‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 5)Chapitre 5 sur 136 · TESTAMENT DE GROSLEY · texte numérisé non relu

TESTAMENT DE GROSLEY

« Ceci est mon testament de dernière volonté.

» Je veux être inhumé au pied de la croix du cimetière de Sainte-Jules, qui depuis soixante ans est mon promenoir du matin. La serpilière

nière si brillante et si romanesque, par l'abbé de Saint- Réal. L'académie de Dijon a ordonné l'insertion de l'ouvrage de M. Patris dans le compte rendu de ses travaux pendant les années 1826 et 1837. Dijon, 1828, 1 vol. in-S."

(i), la civière, les porteurs, le cordclier, le luminaire , et le chaut qui accompagne les morts les plus pauvres de i'Hôlel-Dieu, feront les fraii de ma sépulture : et qui m'aime me suive.

» Pour tenir lieu de trentain (2) et d'annuel, sera , dans l'hiver de mon décès ou dans celui qui le suivra immédiatement, employée une somme de huit cents livres, en habits solides et uniforiiies , à distribuer aux enfans de gens pauvres, de bonne conduite, et chargés de famille, ou de veuves de cet état, des paroisses de la Madelaine et de Saint-Remy , dont le choix sera fait par mon exécuteur testamentaire assisté de quatre notables de la rue du Bois (5). Sera cet habit composé d'une veste croisée et doublée du même drap, qui pourra se dédoid^ler pour l'été , et d'une

(1) On appelait serpUicrc le gros drap dont on couvrait la hière des pauvj'cs.

(2) On appelait trentain un nombre de trente messes, que Ton faisait dire pour un défunt quand on n'avait pas le moyen de lui faire dire un annuel, dont on prétend que Grégoire-le-Grand a été l'inventeur. Ce terme était encore en usage en Angleterre du temps d'Edouard VI (successeur de Henri MU), qui est mort en i553.

(5) Rue célèbre par la dissertation dont elle est l'objet dans les facétieux Mémoires de l'Académie des Sciences , Inscriptions, Belles-Lettres , Beaux-Arts , etc. , nouvellement (tublie à Troyes en Champagne. Toni. I. Liège, Barnabe (Troyes), i^/j^i in- 12. Ce petit volume est de Grosley en société avec MM. Le Febvre, David, Bclly et autres. Ces mémoires ont été réimprimés. Troyes et Paris, Ducliesne, ijôG, 2 vol. in- 12. Le litre porte augmentes , mais il y a des rclranchemcns. tnc troisième édition a paru sans nom de lieu, 17G8, 1 seul vol. in- 12, mais avec augmcnlalioa

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culotte. La fourniture de l'étoffe sera prise chez un marchand simple roturier (i).

.) Sera comptée à ma servanteunedoubleannée dégages , outre les courans . plus deux cents livres pour habits de deuil que Je la dispense de porter; et ma peu magnifique garde-robe sera partagée entre elle et la Jeannette, sa devancière, y compris tout le linge à mon usage; le tout de la main à la main, et sans inventaire.

» A la personne qui se chargera des deux chats mes commensaux, tant et si longtemps qu'ils vivront, et jusqu'à la mort du dernier, vingt-quatre livres chaque année (2).

et rétablissement des cndi'oits retranchés dans la seconde édition. Knfin il en existe encore une réimpression dans le dernier volume des Œuvres badines de Caylus. Paris, 1787 , 12 vol. in-S." Ils ont été aussi ti-aduits en diverses langues.

On trouvera encore une petite facétie de Grosley , dans les Causes amusantes et connues (recvieiUies par Robert Etienne). Berlin (Paris), 1769 et 1770, avol. in-12. (V. tom. I , p. 66.) C'est un Mémoire pour Etiennetle Boyau , garde-malades , dite vulgairement Toinette , contre M. Bour-, geois, chanoine de Saint-Urbain, de Troyes. Il s'agissait de 1200 lavemens administrés par ladite Toinette Boyau, audit sieur chanoine , et pour lesquels elle ne demandait que i5o liv.; encore elle aurait pu porter le nombre de ses opérations à 2190. L'n ton sérieux, un air d'érudition, une tovirnure scientifiquement originale et fort plaisante, rendent ce factum très-amusant.

(1) Un fabricant venait d'être anobli; Grosley regardait ce privilège comme funeste à la fabrique, par l'orgueil qu'il inspirait alors. De làcette clause prohibitive. P. D. B.

