‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 5)Chapitre 4 sur 136 · TESTAMENT D'UN PAYSAN · texte numérisé non relu

TESTAMENT D'UN PAYSAN

Suïï h\ fin du dernier siècle, vers ,1781, un paysan des environs de Toulouse, n'ayant point d'enfans et étant dangereusement malade, voulut faire son testament avant de mourir. Cet homme avait toujours eu beaucoup d'alFeclion pour un de ses chevaux qui avait le poil roux. 11 paraît qu'il conserva cette affeclion jusqu'au dernier moment, puisqu'il fit en faveur dudit cheval un testament conçu en ces termes :

« Je déclare que j'institue mon cheval à poil » roux mon héritier, et je veux qu'il appartienne » à N , mon neveu. ^>

On pense bien que ce testament fut attaqué; mais ce qui surprendra peut-être, c'est qu'il fut confirmé.

Un très-grave jurisconsulte (Claude Serres, professeur de droit français à Montpellier) nous ; pprend le molif de celte décision. Ce célèbre professeur nous dit : « Que le testament fut déclaré valable, et que la succession du testateur fut adjugée au neveu qu'il avait désigné propriétaire du cheval; parce qu'on regarda que la simplicité du villageois devait assurer l'exécution de sa dernière volonté, et qu'ayant désigné son neveu, celui-ci devait être son héritier. » (Journal de Paris âu3déc. 1782.) Je dois encore l'indication

(le cet article à l'obligeante amitié de 'SI. Breghot du Lut , de Lyon.

TESTAMEiNT DE PIERKE-JEAN GROSLEY.^

Grosley, avocat, né à Troyes, le 18 novembre 1718, et mort dans la même ville le 4 novembre 1^85, fut un homme de beaucoup d'esprit et fort instruit; on trouve dans la plupart de ses écrits de l'originalité, de la finesse, une certaine gaité un peu caustique, et une grande érudition. Son testament a toujours passé pour une pièce singulière, curieuse et portant le cachet de son caractère facétieux , et parfois malin. C'est pourquoi il a été imprimé après sa mort et plusieurs fois réimprimé, mais toujours d'une manière inexacte et incomplète, jusqu'au moment où M. Patris de Breuil, digne compatriote du savant troyen, en a donné une bonne copie en 1810, et une meilleure encore en 1816. Jetons un coupd'œil sur les écrivains qui, précédemment, s'étaient occupés de ce testament.

jM. l'abbé Maydieu en a publié un extrait à la fin des Mémoires sm^ laviedcGroslry, 1787, in-S.", dont une partie est de Grosley lui-même; mais cet extrait, selon M. Patris , e^t infidèle; et nonseulement le testament lui-même prouve celte infidélité, mais encore justifie le reproche que l'on a fait à M. Maydieu, de s'être emparé des papiers de Grosley, contre son assentiment.

J.'éd'iteuv de?» C/icfs-d' œuvre politiques et littéraires de la /indu Xf^III/ siècle, 1788, 3 vol. in-8.% a aussi inséré dans le tome II, pp. 109 — 1 15, le testament de Grosley; il est incomplet.

On le trouve encore dans un petit Almanach littéraire de 1788, où il est rendu d'une manière Irès-défectueuse.

]M. Simon de Troyes l'a également tlonné à la fin de l'édition des Mémoires historiques et critiques pour l'histoire de Troyes, ouvrage de Grosley, imprimé aux trois quarts en 1 7745 mais seulement terminé et publié par les soins de M. Simon, en 1811 et 1812, 2 forts vol. in-8.''(V. tom. II, pp. 679 — 682. ) Ce sont plutôt des extraits qu'une copie exacte du testament, car il y manque plusieurs articles.

Enfin , M. Patris de Breuil , ayant eu en communication une copie manuscrite dece testament, qui provenait d'un parent de Grosley (M. Aubert, l'un des régisseurs de l'octroi de Paris), l'a réimprimée dans le recueil de ses Opuscules en prose et en vcj^s jVi\Y\?>, 1 810 , in-8.°, pp. 1 55 — i4o;à la suite, 1." d'une bonne notice sur la vie et les ouvrages de Grosley; 2.* d'une lettre inédite de Voltaire , sur la conspiration de Venise ( i ) , adressée au même Grosley; et ô." des observations iné-

(i) M. Patris de Breuil a adressé àracadémiedeDijon, dont il est membre, àcs Remarques sur te XXXI.'' livre de l'Iiistoire de Venise , par M. te comte Dara, de t' académie française. Ce morceau liisiori([ue est un exposé très-bien i'ait des opini;)iis de (liderens savans sur la prétendue conjuration ,.cs Espagnols contre Venise , écrite d'une lua-

DEGROSLEY. 11

dites de celui-ci sur V Esprit des lois de Montesquieu.

Mais il a paru une édition plus fidèle encore du testament de Grosley, de la part du même éditeur M. Patris, dans son curieux Parallèle des testamens de P. et Fr. Pit/iou j, de P.-J. Grosley j, et de A.-N. J aillant de Neuville ^ 1816, in-S." de 70 p. C'est à cette dernière copie, la plus exacte et la plus complète qui existe, que nous nous en sonniies tenus. Nous allons la donner textuellement, avec quelques notes intéressantes qui s'y trouvent et que nous distinguerons des nôtres, en les souscrivant des lettres initiales du nom de l'auteur P. D. B. jNous ajouterons seulement à la fin , un petit mot sur l'enveloppe du testament. Ce mot ne se trouve pas dans le recueil de M. Patris ; mais M. Sijnon l'a placé en tête des extraits qu'il a donnés du même testament: c'est ime reconnaissance des notaires.

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