‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 5)Chapitre 129 sur 136 · TESTAMENT D'EMMANUEL CHARBONNIER · texte numérisé non relu

TESTAMENT D'EMMANUEL CHARBONNIER

Encore un modèle de bienfaisance. Emmanuel Charbonnier, bourgeois d'Aubonne (canton de A^aud , en Suisse ) , né avec peu de fortune , et devenu aveugle par suite de la petite-vérole, à l'àgc de deux ans, vécut jusqu'à 70 ans, et parvint à force d'économie à réaliser la somme de 20,000 liv. de Suisse (07,500 i'r. ). Sentant vivement le malheur de sa position, il s'attendrissait particulièrement sur le sort des indigens qui partageaient son infortune; et pendant ciiîqnanie ans, il s'occupa du projet d'être utile à ces malheureux après sa mort. Il y réussit autant qu'il fut en son pouvoir; et les privations de toute sa vie composèrent la sounnc dont nous venons de parler. Le 10 juin 1802, il lit sou testament, et laissa tout yon bien en rentes pour être annuellement parlc'igé aux aver»g'es pauvres de son district. C'est ainsi qu'il a assuré à perpétuité une ressource contre la misère, aux com!)agnous de son infirmité, qui, dans le pays, doivent à jamais bénir le nom de leur vertueux bienfaiteur.

TESTAMENT DE M. IIELLOIN.

Si l'on en croit les journaux , il est pou d'hommes qui aient poussé plus loin que feu M. Helloin , ancien juge de paiv près de Caën , l'amour du repos et presque de l'immobilité ; et comme le lit est le meuble le plus propre à favoriser ce genre de quiétisme physique, M. llclloin le quittait rarement. On prétend même que lorsqu'il exerçait les fonctions de juge d<; paix, sa chambre à coucher devenait salle d'audience, et il rendait ses arrêts la télé sur l'oreiller et le corps mollement étendu , dans la position horisontale si favorable h son goùl pour ce que l'on appelle la paresse. Destitué il y a six ans , il se livra avec encore plus de sécurité ou plutôt de volupté h ses doux penchans , et ne sortit pour ainsi dire plus de son lit. Mais une vie aussi tranquille ne met pas plus h l'abri du ciseau de l'inflexible parque , que la vie active d'un solliciteur: M. Helloin l'a éprouvé dernièrement. Sentant sa fin approcher, il a du moins voulu prouver par son testament , qu'au-delà du tombeau i\ resterait encore fidèle à son système, ou pour mieux dire h sa passion pour le lit. En conséquence , son acte de dernière volonté a porté la clause expresse qu'il voulait être enterré la nuit dans le lit et dans la position où la mort l'aura surpris , c'est-k-dire avec sa couche, son matelas , ses draps, son oreiller et tout ce qui compose son lit. Rien ne s'opposant à l'exécution d'une pareille clause, une fosse énorme a été creusée, et le défunt a été descendu dans sa dernière demeure sans qu'on l'ait dérangé en rien de l'altitude où il se trouvait quand il a rendu le dernier soupir; on a placé des planches au-dessus du lit pour que la terre en tombant

/] j6 testa Xi E i\ T D T. E 11 F. H MITE

ne troublât pas le repos de cel inip* liurbaLle quiétiste. Si le testament que nous venons de faire connaître n'est pas supposé (ce que nous sommes loin de garantir), n'esl-il pas surprenant que tant d'originalité se soit rencontrée en France sans avoir traversé la Manche?

DE l'iIERMITE DE LA CHAUSSEE d'ANTIN.

Ce testament fictif signale si bien les travers de la société, que nous croyons devoir le comprendre parmi ceux dont nous avons fait choix : pourrions-nous terminer notre recueil par une pièce plus spirituelle et plus remarquable par la finesse de tact et d'aperçu? Mais cédons la plume à l'auteur.

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