‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 5)Chapitre 24 sur 136 · MON TESTAMENT DE MORT · texte numérisé non relu

MON TESTAMENT DE MORT

fi Je soussigné, Pierrc-Edme Pcrtuizot, de- » meurant à Lesmont ( Aube ) , recommande » mon anie à Dieu , le créateur de l'univers et » le souverain de tous les êtres, étant soumis » aux dogmes religieux qui émanent de s^ su-

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» prênie volonté. Je demande à être inhumé » dans le cimetière de ce lieu , en face de mou » jardin qui est au nord, dépendant de la mai- » son que j'ai fait construire en pierre, ayant » fait placer dans ce jardin mon cénotaphe , » ob memoriam 3 dans un bocage où seront ren- » fermés, sous le granit, quelques restes de mon » existence transitoire et fugitive.

» Je recommande à mes enfans, petits-enfans » et gendres, leurs successeurs, et à leur posté- » rite, de conserver ce monument de mon néant, » qui n'occupe pas deux mètres de surface, étant » largement récompensés de ce léger sacrifice » que je demande à leur piété filiale et à leurs » sentimens de reconnaissance, par tous les au- » très biens que je leur ai conservés , amassés , » et par l'exemple du bon ordre que j'ai mis à » mes afll'aircs, qui deviennent les leurs.

» Ce monument funèbre est destiné à contenir » des restes de mes dépouilles mortelles, de » celles de ma femme et de nos descendans, qui » voudront bien adjoindre leurs tristes reliques à •» celles de leurs auteurs , qui se sont, par leurs » soins et leur économie , consacrés à leur bien- » être.

» La vue de ce tombeau leur rappellera leur » existence précaire ; heureux , s'il leur inspire » le désir d'imiter la tempérance, l'économie, » la frugalité de leurs parens, qualités qui fout » la source du bonheur, en se consacrant à la » vertu.

» Article I." Je donne et lègue à la fiibrique » de Lesmont, à condition qu'il sera

» chanté, tous les ans, à l'issue de vêpres, le » dimanche qui suivra l'époque de mon décès, » le Libéra me. Domine , au his qui oderunt me , » etc. , sous les grandes portes de l'église de » Lcsmont, qui seront ouvertes, et le célébrant » et le chantre tournes en face du monument » qui est dans mon verger , et qu'il sera dit une » messe basse le jour ou le lendemain de mon » décès, qui sera annoncée pour le bien et le » repos des vivans et des morts de ce pays qui )) m'a vu naître.

» C'est une vérité éternelle que nous ne nais- » sons que pour mourir. La mort est une dette » de la nature qu'il faut nécessairement payer , » en nous réunissant, par notre dissolution, » aux élémens qui ont produit les modifications » de nos dépouilles mortelles. Il ne faut pas » nous affliger de la mort qui est le terme de » nos peines et de nos maux dans ce bas-monde. » Les méditations philosophiques m'ont con- » vaincu que le mourant gagne plus qu'il ne « perd ; car les peines morales et physiques » l'emportent sur le bien-être et le plaisir, » surtout dans Ihiver de l'âge.

» Si nos proches ont lieu de s'affliger, c'est » des doideurs qui devancent et accompagnent » le trépas. Parvenus à ce dernier but , cessons » de nous attrister d'un arrêt éternel et irrévo- )) cable. Conservons le souvenir de nos parens » et de nos amis, en raison des affeclions, des » égards et du bien qu'ils nous ont fait ; surtout » tachons de les imiter dans leurs actions ver- » tueuses et recommandables.

DE P.-E. PEP.TIIZOT. 121

» Suit Cépitaplic de mon tombeau.

» Al' BAS DE CE MLR, EST LE CORPS DE PIERRE- EDME PEPtTUIZOT, JLRISCONSULTE, DEMEURANT A LESMONT. IL A FAIT CONSTRUIRE LA MAISON VOISINE QUI EST AU NORD, ET PLANTÉ d'aRBRES FRUITIERS LA COUR ET LES VERGERS. IL A VECU JUSQu'a ( SOÎ-

xante-six ans ) , dans les agrémens de la vie

CHAMPÊTRE , QUI NOUS RAPPROCHE DE LA NATURE. LE SURPLUS A ÉTÉ REMPLI DE PEINES ET DE SOUFFRANCES, QUI l'ont CONFIRME DANS LE PEU DE CAS QU'iL FAISAIT DE l'existence , AVANT d'eN AVOIR ÉPROUVÉ TOUS LES DÉSAGRÉMENS. IL n'auRAIT JAMAIS VOULU RECOMMEN- CER SA CARRIÈRE , AVEC LES MÊMES ÉVENEMENS , EN BIEN ET EN MAL, DE LA RÉVOLUTION DE SA VIE, QU'iL A QUITTÉE SANS REGRETS EN RENDANT A LA NATURE CE qu'elle lui a prêté a DE TROP GROS INTÉRÊTS.

IL A FONDÉ UNE MESSE POUR LES FIDÈLES TRÉPASSÉS DU PAYS qu'il a vus NAITRE ET MOURIR. IL EST MORT

LE (27 septembre 1817). ne vous prévalez pas

DE VOTRE SANTÉ ; GARDEZ-VOUS d'eN ABUSER, CAR UN RIEN PEUT LA DÉRANGER. »

INoiis avons rempli les dates que le testateur ^vait été obligé de laisser en blanc dans le plan de son épitaphe. ]Né en 1761 , il est mort en 1817, âgé de soixante-six ans.

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