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que dans celle iiolice, où M. Pericaud passe en revue tous les auteurs qui ont parlé de cet acte bouffon, depuis S. Jérôme jusqu'à I\I. Barbier Yeiniars, il a omis le savant abbé Lebœuf , qui, dans le Mercure d'avril 1705, a publié une Lettre à M. i'abbé Poney de Neuville, sur la pièce des Adieux et Testament d'un sanglier occis sur la fin de l'automne 173/1. Cette lettre, datée du 1." janvier 1 735 , écrite d'un style enjoué , mais un peu lourd, renferme le testament de Grunnius, avec des réflexions qui le précèdent et qui le suivent. INous en citerons quelques-unes qui ne seront point déplacées, ce nous semble, à côté de la notice du savant lyonnais. Elles prouveront que les objets les plus facélieux et même les plus minutieux, ne sont pas hors du domaine de l'érudition , et que d'illustres académiciens n'ont pas dédaigné de leur consacrer quelques veilles. Commençons parla notice de M. Pericaud sur le testament de Grunnius Corocotta Porcellus,
<i Antoine Terrasson, dit-il, a rassemblé à la suite de son Histoire delà jurisprudence romaine ( nous avons parlé de celte histoire, pag. 8 — 1 1 du 1." vol. ) , les monumens les plus entiers qui nous ont été conservés de celte jurisprudence, tels que les sénatus-consultes, les lois, les plébiscites, les édits, les contrats, les tcstamens et les aulres actes judiciaires des anciens Romains. Parmi les pièces qui composent le quatrième paragraphe de cette précieuse collection, il s'en trouve une assez singulière, et qu'on est, pour ainsi dire , tout étonné d'y rencontrer ; c'est le testament d'un cochon , auquel l'auteur de cette
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plaisanterie a donné le nom de M. Grunnius Co- RocoTTA Por.f.ELr.us. On ne saurait révoquer en doute l'auciennelé de cette pièce, car S. Jérôme, qui florissait au lY.' siècle (né en 55 1 , mort en 420) , rapporte que de son temps les enfans la chantaient dans les écoles , en riant aux éclats : TcstamcnlKïu autcm Crunnii Corocotlœ Porcclli dccanlant in sclioUs pucroruni aijninui cacliinanlium (1). Mais quel est l'auteur de cette facétie? C'est ce que S. Jérôme, le seul parmi les anciens qui
(1) Pour confirmer la ciîalion de M. Pericaïul, j'ai moi-même copié ce passage dans l'édition de S. Jérôme donnée par les bénédictins en 1704, 5 vol. in-foL, tom. m, p. 507, au conuncncejiient du commentaire sur le \Ii/ liv. d'Isaïe, cap. Zj 1 ; j'insiste sur ce point, parce que le savant abbé Lcbœula l'air de douter que ce passage soit dans S. Jérôme, et voici ce qu'il en dit dans la lettre précitée : » En cas de commeiUaire. je supplie » très-sérieusement et raillerie à part, celui qui prendra » lu plume en main , de nous apprendre sur quoi Gruter » est fondé lorsqu'il dit que S. Jérôme fait mention de a Grunnius Porcellus, dans sou Proeniiuin sur Isaïe. Je » trouve bien dans les ouvrages de ce saint docteur quel- » ques peintures déshonorantes d'un certain Grunnius , » de l'espèce apparemment de ces gens qu'on entend » toujovirs grognans dans les rues, dans les églises, dans » leurs maisons : c'est le naturel, dit-on, des gens, viais i> te fond en est bon. Les anciens disaient la même chose » du pore; mais d'autres ont ajouté en explication, que » s'il y a du bon dans le porc, ce n'est qu'après sa mort — » Il paraît que l'abbé Lebœuf avait lu très-superfieiellement le Proeviium sur Isaïe, car le passage y est bien, tel que je le donne ici , du moins dans l'édition que j'ai consultée. Terrasson l'a aussi rapporté dans sa note sur le testament en question. Il semble que Gruter, dans
en ait parlé, ne nous apprend pas, quoiqu'il en fasse mention en deux endroits de ses œuvres ( i ) . Plusieurs modernes pensent qu'on peut la regarder comme un exempt du genre burlesque chez les anciens; et, chose remarquable, le P. Vavasseur, ennemi si déclaré du style burlesque, et si zélé défenseur des anciens à cet égard , n'a pas dédaigné de la louer, et d'en signaler les traits les plus saillans comme appartenant à la bonne plaisanterie.
» Un célèbregrammairien allemand, Alexandre Brassicanus , mort en 1 509 , paraît être le premier qui nous l'ait fait connaître, lien fit la description d'après un manuscrit qui existe à Mayence. Georges Fabricius en a ensuite donné une édition corrigée d'après un autre manuscrit de la plus haute antiquité , lequel avait été trouvé à Memmel en Thuringe. Depuis , le testament de Porccllus a été inséré dans plusieurs recueils (2), et
son grand recueil, à la fin du tonio I.", p. 18, est le premierqui ait cité S. .Térônie; et comme il et ait protestant, cela aura peut-être donné des doutes à l'abbé Lebœuf.