(a) ^oua avons déjà eu occasion de citer des chats qui

li\ T E s T A ^I E N T

» En mémoire des soins que Marie Gauthier, qui fut soixante et dix ans au serviee de me* aïeux j a pris de mon éducation avant mes études, je lui lègue la somme de quatre cents livres, à répartir entre les plus pauvres de ses arrière-neveux dans les paroisses de Saint-Phal et de Chanioy , sur l'indication qu'eu pourra donner M. Finot, procureur au bailliage de Troyes.

» A mademoiselle Collot , si elle demeure avec moi lors de mon décès, quatre cents livres de pension viagère, sans retenue; plus ce qui me sera dû par la veuve Duchesne, libraire à Paris ( I ) , pour les 4 80 exemplaires du premier volume de mes Mémoires su?' Troyes (2) , du débit desquels ladite veuve s'est chargée, en lui faisant état de deux cents et quelques livres portées en un mémoire qui m'a passé sous les yeux et qui contient tout ce que je lui dois; plus, ce qui se trouve du second volume desdits mémoires imprimés, en mon grenier, et toute la matière pour ce qui reste à imprimer, tant de ces mémoires que de

figurent clans des testamens , cl pour ne pas disséminer les notes sur cet objet , nous les avons toutes réunies précédemment dans une seule, où sont consignées des anecdotes sur ces animaux ; les chats de Grosley y sont mentionnés, ainsi qu'une dédicace à sa cliale. V. t. I, p. Sj.'i.

(1) Madame Duchesne, fille dWndré Caillcau, libraire à Paris, est devenue veuve de ]Nic.-Bonav. Duchesne, le 4 juillet 1765; elle a continué le conunerce de son mari, et exerçait encore en 1788.

(li) I.a note relative à ces mémoires étant trop longue pour être insérée ici , nous la renvoyons à la suiio du testament, sous la Ictlrc (A).

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ceux sur les illustres Troyeiis ( i ) ; le tout répandu en pupitres, petites caisses, grands-livres et carton en parchemin, qui se trouvent dans mon cabinet sur le bureau, sur le coflre et sur un fauteuil en paille, pour le tout être imprimé à son compte de la manière qu'elle avisera; sur quoi elle ne se confiera pas indistinctement à tout le monde.

» Pour décharge de conscience, je lègue à M. Sémiliard , ci-devant avocat, la belle édition in-4.'* de V Abrégé chronologique du président Hénault, avec lesgravures de Cocbin de premières épreuves, qui m'a été donné par l'auteur (2).

» Je lègue au procureur M (Millard),

pour ce qu'il a fait pour moi dans une instance entamée à ma requête au bailliage, la somme de trois livres quatre sous.

» Je confirme et ratifie comme donation à cause de mort , une donation entre-vifs, par moi ci-devant faite à la maison Saint-Abraham, donation nulle par le défaut d'acceptation. La présente réhabilitation faite sous condition expresse que le curé de la Madelaine, chef de cet établissement, conservera le jubé à jour de son

(1) Il en est de même pour les mémoires sur les illustres Troyens : nous renvoyons à la note indiquée (B) .

(2) Grosley tenait beaucovip à ce cadeau , et le montrait aux amatevirs. L'avocat Sémiliard passait pour tel. Il arriva qu'un jour qu'il était venu rendre visite au savant troj^en, le volume disparut de la bibliothèque, et il fut soupçonné de ce coup de main. On nous u assuré que cet ouvrage, à la mort de Sémiliard, ne s'est point trouvé parmi ses livres; dans tous les cas, sa consciauc estdcclmrsce. P. D. B.

église , unique ornement qu'elle ait , et dont elle soil suscejjtihle par elie-mèmo(i);ct la quittance des six cents livres, objet de cette donation, portera soumission de rapport de celte somme à ma succession en cas d'inexécution de la condition expresse de non dcslruenclo.

» Je lègue pareille somme de six cents livres pour contribulion de ma part au nionument à ériger au célèbre Antoine Arnaud , soit à Paris, soit à Bruxelles. L'élude suivie que j'ai laite de ses écrits, m'a offert un homme au nnlieu d'une persécution continue , supérieur aux deux grands mobiles des déterminations bumaines, la crainte etlespérance; un boni me détaché, comme le plus parfcùt anachorète, de toutes vuesd'intérêt, d'ambition , de bien-être et de sensualité, qui dans tous les temps ont formé les recrues de tous les partis. Ses écrits sont l'expression de l'éloquence

(i) Tous les connaisseurs regardent ce jubé comme un chef-d'œvjvrc d'architecture gothique.

