TESTAMENT DU COMTE DE PEMBROKE
( i6jo. )
Ce testament est une pièce bouffonne et satyriquc extraite du Journal clranger de juin 1758.
Il paraît que ce comte était un homme sans principes, mais non sans malice. Pour bien saisir tout ce que cette satyre a de mordant, il faut se reporter au temps où elle a été faite , et connaître les principaux acteurs dans les malheureux troubles qui ont coûté la vie à l'infortuné Charles ï." On y verra que la liberté de j^enser et d'écrire allait alors jusqu'à la plus grande licence, on pourrait dire jusqu'au cynisme, tristes eflets du chisnie de Henri Vlll, des divisions et des calamités dont il a été la source. Mais laissons parler notre testateur, à supposer cependant qu'il soit véritablement l'auteur de celle facétie.
« Je Philippe, dernier comte de Pembroke et de Montgommery , chevalier pour le comté de Berks, étant, comme on m'en assure, très-faible de corps , mais d'une mémoire parfaite : car je me ressouviens d'avoir donné, il y a cinq ans, ma voix pour dépêcher le vieux Canterbury (1 ),
(i) C'est Guillaume de Laud . archevêque de Canlorbcry, qui fut sommé de comparaître le 26 novembre 1644? à la barre de la chambre des communes, comme étant accusé d'être attaché à Charles I." et d'avoir voulu introduire la religion catholique en Angleterre ; il fut condamné presque à l'unanimité comme coupable de haute trahison. Le 14 janvier 1645, la chambre des pairs, qui avait été précédemment favorable à Laud, effrayée par les communes, passa le bill de condamnation porté contre cet archevêque . et il fut condamné à avoir la têlc tranchée. Il subit son supplice avec la plus grande fermeté, après avoir harangué le peuple pour se disculper. C'est de cet événement tragique que parle ici le comte de Pembroke , qui était membre de la chambre des pairs.