(i) .le n'ai pas trouvé le second endroit; ne serait-ce ras celui dont parle l'abbé Lebœuf, où il est question de l'homme Grunnius, au lieu du porc Gniniiius?
(2) Je le trouve annoncé, mais d'une manière trèsfaulive, dans le catalogue des livres de M. Covu'tois, Paris, 1819. in-8,°, n.° 2117 bis, où le titre est ainsi rendu : Guriiii Coroctœ Porrelli testamentiun; il est avec deux autres opuscules, et a été imprimé Faiii , i5o5, petit in-S."
Ce testament existe encore dans le Niigœvciiales, Lon- (lini, iy![\ , pet. in-12, p. 254? où il est sous ce titre: Testainentum ludirriiin Granii Porcclli , cujiis D. Hieronymus ad Eustochiutn vicminil.
rocemmeut dans XHcrmh romanus, , n.° 211^, t. H, p. 421. M. Barbier Yeimars, rcdacleiir de ce journal latin, auquel il a mis pour épigraphe : jS il dicta fœt/unij a cru , pour cette raison , devoir y faire quelques altérations, et peut-être a-t-il poussé le scrupule un peu trop loin.
u Un savant italien , Thomas Porcacchi, traduisit le testament de Porcellus en langue toscane, et le fit paraître à la suite des facéties du Domenichi, publiées vers le milieu du XVI.*' siècle {Fiorenza^ i548, in-8.°).
» Il ne paraît pas que jusqu'à présent il ait été traduit en français, car on ne peut pas regarder comme une traduction l'imitation qu'on en trouve dans le Formulaire récréatif de Bredin~le- Cocii; une rédaction nouvelle et conforme au style usité au palais en ce temps-là , y a été employée par Benoit du Troncy , auteur de ce Formulaire.
» Si Porcacchi s'est exercé sur ce sujet , c'est peut-être à cause de la ressemblance qui existe entre son nom et celui de Porcellus. Toutefois, ce n'est pas une traduction qu'il nous a donnée du testament de l'illustre pourceau : ce n'est qu'un imitation libre et très-libre, précédée et suivie de réflexions assez originales. Ce serait peutêtre à la façon de Porcacchi que ce testament devrait être traduit pour l'offrir à des lecteurs français ; mais il n'est pas donné à tout le monde d'avoir le génie et le nom de Porcacchi (mort en 1595).
» Comme on veut aujourd'hui que toute traduction puisse être mise en regard du texte, j'ai
été obligé de m 'astreindre aune exacte fidélité, cette pièce étant d'ailleurs assez plaisante en ellemême pour qu'un traducteur puisse se dispenser d'y rien ajouter. Je m'étais proposé d'y joindre des notes, car plusieurs passages et plusieurs mots sont susceptibles de recevoir une interprétation (i) ; mais je laisse ce soin à un critique plus expérimenté, lequel, à l'exemple du très-docte ^lathanasius, pourra faire, s'il le juge à propos, sur le testament de Porcellus , un commentaire dans le genre de celui qui accompagne le Chef-d'œuvre d'un Inconnu. » (La meilleure édition de ce Chef-
(i) C'est l'avis de l'abbé Lebœuf, qui, dans sa letlre précitée, s'exprime ainsi à cet égard, toujours sur le ton de la plaisanterie :
« Il paraît que ce testament mériterait au moins un » aussi ample commentaire que celui ([u'on nous a donné » sur l'acte d'entrée de la chèvre au parlement, dans la n continuation des Mémoires de iUtcrature de l'an 1738, » qui est plus connu sous le nom de Lantran ( tom. VI, « part. 3 , p. 1 ). Outre les noms propres conlenus dans » l'histoire de l'appréhension corporelle du pauvre Coro- » cotla, il n'y a guères de mots dans les articles du tes- » tament, qui ne méritent un commentaire d'une page, » savoir : une deini-page pour illustrer les qualités des » légataires, et l'autre demi-page pour faire connaître » l'espèce et la valeur des legs. II y a entre autres un » fameux legs pour les querelleurs, qui demande une » plus longue explication , attendu que le terme par » lequel il est exprimé ( capillnas ) , ne se trouve ni dans » les Dictionnaires, ni dans les Glossaires. Les légataires » des cuisses ou fesses du pauvre Corocotta sont dans » le même cas. Ils ne sont connus par aucun livre. C'est » sur([uoi brillera sans doute l'érudition du commenla- » leur.... Je ne parle pas des noms des témoins du tes-
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d'œiivre est celle de M. Leschevin, Paris, 1807, •2 vol. iu-S.")
Telle est la nolicc de M. Pericaiul. Nous allons passer au testament; nous donnerons d'abord le texte original , et nous nous servirons de celui de Terrasson qui, en style lapidaire comme la pièce précédente de Sergius , nous paraît plus conforme à l'orthographe antique ; la traduction française suivra le texte latin.