DE 8. PERPET
« Au NOM DE Jésus-Christ ,' ainsi soit-iL
» Je , Perpet , pécheur , prêtre de l'église de « Tours, n'ai pas voulu sortir de ce monde sans » avoir fait mon testament, depeur quelespauvres » ne fussent privés des biens qne Dieu m'a répartis » avec tant de bonté et de libéralité , quelqu'in- » digne que j'en fusse ; et de peur que, à Dieu ne » plaise, les biens d'un ecclésiastique ne pas-sassent à d'autres qti'à l'église.
» Je donne et lègue aux prêtres, aux diacres > et aux clercs de mon église , la paix de Jésus- » Christ, ainsi soit-il. Affermissez, Seigneur, » ce que vous avez fait en nous ; qu'ils ignorent » les schismes, qu'ils restent fermes dans la foi; » que celui qui suit la règle de l'évangile soit » comblé de toutes sortes de bénédictions dans » le ciel par Jésus-Christ, ainsi soit-il ; et que le » Seigneur Jésus de son souffle divin détruise l'impie, ainsi soit-il, ainsi soit-il. Que Dieu, » père de notre Seigneur Jésus-Christ donne la » paix à l'église , au peuple , dans les villes , dans » les campagnes , ainsi-soit-il. Venez, Seigneur, » ne différez pas , ainsi-soit-il. Prêtres , diacres et » clercs de mon église, vous, pourrez ensevelir » mon corps où bon vous semblera , et d'après » l'avis du comte Agelon. Je sais que mon ré- » dempteur ne meurt point , et je verrai en chair » mon libérateur, ainsi-soit-il. Cependant si vous » vouliez m'accorder la grâce que je vous demande » avec instance, quelqu'indigne que j'en sois, je » désirerais reposer aux pieds du seigneur Martin » jusqu'au jour du jugement. Vous verrez, vous
ÙO TESTAMENT
» Inprimis itaque ego Peupetucs volo liberos 9 esse liberasque homines et fœiiiiDas quotquot » habeo in ^illâ Saponariâ , quos emi de meâ » pecuniâ, ut et pueros quos in die discessûs mei » non manumisero in ecclesiâ ; ita tamen ut libéré » serviant, quandiù yixerint, ecclesiae meae, » sed absque servitute ad haeredes transmissibili » etglebaticâ.
» Do etiam ecclesiae meae agrum quem Ali- » garius mihi vendidit in dicta villa Saponariâ , » cum stagno. Item molendina supra Garum » propè dictam villam; necnon pecuaria et » prata ipsi ecclesiae meae do, lego.
» Villam de Bertiniaco cum sylvâ et omni » reditu , eâ conditione , quâ mihi à Daniele dia- » cono vend ita est , ecclesiae meae pariter do , lego. » Ita tamen ut de eorum proventibus oleum (j4) » paretur pro domini Martini sepulchro indefi- » cienter illustrando : quod si fuerit neglectum , » et voluntas mea, quod non spero , cassa, dicta » villa de Bertiniaco cum adjunctis, haeredibus » meis mox nominandis qedat , volo , statuo , » jubeo.
» Quidquid et quoquo in loco et à quâcunque
DE S. PERPET. 3l
» jugerez, vous choisirez; c'est ma volonté et ma résolution; et je ratifie tout ce que vous, mes » maîtres, mes frères, aurez décidé à cet égard.
» Premièrement, moi Perpet, je veux que 9 tous les esclaves , hommes et femmes , que j'ai p achetés de mes deniers, et qui sont dans ma » métairie de la Savonnerie , ainsi que les enfans » que je n'aurai point affranchis dans Féglise au 1» jour de mon décès, reçoivent tous la liberté. » Cependant j'y mets cette condition, qu'ils ser- » viront librement à l'église , tant qu'ils vivront, » mais sans esclavage transmissible à mes hé- » ritiers, ni qui puisse les assujétir à la glèbe.
» Je donne aussi à mon église, le champ » qu'Aligarius m'a vendu dans ma dite métairie » de la Savonnerie, avec l'étang; ainsi que mes » moulins sur le Chjer , près de la dite métairie. n Je donne également à mon église mes pâturages » et mes prairies.
» Je donne et lègue pareillement à mon église, » ma métairie de Bertiniac avec la forêt et tout » le revenu, aux mêmes conditions qu'elle m'a » été vendue par le diacre Daniel ; mais à la charge » que de son produit on fournira de l'huile » pour entretenir continuellement une lampe » sur le tombeau du seigneur Martin. Si l'on i> venait à négliger cette fondation et que ma » volonté, ce que je ne pense pas, n'eût plus M d'effet, la dite métairie de Bertiniac retournera » à mes héritiers que je désignerai plus bas. Telle » est ma volonté, ma résolution; tels sont mes » ordres.
