TESTAMEINT DE NAPOLÉON BONAPARTE
Voici le testament d'un homme extraordinaire, dont le modeslc berceau et le tombeau solitaire, séparés l'un de l'aulre par des mers immenses (1) , font un contraste frappant avec l'éclat de sa vie , vie qui est sans exemple dans les annales de l'histoire moderne.
ISé pour les armes, Napoléon Bonaparte (2) met à peine le pied dans la carrière, qu'il fixe tous les regards pardes conquêtes rapides. Enivré de succès non interrompus , et profitant habilement des circonstances, dans un moment où l'opinion publique se prononçait fortement contre les derniers elForts de l'anarchie expirante, il marche à grands pas vers le pouvoir suprême, s'en empare, et ne tarde pas à voir tous les peuples
(1) La plus courte disfance d'Ajaccio en Corse, à Longwood (île Sainto-Hf'lèiic ), est d'environ G54 myriamèires . qui, à raison de la route à suivre pour parvenir de l'une de ces villes à l'autre, peuvent donner i585 lieues ( de aS avi degré ).
(2) Ce nom en italien est Buormpartc; il est ainsi écrit dans les Almanaehs militaires antérieurs à la révolulion; l't' est accentué. J'ignore l'époque où Napoléon a francisé son nom , mais je possède un ordre du jour manuscrit, daté de Nice le 3o ventôse an II (20 mars 1794) ■> où sa signature autographe porte BroNAi'ARTE. On prétend que c'est depuis 1 796 qu'il a signé Bonaparte.
de l'Europe, excepté un, se presser sur ses pas, lui servir de cortège , aller au-devant de ses volontés, trembler à son aspect, changer d(i souverains ou de gouvernement , et se déclarer libres ou sujets, selon les circonstances , selon ses intérêts, et quelquefois selon les caprices ou les vues de son ambition. On ne peut disconvenir qu'il n'ait été l'un des hommes les plus puissans (A) qui ont étonné le monde, depuis Ahîxandre, César et Charlemagne. Jamais pouvoir imprévu, créé par la victoire, secondé par des talens éminens, étayé par de grandes alliances , n'a été plus fortement, plus adroitement constitué; et cependant ce pouvoir colossal s'est écroulé en moins de temps qu'on en avait mis à l'établirl 11 a disparu; et il n'en reste plus que des souvenirs aussi variés, aussi opposés entre eux que les passions de ceux qui les conservent. Mais ces souvenirs d'affection ou de haine s'affaiblissent chaque jour, et bientôt leur objet, phénomène inoui dans les siècles modernes, ne sera plus pour tous qu'un sujet de méditation sur les décrets de cette Providence qui, dans les grandes révolutions, exaltât et dimittit selon les lois de son immuable justice. Avant de rapporter le testament de iNapoléon, nous allons entrer dans quelques détails sur ses premières études et sur celles de ses frères Joseph et Lucien. Ces détails , quelque minutieux qu'ils
(A) Nous renvoyons à la fin du testament cette note et toutes celles qui seront indiquées par des lettres majuscules. Quant avix notes désignées par des cUiffres, elles seront placées au bas des pages.
puissent paraître, nous semblent nécessaires pour rectifier des erreurs adulatrices de certains biographes qui s'imaginent relever la gloire de leur héros en lui donnant une origine des plus illustres, environnée de l'éclat de la fortune ; de sorte que le prenant au sortir de l'école militaire, ils en font un jeune officier vivant en grand seigneur avec équipage (i). Bonaparte n'a pas besoin de ce relief imaginaire. Que Jules-César, prononçant
(i) Voyez les Observalions sur /'Histoire de Napoléon, d'après lui-même, par Léonard Gallois, pubtlces par M. Amanton. Paris, Trouvé, 1837, in-8.°de 25 pag. L'auleur a très-bien relevé les erreurs graves de M. Gallois sur l'origine et la jeunesse de Bonaparte , sur le caractère gai et plaisant qu'il lui prête, sur sa première garnison, sur son opulence au régiment, etc. etc. Mais ces erreurs n'appartiennent pas entièrement à M. Gallois: la plupart ont été copiées littéralement dans le Mémorial de Sainte- Hélène, de M. Las-Cases, ouvrage où, pai'mi plusieurs détails intéressans et vrais, donnés et dictés par Napoléon sur sa première jeunesse , il s'en trouve d'autres que l'auteur y a ajoutés et qui sont fort erronés ; par exemples , il dit, tom. I, p. i65, que Napoléon, sortant de
l'école militaire^ fut joindre son régiment à Valence , que
sa famille lui faisait la grosse pension de 1200 liv. , etc. etc. Le fait est que la ville d'Auxonne a été la première garnison de Bonaparte, qu'il y a résidé pendant environ quatre ans ( avant d'aller à Valence) , et qu'il y a vécu très-économiquemeni de ses seuls appointemens. Cela est connu de toute la population d'Auxonne; et de petites dettes (ju'il y a laissées , attestées par les billets qui existent encore, en font foi.