On appelait jahcnn lieu tlevc dans les églises, en forme de galerie, qui faisait ordinairement la séparation du chœur et de la nef, où Ton allait dire l'évangile des messes solennelles. Il y avait, selon Tillcmont, des jubés dans les églises dès l'an 420. Ce mot vient du laXinjuhe^ commandez, parce (pie le diacre, le soiis-diacrc, ou le lecteur, avant de commencer ce qu'il devait chanter ou réciter, demandait au célébrant sa bénédiction en lui disant : Jiibe, Domine, bcncdiccre. Le premier mot ja/'f a été donné au lieu où s'exéciUait le chant ou la lecture. J.-B. ïliiers a publié un livre intitulé : Dissertations ecclrsiaslii/iies sur les pj-incipaïuv autels des églises , les jubés, /« elôture des eiuvurs. Paris, 1G88, in- 12.

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(lu cœur, qui n'appartient qu'aux amcs fortes et libres. Il n'a pas joui de son triomphe. Clément XIV lui en eût procuré les honneurs, en faisant déposer sur son tombeau les clés du grand Giesu (1), comme celles de Château-iNeuf furent déposées sur le cercueil de Duguesclin ; pour les raisons consignées de ma main sur mon exemplaire

(1) Le grand Gicsu , à Rome, était avant 1770 et est depuis 1814 le chef-lieu de Tordre des Jésuites. Il est composé d'une superbe église et de bàtimens considérables qui ont été construits pour cet ordre. C'est en iD^S que le cardinal Alexandre Farnèse, neveu de Paul III (dont la première bulle qui approuve l'ordre des Jésuites . est du 27 septembre i54o ) , a fait bâtir l'église de Jésus, l'une des plus belles et des plus riches de Home. Le célèbre Vignole en a fait les dessins. Elle a été continuée par Jacques de la Porte , son élève , qui fit , d'après ses propres dessins, la belle façade de deux ordres de pilastres corinthiens et composites. Le cardinal Edouard Farnèse, neveu du cardinal Alexandre, fit bâtir en 1623, sur les dessins de Jérôme Rainaldi , la maison qui est contiguë à l'église , tant pour le logement des Jésuites que pour en faire leur maison professe. On prétend que les pères de la compagnie n'ont pris le nom de Jésuites que lorsque le pape les eut mis en possession de l'église de Jésus, dont nous venons de parler.

Cet ordre a subsisté depuis te «7 septembre i54o, date de la bulle d'érection, jusqu'au 21 juillet 1773, date de la bulle de suppression , c'est-à-dire l'espace de 233 ans, pendant lesquels ils ont vu 3o papes occuper le trône pontifical, dont le dernier a été Clément XI\ (Ganganelli) qui les a supprimés, fit 18 généraux, dont le dernier a été Laurent Ricci, mort en 1775. Depuis la bulle de restauration de Pie VII du i5 août 1814, ils ont vu deux papes , et ont eu deux généraux.

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du Renversement de (a morale (i) , j'aurais désiré qu'il n'eût pas entrepris cet ouvrage.

» Edifié de la manière dont ^I. de Guignes, mon confrère à l'académie des inscriptions, cultive les lettres sans forfanterie, sans intrigues, sans prétention à la fortune, je lègue à lui, ou à ses enfans, s'il me prédécédait, la somme de trois mille livres.

» Au niveau de mes affaires et absolument libre, d'un côté par la donation de4o,ooo livres à ma sœur Gallien , avec tradition et délivrance, dès le 5 mars i "/ôQ , dont la grosse eu parchemin est dans mon coffre, avec une sommation relative dûment recordée, du 12 novembre 1771 ; d'un autre côté, par les prélèvemens à tous titres de vente , de donation , même de legs imiversel (dont les titres sont aussi dans mon coffre), sur une succession dont j'ai recueilli les débris , par ma constante fermeté à ne rien agréer à titre d'aumône (2) , j'institue mon légataire universel en tous mes droits, noms, raisons et actions, pour autant que le permet la coutume, le fils

(1 ) Cet ouvrage a pour titre le Renversement de la Morak de Jésus-Christ, par les Erreurs des Calvinistes. Paris, 1672, in-4.° Il serait assez curieux de voir les raisons pour lesquelles Crosley blâme Arnaud d'avoir composé cet ouvrage, qui au reste n'est pas un des plus saillans de l'auteur.