» Je donne et lègue à mes débiteurs , tout ce
» personâ fucrit mihi debitum, quo die absces- » sero, debitoribus ipsisdo, lego. Exigerequod » dimitto nullus praesumat, volo , statuQ.
» Tibi fratri et consacerdoti dilectissimo Eu- 9 FRONio thecam ex argento de reliquiis sanc torum » do, lego. Ulamintelligoquam déferre solebam; » nam deauratam aliam quae est in capsario mec, % cum duobus calicibus aureis , et cruce similiter » aureâ, quam Mabuinus fecit, ecclesiae meœ » do , lego. Simul et omneâ libros meos , praeter » evangeliorum librum , quem scripsit Hilarius, » quondam pictayiensis sacerdos (B) y quem tibi » EuFRONio fratri et consacerdoti dilectissimo, » cum praefatâ thecâ, do, lego, volo, statuo. » Memor esto met , amen.
» Ecclesiae S. Dionysii de Rambasiaço , cali- » cem argenteum , et crucem similiter argenteam » in cujus manubrio est reliquia de eodem S.
» Dionysio, do , lego.
» Ecclesiae de Proillio similiter calicem argen- » teum et urgeos ( urceos ) argenteos do , lego. » Similiter et Amalârio ibidem presbytero capsu- » lam unam communem de serico , item peris- » terium , et columbam argenteam ad reposito- » rium , nisi maluerit ecclesia mea illam quâ » utitur eidem Amalârio transmittere , meam » retinere: tibi ecclesiae meaeeligendumpermitto, » volo, statuo.
> Sorori meae Fimm Jvlim Perpetuje crucem
DE S. PERPËT. 33
» Iju'ils pourront me redevoir ati moment de ma » mort, quelle que soit la somme, partout où ils » seront et quels qu'ils soient. Que personne ne » s'avise de réclamer ce que je leur abandonne.
» Je donne et lègue à vous, mon très-cher » Eufronius , mbn frère et mon collègue , la boite » d'argent où sont les reliques des saints, mais » j'entends celle que j'avais coutume de porter » avec moi; car quant à l'autre dorée , et qui est s dans mon armoire , avec deux calices d'or , et » une croix également d'or , faite par Mabuin , B je les donne et lègue à mon église. Je vous » donne et lègue en même temps, mon très-cher » frère et collègue Eufronius, avec la boite sus- » dite, tous mes livres, excepté le livre des » évangiles transcrit par Hilaire , qui était jadis » prêtre à Poitiers. Telle est ma volonté et ma » résolution; souvenez-vous de moi, ainsi soit-il.
» Je donne et lègue à l'église de Saint-Denis » de Rambasiac , un calice d'argent et une croix » également d'argent ^ dans le pied de laquelle » est une relique du même S. Denis.
» Je donne et lègue également à l'église de » Proille un calice et des burettes aussi en ai^ent« » Je donné de même à Amàlatius, prêtre de » cette église, une petite boîte commune de » soie, le péristère et là colombe d'argent pour » y déposer le Saint-Sacrement, à moins que » mon église n'aime mieux remettre à Amalarius » celle dont elle se sert , et retenir la mienne. Je » vous donne le choix, mon ^lise; c'est ma vo- » lonté et ma résolution.
» Je donne et lègue à ma sœur FIdia 'Julie
• parvam auream ex emblasmate , in quâ sunt » de reliquiis Domini, do, lego. Quam tamen » obnixè rogatam yelim , ut si forte , jubente Do- » mino, eam contingat migrare ante Dadolenam » virginem ecclesiae meae , eî possidendam relin- » quat. Te etiam rogo , soror Dadolen A , ut mo- » riens eam ecclesiae quae libuerit addicas , ne » Teniat ad indignos. Quod si transeat Dadolen A 9 ante te , sit tibi liberum , carissima soror Fidi A » JuLiA Perpétua, praedictam crucem oui yolueris » ecclesiae relinquere, volo, statuo. Memoresto » mei,dilectissima,amen.
» Tibi Agiloni comiti ob egregia tua in eccle- > siam meam et pau pères filios meos mérita , et » ut pergas eorum defensionem robuste suscipere » sicut cœpisti, equum meum parabilem, et » mulmn quem elegeris , do , lego. Memor esto » mei , fili dilectissime , amen.
