TESTAMENS POLITIQUES
Quoique les testamens politiques soient presque tous des traités polémiques sur l'art de gouverner, et qu'ils n'aient ni la forme testamentaire, ni aucune des dispositions qui constituent les actes de dernière volonté, nous pensons cependant que, dans un ouvrage teî que celuici, les passer sous silence pourrait nous exposer au reproche d'avoir laissé une lacune dans notre travail. Il suffît que ces sortes d'ouvrages soient intitulés testamens , et qu'ils renferment certaines dispositions pour le bien général , telles que les ont conçues les grands politiques dont ils portent le nom , pour que nous nous croyons autorisé à les mentionner, au moins sous le rapport bibliographi que : c'est ce que nous allons faire le plus succinctement possible.
Codicilles de Louis XIII, roi de France et de Psavarre , à son très-cher fils aîné , successeur en ses royaumes de France et de iNavarre, Canada, Mexique, etc. , pour devenir le plus puissant roi qui ait jusqu'à présent régné, plus impérieux que S. Charlemagne, débonnaire comme S. Louis , plus craint de ses ennemis
que François I.", plus aimé de ses peuples que Louis Xil, plus caressé de la noblesse que les Charles , plus chéri de ses ecclésiastiques que les Henris , tous rois de France d'heureuse mémoire
(Scms lien d'impression j mais acheyé d'imprimer le 'j août 1645, 2 vol. m- 16. )
Cet ouvrage est excessivement rare , et c'est son principal mérite. Il renferme des bizarreries et des singiilarilés qui peuvent le rendre curieux aux yeux de certaines personnes. Il est divisé en quatre parties séparées, mais précédées d'un intitulé et d'un discours préliminaire de Louis XIII à son fils, formant sept feuillets détachés.
La première pariie intitulée De la vertu ^ a 147 pages.
La seconde, De la prudence royale , en a 420.
La troisième, De la prudence guerrière, en compte
Et la quatrième, De la prudence ménagère, a i65 pages.
Ainsi cet ouvrage a en tout 968 pages et se relie en plus ou moins de volumes. Son auteur est un ardent prolestant. Un exemplaire s'est vendu jusqu'à 206 liv. chez M. Dagucsseau, en 1785.
Testament politique du cardinal ]\Iazarin.
( Hollande ) ^ 1 685 , in- 1 2.
Rapsodie politique : les six premiers chapitres contiennent des réflexions libres adressées à Louis XIV sur les événemens de son règne, depuis son avènement jusqu'en i683; les six derniers, moins éicndus, sont des préceptes sur le gouvernement de l'état. Voy. le Journal de Verdun, mars 1708.
Testament politique du cardinal Mazarin. 1707, in-12.
Ce libelle a été composé en italien , et ensuite traduit en français.
Testament politique de Jean-Armand Duplessis, cardinal de Richelieu, pair et grand amiral de France, premier ministre du conseil d'état sous Louis XIII. Amsterdam j Desbordes, 1688, 1696, 2 vol. m-12. Ouvrage estimé.
Elmismo traducido en lengua castellana. En Madrid, 1696, ^-4."
Testament politique du cardinal Richelieu , troisième partie indépendante des deux premières. Amsterdam ., 1689, m-12 de 025 pag.
Cette partie n'a rien de commun avec les deux autres. C'est une réimpression du Traité de la politique de France ( par Hay du Chastelet , fils de l'académicien). Cologne (Amst., Elzevir) , 1C69, in- xi.
Testament politique de Richelieu, sixième édition , revue, corrigée et augmentée d'observations historiques. Amsterdam , Scliette , 1709, 2 vol. in-\ 2.
Raisons de croire que le livre intitulé Testament politique de Richelieu (en deux parties), est un ouvrage supposé, par Voltaire. Y. sesOEiii-j-es.
Réfutation du sentiment de Yoltaire sur le
testament politique de Richelieu, par M (Léon
Mesnard , conseiller, etc. ) ; 1700, in-12.