Mais ce qu'il y a de singidier, c'est que M. Las-Cases rapporte, tom. ITl, p. 585, une anecdote où Bonaparte dit qu'en 178G, à Auaonne, sa garnison, étant et nager, il
à la tribune l'éloge funèbre de sa tante Julie, la fasse descendre d'Ancus Marlius; que lui-même jirétende descendre de la déesse Yénus, et qu'il ajoute : « On trouve donc dans ma famille la » sainteté des rois qui sont les maîtres du monde, » et la majesté des Dieux qui sont les maîtres des n rois ; » cette ridicule jactance était conforme au but de cet ambitieux dictateur et aux idées superlitieuses du siècle où il vivait. Mais dans nos temps modernes , de pareilles absurdités pour
avail perdu connaissance tl avait failli être noyé. Ce second passage du Mémorial implique contradiction avec le premier. M. Las-Cases eût dû y faire attention. Il parle encore, tom. V, p, 166, d'un Voyage sentimental que Bonaparte lU en Bovu-gogne au commencement de la révolution , dans lequel voyage il alla à Nuits , et soupa cliez son camarade Gassendi , alors capitaine dans son régiment (c'était La Fère, en garnison à Auxonne) et marié asse: richement à la fille d'un médecin du lieu (INI. Sousselier). Ensuite il fut souper chez M.""' Maret ou Muret ( lisez Marey ), et, dans ces deux soupers, il brisa beaucovip de lances en favevu' de la révolution, etc. etc. Ce voyage sentimental n'est autre chose qu'une petite expédition militaire confiée au lieutenant Bonaparte , qui fut envoyé d'Auxonne avec un détachement de son régiment, d'abord à Seurre , petite ville voisine d'Auxonne, où il y avait quelques troubles, puis à l'abbaye de Citeaux, où les religieux s'étaient insurgés contre l'abbé. Bonaparte y resta deux ou trois semaines ; il allait de temps en temps à Nuits. Voilà ce que Bil. Las-Cases appelle lui Voyage sentimental , fait pai- Napoléon en Bourgogne. Il y aurait encore bien d'autres choses à relever dans le Mémorial, qui cependant renferme des particidarités curieuses parmi certains passages sur lesquels l'auteur n'a certainement pas eu l'intention de réunir tous les suffrages.
\Jl\ TESTAMENT
déguiser l'origine d'un homme célèbre qui a vécu au milieu de nous, ferait hausser les épaules. Et tout le monde sait que Bonaparte lui-même a imposé silence aux Hoziers bénévoles qui déjà lui teiiaient prêle une généalogie au moins royale.
Kétablissons donc les faits concernant la jeunesse et les premières études de iSapoléon et de ses deux frères Joseph et Lucien. On peut compter sur la véracité des détails que nous allons donner; nous les tenons de deux respectables ecclésiastiques qui ont été leurs professeurs au collège d'Antun, où ces jeunes gens furent admis comme pensionnaires par la protection de AI. de Marbœuf, gouverneur général do Corse , dont le frère était évêque d'Autun depuis 1 767. (11 y resta jusqu'en 1788.)
Disons d'abord un mot de la naissance de Bonaparte; ensuite nous passerons aux détails annoncés ci-dessus et renfermés dans un fragment de correspondance entre les deux dignes ecclésiastiques dont nous venons de parler, correspondance que nous avions sollicitée nous-même de l'un d'eux , qui nous honore de son amitié.
Psapoléon Bonaparte est né à Ajaccio en Corse, le i5 août 1769, de Charles Bonaparte, assesseur à la justice royale d'Ajaccio ( né en 17/16, mort le 24 février 1785 ) , et de Lctzia Ramolini (née le 2l\ août 1 750). Il est le second des treize eiifans provenus de leur mariage célébré au commencement de 1 767 ; mais de ces treize enfaus , huit seulement, cinq garçons et trois filles, ont survécu.
