‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 5)Chapitre 44 sur 136 · TESTAMENTUM LU DI CRU M · texte numérisé non relu

TESTAMENTUM LU DI CRU M

GRUNNII POPxCELLI.

]\I. GrUNMLS. CoROCOTTA. PORCELLIS. TeSTA- MENTUM. FEGI. QUOD. QUONIAM. MANU. WEA. SCRIBERE. NON. POTLI. SCRIBENDUM. DICTA VI. MaGIRIS. COCIS. DIXIT. YeM. IILC. EVERSOR. DOMI. SOLIVERSOR. FUGI- TIVE. PoRCELLE. Ego. HODIE. TIBI. VITAM. ADIMO. CoROCOTTA. PoRCELLLS. DIXIT. Si. QUA. FECI. SI. QUA. PECCxVVI. SI. QLA. VASCtLA. PEDIBIS. MEIS CON- FREGI. ROGO. DOMINE. COCE. VENIAM. PETO. ROGANTI. CONCEDE. MagIRLS. COCUS. DIXIT. TrANSI. PUER. ADFER. MIHI. DE. CULINA. CULTRUM. UT. HUNC. POR- CELLUM. FACIAM. CRUENTUM. PoRCELLUS. COMPREIIEN-

» tament; ils sont aussi curieux à expliquer que Uesl la

» substance de l'acte , et il n'y en pas un où quelque

» grammairien avide d'écrire ne mit une note d'une

» bonne page.... Mais que ne dira-t-il point encore sur

» le nom de Vcrrinas , que portait le père du pauvre dé-

» funt, surtout s'il interroge nos Champenois? Car ils

» appellent les porcs du nom de ver ou verrat. Il y aura » là de quoi déployer bien de l'érudition étymologique,

» aussi bien que sur Lardiniis qui était sou surnom. »

DITLR. A. FAMULIS. DLCTUS. SUD. DIE. XVI. C\L. LUCEUMNAS. LBI. HABUNDAXT. CyMAE. ClYBAXATO. ET. PiPERATO. COSS. Et. UT. VIDIT. SE. MOIUTURUM.

esse. hor^. spatilm. petiit. coclm. rogavit. lt. Testamentum. facere. posset. Inclamavit. ad. se. slos. parentes. it. de. cibariis. suis. al1ql1d.

DIMITTERET. EIS. Qui. AIT. TatRI. MEO. \eKR1NO. L.VRDINO. DO. LEGO. DARI. GLANDIS. MODIOS. XXX. ET. MATRI. MEE. VeTURRIN^. ScROF^. DO. LEGO. DABI. LACOMC.E. SILIGIMS. MODIOS. XL. ET. SORORI. ME.E. QlIRINvE. in. CUJUS. VOTUM. INTERESSE. NON. POTLI. DO. LEGO. DARI. HORDEI. MODIOS. XXX. ET. DE. MEIS. VISCERIBUS. DABO. DONABO. SuTORIBLS. SE- TAS. RiXATORIBUS. CAPITINAS. Si RDIS. ALRICULAS.

Calsidicis. et. verbosis. linguam. Bu bulariis. IN- TESTIN a. EsiciARiis. femora. Mulieribus. lumbulos.

PuERIS. VESICAM. PuELLIS. CALDA5I. CyN.EDIS. MLS- CULOS. CURSORIBIS. ET. YeNATORIBUS. TALOS. La- TRONIBUS. INGLLAS. ET. NEC, NOMINANDO. CoCO. DO. LEGO. AC. DLMITTO. POPAM. ET. PISTILLUM. QVJE. ME- CUM. DETULERAM. A. QIERCETO. USQLE. AD. HARAM. LIGET. SIBI. COLLUM. DE. RESTE. YoLO. MIHI. FIERI. MONUMENTUM. EX. LITTERIS. AUREIS. SCRIPTLM. M. GrUNNIUS. GoROCOTTA. PoRCELLUS. VIXIT. ANNOS. DCCCCXCYIIIIS. QlOD. SI. SEMIS. VIXISSET. MILLE. ANNOS. IMPLESSET. OPTIMI. AMATORES. MEI. VEL. CON- SULES. VIT.E. ROGO. VOS. LT. CORPORI. MEO. BENE- FACIATIS. BENE. CONDIATIS. DE. BONIS. CONDIMENTIS. NUCLEI. PIPERIS. ET. MELLIS. LT. NOMEN. MEUM. lîV. SEMPITERNUM. NOMINETLR. MeI. DOMINI. ET. CONSO- BRINI. MEI. QLT. HUIC. MEO. TeSTA.MENTO. INTER- FUISTIS. JLBETE. SIGNARI.

