‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 5)Chapitre 50 sur 136 · DU COMTE DE PEMBROKE. 2'^J · texte numérisé non relu

DU COMTE DE PEMBROKE. 2'^J

et depuis un an je n'ai pas oublié d'avoir vu mou maître ( Charles I." ) sur l'échafaud. Cependant comme la mort me poursuit et me menaee, et que j'ai toujours cédé à ceux qui me menaçaient, je fais à présent l'acte de ma dernière volonté et mon testament.

» Imprinùs ^ pour mon ame, j'avoue avoir souvent entendu parler d'ame (i). Lorsque

le roi régnait, je faisais porter à mon fds une soutane, ayant envie d'en faire un évêque, et j'étais de la religion de mon maître; ensuite sont venus les Ecossais qui m'ont fait presbytérien ; depuis Cromwel , je suis devenu indépendant. Voilà, je crois, les trois principales religions du royaume. Si quelqu'une des trois peut sauver

une ame , je la réclame

» Item, je donne mon corps, car je ne peux pas le garder : vous voyez que les chirurgiens me

(i) Ici est un passage où l'auteur met à découvert son incrédulité dans les doutes qu'il exprime sur le sort de l'ame. J'avais envie de supprimer tout cet article, mais ce que j'en conserve m'a paru propre à prouver jusqu'à quel degré de corruption et d'irréligion conduisent les révolutions religieuses et politiques, même chez les personnes d'un haut rang. L'histoire d'Angleterre, depuis le schisme (en i55/|) jusqu'à nos jours, fournit mille preuves de cette triste vérité. Jusques dans les romans anglais, novis trouverons des tableaux effrayans des dissensions amenées par le défaut de chef et d'unité dans la foi. Voyez surtout les Puritains , le Woodstock , etc., de ^Valter-Scott ; ce sont des peintures très-réelles et très-frappantes des fureurs de l'esprit de parti dans toute espèce de révolutions.

déchirent par morceaux. Ensevelissez-moi donc ; j'ai assez de terre d'église pour cela. Surtout ne me mettez pas sous le porche de l'église ; car enfin je suis homme de naissance , et je ne voudrais pas être inhumé où le colonel Pride est né (i).

» Item, je ne veux point de monument, car il me faudrait une épitaphe et des vers ; et pendant ma vie on ne m'a que trop fait de vers.

» I ton/] entends que mes chiens soient partagés entre tous les membres du conseil d'état ; j'ai assez fait tout ce qu'ils ont voulu ; j'ai travaillé tantôt avec les pairs, tantôt avec les communes. Ainsi, quelque chose qui arrive de moi, j'espère qu'ils ne laisseront pas mourir de besoin mes pauvres chiens.

» Item y je donne mes deux meilleurs chevaux de selle au comte de Denbigh , à qui je crois que les jambes vont bientôt inanquer. Quant à mes autres chevaux , je les donne à milord Fairfax (2) ,

(1) Je présume que cet homme est le même que Thomas Pride, régicide, qui a signé l'arrêt de mort de C harles, le 6 février 1649; lequel arrêt a été exécuté trois jours après, c'e,st-à-dire le 9 du même mois.

(3) Thomas Fairfax, chef du parti parlementaire, battit l'armée de Charles I," à Nasseby le 25 juin iG55. Ce prince se retira chez les Ecossais qui eurent la lâcheté de le livrer à ses ennemis. Fairfax le traita avec beaucoup d'égards et de respect et l'aurait laissé évader s'il n'eût pas craint Cromwell. Quand Charles II fut rappelé, FairHix fut l'un des douze députés que le parlement envoya à ce prince, avec six commissaires. Ils s'embarquèrent à Gravesend pour la Haye, où était le roi, le 6 mai 1660, et les députés de Londres lui offrirent un don gratuit de 10,000 liv. st. Fairfax est mort en 1G67.

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