‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 5)Chapitre 12 sur 136 · DE LOUIS XVI · texte numérisé non relu

DE LOUIS XVI

événemens antérieurs à la terrible catastrophe qui a donné lieu au testament en question.

Louis-AtGUSTE , troisième fils de Louis de France, Dauphin, et de Marie-Joséphine de Saxe, fille de Frédéric-Auguste II, roi de Pologne, est né à Versailles le 20 août 1754; il a été nommé duc de Berri à sa naissance, proclamé Dauphin le 20 décembre 1 ~65 , à la mort de son père ; marié à Marie-Antoinelte, archiduchesse d'Autriche, le 1 6 mai 1 770 ; salué roi de France et de INavarre le 10 mai 1774 ; et sacré à Reims le 1 1 juin 1775.

Le 22 février 1787, l'ouverture de l'assemblée des notables a lieu à Versailles; elle se sépare le 20 avril suivant.

Le 8 août 1788, une ordonnance annonce la convocation des Etats-généraux pour le 1." mai 1789.^

Le 5 mai 1 789 , le roi installe les Etats-généraux à Versailles, et en fait l'ouverture.

Le 17 juin suivant, les députés du tiers-état se constituent en Assemblée nationale.

Le 4 août suivant , séance nocturne de l'Assemblée nationale, dans laquelle on décrète l'égalité d'impôt, la renonciation aux privilèges, le rachat des droits féodaux , l'abolition du droit de chasse, des justices seigneuriales, de la vénalité des offices, etc.

Le 24 août, la liberté de la presse est décrétée.

Le 12 octobre suivant, l'Assemblée nationale décrète sa translation de Versailles à Paris; et le 19 elle tient sa première séance dans la salle du Manège près les Tuileries.

Le 1 7 décembre. l'Assemblée nationale ordonne

une création de papier-monnaie sous le nom d'Assignats.

Le 1 5 janvier 1 790 , l'Assemblée nationale rend un décret sur la division du royaume en 85 départemens.

Le 19 juin suivant, un décret supprime tous les titres de noblesse, les ordres , les livrées, les armoiries et toute espèce de distinction.

Le 26 décembre, la constitutioncivileduclergé, décrétée depuis le 12 juin, est sanctionnée.

Du .20 au 21 juin 1791, le roi, la reine, le Dauphin et madame Elisabeth s'éloignent secrètement de Paris; le 22 ils sont arrêtés à Varennes, et ramenés le 25 à Paris.

Le 14 septembre suivant , la constitution française est acceptée par le roi.

Le 5o septembre, l'Asseinblée nationale constituante tient sa dernière séance; et le surlendemain , l'Assemblée législative est installée.

Le 20 juin 1792, les faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau sont en insurrection ; la populace se porte aux Tuileries et insulte le roi.

Le 5o juillet, les Marseillais arrivent à Paris.

Le 1 o août, le château des Tuileries est assailli par les Marseillais et par la populace des fi\ubourgs. On force l'entrée, on massacre les Suisses. Le roi, avec sa famille, se rend dans la salle de l'Assemblée législative.

Le 12 août, le roi et sa famille sont mis sous Ja garde de la commune de Paris, et conduits dans la tour du Temple.

Le 21 septembre, l'Assembh'e législative cède la place à la Convcntionnalionale, qui, dans cette

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séance même, décrète que la royauté est abolie eu France, et proclame la république.

Le 16 octobre, quelques Jacobins commencent à demander le jugement et la mort du roi et de la reine.

Le i5 novembre, discussion à la Convention sur la mise en jugement du roi.

Le 5 décenibre, décret portant que Louis XVI sera jugé par la Convention ; et le G , autre décret ' portant qu il sera traduit à la barre pour subir iuterroga luire.

Le 1 1 décembre, Louis XYI , seul, paraît à la barre de la Convention. Barrère lui fait l\2 questions auxquelles le roi répond avec assurance , fermeté. jI choisit pour défenseurs Tronchet et Target. Target refuse; M. de Malesherbes s'offre, ainsi#que ]\1. Desèze.