Lucanicls. signavit.

DE GRUxMNlUS. ^53

Tergillus. sign.

INuPTiALicis. sign.

Celsanl's. sign.

Lardio. sign.

- Offellicus. sign.

Cymatus. sign.

Ici se termine le texte du testament de Grunîîius ; voici la traduction :

TESTAMENT DE GRUNNIUS COROCOTTA PORCELLUS.

0 ]\Ioi . M. Grunnius Corocotta Porccllus, ai fait mon testament, mais ne pouvant l'écrire de ma main , je l'ai dicté.

» Le cuisinier Magirus a dit : Viens ici , ruinemaison , destructeur du pavé, fugitif Porcellus , j'ai résolu de te tuer aujourd'hui.

» Corocotta Porcellus a dit : Si jamais je vous ai offensé, si jamais j'ai failli, si jamais j'ai cassé quelques pots avec mes pieds , je vous en supplie, seigneur cuisinier, pardonnez-moi.

» Le cuisinier Magirus a dit : Hola ! garçon, va me chercher un couteau à la cuisine, afin que je saigne Porcellus.

') Aussitôt Porcellus est pris par les valets , et conduit au supplice le XYI avant les calendes lucernines, temps où abondent les tendrons de chou , sous le consulat de Clybanatus et de Piperatus; et comme il vit qu'il allait mourir, il «Icmanda une heure de répit, et conjura le ciii-

sinier de lui permettre de faire son testament. Il appela auprès de lui ses parens, alin de leur laisser quelque chose des vivres qui lui étaient destinés, et dit :

» Je donne et lègue à Verrinus Lardinus mon père, XXX boisseaux de gland.

» Je donne et lègue à Véturine Scrofa, ma mère, XL boisseaux de froment de Laconie.

') Je donne et lègue <à Quirona ma sœur, aux noces de laquelle je n'ai pu assister, XXX boisseaux d'orge.

» Qviant à mes dépouilles corporelles :

» Je donne et lègue ma soie aux cordonniers ;

» Mes dents aux querelleurs;

» Mes oreilles aux sourds ;

» Ma langue aux avocats et aux bavards;

» Mes intestins aux tripiers;

» Mes cuisses aux gourmands;

» Mes reins aux fenunes;

» Ma vessie aux petits garçons ;

» Ma queue aux jeunes filles;

» Mes muscles aux efféminés;

» Mes talons aux coureurs et aux chasseurs;

» Mes ongles aux voleurs;

» Enfin jedonneàuncuisinierque je nenomme pas, la corde et le bâton que j'ai apportés de la forêt jusqu'à l'établc , afin qu'il se mette la corde au cou et qu'il se pende.

» Je veux qu'on m'élève un monument sur lequel on écrira en lettres d'or : M. Orlnmi s

CoROCOTTA PonCELMIS EST MORT A D(jC(^CXCVIIII

ANS lii' DEMI; s'il EUT VECU SIX MOIS DE PLUS, IL EUT ATTEINT MILLE ANS.

DE CRLNMUS. 2û^

» 0 VOUS qui, pendant ma vie, m'aimâtes et prîtes soir» de moi, veillez à la conserva lion de mon corps. Je vous supplie de le parfumer, de l'embaumer , et d'employer à cette opération le miel, le poivre et les amandes, afin que mon nom ne périsse jamais.

