jnincipul bénéfice, quoique d'une manière indireclo
Il veut que tout le restant de ses biens légué à sa ville natale soit partagé en deux portions :
« La première devra être employée en œuvres pies
> et de charité, telles que la réparation ou réédificatioa , » des temples sacrés de ladiîe ville de Neuclïàlel , l'en-
3> trctien des* orgues dans Icsdits tv:raples , l'augmenta- » tion des revenus affectés aux pasteurs ou ministres du » saint Evangile de ladite ville, l'augmentation des re- 2) venus affectés pour les régens et maîtres d'école dé- 2! diés h l'enseignement et à l'éducation de la jeunesse, » surtout des enfans de bourgeois qui auront besoin de » secours; assister la chambre de charité dans ses œuvres
> pies, notamment pour le soutien de l'hôpital de ladite » ville , ou tels autres objets de même nature , jusqu'où :? pourra s'étendre cette première portion du restant dû
> tous mes biens.
:> La seconde portion est destinée et devra être tota- » lemeut appliquée h ^accroi^^semcut ,à l'embellissement » et à la perfection des ouvrages publics de ladite ville 5 de Neuchii'.el, que les susdits représentans jugeront 2> être les plus décens , les plus utiles et les plus nécesy> saircs, tant pour la commodité que pour l'agrément :sj des bourgeois de ladite ville et de ses habilaus, tels 5) que sont les édifices publics, les ponts, les chaussées, » les fontaines et autres embellissemens , les promenades » de ladite ville et de ses environs; le tout suivant qu'il » sera promptement déterminé par les susdits représen- » tans , sans que le prince souverain de la comté de » Neuchàtel puisse y intervenir en aucune façon. » j M. Purry nomme pour ses exécuteurs testamentaires, M31. Louis Dubois , J.-F. Brandt et David-Henri Meuron, tous trois mentionnés au testament comme légatr.ircs , et commis actuels dans la maison, etc. Ensuite il faic encore quelques legs , et termme par dire : « Qu'il ré-
> voqiie tout autre testament fait avant le présent, qui
> seul devra rester valaj)le , telle étant son unique et
> dernière volonté. En foi de quoi , ajoule-t-il , le tout 5 est écrit de ma propre main , sur neuf pages de ce
> mêiue papier , sans aucune rature ni correction , scellé
> de mon cachet et signé de ma signature ordinaire. > Fait à Lisbonne en Portugal , le 5o janvier 1777.
Signe D. Pur.RV.
Une addition fa'ûe le même Jour h cet acte consiste en une augmentation du legs de M. J.-F. Brandt (qui de 2,000 cruzades est porté h 5,5oo) , et dans quelques détails sur la succession de feu Barlh.-Mich. Vienne, son premier associé.
Quand on considère le testament entier, le soin avec lequel il est écrit et dirigé, on voit que M. Purry était un honmie d'ordre, très-habitué à manier les affaires, et s'exprimant sur les personnes et sur les choses , de manière ti ne laisser aucune ambiguïté sur ses intentions, même dans les plus petits détails.
Peu de jours avant sa juort , il fit un codicille dans lequel il révoqua la clause de son testament relative aux trois exécuteurs testamentaires, et refit une nouvelle nomination, où deux des anciens exécuteurs figurent encore : ce sont MM. J.-F. Brandt, Louis Dubois; et au lieu de M. Meuron , il nomma M. Gérard de Vismes , son associé. Il finit par quelques legs additionnels et par un mol sur le titre de baron de Purry , que lui a conféré « Sa Majesté le grand roi de Prusse , grâce qu'il estime » infiniment. s>
Il est mort neuf jours après cette date, t\gé de 77 ans, et a été enterré le 2 juin près de Lisbonne , au cimetière de la nation anglaise.
M. J.-F. Brandi , l'un des exécuteurs testamentaires, s'occupa avec zèle de liquider la succession de M. de Purry; il en présenta le compte le i5 mai 1787, de
DE DAVID rURRY. 4^7
sorlc qu'on moins d'un an , la ville de Neuchâtel fut en possession de ce bel héritage. On ne dit pas quelle ea était la valeur; mais elle devait être considérable, surtout si l'on lire quelque induction de tout ce que M. Purry a donné de son vivant. On a trouvé dans ses papiers l'état des sommes qu'il avait fait distribuer aux malheureux du pays de Neuchàtcl, depuis l'année 1700 jusqu'à sa mort; cela monte à plus de cent mille livres de France ; et les dons qu'il a faits tant à la ville de INcuchàtel qu'à la classe des pasteurs et à la compagnie des volontaii^s, forment, depuis 1778 jusqu'à la fin de 1 786, une somme de quatre cent quarante-neuf mille livres de France; et notez que tant de bienfaits confiés à la discrétion de l'amitié , ont toujours été répandus sous le voile de l'anonyme. Jamais M. Purry n'a voulu être nommé; ce n'est qu'après sa mort que ses livres de compte , et sa correspondance particulière ( dont la brochure de M. Brandt renferme des extraits précieux) , ont révélé tant d'actions honorables.
Neuchâtel est une des villes qui doivent le plus d'élablissemcns utiles et d'embellissemens à la générosité reconnaissante de leurs enfans , lorsque par leur probité, leurs talens et leur activité, ils ont forcé la fortune à les combler de ses faveurs dans le commerce. L'hôtel-deville est du à M. Purry ; la maison des orphelins a été fondée par M. Lallemand; et le célèbre Pourlalès y a établi le magnifique hôpital qui porte son nom. Admirable exemple à suivre ! JMais il faut dire que cette
excellente ville a toujours tendu une main secourable à ceux de ses jeunes citoyens qui , d'une bonne conduite , et atinonçant du goût pour le travail , n'avaient pas les ressources nécessaires pour débuter dans la carrière du commerce. Aussi , souvent elle recueille le ûuit de ses bienfaits.