Le 25 décembre, Louis XVI prévoyant le sort qui l'attend, rédige son testament dans les termes suivans :

« Au NOM DE LA TRÈS-SAINTE TrINITÉ , DU PÉRE ,

ET DU Fils, et du Saint-Esprit.

» Aujourd'hui vingt-cinquième jour de décembre 1792, moi, Louis, seizième du nom, roi de France , étant , depuis plus de quatre mois, renfermé, avec ma famille , dans la tour du Temple à Paris, par ceux qui étaient mes sujets, et privé de toute communication quelconque, même, depuis le 1 1 du courant, avec ma famille; de plus, impliqué dans un procès dont il est impossible de prévoir l'issue , à cause des passions des hommes , et dont on ne trouve aucun prétexte ni moyens

5o TESTAMENT

dans aucune loi existante ; n'ayant que Dieu pour témoin de mes pensées , et auquel je puisse m'adresser , je déclare ici , en sa présence, mes c' ornières volontés et mes sentimens.

» Je laisse mon ame à Dieu , mon créateur; je le prie de la recevoir dans sa miséricorde, de ne pas la juger d'après ses mérites, mais par ceux de notre Seigneur Jésus-Christ, qui s'est offert en sacrifice à Dieu son père , pour nous autres hommes, quelque indignes que nous en fussions, et moi le premier.

» Je meurs dans l'union de notre sainte mère l'Eglise catholique, apostolique et romaine, qui tient ses pouvoirs , par une succession non interrompue, de S. Pierre, auquel Jésus-Christ les avait confiés.

» Je crois fermement et je confesse tout ce qui est contenu dans le symbole et les commandemens de Dieu et de l'Eglise, les sacremens et les mystères , tels que l'Eglise catholique les enseigne et les a toujours enseignés. Je n'ai jamais prétendu ine rendre juge dans les différentes manières d'expliquer les dogmes qui déchirent l'Eglise de Jésus- Christ, mais je m'en suis rapporté, et rapporterai toujours, si Dieu m'accorde vie, aux décisions que les supérieurs ecclésiastiques , unis à la sainte Eglise catholique, donnent et donneront conformément à la discipline de l'Eglise, suivie depuis Jésus-Christ.

» Je plains de tout mon cœur nos frères qui peuvent être dans l'erreur; mais je ne prétends pas les juger, et je ne les aime pas moins tous en Jésus-Christ, suivant ce que la charité nous en-

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seigne. Je prie Dieu de lue yiardonner tous mes péciiés; j'ai clierclié à les connaître scrupuleusement, à les délester, et à m'humilier en sa présence. ^e pouvant me servir du ministère d'un prêtre catholique , je prie Dieu de recevoir la confession que je lui en ai faite, et surtout le repentir profond que j'ai d'avoir mis mon nom (quoique cela fut contre ma volonté) à des actes qui peuvent être contraires a la discipline et à la croyance de l'Eglise catholique ( i ) , à laquelle je suis toujours resté sincèrement uni de cœur. Je prie Dieu de recevoir la ferme résolution où je suis, s'il m'accorde vie . d(^ me servir . aussitôt que je le [x>urrai, du ministère d'un prêtre catholique, pour m'accuserde tous mes péchés et recevoir le sacrement de pénitence (2).

(1) La constitution civile du clergé, décrétée le 12 juin 1790. et .sanctionnée le 26 décembre suivant. 11 y a encore eu quelques autres décrets relatifs à cette constitution , et surtout celui du 27 novembre de la même année, relatif au serment des ecclésiastiques pour le maintien de cette constitution, et celui du 17 mars 1791, qui prescrit un nouveau serment des ecclésiastiques fonctionnaires publics , etc.

(2) Ce fut M.°" Elisabeth qui indiqua au roi M. Edgeworth de Firmont. respectable ecclésiastique, qui demeurait rue du Bacq, n." 485. Le roi chargea M. de Malesherbes d'aller le prévenir qu'il désirait l'avoir pour confesseur, et qu'il le priait de venir aussitôt que la permission serait accordé ■. M. de Firmont s'est acquitté de cette douloureuse commission avec tout le zèle possible.