>) 0 mes maîtres et mes chers parens qui avez entendu mes dernières volontés, ordonnez que l'on signe, et ont signé Llcamcls, Tergillus, ÎSuPTiALicis, Celsaïnls, Lardius, Offellicus et Cymatus. »

On voit que cette traduction de I\I. Pericaud est aussi fidèle qu'il est possible, et que le traducteur , pour les mots latins qui ne se trouvent ni dans les Dictionnaires, ni dans les Glossaires, les a rendus de la manière la plus appropriée au sens que sans doute l'auteur y attachait.

Nous avons parlé au commencement, du Testament d'un sanglier j qui a été composé par l'abbé Poney de jNeuville , et qui a donné lieu à la lettre de l'abbé Lebœuf sur le testament de Corocotta Porceiliis. Quoique celui-ci soit infiniment supérieur à celui de Piobin (c'est le nom du sanglier ) , nous croyons devoir citer la partie des legs faits par ledit Robin, comme tenant à notre sujet. Cette pièce, en vers, de Al. Poney, est intitulée :

Adielx et testament fleRohuij, noble sanglier ^ decedc à Liesse par arrêt du Dieu des festins.

E-obiu commence par ses adieux à un chien ,

â56 TESTAMENT

à une chienne et à un chat , avec lesquels il paraît avoir vécu en familiarité chez son maître.

Ensuite il demande pardon aux domestiques, puis fait son testament ainsi qu'il suit. L'appareil de son supplice avait sans doute glacé sa veine poétique, car il serait difficile de trouver des vers plus prosaïques.

Voici mon testament : j'ordonne, je souhaite Que mes os soient Ic^i^ucs à Quinquin . à Folette (i). Item, je laisse cncor le tranchant de mes dents Aux bigots offensés, aux rimeurs imprudens, Pour garantir ceux-ci des rudes bastonnades. Qui rendent quelquefois leurs épaules malades. Je leurlaisse ma peau, dure, faite à profit. Et qui, pendant l'hiver , peut leur servir d'habit. Je laisse mon humeur portée à la rapine , A tout mortel en qui Mercure prédomine. Je ne les nomme pas; ce sont d'honnêtes gens, De la fdouterie intrépides agens.

J'abandonne ma voix moins douce que grondeuse , Au joueur quand il perd, à la prude hargneuse, Aux pédans refrognés, à nos longs savantas. Que l'on trouve toujours hors d'œuvre en un repas. Tels sont mes legs pieux. Item, j'ordonne encore Que l'on chante mon nom du soir jusqu'à l'aurore; Que de ma tendre chair ne reste aucun fragment; Qu'en outre mon tombeau soit arrosé souvent Des Ilots de pur Bourgogne et de mousseux Champagne; Et qu'élevé surtout en pays de Cocagne, On y lise ces mots par Neuville tracés : Ci-GiT SIRE Robin, le nommeu c'est assez.

Il faut avouer que le Mercure de France , dans ce temps-là, n'était pas difficile en poésie. Cette

(i) Le chien et I;i chiniiic.

DE GRUNNIUS. 2^'J

misérable pièce se trouve dans le numéro du mois de décembre i 704, p. 2^)07. iNous ne l'avons citée que pour parler de la lettre de l'abbé Lebœuf, qui y a rapport et qui se trouve dans le même Mercure , aw'il 1755, pp. 626 — 652.

Cette lettre, dont nous avons déjà rapporté des fragmens, commence ainsi :

« Vous avez bien choisi votre saison , Monsieur, » pour nous faire admirer l'économie des legs » testamentaires de iRo/»/;?. L'hiver, et surtout le » mois de décembre, est le temps le plus fatal j) à la race porcine ou grunnienne. Les anciens » ne voulaient pas qu'on perdît de vue ces tra- » ditions gauloises , et ils étaient soigneux de les n marquer d'année à autre dans leurs calendriers. » Je viens de quitter un de ces calendriers qui » a trois cents ans de date, où j'ai lu, à la tête » du mois de novembre, cette sentence : Mi/ii » pasco sues; et à la tête de décembre, mifii macto. » Un autre calendrierde deux cents ans , fait orner » le frontispice du mois de décembre de ce beau » vers :

Quaerit habere cibum, porcum maclando december.

