TESTAMENT DE STRATON
(371 ans avant J,-C. )
Straton de Lampsaque, fils d'Arcésilas, eut, l'an 288 av. J.-G. , la direction de l'école des péripatéticiens, aprt's Théophraste son maître ; nous l'avons vu mentionné dans le testament de celui-ci. Ce fut un homme fort éloquent , que l'on surnomma le Physicien à cause de son goût pour les sciences naturelles. Il donna des leçons à Ptolomée Philadelphe, qui lui fit présent de 80 talens (452,000 fr. ). Après avoir dirigé l'école pendant 18 ans , il mourut ou plutôt s'éteignit sans douleur , l'an 2 de la 127.^ olympiade — 271 av. J.-C. ; il était d'une complexion très-délicate. Voici son testament tel qu'Ariston de Cos nous l'a conservé :
« Si la mort me surprend , je dispose de ce qui m'ap- 2> partient ainsi qu'il suit : Je laisse à Lampyrion et à » Arcésilas tout ce qui est dans ma maison. Quant à » l'argent que j'ai à Athènes , mes exécuteurs testamen- » taires auront soin de l'employer aux frais de mes fu- > nérailles et des cérémonies ordinaires, en évitant
» également la prodigalité et une économie sordide. Ces 2) exécuteurs seront Olympicus , Aristide , Mnésigène , >; Hippocrate , Gorgyle , Dioclès, Lycon et Athanes. s> Lycon succédera à mon école , les autres étant trop » âgés ou surchargés d'occupations; s'ils approuvent 5> cette disposition , ils feront bien.
» Je donne tous mes livres à Lycon , excepté ceux » que j'ai composés, et je lui lègue tous mes meubles > de table, mes coupes et mes habits.
X Epicrate recevra de mes exécuteurs 5oo drachmes » ( 4Ô0 fn. ) , et celui des garçons qui me servent , au s> choix d'Arcésilas.
X Lampyrion et Arcésilas déchireront les contrats que » Daippe a passés pour Irée , en sorte que n'étant rede- 2> vable ni à Lampyrion , ni à ses héritiers , il serait dé- » gagé de toute obligation envers eux. Mes exécuteurs s> lui paieront 5oo drachmes (45o fr. ) et lui donneront » tel de mes domestiques qu' Arcésilas jugera à propos, » afin qu'ayant beaucoup travaillé pour moi, il ait de î quoi vivre honnêtement.
2> Je rends la liberté à Dioclès et à Abus. » Je remets Simmia au pouvoir d'Arcésilas, et j'afs> franchis Dromon.
» Aussitôt qu'Arcésilas sera arrivé, Irée calculera 2> avec Olympicus et Epicrate les frais de mes funérailles 5> et des autres choses prescrites par l'usage; le surplus
> appartiendra à Arcésilas, qui pourra l'exiger d'Olym-
> picus , mais sans intenter d'action contre lui , pour » avoir retardé le paiement , ou pour les intérêts des
> années échues.
» Arcésilas retirera des mains de Philocrafe , fils de 3> Tisamène, les contrats que j'ai faits avec Olympicus » et Aménias. Pour ce qui regarde mon tombeau , je » m'en rapporte ù Arcésilas, Olympicus et Lycon. »
d'épi eu RE. 539
TESTAMENT D'ÉPIGTJRE.