Louis XVI, après avoir communié à la messe que célébra dans sa chambre M. de Firmont, le 21 janvier, à six heures, dit devant ce respectable ecclésiasliquc : « 0

» Je prie tous ceux que je pourrais avoir offensés p'.r inadvertance (car je ne me rappelle pas d'avoir fait sciemmentaucune offense à personne) , ou ceux à qui j'aurais pu avoir donné de mauvais exemples ou des scandales, de me pardonner le mal que je peux leur avoir fait ; je prie tous ceux qui ont de la charité, d'unir leurs prières aux miennes, pour obtenir de Dieu le pardon de mes péchés.

» Je pardonne de tout mon cœur à ceux qui se sont faits mes ennemis, sans que je leur en aie donné aucun sujet, et je prie Dieu de leur pardonner, de même qu'à ceux qui, par un faux zèle, ou par un zèle mal entendu, m'ont fait beaucoup de mal.

mon Dieu! que je suis heureux d'avoir conservé mes principes! par eux la mort me serai douce. Oui, il existe en haut un juge incorruptible qui me rendra la justice que les hommes me refusent ici-bas. » M. de Firmont, après la fatale exécution , se réfugia chez M. de Malesherbes, et lui fit le récit des derniers momens du roi. M. de Malesherbes, vivement ému , s'écria : « Il est donc vrai que la religion seule yjeut donner la force de soutenir avec tant de dignité d'aussi terribles épreuves ! »

Quelque temps après, M. de Firmont est allé rejoindre S. M. Louis XVIII à Blankenbourg. S. M. lui écrivait, le 19 septembre 1797 : « Je remercie sincèrement la Providence d'avoir daigné conserver en vous un de ses plus fidèles ministres, et le confident des dernières pensées d'un frère dont je pleurerai sans cesse la perte, et dont tons les bons Français béniront à jamais la mémoire, d'un martyr dont vous avez le premier proclamé le triomphe. Je vous demande avec instance de publier tout ce que votre saint ministère ne vous ordonne pas de taire, etc. » M. de Firmont qui, réuni à S. M., ne l'a plus quittée, est mort à Mitlau, le 22 mai 1807.

s Je recommande ix Dieu ma femme ( i ) et mes enfans (2) , ma sœur (5) et mes tantes {]) , mes

(i) .Marie-An toiiictle-Josephc-Jeanne do Lorraine, archiduchesse d'Autriche , sanu* de l'empereur Joseph II, fille de Marie-Thérèse , impératrice-reine de Honj^rieet de Bohème, morte en 1780, et de François I/' de Lorraine, empereur d'Allemagne, naort en 1765. Marie-Antoinette est née à Vienne le 2 novembre 1755, a été mariée au Daviphin de France (depuis Louis XVI) le 16 mai 1770, et partageant toutes les infortunes de son augviste époux, a été condamnée à mort par le tribunal révolulionnaii'c le )6 octobre 1795,

(2) Louis-Cliarles, duc de Normandie, né à Versailles le 27 mars 1785; Dauphin le 4 j"'" '7^95 enfermé au Temple avec son avigustc famille le 1 5 août 1 792 ; reconnu roi de France sous le nom de Louis XVIl le 28 janvier 1795 , par les princes français et ceux qui les ont suivis; mort au Temple victime d'aln-cuxtraitcmens le 5 juin 1795.

iMaric-Thérèse-Ghavlolte de France, Madame royale', née le 19 décembre 1778, enfermée au Temple depuis le i5 août 1792 jusqu'au 27 décembre 1795, jour où elle est échangée contre les députés, les ambassadeurs et les ministres fi-ançais, détenus en Autriche ; mariée dans la villcde Mittaule 10 juin 1799a Mgr. le ducd'Angoulème, né le 6 août 1775, maintenant Dauphin de France.

(5) Elisabeth-Philippine-Marie-Hélène de France, née à Versailles le 5 mai 1764. File a été condamnée à mort par le tribunal révolutionnaire le 10 mai 1794- <^et inconcevable supplice a d'autant plus étonné et affligé tous les cœurs même les plus indifférens , que les vertus de l'auguste princesse, sa bonté, sa douceur, sa bienfaisance, étaient connues de tout le monde, et que même dans la société des Jaeobins on n'avait pas songé à demander sa mort.