» Le testament de Robin, noble sanglier, que » vous avez publié dans le second volume de » décembre dernier, m'a rappelé celui de Grun- » nius Corocotta, qu'on lit dans un livre peu » commun. J'ai cru , depuis que j'ai fait lecture » du testament de Pwbin, qu'il serait bon que le » public fût aussi informé de celui de Grminim j, » afin que l'on pût décider, en cas de besoin, a. 17

» lequel des deux, de Robin ou de Grwinius , » avait le plus d'esprit. »

L'auteur fait ensuite l'éloge de Corocotta, surtout de son grand âge. Il le ti'ouve fort instruit, et admire l'ordre et la sagesse qui régnent dans la distribution testamentaire de tout ce qu'il possédait. Nous avons vu tout ce qu'il en est.

Peut-être nous sommes-nous arrêté trop longtemps sur cette facétie; mais tant d'érudits en ont parlé , d'ailleurs elle présente si bien un modèle de testament chez les Romains, que nous avons cru nécessaire de réunir tout ce qui a été publié de plus essentiel sur cet objet.

Nous ajouterons encore un mot sur le nom Corocotta. On pourrait croire qu'il est purement fait à plaisir ; cependant on trouve dans Dion Cassius , liv. 56, qu'un mauvais sujet de ce nom, voleur de profession , après avoir excité la colère d'x\uguste, au point que ce prince offrit dix mille sesterces à quiconque lui livrerait ce brigand ; on trouve, disons-nous, que ce mauvais sujet reçut lui-même cette récompense en venant de son plein gré se présenter à l'empereur. Voici le propre passage de Dion , traduit du grec par Xylander : « Corocottam quemdam latrociniis in Hispaniâ vi- » gentem , primum in tanta ira liabuit AugmtaSj, » ul prœmiimi ci qui virum istum sibi adduxisset » dccics sestcriiûm promiscrit : dcindc ultra cum ad » se vcnicntcm neque pœnâ affccit , et eâ quam dixi » pccuniâ ditavit. » vSelon toute apparence, c'est parce que ce Corocotta était un mauvais sujet, que l'on a baptisé de son nom le pauvre G runnius Porcellus.

DE GRLNNIUS. 2^0)

Le p. Garasse, si chatouilleux sur tout ce qui a l'ombre de profanation , n'a pas oublié notre Grunnius (qu'il uou\n\c G ro guet) dans ses plaintes contre ceux qui dressent des mausolées ou qui font des épitaphes aux animaux, V. sa Doctrine curieuse^ Paris, i624,in-4.°, p. qoj. «Quoiqu'il » y ait eu , dit-il, des gens de bien et d'honneur , » lesquels pour esgayer leur esprit, ont fait l'epi- » taphe de quelques bestes, néanmoins je ne sau- » rois approuver cet abus, et par conséquent je » ne trouve point bon que Rapin ( iNicolas ) » ait dressé l'epitaphe de l'asne qui fut mangé à » Paris durant le siège ( i ) ; que Joachim du Bellay » ait fait l'epitaphe de son chat ou de son barbet; » que Justus Lipsius ait dressé des mausolées à » ses trois petits chiens, dont le premier s'appeloit » MopsuSj le second Sappliirtts ^ le troisième Mop- » siilus ; qu'un anonyme ait fait l'epitaphe de son » cochon nommé Grognet, etc. ; je ne puis agréer » toutes ces inventions ridicules et profanes, » d'autant que c'est dire en bon françois, quoique » l'intention des auteurs puisse être bien diile- » rente, Uniis interitus est Iwm'uiis etjumentoi^um^ » et œqua est ulriusque conditio. »

Le rigorisme du P. Garasse nous paraît un peu outré , car ces sortes d'épitaphcs sont des jeux d'esprit et rien de plus. Cependant il fait grâce à l'epitaphe de la mule de Crassus, qu'il trouve

(i) Voyez la Satyre Ménippée, Ratisbonne, 1712, 3 vol. in-8.°, tom. 1 , pp. 213 — 218. Il est dit à la fin de celle pièce facétieuse en vers, qu'on fit mourir ce bel âne en la flcui- de son âge, le mardi 28 août iSgo.

très-ingénieuse. Elle a été découverte vers iSa'i; elle était gravée sur le marbre. La voici telle qu'il la donne :

DIS. PEDIBUS. SAXVM.