(271 ans avant J.-C. )
Epicure , dont le sy-fème philosopliiquc , di'fiercnt de tous ceux de sou temps, a pour base ce principe, que le souverain bien consiste dans le plaisir que fait ressentir l'absence totale de toute douleur du corps et de l'ame; Epicure, dis-je , naquit h. Gargttlc, bourg de l'Attique , le 7 du mois gamélion de la troisième année de la 109.^ olympiade — G janvier de l'an 042 av. J.-C. Les Philaïdes furent ses ancêtres , et il eut pour père et mère Néoclès et Chéreslrate. Philodème , son disciple , lui donne ( dans son dixième livre des Pldiosoplies), trois frères, Néoclès, Chéredèmc et Aristobule, à qui il inspira le désir de s'appliquer comme lui à la découverte des secrets de la nature; Mus , quoique son esclave , fut aussi son compagnon d'études. A l'âge de 1 4 ans , il s'appliqua l\ la philosophie , et fonda par la suite la nouvelle secte nommée de son nom Ecole des Epiciiiicns, qui acquit beaucoup de célébrité, quoique souvent attaquée assez vivement. Ses ennemis lui ont fait beaucoup de reproches , entre autres celui de la gourmandise ou plutôt gloutonnerie; la dépense de sa table, disent-ils, se montait à une mine (90 fr. ) par jour. Il ne fréquentait que des femmes de la dernière débauche, surtout Marmarie, Hédia, Erosie et Nicidia. Enfin son corps fut tellement aflligé par les maladies , qu'il passa plusieurs années sans pouvoir sortir du lit , ni pouvoir se lever de la chaise où on le portait. Mais toutes ces accusations s'évanouissent devant les éloges pompeux de ses partisans et de ses disciples; et la perpétuité de son école triompha de ses envieux. On vante surtout sa vertu, son bon naturel, son équité et sa i-econnaissance. C'est à 3« ans qu'il fonda son école à
Mitylène; il en passa ensuite cinq à Lampsaque; et étant retourné à Athènes, il y mourut âgé de 72 ans, la seconde année delà 1 27.^ olympiade — 271 ans av. J.-C. Sa mort fut occasionnée, par une rétention d'urine , causée parla gravelle , qui lui fit éprouver les plus cruelles douleurs pendant 1 4 jours. Son testamentest ainsi conçu:
« Ma dernière volonté est que tous mes biens appar- 5 tiennent à Amynomaque , fils de Philocrate , à Barithe y et à Timocrate , fîîls de Démétrius , ainsi que le porte î- la donation que je leur en ai faite et dont l'acte est » inscrit dans les registres déposés dans le temple de » la mère des Dieux , à condition néanmoins que le » jardin sera donné avec toutes ses dépendances à Her- >? niachus de Mitylène, fds d'Agemarque, à ceux qui s» enseigneront avec lui , et même à ceux qu'il nommera 2> pour tenir cette école , afin qu'ils y puissent plus 2> agréablement continuer leurs exercices
y> Je recommande à Amynomaque et h Timocrate de » s'oyjpliquer , autant qu'il leur sera possible, à la réy> paration et à la conservation de Técolc qui est dans 2> le jardin. Je les charge d'obliger leurs héritiers de i> prendre soin , autant ([u'eux-mêmes , de la conservation >; de ce jardin et de tout ce qui en dépend , et d'en >•' laisser pareillement jouir tous les autres philosophes : qui nous succéderont.
» Amynomaque et Timocrate laisseront à Hermachus » pendant sa vie , et à ceux qui s'attacheront avec lui » hl'étude de la philosophie, ma maison de Mélite.
v> On prendra sur le revenu des biens que j'ai donnés > à Amynomaque et à Timocrate , selon qu'on en con- » viendra avec Hermachus, ce qui sera nécessaire pour » célébrer dans les dix premiers jours de gamélion celui » de notre naissance (1) et ceux de mon père, de ma
(i) Nous avons dit précédemment qu'Epicure était né le 7 du mois dd gïmelion. Ce mois , le premier de l'hiver chez les Grecs , répondait
d'épicure. 34i
» mère et de mes frères ; et le vingtième de la lune de 2> chaque mois , on traitera tous ceux qui nous ont suivis j dans l'étude de la philosophie, afin qu'ils se souvien- 2> nent de moi et de Métrodore, et qu'ils fassent aussi 3> la même chose au mois de posidéon (i) , en mémoire î de nos frères , ainsi qu'ils nous l'ont vu ohserver. Il ^ faudra qu'ils s'acquittent de ce devoir dans le mois de 1 métagéitnion (2) , en faveur de Polyène.
» Amynomaque et Timocrate prendront soin d'Epi- » cure , fils de Métrodore , et du fils de Polyène , tandis 5> qu'ils demeurent ensemble chez Hermachus , et qu'ils » prennent ses leçons.
