TESTAMENT DE S. JEAN
piT l'àvm6nibb, (L^an 619.)
Saint Jean dit F Aumônier, dut ce glorieux surnom à Tune des qualités les plus précieuses qui puissent honorer le cœur humain, à la charité. INé à Limisso , qu'on appelait alors Amathonte , d'une famille noble et riche, vers 555, il em-* brassa l'état ecclésiastique , après que la mort lui eut enlevé sa femme et ses enfans ; et bientôt ses hautes qualités le firent nommer patriarche d'Alexandrie. Personne n'a répandu dans le sein des pauvres des aumônes plus abondantes et plu 3 multipliées, Lôrsqu'ea 608 il prit possession
DE S. JEAN l'aumônier. 4^
du siège d'Alexandrie, le premier deTOrient, il fit faire une liste exacte de tous les indigens : il s'en trouva 7,5oo; il les prit tous sous sa protection et se chargea de pourvoir à leurs besoins. Dans une autre occasion , c'était lors de son sacre, il distribua aux monastères et hôpitaux huit mille pièces d'or qui se trouvèrent dans le trésor de son église. Sa tendresse compatissante pour les pauvres et les malheureux éclata surtout dans la famine qui désola son peuple en 61 5. Enfin retiré dans sa ville natale et sentant sa fin approcher, il fit le testament suivant, dont la brièveté n'exclut pas le sentiment, et qui peint bien .son ardente charité :
« Je vous rends grâces , mon Dieu, de ce que » vous avez exaucé ma prière, et de ce qu'il ne » me reste qu'un tiers de sou ( 1 ) , quoiqu'à mon 9 ordination j'aie trouvé , dans la maison épisco- ». pale d'Alexandrie, environ quatre mille livres a d'or, outre les sommes innombrables que j'ai » reçues des amis de Jésus-Christ. C'est pourquoi » j'ordonne que ce peu soit donné à vos servi- » teurs. >
S. Jean l'Aumônier est mort à Limisso, le 1 1 novembre 6 1 g , à 64 ans.
(1) C'était sans doute un sou d'or, de la nature de ceux dont les Romains taillaient 72 à la livre; mais la livre n'était que de 10 onees 2 tiers. (V. Lb Blanc, édit. de 1690, p. 5.)
TESTAMENT DE S. ARBOGASTE.
(En 678.)
Saint Arbogaste, dix-neuvième évêque de Strasbourg , mourut le 2 1 juillet 678. Son testament n'offre qu'une singularité qui prouve Textréme humilité du testateur. Par une clause spéciale, il ordonne que son corps soit enterré hors de la ville , sur une colline où Ton exécutait les criminels ; et il veut qu'il soit placé précisément sous la potence. Il motive cet acte de dernière volonté sur ce que Notre-Seigneur Jésus-Christ avait été aussi mis au rang des malfaiteurs. On assure que plusieurs miracles ayant été opérés sur son tombeau , on y éleva une chapelle sous Finvocation de S. Michel. Par la suite , ses reliques furent transférées dans l'église abbatiale de Surbourg. Au XII.* siècle, on les divisa en deux parties : Tune resta à Surbourg jusqu'en i652 , qu'elle fut perdue pendant la guerre des Suédois; on déposa l'autre dans le monastère de Saint-Arbogaste fondé près de Strasbourg , et elle y resta jusqu'en 1 53o , époque de la destruction de ce monastère par les luthériens.
S. Arbogaste fut choisi par Dagobert II , nouvellement rétabli sur le trône d'Austrasie, pour remplacer en 673 Rhotaire, évêque de Strasbourg. Il fut comblé des bienfaits de ce prince , tant par la vénération qu'inspiraient ses vertus , que parce qu'il avait contribué par ses prières à la guérison du fils de Dagobert, Sigebert, qui s'était blessé dangereusement en tombant de
DE d. ARBOGASTE. 4^
cheTal à la chasse, dans la forêt d'Ebersmtinster. Deux ans après , Dagobert donna à la cathédrale de Strasbourg la terre de Roufiach, le palais dlsenbourg qu'il habitait , avec le territoire qui en dépendait.
La clause du testament de S. Ârbogaste donne à penser que dans le YII/ siècle, il n'y avait pas encore de cimetières publics, et qu'on choisissait le lieu de sa sépulture. Les Romains plaçaient leurs tombeaux le long des grands chemins , non loiil de la ville. Il n'y avait guère que les familles célèbres qui eussent leur columbarium ^ ou tombeau général pour tous les membres de chaque fiimille.