(4) Madame Marie-Louisc-Adélaïde de France, née, le 23 mars 1702, morte en Italie le 8 juin 1799.

frères (i) , et lous ceux qui me sont attachés par le lien du sang, ou par qiiclqu'autre manière que ce puisse être ; je prie Dieu parliculièrenienl de Jeter des yeux de miséricorde sur ma femme, mes enfans et ma sœur , qui souffrent depuis longtemps avec moi, de les soutenir par sa grâce,

Madame Louise-Thérèse-Victoire de France , née le 1 1 mai 1753, morte à Trieste le 37 février 1800.

Ces deux princesses étaient sorties de France en février 1791 , et s'étaient rendues à Home.

(1) Louis-Stanislas-\avier de France, MoNsrEtR, comte de Provence (Louis XVIll), né le 17 novembre 1705, marié le 14 mai 1771 à Marie-Joséphine-Louise de Savoie, née à Turin le 2 septembre 1755, morte à Londres le 35 novembre 1810; il est mort le jeudi j6 septembre 1824.

Charles-Philippe de France, comte d'Artois (maintenant Charles X ) , né le 9 octobre 1757 , marié le 16 novembre 1775, à Marie- Thérèse de Savoie, princesse de Sardaigne, née à Turin le 5i janvier 1756, morte le 2 juin i8o5, à Gratz.

Le fils de S. M. Charles X est Mgr. Louis-Antoine d'Artois, duc d'Angoulême, né à Versailles le 10 août 1775, maintenant Dauphin de France, marié le 10 juin 1799 à 31arie-Thérèse-Charlotle de France, fdle de Louis

Le fds cadet de S. M. Charles X, était Charles-Ferdinand d'Artois , duc de Berri , né à Versailles le 24 janvier 1778, marié le 17 juin 1816 à Marie-Caroline- Ihérèse de Naples, née le 5 novembre 1798; il a succombé sous le fer assassin de Louvel, dans la nuit du i5 au 14 février 1820. De ce mariage sont nés, i.^le i5 juillet 1817, une princesse qui n'a vécu que deux jours; 2." le 21 septembre 1819, une seconde princesse, Louise-Maric-Thérèse d'Artois ( Mademoiselle ) ; 5.° le 39 septembre 1S20, un prince, Henri-Charles-Ferdinand-Marie-Dieudonné d'Artois , duc de Bordeaux.

s'ils viennent à me perdre, et tant qu'ils resteront clans ce monde périssable.

» Je recommande mes enfans à ma femme : je n'ai jamais douté de sa tendresse maternelle pour eux ; je lui recommande surtout d'en faire de bons chrétiens et d'honuètes hommes, de ne leur faire regarder les grandeurs de ce monde-ci (s'ils sont condamnés à les éprouver) , que comme des biens dangereux et périssables , et de tourner leurs regards vers la seule gloire solide et durable de l'éternité; je prie ma sœur de vouloir continuer sa tendresse à mes enfans, et de leur tenir lieu de mère , s'ils avaient le malheur de perdre la leur.

') Je prie ma femme de me pardonner tous les maux qu'elle souffre pour moi, et les chagrins que je pourrais lui avoir donnés dans le cours de notre union; comme elle peut être sûre que je ne garde rien contre elle, si elle croyait avoir quelque chose à se reprocher.

» Je recommande bien vivement à mes enfans, après ce qu'ils doivent à Dieu, qui doit marcher avant tout, de rester toujours unis entre eux, soumis et obéissans à leur mère, et reconnaissans de tous les soins et les peines qu'elle se donne pour eux et en mémoire de moi. Je les prie de regarder ma sœur comme une seconde mère.