Lettre sur le testament politique de Richelieu (par M. L.-Et. de Foncemagne, de l'académie des inscriptions et de l'académie française). Paris , 1750, in-12.
La même, augmentée, 1764, in-8,°
Observations critiques du P. Bertier, sur ce que Voltaire a dit dans ses Mensonges imprimés, au sujet du testament de Richelieu. V. Mémoires de Trévoux, 1750, pp. 1 158 — 1 i/p.
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Suite du chapitre premier du testament politique de Richelieu, intitulé Succincte narration de toutes les grandes actions du Roi jusqu'à la paix , prise sur une copie manuscrite, corrigée en divers endroits de la propre main du cardinal de Richelieu , qui se trouve à la bibliotèque du Roi, parmi les manuscrits de Colbert , n." 2, dans un vol. intitulé Affaires de France j, tom. II. Ce morceau curieux a été publié pour la première
fois dans VHistoire de France du P. Daniel, donnée
par le P. Griffet {Paris , 1^55 , 17 vol. In-^.") , tom.
XV, p. 586. Il contient l'histoire des années iCSg,
1640 et 1641 .
Testament politique du cardinal de Richelieu, édition plus correcte , avec la lettre de M. de Foncemagne. Paris ^ Le Breton , 1764, in-S.°
Doutes nouveaux sur le testament attribué au cardinal deRichelieu , par Voltaire. Genève (Paris j Duckcsne ) j, 1765, in-S."
Arbitrage entrç Voltaire et Foncemagne (1 765), in-S."
Lettre (écrite de Dijon), touchant les nouveaux écrits sur le véritable auteur du testament de Richelieu. V. Mémoires de Trévoux j, 1765, uiars, p. 65o.
Il a sans doute existé beaucoup d'autres ouvrages sur le testament de Richelieu ; mais on trouvera sur cette production très-importante tout ce que l'on peut désirer, dans IcsMémoircs ducoi'dinal de Richelieu ( publiés par M. Petilot , de Dijon ). Paris ^ Foucault, 1823 — 1824, 10 vol. in-S.°
Testament politique de J.-B. Colbert, ministre d'état, où l'on voit ce qui s'est passé sous le règne de Louis-le-Grand jusqu'en i685 , avec des remar-
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ques sur le gouvernement du royaume. Im Haye, Fan-Buldezerij 1694, in-\2. — La Haye j 1711, i?î-i2.
Cet ouvrage peu estimé est du trop fécond Catien de Courtilz, sieur de Sandras, qui a voulu singer le testament politique de Richelieu ; mais il fait parler Colbert à sa manière : par exemple, il a Teffronterie de lui faire dire que les évoques de France étaient tellement dévoués aiix volontés de Louis XIV, que si ce prince eût voulu substituer l'Alcoran à l'Evangile , ils y eussent donné les mains. Cette assertion est bien digne de son auteur, écrivain sans foi et sans bonne foi. De Courtilz, né à Paris en 1644 1 passa çn Hollande en 1 685, y publia un grand nombre d'ouvrages remplis de mensonges et d'impostures , revint en France en 1 702 , fut enfermé à la Bastille pendant neuf ans, en sortit en 1711 et mourut le 6 mai 1712. J.-B. Colbert, né à Reims en 1619, est mort à Paris en i685,
Testament politique du marquis de Louvois , ministre d'état sous Louis XIV , où l'on voit ce qui s'est passé de plus remarquable en France jusqu'à sa mort. Cologne^ Le Politique , 1695, tn-12.
Ce testament est supposé ; on ignore son auteur , qui , coname dans presque tous les ouvrages de ce genre, donne ses rêves pour ceux du testateur. On croit cependant qu'il est encore de Catien de Courtilz. Michel-François Le Tellier , marquis de Louvois, est mort en 1691. La première partie de son prétendu testament contient les événemens depuis iG43 jusqu'en 1691 ; la seconde traite de différentes choses , savoir : de l'autorité absolue ; — de l'église; — de la noblesse ; — des gens de justice ; — des officiers de finances; — des partisans; — des marchands; — des arts et métiers et de l'agriculture ; — de la paix et de ^a guerre.