CIVCIIIAEDORSIFERAEET CLUINIFERAE PESSVETAEET MAN- SVETAE, CVIVS VT INSVLTVRA DESVLTVRAE COMMODETLR, PVBLIVS CRASSVS MULAE SVAE CRASSAE BENEFEREXTI SUPPEDAKEVM HOC CVM RISV PONENDVM CVR. VIXIT ANNIS TRIBUS, MENS. XV. DIES ET NOCTES. XXI.

TESTAMENT DE J. CLEBEPxG.

Tout voyageur qui arrive à Lyon par la route de Mâcon , doit apercevoir sur sa droite , en passant dans la rue de Bourgneuf , une statue sise sur un rocher assez élevé , dit le rocher de Tunes ; celte statue qu'on appelle l'Homme de la Roche , représente un guerrier armé d'une pique et tenant une bourse de la main droite. Elle a «été exposée de tout temps à l'espièglerie desenfans, qui en passant lui jettent des pierres ; mais on a toujours eu soin de la réparer et même de la renouveler quand elle avait succombé à t^nt d'assauts. (Je l'ai vue il y a quelques années entièrement restaurée et enluminée de vives couleurs : cette restauration a eu lieu le 24 juin 1820.)

Les érudits n'ont pas dédaigné de rechercher l'origine de ce monument singulier, auquel il paraît que le peuple tient beaucoup. On prétend

DE JEAN CLEBERfr. 26 1

que la reconnaissance éleva cette statue à la mémoire d'un nommé Jean Cleberg ( appelé mai à propos Flebergue par plusieurs auteurs), Allemand, né à Nuremberg vers i485, établi à Lyon en i552, conseiller de ville en 1544» et mort le 6 septembre i546; homme qui a laissé une grande réputation de charité et de tendre sollicitude pour les malheureux. Outre des dons considérables faits à la ville , il consacrait chaque année une somme assez forte à marier les pauvres filles du quartier de Bourgneuf. En effet la bourse que tient cette figure , semble désigner la générosité de celui qu'elle représente. Ce sont les habitans de Bourgneuf qui font ordinairement les frais de la restauration de cette statue ; et avant de la placer sur la roche qui lui sert de piédestal , on la promène en pompe dans toute la ville au son des instrumens (i).

j\Iais quel rapport peut avoir cette statue avec un testament , aura sans doute déjà dit notre

(i) L'histoire de J, Cleberg étant étrangère à notre travail , nous ne pouvons nous en occuper ici ; mais nous renvoyons à des notices et dissertations curieuses publiées en 1827 sur cet excellent citoyen, par des savans lyonnais, aussi recommandables par leur érudition que par leur attachement à leur pays et leur empressement à rechercher tout ce qui peut l'honorer.

M. Cochard, membre de l'académie de Lyon et de Dijon, a donné un petit volume intitulé L'Homme de la Roche, ouCalendrier historique, etc., orné du portrait dej. Cleberg, et suivi d'une notice sur cet homme célèbre , Lyon, Pézieux ( 1837 ), in-18, fig. Cette notice historique est très-curieuse et fort intéressante. Pour peindre la vertu

lecteur ? le voici : Il existe un petit livre rare et assez curieux, intitulé : Formulaire fort récréatif de tous contracts j donations ^ testamens , codicilles cl autres actes faits et passés pardcvant notaires et témoins j par Bredin le Cocu, notaire rural et contrôleur des Basses Marches au royaume d'Utopie. Lyon, 1594, m-16; réimprimé dans la même ville en 1610 et 1627. Parmi les dillérens actes plaisans et faits d'imagination , que ce petit volume renferme , il se trouve un testament ou donation à cause de mort, que le facétieux auteur attribue à l'illustre Jean Cleberg; lequel

et la bienfaisance avec des couleurs aussi vives et aussi naturelles , il faut nécessairement les puiser clans son propre cœur et être identifié avec le héros que l'on a sous les yeux.

