DE RICHARD II
NOTE
(J) Cette ancienne sépulture sous une gouttière ^ m'ea rappelle une du même genre dans nos temps modernes; mais ici le trait est plaisant : la piété et rhumilité n'y sont pour rien.
Gallet , l'un de nos anciens et aimables chansonniers, bon buveur, et par conséquent aussi ennemi de l'eau que peu favorisé de Plutus, mourut au Temple en 1767; et on l'enterra près d'une église, sous une gouttière. A quelque temps de là, Panard, son intime ami, et non moins bon buveur , passa avec quelqu'un près de cette triste sépulture. Il s'arrête, pousse un profond soupir , et montrant le dernier gtte humide de Gallet : « Les barbares ! voyez donc, monsieur; ils l'ont mis sous une gouttière, lui , lui qui n'a jamais bu une goutte d'eau ! Sous une gouttière !! les cruels!... Ah, pauvre ami, pauvre ami! sous une gouttière ! répétait-il en s'éloignant et s'essuyant les yeux. >
TESTAMENT DE XaUIS VIII,
ROI DE FEAUGB.
(En la^S.)
Cje testament offre des particularités qui ne nous permettent pas de le passer sous silence. La disposition des biens du monarque et certains legs en font un objet curieux.
Louis VIII, dit Cœur-de-Lion, né de Philippe- Auguste et dlsabdle de Hainaut , le 5 septembre 1187, roi de France le i4 juillet 12 25, eut de Blanche de Castille son épouse, onze enfans, dont six seulement lui survécurent. Ce sont Louis, Robert, Jean, Alphonse, Charles et Isabelle qui
fonda le monastère de Longchamp. Ce prince établit par son testament, fait en juin i225 , que son fils aîné (S. Louis) lui succédera à la couronne et sera maître de tout le pays , de la même manière qu'il le possède lui-même : habeat totam terram, t/uam charUsimus genitor noêter Philippus piœ recordalionis ténuité et sicut eam, tenait et nos tenemus. 11 en exempte seulement les terres , fiefs et domaines qu'il asssigne à ses autres enfans : exceptis illis terris , et feodisj et doma' niis quœ per prœsentem paginant excipimus» Yoici comme il en dispose : Volumus siquidem et ordinamus qubd filius noster secundus natu habeat totam terrant Attrebatesii in feodis et domaniis , et totam aliam terram quam ex parte matris nostrœ Eliza^ betk possidemusj salvo dotalitio matris suœsi superviveret. Il donne donc FArtois, etc. , à Robert son second fils. Item^ volumus et ordinamus qubd tertius filius noster habeat totum comitatum Andegavim et Cœnontanniœ, in feodis j etc; Jean, le troisième fils, aura le comté d'Anjou et le Maine. Item y volumus et ordinamus qubd quartus filius noster habeat comitatum Pictaviœ^ et totam Alverniamy in feodis ^ etc.; le quatrième de ses fils, Alphonse, possédera le Poitou et l'Auyer^e. (Ici est une clause concernant son frère Philippe, comte de Boulogne , dont le bien retournera à la couronne, s'il meurt sans enfans). Voici une autre clause assez singulière , relative à son cin* quième fils et aux autres fils qu*il pourrait encore avoir : Item j voluntus et prœcipimus qubd quintus filius noster sit clericus , et omnes alii qui post eum nascentur; « voulons et ordonnons que notre cin-
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9 quième fils ( Charles) entre dans la cléricàture » ainsi que tous ceux qui pourraient naître après » lui. » Cette disposition prouve bien la barbarie de ce siècle ; était-ce la crainte de multiplier les apanages ? mais il n'est point de ménagemens avec le ciel ; et la politique ne peut jainais presérire contre la religion. Au reste, cette clause n*eut pas lieu. Jean, comte d'Anjou, étant mort en 1226, peu de jours après son père, Charles, né en 1220, prit le titre de comte d'Anjou et de Provence , et fut roi de Naplés en i â65 ; il est la tige des rois de Naplès de la première maison d'Anjou; il mourut en 1286. Revenons au testament de Louis YIII. Après avoir ainsi disposé de la couronne et de ses domaines, il passe à ses propriétés mobilières.
Il donn^ d'abord à son fils qui sera son successeur, tout l'or et l'argent, ainsi que l'argent monnayé qui est dans la tour vis-à-vis Saint-Thomas, in turri nostrd parisiensijuxia Sanetum Thomàm; c'était là qu'était le trésor delà couronne. Ensuite il ordonne que l'on tire de son mobilier de quoi payer ses dettes; puis il donne et l^[ue à sa trèschère épouse. Blanche de Castille, trigenta tnillia libràrum, trente mille livres (qui peuvent valoir 340,000 fr. de notre monnaie actuelle) ; et à sa fille Elisabeth , vingt mille livres.
Il donne à deux cents églises, ducentis domibus Dei, vingt mille livres, c'est-à-dire à chacune cent livres; à deux mille maisons de lépreux, duobus millibm domorum leprosorum^ dix mille livres, c'est-à-dire cent sous à chacune (environ 80 à 90 francs de notre monnaie). Cette quantité
de léproseries annonce que la lèpre , ce mal contagieux arrivé depuis peu de TOrient, «'était répandue très-promptement. Nous en parlerons dans une note à la suite de cet article (AI).
Le roi fait ensuite des dons et des legs considérables à un grand nombre d'abbayes du royaume , pour y fonder un anniversaire pour le repos de soname, pro anniversario nostro faciehdo. Il donne aussi trois mille livres pour les orphelins , les veuves et les pauvres filles à marieT y or phaniSj et vidais^ et patiperibfis mulieribus maritandis.
Il renouvelle les premières dispositions de son testament , relatives au partage de ses. biens et à la succession à la couronne , pour éviter toutes difficultés entre ses fils , ne posset inter eos dis^ cordia suboriru
Enfin, il ordonne que Ton vende toutes les pierres précieuses qui ornent ses couronnes, lapides pretiosi qui sunt in caronis nostris , ou qui existent ailleurs, ainsi que Tor qui les compose, et ses anneaux, et ses autres joyaux, voulant que le produit de cette vente soit employé à bâtir utie nouvelle abbaye de Saint-Victor en l'honneur de la Vierge Marie. Il finit par nommer pour ses exécuteurs testamentaires ses amis et fidèles évéques de Chartres , de Paris et de Senlis , et l'abbé de Samt-Yictov ^ amicos et fidèles nostros Carno^ tensem^ Parisiensem et Sylvanectensem episcopos, cum abbate Sancti Victoris. Si l'un vient à manquer, les deux autres pourront agir avec l'abbé de Saint-Victor; et dans le cas où la succession mobilière ne suffirait pas pour acquitter tous les legs, ceux-ci seront diminués ou retirés comme