DE S . LOUIS
toujours les ordres avec autant de précision que s'il eût élé en narfîule santé; et songeant plus aux mau\ des autres qu'aux siens propres , il n'épargna rien pour leur soulasreiuent. Enfin ses forces l'abandonnèrent, et il fat obligé de garder le lit. Philippe son liis, quoique abattu de la fièvre quarte , était toujours près de lui. Le roi l'aimait et le regardait comme son successeur. Il ramassa toutes ses forces pour lui adresser cette belle instruction , que tous les auteurs anciens et modernes ont jugée digne de passer à la postérité la plus reculée. On assure qu'il écrivit ces en^eignemexs de sa propre main :
« Beau fds , dit-il à Philippe , la première chose que 2> je te recommande à garder, c'est d'aimer Dieu de » tout ton cœur, et de désirer plutôt soulTrir toutes » manières de tourmens que de pécher mortellement. » Si Dieu t'envoie adversité, soulTre-le en bonne griice, ï> et pense que tu l'as bien desservi (mérité). S'il te donne > prospérité, n'en sois pas pire par orgueil; car on ne » doit pas guerroyer Dieu de ses dons. \as souvent à 2> confesse; surtout éhs un confesseur idoine et prudhom- 2> me (habile) , qui puisse l'enseigner sûrement ce que •» tu dois faire ou éviter, ferme , qui ose te reprendre de 2> ton mal et te montrer tes défauts. Ecoute le service de » sainte église dévotement , de cœur et de bouche , sans » bourder (causer) ni truffer (regarder ça et là); entends » volontiers les sermons et en apert et en privé (en pu- "» blic et en particulier ) ; aime tout bien ; hais toute pré- 2> varication en quoi que ce soit. •» Ensuite il engage son fds h ne donner sa confiance qu'à gens qui en soient dignes , et à bannir de sa présence les courtisans , « pleins de convoitises, » vils flatteurs, toujours occupés à déguiser la vérité, objet le plus précieux pour un roi. « Enquiers- » toi d'elle , beau cher fds , ( continue^t-il ) , sans 2> tourner ni à dextre ni à senestre; sois toujours pour » elle encontre toi. Ainsi jugeront tes conseillers plus 2> hardiment selon droiture et selon justice. Veille sur
» tes baillis, prëvôfs et autres juges, et t'informe sou-
> vent d'eux, afin que s'il y a en eux à reprendre, tu » le fasses. Que ton cœur soit doux et piteux au pau- :& vre; fais-lui droit comme au riche; h tes serviteurs 2> sois loyal, libéral et roide de parole, à ce qu'ils te
> craignent et aiment comme leur maitre. Protège,
> aime, honore toutes gens d'église, et garde bien 5 qu'on ne leur tollisse (enlève) leurs revenus, dons ï et aumônes que tes anciens et devanciers leur ont
» laissés Garde-toi, beau cher fils, de trop grandes
î convoitises; ne boute pas sur tes peuples trop grandes » tailles, ni subsides, si ce n'est par grande nécessité, » pour ton royaume défendre. Alors même , travaille- 7 toi à procurer que la dépense de ta maison soit rai-
> sonnable et selon mesure. Observe les bonnes anciennes 2> coutumes, corrige les mauvaises. Regarde avec toute
> diligence comment tes gens vivent en paix dessous
> toi, par espécial es bonnes villes et cités. Maintiens 2> les franchises et libertés èsquelles tes anciens les ont 2> gardées; plus elles seront riches et puissantes, plus » tes ennemis adversaires douteront de t'assaillir, et
> de méprendre envers toi, espéciaicment tes pareils 5> et tes barons. Que ton premier soin soit d'éviter 5 guerre contre homme chrétien sans grand conseil » (mûre délibération) et qu'autrement tu n'y puisses 5> obvier. Si nécessité y a, garde (épargne) les gens » d'église et ceuv qui en rien ne t'auront méfait. »
Cette instruction finit par ces tendres
paroles : « Je te supplie, mon cher enfant, qu'en ma » fin tu aies de moi souvenance et de ma pauvre ame, » et me secoures par messes , oraisons , prières et bien- » faits par tout ton royaume. Je te donne toutes les s bénédictions que bon père et preux peut donner à son » fils. Que le Seigneur te garde et défende de tout mal. »
La maladie du roi empirait; il senlait ses forces l'abandonner. Après avoir reçu l'extrème-onclion , puis lo