TESTAMEM DE RIA-KING
EMPEBEl'R DE LA CHINE.
On ne trouvera pas dans ce testament les formalités usitées en Europe pour ces sortes d'actes, mais on y reconnaîtra le caractère de la plupart des souverains de la Chine, caractère marqué au. coin de la franchise , de la bonté et de la vertu. L'empereur Kia-King paraît, d'après ce qu'il dit, avoir été un prince qui a gouverné ses peuples avec sagesse, prudence et humanité. Voici son testament traduit en français , tel que nous l'avons trouvé dans plusieurs papiers publics :
Du »o septembre 1820.
« Le grand empereur qui a reçu du ciel et de » la nature sujette à tant de \icissitudes, la sou- » vcraineté du monde, fait connaître par les pré- » sentes à l'empire ses dernières volontés.
» Lorsque S. M. Kicn-Lung, le précédent » souverain, remit à moi, l'empereur, le sceau » de l'empire, et que je fus son successeur au » trône , je reçus , trois ans après , ses instructions » personnelles sur les afl'aires du gouvernement. « Je jugeai bientôt que les grands principes de » l'ordre social consistent à respecter le ciel, à » imiter ses prédécesseurs , à s'occuper sans re- » lâche des travaux du gouvernement , et à chérir » le peuple. Je compris que le ciel élève les princes -> pour le peuple, et que le devoir de prendre » soin de son bonheur est imposé à un homme.
DE Kl A -K IX G. 123
» Lors de mon avènement a\i trône, les rebelles, » dans plusieurs provinces, n'avaient pas encore » été ramenés a l'ordre. Cependant ce but a été » atteint par les premières autorités de l'état et B par le moyen de la grande armée. Mais dans la » dix-huitième année de mon règne , des hommes » égarés excitèrent de nouveau des troubles et » forcèrent la porte du sacré palais. Dans l'inter- » valle de deux mois , la tranquillité fut rétablie » dan s les trois provinces où elle avait été troublée. ') J'ai toujours vu que les opinions hétérodoxes » sont nuisibles au peuple, et j'ai souvent donné » des ordres pour faire respecter le gouvernement » et lui attacher les cœurs des habitans.
» La rivière Jaune a été de tout temps , par e ses inondations , un fléau qui a fait beaucoup » de mal à la Chine. J'ai pris tous les soins et » fait toutes les dépenses possibles pour obvier » à ce malheur. Lorsque dans quelques parties » du royaume, il y a eu des pluies continuelles » ou de funestes sécheresses, j'ai ren.is la taxe » sur les terres, et j'ai fait distribuer des grains.
» Lorsqu'on m'a félicité l'année dernière sur » le soixantième anniversaire de ma naissance, » j'ai remis tout l'arriéré de cet impôt foncier, » qui s'élevait au-delà de vingt millions. Pendant » l'automne, j'ai fait, suivant l'usage de mes pré- » décesseurs, une partie de chasse à Muh-Lan. j> J'avais joui jusque-là d'une sauté robuste, mais » hier, étant à cheval, j'éprouvai tout-à-coup » une si forte chaleur que je prévis une sufFoca- » tion , et sentis que je n'en reviendrais pas.
» A l'exemple de mes sage^ prédécesseurs,
» j'avais déjà antérieurement Tait choix de mon » successeur au trône. Lorsque, dans la quin- » zième année de mon règne, les rebelles tâchèrent » de franchir les remparts du palais sacré, l'hé- » ritier impérial en tua deux de sa propre main » et mit les autres en fuite. Je le nommai alors » roi et lui donnai le surnom de sage.
» Comme ma maladie actuelle va mettre fin » à mes jours , j'ordonne à tous les ministres d'état » et aux dignitaires de la couronne d'ouvrir le » dépôt sacré de ma volonté. Le devoir d'un » prince souverain est de connaître le caractère » des hommes et d'assurer le repos du peuple. » L'accomplissement de ce devoir est réellement » très-difficile.
» Attache-toi, mon fds , aux gens de bien et » aux hommes vertueux, et affermis pour des » milliers d'années la domination denotre dynastie » sur notre grand héritage. Je suis parvenu au » grand honneur d'être le fils du ciel. Le bonheur » que j'ai eu d'atteindre soixante ans peut être » regardé comme très-grand. J'espère que mon » successeur conservera la paix dans le monde, » et alors mes vœux seront accomplis,
» Lorsque j'ai reçu le sceau de l'empire, j'avais » trois frères, deux qui étaient mes aînés et un » plus jeune que moi. Le dernier est mort ce » printemps. Les deux autres, pour s'être rendus » coupables d'un offense et s'être conduits d'une » manière inconvenante, ont été privés de leurs » dignités et de leurs avantages; mais cette puni- » tion leur est entièrement remise par les ])ré- '» s';nl(;s. Ln de mes prédécesseurs, l'empereur