F m fument de lu lettre de M. l'abbé Cfi à M,
l'abbcF — «INapoléon est arrivé à Autun avec son
DE NAFOIÉON. 1 35
» frère Joseph, an commencement de l'année
» 1779 (1), accompagné de M. son père ( qui,
» comme peut-être il vous en souvient , était un
» superbe homme ), et de M. l'abbé de Va ,
» qui ensuite devint grand-vicaire d'Autun , sans
» doute à son grand élonuement , et qui depuis
» s'est marié, a été commissaire des guerres, etc.
» (2) Napoléon avait neuf ans et demi quand il
» arriva à Autun; il y apporta un caractère soni-
» bre et pensif; il ne s'amusait avec personne,
» et se promenait ordinairement seul , ayant pour
» ainsi dire l'air de calculer déjà l'avenir, du
» moins je le suppose d'après une conversation
» auprès du poêle dans la salle d'études , entre lui
» et les autres pensionnaires, qui le contrariaient
(i) Et non pas 1777, année où certains biographes le font cnirer à Brienne. Bonaparte n'aurait pas encore eu au commencement de cette année sept ans et demi; on n'entre pas dans une école militaire à cet âge. Les détails de la lettre que nous rapportons annoncent qu'il avait neuf ans et demi. If n'a été à Autun que momentanément, et pendant que son père, député de la noblesse des états de Corse à Paris, profitait de la circonstance, et faisait des démarches sans doute pour obtenir en faveur de son fils une place gratuite à Brienne, oi!i il est en effet entré le dimanche 25 avril de la même année 1779. V. sur l'arrivée de Charles Bonaparte à Paris, le Mémorial de Sainte-Hélène , tom. I, p. i4i-
(2) On m'a assuré que ce Monsieur ne se faisait pas scrupule de garder les petites sommes que la famille de Corse hii envoyait de temps en temps pour les enfans. Ce qui laissait ceux-ci , ou du moins Joseph et Lucien, dans un dénuement auquel vui de ses professeurs a plus d'une fois pourvu.
n sur la prise de la Corse, et qui taxaient de lâ- » chcté les habitans. 11 écoula leurs réflexions ■) avec cet air flegme et froid qui formait sou )' caractère. Mais quand ils eurent fini , il allongea » avec vivacité et môme avec humeur son petit » bras de neuf ans et demi, et répondit que si » l'on n'avait été que quatre contre un, on n'au- » rait jamais pris la Corse, mais qu'on était venu » dix contre un. J'étais à côté de lui, et je lui » dis : « Cependant vous aviez un bon général » dans Paoli. » Il me répondit avec un air peiné : « Oui , Monsieur, et je voudrais bien lui ressem- » bler. » Il paraît que dès l'enfance, son caractère » s'était annoncé, puisque, quoique le cadet de » Joseph, on l'avait destiné aux armes. Il avait » beaucoup de dispositions, comprenait et appre- » nait facilement. Quand jelui donnais une leçon, » il fixait sur moi ses regards bouche béante. » Clierchais-je à récapituler ce que je venais de » lui dire , il n'écoutait plus ; et si je lui en faisais » des reproches, il me répondait avec un air » froid, on pourrait même dire impérieux : «Mon- » sieur, je le sais. » Je ne l'ai eu que trois mois; » pendant ce temps, il a appris le français de » manière à faire librement la conversation, et » même de petits thèmes et de petites versions. » Au bout des trois mois je l'embarquai avec un » M. de Champeaux pour l'école militaire de » Brienne (i).
( I ) 11 fut conduit à celte école avec le fils cadet de M . de Charnpeaiix. par ."M. de (lliampeaux père, et il y arriva le dimanche 25 avril i^TÇ). Son père, M. Charles Bona- . parle, l'y attendait depuis cinq à six jours.