M. Breghot du Lut, digne collègue de M. Cochard, a consigné dans le 5/ vol. des Archives Idstoriques et statisiu/ues de Lyon, pp. 297 — 5i5, une très-bonne analyse de l'ouvrage précédent, avec qnobjucs observations et de nouvelles pièces sur l'histoire de J. Cleberg; c'est encore un morceau précieux, qui ajoute quelques rayons de lumière à ceux que M. Cochard avait jetés sur ce sujet obscur. Les inêmes Archives présentent, pp. SSq — 7ÇQ, une lettre de M. Cochard à M. Breghot, où la discussion continue et offre lui nouvel intérêt. Enfin M. Cochard , dans son Homme de ta Roche ou Calfudricr pour 1828, seconde année , Lyon, 1828, in-18, consacré à la mémoire de Pierre Adamoli , autre bienfaiteur de la ville de Lyon , a encore parlé, pp. 59 — 49? ^le Jean Cleberg, et des recherches de M. Breghot à ce sujet.

On trouvera dans les différens ouvrages et dissertations que nous venons de citer, tous les renseignemens que l'on a pu découvrir sur le l>on Allemand, vulgairement appelé V Homme de la Roche.

DE JEAN CLEBERG. 263

du haut de son rocher donne et lègue en toute propriété à Guillot-le-Songeur, son voisin et bon ami , toutes les pierres qui lui sont ruées par les petits enfans, etc. Psous avons cru pouvoir rapporter cet acte facétieux , tant pour un peu égayer la matière , que pour faire voir quelle était la formule des testaniens et donations au XVI/ siècle ; puis nous y joindrons un mot sur l'ingénieuse découverte de l'auteur du nom pseudonyme du Formulaire récréatifs par le savant bibliothécaire de la ville de Lyon , M. Pericaud. « Pardevant , etc. , fut présent noble Fierabras » le Furieux , seigneur de la Roche sous Tunes , » lequel sage et bien advisé , considérant que le » peu ou point d'espérance, tant s'en faut, qu'il » se puisse asscurer d'une longue vie en la charge » volontaire qu'il a prise pour la conservation de » sa patrie, d'estre sur pied jour et nuit, et en » tout temps en sentinelle , la hallebarde au » poing , exposé à tous vents , et à toute autre » injure de temps, craignant d'estre prévenu de » la mort, et pour autres bonnes considérations » a ce le mouvant, de son bon gré et libre vo- » lonté , a donné , cédé , cède , et remet par » donation faicte à cause de mort et après son » decez, et non plustost valable, à honorable » homme Guillot le Songeur , son voisin et bon » amy , présent et acceptant , toutes les pierres » qui sont ruées au dit donateur par les petits » enfants, tant et si longuement qu'il se trouvera )' en sentinelle , et qui se trouveront à ses pieds » ou près de luy lors de son dit decez , pour en » jouir et en user par le dit le Songeur, les

0 siens et ayans cause, en toute propriété, in- » continent après la mort du dit donateur ; » lequel confesse pour ce, tenir et posséder la » chose donnée au nom de précaire et de consli- » tut , au profit d'icelui donataire qu'il veut et » entend s'en pouvoir saisir et emparer , de son » autorité privée, et sans aucune forme ni figure » de procez , incontinent qu'il sera deucmcnt » averti du decezdu dit donateur, lequel outre » ce , a donné, remis , cède et remet par la même » donation que dessus faicte a cause de mort au- » dit le Songeur , sa hallebarde et toute sa des- » pouille, dont aussi il se pourra saisir et prendre » par ses mains , sans attendre que la délivrance » lui en sera faicte par les héritiers du dit dona- » teur, qui a voulu estre faict et expédié le pre- » sent acte de donation au profit du donataire » par le notaire soussigné.

