‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 5)Chapitre 96 sur 136 · DES. LOUIS · texte numérisé non relu

DES. LOUIS

enfans , pour qu'il ne reste après sa mort aucun sujet de division entre eux. Philippe, qui devait succéder au trône , avait déjà son apanage. Le roi assigne à ses autres fds le leur , ainsi qu'il suit : il donne à Jean surnommé Tristan, Crcspi, Laferté-.Milon, Villers-Collerets, Pierrefonds, et tout ce qu'on appela depuis le comté de "Valois. Pierre fut pourvu des comtés d'Alençon et du Perche; Rohert , le plus jeune (il n'avait que douze ans) , eut le comté de Clermont en Beauvaisis avec les seigneuries de Creil, de Gournay et quelques autres terres. Le testateur ajoute une condition pour ces dilïérens apanages; c'est que si quelqu'un d'eux vient à mourir sans enfans , les terres qui lui ont été assignées retourneront à celui de ses successeurs qui régnera alors sur les Français. Quant aux princesses , Isahelle , l'aînée des filles du roi, était alors (en 12G9) reine de Navarre; Blanche, la seconde (l'autre Blanche était morte à trois ans) , fut mariée cette année avec Ferdinand, fils d'Alphonse , roi de Castille ; Marguerite , la troisième , épousa vers le même temps, non Henri duc de Brahanl, avec qui elle avait été accordée , et qui se retira du monde pour se faire moine à Saint-Etienne de Dijon , mais Jean frère cadet et l'héritier de Henri ; Agnès , la dernière et la plus jeune, eut 10,000 liv. , en attendant qu'elle fût en âge de se marier. (Elle épousa depuis Robert H , duc de Bourgogne. )

Un article un peu surprenant du testament du roi , est celui où il ne laisse que quatre mille li\res à la reine Marguerite, et l'on sait que Philippe-Auguste en avait laissé dix mille à Isemburge , qu'il n'aimait point; et Louis VHI, trente mille à la reine Blanche.

Le reste du testament contient un nombre prodigieux de donations et de legs faits aux monastères, aux Hôtels- Dieu , à huit cents maladreries; aux filles qui sont dans l'indigence pour leur constituer une dot ; aux malheureux qui sont sans habits , poia- leur acheter bures et

chaussures; aux écoliers qui ne peuvent fournir aux frais de leurs études; aux orphelins, aux veuves, au petit peuple; aux églises pour des calices et des ornemens; à ses officiers pour récompense de leurs services; enfui à ses clercs jusqu'à ce qu'ils aient obtenu quelque bénéfice. Et tous ces legs devaient être payés , tant sur les meubles qui se trouveraient h son décès que sur le revenu des bois de son domaine; le prince successeur ne pouvait y rien prétendre que tout ne fut acquitté.

Le saint roi nomme pour ses exécuteurs testamentaires Etienne (II Tempier) , évèque de Paris; Phili])pe ( I." de Cbaources) ^ élu à l'évêché d'Evreux; les abbés de Saint-Denis et de Royaumont, avec deux de ses clercs , Jean de Troyes et Henri de Verzel.

On voit par le précis de ce testament que presque tout le royaume eut part aux pieuses libéralités du monarque.

Cependant il s'embarqua avec ses fils le mardi i." juillet 1270 , et, après une navigation un peu orageuse, il arriva , ainsi que son armée , sur la côte de Tunis. Son aumônier, Pierre de Condé , fit le cri public, qu» marquait la prise de possession et l'autorité souveraine. Le roi l'avait dicté lui-même; il commençait ainsi : Je vous dis Le ban de Nostre Seigneur Jésus Christ , et de Louis , roi de France , son sergent (sou serviteur ) , etc. On s'empare d'abord du château et de la ville de Carthage ; pendant quelque temps , on est exposé à la per. fidie et aux supercheries des infidèles; il n'y eut que des escarmouches; bientôt les excessives chaleurs amènent la peste dans le camp des chrétiens; plusieurs grands seigneurs en sont les victimes , entre autres le comte de Nevers , fils chéri du roi; son fils aîné Philippe et lui-même en sont atteints. Dès le premier jour Louis sentit que l'attaque était mortelle; jamais il ne parut plus grand que dans ses derniers momens. Il n'en interrompit aucune des fondions de la royauté; il donna

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