-^9^ ÏESTAMENS
Testament politique de Charles V, duc de Lorraine et de Bar, en faveur du roi de Hongrie ( par Henri de Straatman, conseiller du conseil aulique de l'empereur). LeipsiCj Weitman (Paris), 1696,^-8." — ^oxwcWeéàXxXon^Ralisbonney 1760, in- 12.
Ce testament a été publié par l'abbé de Chevremont. Charles V, duc de Lorraine, né à Vienne le 3 avril 1645, est mort à Weltz le 18 avril 1690. Ce prince a laissé une grande réputation : on prétend que par ses vertus militaires, politiques et chrétiennes, il était digne d'occuper le premier trône de l'univers; et un autre éloge qui, certes, n'est pas suspect, est sorti de la bouche de Louis XIV, qui a dit, en apprenant sa mort, que c'était le plus grand, le plus sage et le plus généreux de ses ennemis.
Les quatre précédens testamens ont été réunis sous ce titre : Recueil des testamens politiques du cardinal de Richelieu {a\ec les observations de l'abbé de Saint- Pierre ) , du duc de Lorraine , de Colbert et de Louvois. Amsterdam, Chastelaia (Paris) , 17495 4 vol. i/j- 13.
Testament politique de M. de Vauban, maréchal de France , et premier ingénieur du roi ; (par Pierre Le Pesant de Bois-Guillebcrt). PariSj 1 707 , 2 vol. m- 12.
Cette diatribe politique avait d'abord paru sous le titre suivant : La France ruinée sous Louis XIV , par qui et comment ; avec les moyens de la rétablir en peu de temps. Cologne, 1695 , in-ii. Elle a reparu deux ans après sous cet autre titre : Mémoires pour sertir au rétablissement des affaires en France , où par occasion on fait voir les causes de sa décadence. Villefranche, Pierre et Jean, 1697, m-12. Enfîn , deux ans après on l'intitula : Détail de la France ou Traité de la cause de la diminution de ses biens et des moyens d'y remédier. Sans indication de lieu (Rouen), 1699, in-12. Il y a
encore une édition de Bruxelles, 1716, //(-12 , que Lenglet Dufresnois a tort d'attribuer à un M. de Soissons. gentilhomme du Maine.
Sébastien Le Prestrede Vauban, né le i."mai 1608, est mort le 00 mars 1707, dans la disgrâce de Louis XIV, pour lui avoir présenté un mémoire où il peignait la misère du peuple. Peut-être en est-il mort de chagrin comme Racine, qui a éprouvé une disgrâce pour le même sujet. Vauban, cet illustre ingénieur, avait travaillé à 5oo places anciennes, en avait construit 55 nouvelles, s'était trouvé à 140 actions de vigueur, et avait conduit 53 sièges.
Pierre Le Pesant sieur de Bois-Guillebert , lieutenant-général au bailliage de Rouen, est mort en 1714-
Testament politiqueducardinalJulcsAlberoni, recueilli de divers mémoires, etc., de Son Exe. , ])ar M. A. jM.... , traduit de l'italien, par le C. de 1». B. M.... (composé par Dureyde Morsan, revu et publié par J. H. Gouvest de Maubert. Lausanne, Bousque , 1755, m-12.
Jules Alberoni. né le 5i mai 1664, à Plaisance, d'un pauvre jardinier, s'éleva peu à peu par l'intrigue et la souplesse , devint ministre d'Espagne , cardinal, fvit disgracié, et mourut à Rome le 26 juin 1752, avec la réputation d'un grand politique et d'un ministre aussi entreprenant que Richeheu, aussi souple et aussi adroit que Mazarin, mais n'a5'ant la prudence ni de l'un ni de l'autre.
Jean-Henri Gouvest de Maubert , né à Rouen en 1721 , fut successivement capucin , apostat, secrétaire d'Auguste III, roi de Pologne, puis capucin, et enfin mourut protestant à Altoua, en 1767. Le testament d'Alberoni dont il est en partie l'auteur, est meilleur que celui de ^alpole, qui est aussi de sa façon.