» Je veux que la fille de Métrodore soit aussi sous ^ leur conduite; et que, lorsqu'elle sera en âge d'être » mariée, elle épouse celui d'entre les philosophes » qu'Hermachus lui aura choisi. Je lui recommande » d'être modeste et d'obéir entièrement à Hermachus.
s Amynomaque et Timocrate, après avoir consulté ï> Hermachus, prendront du revenu de mes biens ce » qu'il faudra pour leur nourriture et pour leur entretien.
» Hermachus jouira comme eux de la part et portion > que je lui donne dans ma succession , parce qu'il a ï> vieilli avec nous dans la recherche des découvertes » que nous avons faites sur la nature , et que nous l'avons s> laissé pour notre successeur à l'école que nous avons j établie; ainsi il ne sera rien fait sans son conseil. La » fille, lors de son mariage, sera dotée selon les biens
d'après le cycle de Méton (pour la preniière anne'e de là 92.'' olympiade), à nos jours suivans : du 3o décembre au 28 janvier. Ainsi Epicufe serait ne' le 6, janvier; mais il est né dans la 109.^ olympiadeet non dans la 91.*, ce qui doit faire une différence dans la data précise dli jour , que je n'ai le temps ni de Terifier, ni de calculer.
(1) Le mois de posidéon, toujours d'après le cycle de Méton, va du 3o novembre au 3o décembre; c'est le dernier d'automne.
(■2) Le mois de métagéitnion, le second d'été, comprend depuis le 4 août jusqu'au 5 septembre.
» que je laisse. Amynomaquc et Tiniocrate en délibé- » reront avec Hermachus.
» On aura soin de Nicanor, ainsi que nous l'avons » fait, il est jusle que tous ceux qui ont été les com- •» pagnons de nos études , qui ont contribué à leurs pro- » grès , et qui se sont fait honneur de vieillir dans la » spéculation des sciences, ne manquent point, autant » que nous le pourrons , des choses qui leur sont néces- 2> saires pour le succès de leurs découvertes. 3> Je veux qu'Hermachus aît tous mes livres. 2> S'il arrive qu'Hermachus meure avant que les enfans 2> de Métrodore soient en âge , j'ordonne qu'Amynoma- 7> que et ïimocrate se chargent de leur conduite , afin 2> que tout se passe avec honneur , et qu'ils proportion^ » nent la dépense qu'il faudra faire pour eux , à la valeur » de mes biens.
» Enfin, je désire que toutes les dispositions du présent » testament soient , autant qu'il sera possible , exécutées » de point en point , conformément à ma volonté. Entre J mes esclaves, j'alTranchis Mus, Nicias et Lycon; je » donne aussi la liberté à Phédrion. »
A la suite de ce testament est la lettre suivante, qu'Epicure, près de mourir, adressa à Idoménée :
« Je vous écris au plus heureux jour de ma vie , » puisque c'est le dernier. Je souflVe des douleurs si » cruelles dans la vessie et dans les intestins que rien ne » peut en égaler la violence ; néanmoins le souvenir de » mes raisonnemens sur la philosophie et de mes décou- » vertes sur la nature, charment tellement mon esprit, 2> que c'est pour moi une grande consolation contre les » maux du corps. Je vous recommande donc, au nom » de cette amitié que vous avez toujours eue pour moi » et de ce noble penchant que dès volro jeunesse vous » avez eu pour la philosophie , je vous recommande , dis- » je, de soutenir les enfans de Métrodore. î>
Les ouvrages d'Epicure étaient très-nombreux: Diogcnc
d'épicube. 343
Laërce les porte à trois cents. Il donne la liste des principaux , à la tête desquels il met ses trente-sept livres sur la l\ature. Il ne restait de ce philosophe que trois lettres que nous a conservées Diogène Laërce; mais parmi les rouleaux découverts à Hcrculanum, il se trouve une partie de son ouvrage sur la jSalare, dont le poème de Lucrèce semble n'être qu'une traduction poétique élégante. Les mêmes rouleaux ont aussi fourni quelques fragmens des ouvrages de Philodème de Gadara , l'un de ses disciples. Ce sont quelques épigrammes et des morceaux de son ouvrage sur la musique. Ce Philodème est le même qui vivait à Rome du temps de Cicéron et dont cet orateur fait un si bel éloge dans sa harangue contre Pison.