1 Ecclesiae S. Pétri peristromata quae ei ad » utendum in natali ejusdem saepè concessi, » omuino et absolutè do , lego.
» Tibi fratriet consacerdoti carissimo, de quo » Dominus providebit regendae .post discessum » meum ecclesiae nunc meae , tune tuae, aut potiùs • nec meae nec tuae, sed Christi , do quidquid ad » usum episcopalem de rébus meis volueris elîgere » in caméra et sacrario vicino. Quod noluerîs
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» Perpète (ou Perpétue) ma petite croix <J*or » enrichie d'ornemens , et qui renferme des reli- » ques du Seigneur; cependant je la prie avec » instance, dans le cas où elle viendrait à mourir » avant la vierge Dadolène , de laisser cette croix » à mon église. Je vous prie aussi, ma très^ » chère sœur Dadolène, si vous venez à mourir, de » la laisser à quelle église bon vous semblera, de > peur qu'elle ne tombe en des mains profanes ; » et si Dadolène vient à mourir avant vous , ma » très-chère sœur Fidia Julie Perpète, je vous » laisse la liberté de donner cette croix à quelle » église vous voudrez. Telle est ma volonté; sou- » venez-vous de moi , ma très-chère sœur , ainsi * soit-il.
» Quant à vous , mon cher comte Agelon , en » reconnaissance des services signalés que vous » avez rendus à mon église et aux pauvres mes » enfans, et afin que Vous continuiez à les dé- » fendre avec activité comme vous l'avez fait » jusqu'alors, je vous donne et lègue mon cheval » de parade et un de mes mulets à choisir. Sou- » venez-vous de moi , mon très-cher fils , ainsi » soit-il.
» Je donne et lègue en toute propriété à l'église » de Saint-Pierre, les tapisseries que je lui ai » souvent prêtées pour le jour de sa fête.
» Mon très-cher frère et collègue que Dieu » destine à gouverner cette église , qui est main- » tenant la mienne et qui alors sera la vôtre , ou , » pour mieux dire, qui n'est ni la vôtre ni la » mienne^ mais celle de Jésus-Christ; je vous » donne a choisir parmi les différens objets qui
9 haeredum meorum noininandorum esto. Près- » byterum de Malleio , cumque de Orbonâ , ad » gradus unde merito dejecti sunt, nunquam 1» restitue. Sportulam. tamen habeant quandià » Tixerint super parte redituum meorum de » Preslaio ; quod supererit cum parte illâ quam » utendam fruendam illis concessi, postquam » obierint, ettibi utendum fruendum relinquo ; » post discessum tuum ecclesiae meae do, lego. » At tu , frater et consacerdos carissime , presby- » teros , diaconos , clericos , virgines , meos , tuos » ama, exemplo juva, beneyolentiâ praeveni; fac » ut sciant se tibi filios non servos , te illis patrem » non dominatorem, rogo, volo, statuo.
» At Tos viscerà mea, fratresdîlectissimi, co- ' ronamea, gaudium meum, Domini mei, filti » mei, pauperes Christi, egeni, mendici, aegrî, » Tiduae, orphani; vos , inquam» haeredes meos » scribo , dico , statuo. His quae supra detractis , » quidquid in bonis habeo, siye in agris, pascuis, » pratis, nemoribus, vineis, mansis, hortis, » aquis, molendinis, sive in auro, argehto^ et » vestibus, caeterisque rébus, de quibus me » disposuisse non constabit, haeredes esse vos » jubeo. Et ut omnia per discretionem adminis- » trentur, volo ut distrahantur quamprimûm
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9 tiennent aux fonctions épiscopates^ soit dans » ma chambre , soit dans la sacristie voisine. Ce • que vous ne voudrez pas , appartiendra à mes > héritiers, que je ne tarderai pas à nommer. » Jamais ne rétablissez dans les grades d'où ils » ont été rqetés, un prêtre de Mauléon et un autre » d'Orbonne; que cependant, tant qu'ils vivront, » ils aient leur nourriture sur une portion de » mes revenus de Presle. Ce qui restera avec cette 9 portion dont je leur accorde la jouissance, vous » reviendra après leur mort pour en jouir à votre » tour ; mais je le donne et lègue à mon église » après votre décès. Et vous, mon très-cher frère » et collègue , aimez les prêtres, les diacres et les » vierges qui sont mes amis conune les. vôtres; » édifiez-les par votre exemple , prév«iez-les par » votre bienveillance ; qu'ils sachent qu'ils sont » vos enfans et non vos esclaves, et qu'ils ont en » vous un père et non un dominateur.^ C'est ce ». dont je vous prie, ce que je veux, ce que j['ai » résolu.