» Je recommande à mon fils, s'il avait !e malheur de devenir roi , de songer qu'il se doit tout entier au bonheur de ses concitoyens; qu'il doit oublier toute haine et tout ressentiment (i), et

(i) C'est aussi ce que rinforluné Charles I. "qui. cent quarante-trois ans auparavant , s'est trouvé dans la même

nommément ce qui a rapport aux malheurs et aux chagrins que j'éprouve; qu'il ne peut faire le bonheur des peuples, qu'en régnant suivant les lois; mais en même temps, qu'un roi ne peut les faire respecter, et faire le bien qui est dans son cœur, qu'autant qu'il a l'autorité nécessaire, et qu'autrement, étant lié dans ses opérations, et n'inspirant point de respect , il est plus nuisible qu'utile.

» Je recommande à mon fils d'avoir soin de toutes les personnes qui m'étaient attachées, autant que les circonstances où il se trouvera lui en donneront les facultés ; de songer que c'est une dette sacrée que j'ai contractée envers les enfans

position que Louis XVI, recommandait au prince de Galles, son fils : « Si Dieu vous donne du succès, lui » écrivait-il, usez-en avec modesiie, et ayez toujours de » l'éloignenient pour la vengeance. » Quoique le funeste résultat du procès de ces deux princes ait été le même, il y a bien de la difTérence dans la manière dont il ont été traités pendant qu'on instruisait leur procès. Charles, pendant sa détention , a toujours obtenu les égards dus à un roi, et jamais on ne l'abreuva d'injures gross ères et de trailemens afl'reux comme Louis XVI l'a élé; et cependant quelle différence entre l'urbanité des Français et celle des Anglais!

La cour de justice , créée pour juger Charles, fut composée de Fairfax , de Cromwel, de Walkr et de cent quarante-sept juges. 11 fut condamné à mort le 6 février 1649, ^*t exécuté le 9 à l'âge de /JQ ans, après en avoir régné vingî-cin(|. 11 avait époTisé le ii mai i()'i5. Henriette de France , (iilc de notre bon Henri , née le iî5 novembre 1609; et il en avait eu trois princes et quatre princesses ; lidoiiard , Charles II , Jacques II ; Marguerite. LlisaL'clh , Anne et Maric-llenricttc.

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OU les parens de ceux qui ont péri pour moi , et ensuite do ceux qui sont nsallieureux pour moi.

» Je sais qu'il y a plusieurs personnes de celles qui m'étaient allachécs, qui ne se sont pas conduites envers moi comme elles le devaient, et qui ont même montré de l'ingratitude; mais je leur pardonne (souvent, dans les momens de trouble et d'eli'ervescence , ou n'est pas le maître de soi), et je prie mon fils, s'il en trouve l'occasion, de ne songer qu'a leur malheur.

» Je voudrais pouvoir témoigner ici ma reconnaissance à ceux qui m'ont montré un attachement véritable et désintéressé; d'un côté, si j'ai été sensiblement touché de l'ingratitude et de la déloyauté de gens à qui je n'avais jamais témoigné que des bontés, à eux , ou à leurs parens ou amis; de l'autre, j'ai eu de la consolation à voir l'altachementet l'intérêt gratuit que beaucoup de personnes m'ont montrés : je les prie d'en recevoir tous mes remercîmens. Dans la situation oii sont encore les choses, je craindrais de les compromettre, si je parlais plus explicitement; mais je recommande spécialement à mon fils de chercher les occasions de pouvoir les reconnaître.

» Je croirais calomnier cependant les sentimens de la nation, si je ne recommandais ouvertement à mon fds messieurs de Chamilly et Hue (1), que leur véritable attachement pour moi avait

(1) Cl.-Ch, Lormier d'Etoges de Cliamilly, premier valet-de-chanibre du roi, fui enfermé au Temple avec Louis XVIle i5 août 1792, etensuite transféré à la Force. Le peuple le mit en liberté le 2 septembre au moment où

portés à s'enfermer avec moi dans ce triste séjour, et qui ont pensé en être les malheureuses victimes; je lui recommande aussi Cléry (i) , des soins du-

il allait être massacré, et le porta en triomphe chez lui. Mais par la suite il fut de nouveau enfermé avi Luxembourg, et condamné àmort par le tribunal révolutionnaire le 25 juin ijg'i, un mois et quatre jours avant la chute de Robespierre. Il était âgé de 62 ans. M. de Chamilly fds a été valet-de-chambre de S. M. Louis XA^III.