» Faict , etc. »

Telle est la donation à cause de mort du fameux Jean Cleberg. Ce n'est sans doute pas l'acte le moins plaisant du recueil intitulé : Formulaire récréatifs etc. ; mais qui est l'auteur de ce recueil ? Cette question a été l'objet des recherches de M. Pericaïul, de Lyon, qui me parait en avoir trouvé la solution. VAiis au lecteur qui est en tête du Formulaire n'a pas de signature, ou pour mieux dire , elle est remplacée par les mots BONTÉ n'y croist, qui ne sont autre chose qu'une devise anagrammatique: on sait qu'au XVI.'' siècle les auteurs avaient assez l'habitude de substituer àleur signature l'anagrannue de leur nom, dont ils faisaient une devise telle quelle. M. Pericaud en

DE JEAN C L E B E n G . 265

cite plusieurs exemples que nous pourrions beaucoup multiplier (i). 11 a donc cherehc quel nom pouvait être Ciu:hé sous la devise boule n'y croistj et il y a découvert Benoist Troncy. « Or , à IV'poque où le formulaire a été publié, dit-il, il existait à Lyon un individu nommé Benoist du Troncy j lequel était contrôleur du domaine du Roi , et secrétaire de la ville de Lyon. Comme cette dernière charge anoblissait , celui qui portait ce nom y aura sans doute ajouté un du.

( j ) Un chapitre de nos Amusemens philologiques , Dijon , 1824 •> in-8.°, pp. 22 — 28, est consacré aux Anagrammes. ^ous en avons cité un certain nombre ; M. l^ericaud en rapporte deux qui nous ont échappé : ce sont celles de Jeun de Coras , cî^de a raison , et de Jean Brynon , rien BON n'y a. Depuis la publication de nos Amusemens, nous en avons découvert quelques autres.

Lors de l'effroyable catastrophe qui priva la France du meilleur de ses Rois, le bon Henri, le père Coton publia une lettre déclaratoire de la doctrine de son ordre sur ce grand malheur. Celte lettre fort bien faite n'empêcha pas les ennemis de la société d'y répondre par une diatribe très-forte intitulée VAniicoton. Ils trOLivèrent dans Pierre Coton, perce ton roi. Les jésuites soupçonnant P. Dumoulin d'être l'auteur de V Anticoton , répondirent T^dLV Pctras Dumoulin, erit mindo lcpis. Dumoulin n'était point l'auteur de ce pamphlet signé I*. D. C. On l'attribua à César de Plaix , avocat d'Orléans. Comme on ignorait alors son nom, on joua sur les initiales, en appelant l'auteur Pâté De Clnnillcs, Pernicieux Diable Calomniateur , Punaise De Calvin, etc. Trente ans plus tard, on lit sur Jansenius l'anagramme suivante : Cornélius Jansenius, calvini senscs in ore. Il en est encore d'autres : Maria Magdalcna , grandia mala mea ; sacramentum Euxkaristiœ , sacra Ceres mitatain Christl.m , etc. etc.

Ce qu'il y a de certain, c'est que Benoist du ïroncy est cité dans la BibUotlièque de Duverdier et dans les Lyonnais dignes de mémoire^ comme ayant traduit le traité de la Consolation attribué à Cicéron , traduction qui fut imprimée à Lyon en i584, chez Pvigaud, le même chez lequel se vendaient les éditions du Formulaire publié en 1594 et 1610. D'après cela ne peut-on pas conclure avec quelque probabilité qu'il y a identité entre le traducteur de la Consolation et l'auteur du Formulaire. » Pour nous , nous n'en faisons le moindre doute ; et nous remercions M. Pericaud d'avoir si ingénieusement levé un petit coin du voile qui couvre encore tant d'anonymes et de pseudonymes , malgré les recherches laborieuses des Placcius, des Mylius , des Baillet, et surtout des Barbier et Van-Thol.

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