Testament politique du maréchal duc de Belle-
OOO T E s ï A M E N s
Isle (par de Chevricr et Maubert ). Amsterdam, 1761 , m-12. — Trad. en anglais, Londres, 1762, in~\2.
Le codicille et l'esprit ou commentaire des maximes politiques de M. le maréchal de Belle- Isle, avec des notes apologétiques, historiques et critiques; le tout publié par D. C. (de Chevrier). I,a Haye, veuve Van-Dur en,, 1762, m- 12.
Le testament est préférable au codicille; on y trouve quelques vues judicieuses. L'auteur de ces deux ouvrages , Fr.-Ant. Chevrier, est né à Nancy en 1 72 1 ; il est mort en 1762. La plupart de ses ouvrages sont marqués au coin de l'impudence, de l'obscénité et de l'absence de tous, principes moraux et; religieux.
Ch. -Louis- Auguste Foucquet, maréchal duc de Belle-Isle, petit-fils du malheureux surintendant, naquit à Villefranche en Rouergue, en 1684 ; il fut grand capitaine et grand homme d'état; il est mort à Paris le 26 janvier 1761.
Testament politique du chevalier Walpole, ministre d'Angleterre (par Gouvest de Maubert, selon d'autres par Dupuy Demportes ). Amsterdam, Arkstée et Merkus ( Paris ^ de Hansy ) , 1767, 2 vol, m-12.
Cet ouvrage est peu estimé. Robert "Walpole, comte d'Orfort, est né en i6r^. Ce ministre principal sous les rois Georges I."etCeorgcs II, a gouverné l'Angleterre avec un pouvoir absolu pendant vingt ans. Il est niort en mars ly^S.
Testament politique de M. Silhouette. (Paris), 1772^ m-12 de i56 pag. et 3 d'errata.
Morceau de politique et de finances assez insipide, du moins aujourd'hui. Etienne Silhouette, né à Limoges en 1709, a été contrôleur général et ministre d'état en i75q; il n'a été à la tôle des finaïuies que
neuf mois, et dans des temps diffiLile?;. Il voulut réparer les maux d'une guerce ruineuse par des réformes et une grande économie. Loin de lui savoir gré de ses intentions, on le tourna en ridicule. ( Le ridicule est l'arme favorite des Français. ) Toutes les modes prirent la tournure de la sécheresse et de la mesqviinerîe. Les habits n"*eurent plus de plis, les tabatières furent en bois brut , les portraits furent des visages tirés de profil, mais tout en noir, d'après l'ombre que formait la tête placée entre vui papier blanc et la clarté d'une chandelle ( ces portraits ont conservé le nom de S ilhouette ) . Ainsi fut payé par la nation ou plutôt par quelques étourdis qui prétendaient la représenter, un homme dont les vues étaient sages. Silhouette se retira dans sa terre de Brie-sur-Marne, et y mourut le 20 janvier 1767. Il a cultivé les lettres et a laissé plusievirs ouvrages estimables , dont aucun n'est saillant. Je ne pense pas que le testament annoncé ci-dessus, soit de lui.
Testament politique de l'Angleterre ( par Brissot), Philadelphie j 1779 — 1780, in-12.
Ouvrageignoré. Jean-Pierre BrissotditdeWarville, né à Chartres en 1754, a pris à la révolution une part si active , qu'il a excité la jalousie de Robespierre; ce qui l'a conduit à l'échafaud le 3i octobre 1793.
Testament du publiciste patriote, ou précis des observations de l'abbé de Mably sur l'histoire de France (par dom Malherbe, ancien bibliothécaire du Tribunat,etM. yernes).LaHuyeetPariSj,
Bleuet fils aine j 1789, in-12.
Opuscule politique, comme l'aurore de la révolution en a tant vu naître et mourir.
Testament politique de S. Exe. le comte de Mercy-Argenteau , ambassadeur de S. M. 1. à la cour de France, décédé à Londres le 26 août