(2) Grosley entend par celte succession celle de son oncle Barolet, montant à 80.000 livres, qu'il partagea avec sa sœur. Ayant ainsi acquitté sa dette , et son frère aîné ayant reçu de son oncle ce qui pouvait lui revenir, Grosley se regarda comme maître de disposer de sa portion dans la succession de cet oncle, et de ce qu'il avait

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aîné actuel de jM. Sourdat , notre lieutenantgénéral de police , petit-fils de M. Sourdat, mon camarade dans toutes mes éludes, et mon confrère dans le collège des avocats, qui, devenu lieutenant criminel , se fût épargné de vifs chagrins, en suivant mes avis.

» Je le prie, et ceux qui suivront son éducation, de se sauver du goût pour les romans dont le fruit se manifeste par les propos et par la conduite de ceux qui se sont livrés à ce goût. Le présent legs universel, sous condition expresse, 1.° que le légataire suivra l'état de ses pères, en renonçant à toute idée et à toute vue militaire ; 2.° qu'à l'âge de sj ans pleins, il sera marié.

» Jusqu'alors les fonds du legs universel seront gérés par un tuteur onéraire et curateur à la substitution , pour lequel emploi je désigne mon compère .Mouillefarine. L'excédant des revenus de ces fonds et les remboursemens qui pourront être faits, seront, chaque année, replacés en fonds d'héritages, s'il est possible, de l'avis du père du légataire, et de l'autre personne ci-après désignée, déduction faite de ce qui aura été avancé pour l'entretien et les études dudit légataire.

» Au défaut de satisfaire aux deux conditions irritantes ci-dessus exprimées, ou dans le cas où le légataire viendrait à décéder avant que d'être

acquis, en faveur dix petit-fils d'un de ses amis, qui n'en a pas profité par l'efiet des circonstances, à l'exclusioa de sa i'amille, qui n'en aurait peut-être pas profite da- \antaee. P. D. B.

pourvu par mariage , en chacun de ces trois cas, je lui substitue le troisième des garçons de ma nièce de Pouilh , qui , encore enfant, m'offrit de la meilleure grâce une pêche de Pouiliy qu'il avait pour goûter : et la subslitution s'ouvrant à son profit, les revenus des fonds de mon hoirie seront gouvernés pour sou compte , comme pour celui de l'institué ci-dessus.

» Avenant mon décès, mes livres, tableaux, eslampes, médailles, seront conservés en nature, sans inventaire et sur un simple catalogue qui «n sera dressé entre MM. de Pouiliy et Sourdat, et le curateur de la substitution. En tout état , ces Messieurs recevront chaque année lescomptes du tuteur onéraire , et veilleront à l'emploi et remplacement des fonds.

» Lu, relu, approuvé pour être exécuté comme ordonnance de dernière volonté, à Troyes, ce lo septembre i'-85. Signé Grosley. »

Plus bas est écrit :

« Je nomme pour exécuteur de mon testament ci-dessus et des autres parts , mon compère Mouillefarine , arpenteur général de la maîtrise, et je lègue à son fils la somme de douze cents livres. Lu, relu et approuvé pour être exécuté comme ledit testament, le i5 octobre 1785. Signé Gkosley.

» Je diminue la somme de cent livres sur celle de quatre cents livres viagères par moi léguées par mon testament ; laquelle diminution sera au profit de la femme Mignot, ma garde actuelle, par forme de pension viagère, ce 5o octobre 1 785,

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et vaudra en forme de codicille, ayant été lu et relu par mondit sieur Grosley et de lui signé. » Au bas est signe Grosley, mais mat écrit. Il est mort cinq jours après.

Nota. Dans la copie de ce testament, insérée au second volume des Mémoires historiques sur Troyes , édition de M. Simon, page 67g, la dernière clause du testament ci-dessus ne s'y trouve pas, de sorte que cette copie finit au 10 octobre; mais voici ce que l'on trouve en tète :

0 Testament de Pierre-Jean Grosley , avocat au parlement, déposé De i5 septembre 1785, chez Cousin, Notaire.

» 11 était dans un paquet plié en forme de lettre, avec cette inscription : Ceci , caclietc de mon cachet à la tête d'Antinous f contient mon testament et ordonnance de dernière xolonté , signé Grosley, dont acte passé dans le cabinet dudlt sieur, slgiié Grosley, CotsiN, Corthier. »

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