DE MARIE -ANTOINETTE
nous nous bornerons donc à rapporter en note (i) ce que l'on en a dit dans la Quotidienne. )
( I ) « Le testament de Marie-Antoinelte, reine de France, archiduchesse d'Autriche , veuve de Louis XVI , est daté de la Conciergerie le 5 sepl< mbre ijgô. Cette princesse désigne pour exécuteur «pécial de ses volontés M. l'abbé Edgeworth de Firniont. Après avoir donné de sages conseils au roi Louis-Charles, son fils, qu'elle recommande aux soins généreux de M.""' Elisabelli, elle ajoute : « Quoi- » que j'eusse désiré que la princesse Maric-Tliérèse , ma » fdle, épousât un archiduc, son cousin du côté maleri> nel; comme la volonté du feu roi mon époux était qu'elle » lût unie au duc d'Angoulême , fils du comte d'Artois, » son oncle, j'engage mou fils (le roi Louis-Charles) à » remplir ce vœu . aussitôt que ma fille sera en état de » l'accomplir de son côté. »
» Marie-Antoinette, reine de France, remercie ensuite ^L"' Elisabeth de l'amitié sans bornes qu'elle a eue pour elle, des soins généreux qu'elle a prodigués aux enfans de Louis WI. « Si mon fils, ajoute la reine, est destiné » a vivre sur le trône, je demande à ma sœur de le di- » riger, au moins dans les premiers pas de son adminis- » Iration. S'il est condamné à passer dans les fers les » tristes jours de son enfance, et les jours plus amei'S de » sa jeunesse, c'est de la boulé de ma sœur que j'en ré- » clame et que j'en espère l'adoucissement. »
B II est impossible de retenir ses larmes à la lecture de ce passage , que nous transcrivons avec autant d'exactitude que notre mémoire peut nous le permettre. On n'est pas moins profondément attendri, lorsqu'on voit une reine de France léguer dans sou testament, à sa famille infortunée, le seul l)ien qui restait alors à sa disposition , une tresse tissue de ses cheveux et des cheveux de son royal époux; à M. le duc de Ponthièvre, le portrait de sa iille, la princesse de Lamballe; à son frère l'empereur d'Allemagne, celui de la duchesse de Meckleni';onrg.
Le 3 octobre, Billaiul-Varennes (i) fait ordonner par la Convention au tribunal révolutionnaire de s'occnpcr sans délai du procès de la reine.
Le 1 9 octobre , à six heures du soir, le premier interrogatoire fait par Fouquier-Tinville eut lieu; il ne fui pas public. Le i5 l'acte d'accusation fut signifié à la reine, et le i4 elle parut devant le tribunal révolutionnaire. Tout le monde connaît les débats de cette monstrueuse procédure (a) ;
Elle prie sa sœur, M."" Elisabeth, d'accepter, comme gage de souvciiir, un exemplaire du Voyage du jeune Anacharsis, qu'elle tenait de M. de Firmont. Elle ne laisse à ce digne ministre , pour témoignage de sa reconnaissance, que la peine d'exécuter, autant qu'il lui sera possible, ses dernières volontés, ajoutant ces belles paroles : « Aux cœurs faits comme le sien , il ne faut pas » d'autre récompense. »
» La reine termine son testament en remerciant M."" Richard , femme du concierge de la prison , des bons procédés qu'elle a eus pour elle, et M."* Harel qui l'a servie avec zèle. Elle donne à l'une sou portefeuille , et deux dessins au crayon; à l'autre une bourse et six louis qui y sont renfermés. La reine de France, après avoir fait plusieurs autres dispositions qui monlrent sa grande ame, demande pardon à ceux qui l'ont entourée, des peines (ju'ils ont prises pour elle, et pardonne sincèrement à ceux qui se sont déclarés ses persécuteurs. Sa dernière pensée est pour le bonheur de la France. »
(i) Billaud-Varenues, l'un des plus fougueux conventionnels, a été déporté à Sinnamari le i ." avril ijqS.
(2) M. Chauveau-Lagarde, nommé défenseur delà reine, puisensviilede i>l.°" Elisabeth, et qui s'estacquilté de cette fonction avec talent , a publié en 181G, une Nolfi 4iistorique sur les procès de Mnrie-Anloinclte W Autriche , reine de France, et de M.""' Elisabeth de France, au tribunal révolutionnaire . Paris, i8i6, in-8.° de 64 pages.