» Et vous qui êtes mes entrailles, mes frères » trèsrchéris , ma^ couronne , ma joie , mes mai- » très, mes enfans; pauvres de Jésus-Christ,. » indigens^ mendians, malades, veuves et or- » phelins, vous tous, je vous inscris, déclare et 1 institue mes héritiers. A l'exception des dispo- » sitions ci-dessus , je vous donne et lègue tout » ce que je possède en terres, en pâturages, ea » prairies , en bois , en vignes , en maisons , en » jardins, en rivières, en moulins, en or, en » argent, en habits et en toutes autres choses t dont |e a'aurais pas disposé ;^ et pour qjue tout
» bbi^o , et fieri poterit , et in pecuniam redi- • gantur, cujus très partes fiant. Duœ hominibus » qgfenis distribuantur, ut placuerit âgrario prèsyy bytero, et comiti Agiloni. Tertia iriduis et pauyi peribus fœminis, uti placuerit TÎrgini Dapousnje, 9 distribuatur , volo , rogo , statuo.
» Testamentum hoc manu propriâ scriptum • relegi et subscripsi ego Perpetuus, calend. maias » post consulatum Leonis Minoris A. Illud tu, » Delmati fili, apud te depositum serva ; et cum » alio simili meà pariter manu scriptum et sub* » scriptum , quod apud Dedolenam (sic) déposai , » Agiloni comiti coràïn fratribus meis presbyteris, » diaconibus et clericis aperiendum et legendum » trades , in nomine Domini volo , rogo , statuo , » fixum ratumque sit.
» Benedic , Domine : veni , Christe Jesu.
9 Ego P^RPETuus in nomine tuo , amen. »
NOTES
(A) Page 3o. lia tamen ut de eorum proventibus oleum paretur. Cela donnerait à entepdre que l'huile était rare
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s'exécute le plus airantageusement possible , je yeux qu'aussitôt après ma mort et le plus tôt que faire se pourra , tous ces biens soient vendus séparément , et que de l'argent provenant de la vente , on fasse trois portions , dont deux reviendront aux hommes pauvres : le prêtre Âgrarius et le comte Agelon les leur distribueront comme ils le trouveront convenable; la troisième portion sera pour les veuves et pour les pauvres femmes : la vierge Dadolène la leur distribuera comme il lui plaira. Telle est mon intention , mon vœu et ma résolution.
> J'ai lu et relu ce testament écrit de ma propre main ; et moi , Perpet , l'ai signé le jour des calendes de mai , après le consulat de Léon-le- Jeune (c'est-à-dire le i.*' mai 475. V. ci-dessus, p. 37). Je le dépose entre vos mains, mon fils Delmace, conservez-le. Quant à la copie également écrite et signée de ma main, que j'ai confiée à Dadolène avec une autre semblable, vous la remettrez au comte Âgelon , afin qu'il fasse l'ouverture de mon testament, et qu'il le Mse en présence de mes frères , les prêtres , diacres et clercs : telles sont mes volontés et résolutions prises au nom du Seigneur , fixée» et ratifiées définitivement. Béûissez-moi, Seigneur; venez, Jésus-Christ !
» Signé Perpet en votre nom. Ainsi soit-iL »
dans ce temps-là. Elle ne Ta pas moins été par la suite On connaît un concile d* Aix-la-Chapelle, qui, vu la
rareté de Tbuile , permet aux moines d'user à^ huile de lard. Guillaume deXoinville, 6a.* évèque de Laogres , en accordant le patronage de Téglise de Sivery au chapitre de Montréal, en laai, exige un cens annuel d'une mesure d'huile de noix pour sa table. Jeannîn , maire de Cheviguy en Bourgogne^ fonde, en i3o6, son anniversaire à Saint- Yivant , pour une pinte d^buile. On pourrait citer mille traits de la rareté et de la cherté de l'builc au moyen âge, et plus encore de la cire.
(B) Page 5a. Hilarlus, quondam pîctaviensis sacerdos. Il est sans doute ici question du célèbre S. Hilaire, évéque de Poitiers, mort le i3 janvier 568. Mais pour-> quoi S. Perpet ne lui donne-t-il pas le titre d'évèquç ?
Les quatre grands docteurs de Téglise de France sont : S. Irénée, évêque de Lyon, martyrisé vers aoa ou ao8; S. Hilaire, évéque de Poitiers; S. Césaire, évêque d'Arles, mort le 27 août 54a; et S. Bernard, qui, né à Fontaine près Dijon , en 1 091 , mourut à Clairvaux , le ao août 1 1 53.