DE MARIE- AN TOI NETTE
ils durèrent trente-six heures, et se terminèrent le i6 à quatre heures du malin, à la manière accoutumée de ce tribunal, c'est-à-dire par une sentence de mort.
La reine entendit prononcer son jugement sans donner aucune marque d'altération, et sortit de la salle sans proférer une parole , sans adresser aucun discours ni aux juges, ni au public, et fut ramenée à la Conciergerie dans le cabinet des condamnés.
C'est alors que Marie-Antoinette, dans ce terrible cabinet, placée entre le tribunal de sang qui vient de la condamner et l'instrument du supplice qui l'attend, le corps transi de froid, les pieds enveloppés dans une mauvaise couverture (i), mois le front serein, l'ame calme, le
(i) Il serait difficile de se figurer tout ce qu'a eu à souffrir celte malheureuse reine depuis son cnirée à la Conciergerie jusqu'à sa mort. « La fille des Césars, a dit » 31. de Chàteaubriant à la chambre des pairs, la fille » des Césars, couverte de lambeaux, réduite à racconi- » moder elle-même ses vètemeus, outragée devant un D tribunal intame . par quelques assassins qvii se disaient » des juges, conduite sur un tombereau au supplice , et
» cependant tovijours reine ! Il faudrait, Messieurs,
T) avoir le courage même de cette grande victime pour » achever ce récit. »
Il est certain que jamais reine, et l'on pourrait dire jamais femme n'a éprouvé de pareils traittmens. Jadis deux reines de France ont aussi épuisé toutes les rigueurs du sort, et cependant leurs maux affreux ont été audessous de ceux de Marie-Antoinette.
La reine Brnnehauta subi , en 6i5,le plus horrible des supplices. Condamnéeàunemort infâme par Clotaire II,
cœur rempli des plus doux , des plus aflectueux, des plus généreux sentinieiis, révèle ses dernières pensées et les épanche dans le sein de la plus ver-
dans un conseil de seigneurs français assemblés militairement, elle a été attachée et traînée à la queue d'une cavale indomptée. Mais cette condamnation et cette mort, tout affreuses qu'elles sont, ne peuvent se comparer aux longs tourmens qu'a endurés l'infortunée Marie-Antoinette. Brunehaut a beavieoup souffert sans doute, mais pendant peu de temps; et Marie-Antoinette a souffert pendant près de quatre ans , et son agonie a été de quinze mois, car elle a commencé au 20 juin 1792.
Marie Stuart , reine d'Ecosse et de France , née en 1 542, longtemps prisonnière , a été aussi jugée arbitrairement, et condamnée injustement à être décapitée (le 18 février 1587); mais elle n'a pas éprouvé la millième partie des tourmens et des outrages dont on a abreuvé Marie-Antoinette. Cependant sa détention à Fotheraingai a été de dix-huit ans; son procès a été tyrannique, irrégulier; sa condamnation révoltante; ses malheurs, fruit delà passion et de la cruauté d'Elisabeth, ont été grands : mais dans le cours de ces funestes événemens, on a toujours eu pour elle les égards dus à son rang; jamais elle n'a été réduite au dénuement des choses les plus nécessaires à la vie, ni à la nécessité humiliante de se servir ellemême. Un peuple féroce n'a point insulté à son malheur; au contraire elle a inspiré de la compassion, même à ses bourreaux. Pendant son procès elle a toujours été traitée avec respect. Après sa condamnation , elle s'est contentée de dire : « La mort, qui doit mettre fin à mes malheurs, > me sera très-agréable. Je regarde comme indigne de » la félicité céleste une ame trop faible pour soutenir le » corps dans ce passage au séjour des bienheureux.» Son supplice, (juoique terrible, n'a été ni publie, ni accompagné des cris de joie de la populace. Enfin Marie Stuart qui avait, dit-on, quelques torts à se reprocher, a été,