DE NAPOLÉON. iZ'^
» Depuis ce temps je n'ai point cherché à lui » parler, quoique je connusse ses bonnes dispo- » silious à mon égard; ce dont j'ai été informé » pendant mon exil, par un officier de marine » émigré, qui avait épousé la cousine de sa pre- » mière femme ( Joséphine ) , à qui il avait prêté » quatre-vingts louis en l'amenant d'Amérique » en France. 11 alla les lui redemander à Milan. » Il rencontra ïîonaparte qui commandait Tarmée » d'Italie, et lui parla de moi. « Je suis surpris, » dit-il, que l'abbé Ch.... ne m'écrive pas, il sait » que je puis lui rendre service. » L'officier, avec » lequelj'étaistrès-liéàVenise,luirépondit: «Vous » n'en seriez pas étonné, si vous le connaissiez » maintenant; rien ne lui manque, et même s'il » avait besoin, je crois qu'il ne serait pas dans » son caractère de demander. » C'est l'ofTicicr qui » me rapporta cette conversation. J'ai su après » qu'il donna de mes nouvelles à son frère Joseph, » à cette époque ambassadeur à Rome.
» Quant à celui-ci ( Joseph ) , il avait aussi » beaucoupdedispositions. iNesachantnullement » le français à son arrivée, malgré son peu d'ar- » deur pour l'étude, ill'apprit très-promptement » ainsi que les principes du latin , au point qu'en » vingt-deux mois que je lui donnai des leçons il » entra en quatrième et fut des premiers de la » classe, et partagea les prix. 11 fit encore bien » en troisième. Je le quittai alors; et M. le prin- » cipal me dit depuis qu'il avait perdu à mon » absence et s'était négligé. En effet il m'était telj» lement attaché, qu'il travaillait parce qu'il savait » que c'était un moyen de me faire plaisir. Autant
1 58 T E s T xV M E N T
» son frère était impérieux, autant il était coni- » plaisant et honnête. Son caractère était doux, » prévenant, reconnaissant (i) , aimant ses ca- » marades, protégeant ceux que l'on cherchait à » contrarier. Jamais je n'ai vu en lui de germes » d'ambition. Son naturel gai , mais tranquille, » n'annonçait aucune disposition pour le genre » de vie auquel on l'a destiné ; et c'est ce qui me » fait soupçonner, d'après le caractère que je lui » ai connu, qu'il a été roi malgré lui.
» Pour Lucien, je n'ai fait que l'apercevoir, » lorsque retournant à Aulun, j'allai voir son » frère Joseph. Il semble que sa conduite dans » la suite a montré qu'il avait un caractère très- )) ferme (2). Il se serait peut-être mieux soutenu » que son frère, à moins que la Providence, dont
(1) M. l'abbé F m'écrivait en 1825 : «Joseph n'a
» quitîé le collège fl'Autun qu'en 1785, après avoir achevé » s<>s humanités. 11 était doux, timide et tr^s-aimant. Je » lui avais témoigné beaucoup d'intérêt; il m'a fait les » offres de services les plus flatteuses et je n'en ai accepté » aucune. »
En effet je sais que Joseph arrivé sur le pinacle, a offert
à M. l'abbé F l'évéché de Mende, que celui-ci a eu la
modestie de refuser. Je sais aussi (ju'il a fait une pension de 4^00.0 fr. sur sa cassette à M. l'abbé C
Enfin il a procuré à M. l'abbé Simon , qui a également été son professeur au coUégc d'Autvm, l'évôché de Grenoble. M. Simon a été sacré le 8 août 1802; il est mort à Grenoble le 3 octobre 1826, à l'âge de 81 ans, étant né à Semur ( Côte-d'Or) , le 3 novembre i744'
(2) M. l'abbé F me mandait : « J'ai assez suivi le
» bon et pétulant Lucien pendant vingt à vingt-deux » moi». »
D E N A ? O L É O N . 1 JQ
i) tout dépend, n'en eût autrement décidé. Mais B je ne l'ai pas assez vu pour le juger. Quant à » Louis et son frère Jérôme, je n'ai jamais su » qu'ils aient été à Autun. Voilà, Monsieur, en » abrégé l'histoire des Bonapartes que j'ai vus à » Autun , etc. etc. »
ÎSous avons dit précédemment que le jeune "Napoléon s'était rendu à l'école de Brienne en i-'jg; il y est resté jusqu'en i 784. Vers la fin de cette année, il sortit de cette école, par suite de la note favorable qu'il obtint de l'inspecteur (1) au concours dans lequel on désignait les meilleurs élèves qui avaient mérité d'aller achever leur éducation à l'école militaire de Paris. Cette note est ainsi conçue :
« Inspections des écoles royales et militaires, » année i^S^j^ sous le ministère de M. de Sègur.