M. Hue, valet-de-chambre dvi roi, a partagé la captivité de ce prince jusqu'au 2 septembre , jour où on le mit en arrestation. Tallien prétend l'avoir sauvé des massacres de cette horrible journée. M. Hue ayant échappé au régime de sang en 95 et 94, accompagna 31adame royale lorsqu'elle sortit de France en 1795. Rentré en France avec S. M. Louis XVTII, il est devenu valetde-chambre-trésorier de ce prince. Il a pvdîlié en 1814» un ouvrage très-intéressant et très-bien fait, sous le titre suivant : Dernières années du Règne et de la Vie de Louis XFI. Paris, imp. roy., 1814, gt'- in-S.',port. Ce volume doit être lu avant le Journal de M. Cléry. Ces deux ouvrages réunis forment une série d'événemens qui déchirent l'ame.

(1) Cléry, valet-de-chambre de Mgr. le Dauphin, né près de Versailles en 1762, a ohtenu de Pélliion la permission de servir le roi au Temple, où il est entré le 26 août. Il s'est acquitté de ses fonctions avec un zèle soutenu , et qui a trouvé sa plus douce récompense dans la satisfaction que lui en a témoigné son maître infortuné. Cléry a publié l'ouvrage le plus attachant et en même temps le plus fait pour briser le cœur de tout être sensible, sous le titre de Journal de ce qui s'est passé à la tour du Temple pendant la captivité de Louis XFI , roi de France. Londres, 1798, /rt-8.", et souvent réimprimé. Après la mort du roi, Cléry est sorti de France, et est allé rejoindre les princes français , dont il a reçu l'accueil le plus touchant. Il est mort à Vienne le 10 juin 1809.

quel j'ai eu tout lieu de me louer depuis qu'il est avec moi : comme c'est lui qui est resté avec moi jusqu'à la fin, je prie messieurs delà Commune de lui remettre mes bardes, mes livres, ma montre, ma bourse , et les autres petits effets qui ont élé déposés au conseil de la Commune.

» Je pardonne encore très-volontiers à ceux qui me gardaient, les mauvais traitemens elles gènes dont ils ont cru devoir user envers moi. J'ai trouvé quelques an.es sensibles et compatissantes : que celles-là jouissentdans leur cœur de la tranquillité que doit donner leur façon de penser!

» Je prie MM. <îe Malesberbes (1), Tronchct (2) et Desèze (3) , de recevoir ici tous mes remer-

(i) M. C.-Guill, de Lamoignon de Malesherbes, né le 16 décembre 1721, ministre d'élat pour la partie de l'intérieur, de 1775 à 1776; condamné à mort par le tribunal révolutionnaire le 23 avril 1793. Il a joui de la plus grande réputation comme homme très -vertueux , très-instruit, très-bienfaisant, et comme philosophe aimable. Ln savant dit que dans ses derniers momens il montra la sérénité de .'^ocrate et la fermeté de Caton.

(2) M. François-Denis Tronchet, avocatcélèbre, membre de l'Assemblée constituante, choisi par le roi pour être un de ses défenseurs, s'acquitta de cette commission avec tout l'intérêt que lui inspirait la position de son infortuné client. Membre du Sénat conservateur et grand officier de la Légion-d'Honneur, ilestmortle iomarsi8o6.

(3) M, Desèze, né a Bordeaux, avocat célèbre, a défendu le roi avec autant de courage que de talent : si son éloquent plaidoyer n'a pas été couronné du succès , il n'y a nullement de sa faute : la fatale décision était arrêtée d'avance. M. Desèze est en ce moment pair de France, trésorier de l'ordre du Saint-Esprit, et premier président de la cour de cassation.

6o TESTAMENT, CtC.

cîmens et l'expression de ma sensibilité pour tous les soins et les peines qu'ils se sont donnés pour moi.

» Je finis en déclarant devant Dieu , et prêt à paraître devant lui, que je ne me reproche aucun des crimes qui sont avancés contre moi.

» Fait double à la tour du Temple, le 20 décembre 1792. »

Signé LOUIS.

Et au-dessous : Baudrais , officier municipal,, envoyé de la Commune.

Tel est l'acte de dernière volonté d'un roi qui, ayant donné au monde le plus grand, le plus terrible exemple de la fragilité des grandeurs humaines , a prouvé qu'il n'y a de vraiment solide, vraiment glorieux, vraiment immortel que la vertu appuyée sur la religion. Tel est le testament de Louis XVI , testament qu'on lira et qu'on relira toujours avec un nouvel attendrissement, toujours avec une nouvelle admiration ; testament dont on ne peut trop multiplier les copies, puisqu'on ne peut trop verser de larmes sur les malheurs du meilleur des princes; testament enfin qui devrait être gravé en lettres d'or dans tous les temples , comme un monument de la piété constante et de toutes les vertus chrétiennes du roi-martyr, du fils aîné de l'Eglise, de celui qui, seul, a pu désarmer la colère céleste et en obtenir l'heureux, rétablissement du trône des Bourbons.

TESTA^EÎNT DE fli A R I E - A > T O I N E T T E ,

REIXK DE FRANCE.

Nors avons déjà eu occasion de parler de cette princesse dans l'article précédent , consacré au testament de son auguste époux (V. pp. 4^3 et 55 ); nous allons continuer le récit sommaire des événemens qui la concernent, depuis la catastrophe du 21 janvier 1793 jusqu'à celle du 16 octobre de la même année , ce qui nous conduira au terrible moment où cette reine infortunée a tracé les dernières lignes qui font l'objet de cet article.

Après la mort de Louis XVI , la reine, Madame royale, le jeune rgi et M."'" Elisabeth eurent pendant quelque temps la triste consolation, étant réunis dans le même local , de pouvoir confondre leurs sanglots et leurs regrets; mais le 1 1 juillet 1793, le comité de salut public ordonna au maire de Paris de séparer la reine de son fils. Aussitôt on arracha inhumainement cet enfant si intéressant des bras de sa mère, et on le confia plus inhumainement encore à un cordonnier

nommé Simon On sait ce qu'est devenu le

rejeton de tant de rois entre les mains de cet homme , dont la grossièreté égalait la barbarie , et qui, pour prix de son atroce conduite, fut nommé membre de la Commune de Paris (1).

(1) Il a péri du dernier supplice !e lendemain du 9 ihermiduv (28 juillet i^'j'i}-

Le i."aoiit, la Convention, à la suite d'un rapport de Barrère, ordonna que la reine fût traduite au tribunal révolutionnaire.

Le 6 août, à deux heures du malin, on fit transférer Marie-Antoinette du Temple à 1 1 Conciergerie. Ce fut en vain que Madame royale et M.""' Klis.ibeth sollicitèrent la faveur de suivre l'illustre viclime.

Le 25 août, Fouquier-Tinville (i) demanda au comité de salut public les pièces pour commencer le procès de la reine. On eut beau chercher , il ne s'en trouva aucune; alors il fut décidé dans les comités que Fouquier-Tinville, à défaut de pièces, arrangerait sa procédure comme il pourrait.

( On prétend que le 5 septembre, Marie- Antoinette a rédigé son testament; et même un journal de Paris [la QuolUlenne) en a donné des extraits; mais comme les ministres de S. M., dans la communication qu'ils ont faite aux chambres (séance du 22 février 1816) , n'ont rapporté que la lettre écrite par la reine à M.""" Elisabeth, après sa condamnaiion , et n'ont point parlé de ce testament , nous doutons de son authenticité ;

(1) Cet lionimo, couvert du sang de loufes les victimes du tribunal révolutionnaire, a été condamné à mort et exécuté le 6 mai 1795. Sa veuve est morte, à Paris , en décembre 1827, dans la plus grande misère. Inconnue, couverte de liadlons, abandonnée au Ibnd d'un grenier, elle ne subsistait <|ue d'une faible pension insulïisante pour ses besoins les plus prcssans. Son nom n'a été découvert qu'après sa mort , dans des papiers cachés sous la paillasse qui lui servait de grabat.

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