» M. de Buonapartc (?Sapoléon ), né le 1 5 août » 1769, taille de 4 pieds 10 pouces 10 lignes.
» A fait sa quatrième.
» De bonne constitution , santé excellente, » caractère soumis, honnête et reconnaissant. » Conduitetrès-régulière.S'csttoujours distingué r> par son application aux mathématiques; il sait » très-passablement son histoire et sa géographie. » Il est assez faible dans les exercices d'agrément, » ainsi que pour le latin , où il n'a fait que sa qua- » trième. Ce sera un excellent marin.
(1) M. Las-Cases dit que cet inspecteur était le chevalier de Keralio, officier général, qui mourut presque aussitôt, et que M. de Regnaud, qui lui succéda, exécuta la note délivrée par M. de Keralio.
» Mérite de passer à l'école de Paris. »
En eflet il entra dans cette école le 22 octobre 1 784 , et y resta pendant l'année 1 785. Ayant terminé ses cours , il subit un examen pour entrer dans l'artillerie , et sur trente-six places d'ofTicier qui étaient à donner , il obtint k douzième , et fut nommé, le 1." septembre 1785, sous-lieutenant au régiment de La Fère , artillerie, en garnison à < Auxonne , où il se rendit et résida pendant plus de quatre ans. Il y avait appelé son frère Louis, en 1 789, pour lui apprendre les mathématiques; il lui fit faire sa première communion des mains de M. l'abbé Morelet, prêtre familier de l'église paroissiale d'Auxonne, (qu'il ne faut pas confondre avec l'abbé André Morellet, de Lyon, grand économiste, mort en 1819, qui s'occupait fort peu de premières communions).
En 1790, Napoléon Bonaparte passa du régiment de La Fère à celui de Grenoble: Etant en garnison à Valence vers la fin de cette année , il o'fiVit sa main à M."'' du Colombier, qui la refusa. Elle épousa M. deBressieux, qui, sous l'empire, devint directeur-général de l'admi.iistration des eavix et forêts; et M.'""= de Bressieux fut dame d'honneur de Madame-mère.
En 1791, Napoléon Bonaparte retourna en Corse, où il embrassa le parti de la révolution. 11 y resta en 1 792. 11 y eut des mouvemens auxquels il prit part. Le lundi de Pâques de cette année, étant à la tête d'un bataillon de gardes nationaux, il fit tirer sur le peuple, au moment où sortant de l'église, il y avait un rassemblement tumvdtueux , qu'il dissipa. Quelques mois après
DE NAPOLÉON. l4l
il se brouilla avec Paoli qui ne protégeait pas la Convention. Aussi le 27 mai 1793, un décret spécial de la Consulta que présidait Paoii, ])annit à perpétuité Bonaparte de la Corse. 11 quitta sa patrie, suivi de sa nombreuse famille, qui, peu fortunée, vint fixer sa résidence à Marseille, où elle reçut les secours accordés par la Convention à tous les insulaires bannis pour sa cause. Bonaparte continua à servir, et quelque temps après survint le siège de Toulon, premier échelon de sa grandeur future. Le reste est trop connu pour que nous continuions ici l'analyse des événemens qui l'ont porté au faîte du pouvoir, et qui l'en ont précipité si rapidement.
Il est temps d'arriver à son testament, à cet acte solennel, tracé d'une main déjà défaillante. Nous verrons qu'il y dévoile un cœur ulcéré de sa triste position, et qui, moins accablé du poids de sa grandeur passée que de l'isolement où il se trouve , exhale sa bile contre ceux qu'il regarde comme les auteurs de ses maux , ose avouer l'effroyable et inutile catastrophe qui a terni sa gloire , montre les sentimens les plus affectueux envers son épouse , son fils et sa famille , et donne de nombreuses marques de reconnaissance à ceux qui lui ont témoigné de l'attachement et du dévouement.
Nous avons mis tous nos soins à rendre cette nouvelle édition du testament de Napoléon la plus exacte, la plus correcte et la plus complète de toutes celles qui ont été publiées jusqu'alors. Elle est rédigée d'après la collation de quatre copies différentes , corrigées les unes par les au-
1res, et d'après quelques renseignemens particuliers. On y trouvera le testament proprement dit, les états du mobilier, huit codicilles, un abrégé des discussions auxquelles cet acte a donné lieu, et d'autres pièces, avec des notes, etc.