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le jugeront à propos les exécuteurs testamentaires.
Telles sont toutes les dispositions du testament de Louis VIII , qui a beaucoup de rapport avec celui de son père Philippe-Auguste, dont nous dirons un mot à la fin de la note suivante. On verra combien Tun et l'autre sont encore impré^ gnés de la rouille du temps. Duchesne les a insérés dans son Historiœ Francorum Scriptores , Paris, 1649, in-fol., tome V, p. 261 et pp, 32^ — 3^5, et nous croyons qu'ils n'existent que là. Louis YIII est mort à Montpensier, par excès de continence, dit-on, le 8 novembre 1226; et son épouse Blanche, mère de S. Louis, est morte en 1252.
NOTE
(A) Il y avait à peine 140 ans que la première croisade avait eu lieu sous Philippe I.*% lorsque Louis YIII mourut; et sous le règne de celui-ci deux mille léproseries couvraient la France, comme le prouve son testament. Quel ravage avait donc déjà fait cette affreuse maladie , « seul fruit, dit.Yelly, que les chrétiens rapportèrent de leurs croisades! » Une chose fort singulière, c'est que des médecins et même des casuistes, dans ces temps d'igno« rance, ont permis de se rendre eunuque, pour se préserver de cette peste. Gela avait d'abord fait croire que la lèpre avait quelque chose de conunun avec cette autre, maladie honteuse , suite du libertinage, tandis que la lèpre a disparu depuis longtemps ; mais on est cntièment revenu de cette erreur.
Les malheureux frappés de cet horrible mal oriental , de lui-même contagieux, étaient séparés de toute société; c'est ce qu'on appelait les mettre hors du siècle. Voici les cérémonies qui^ dans le temps, s'observaient à cet égard ;
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Le curé avec son clergé allait en procession à la maison du malade, qui l'attendait à la porte ^ couvert d'un voile noir ou d'une nappe. Après quelques prières, la procession retournait à l'église, et le lépreux suivait le célébrant à une certaine distance. Il allait se placer au milieu ^'une chapeUe ardente, préparée comme à un corps mort; on chantait une messe de requiem ^ et à l'issue de l'office, on faisait, autour du lépreux des encensemens et des aspersions , et l'on entonnait des iibera. 11 sortait pour lors de la chapelle ardente, et on le conduisait jusqu'au cimetière, où le prêtre l'exhortait à la patience. Ensuite on lui défcn4ait d'i^pprocher de qui que ce fût, et de ne rien toucher de ce qu'il marchanderait , avant que cela lui appartint; de se tenir toujours au-dessous du vent , quand quelqu'un lui parlerait; de sonner sa tartevelle quand il demanderait l'aumône; de ne point sortir de sa borde , sans ^tre vêtu de la housse; de ne boire en aucune fontaine ou ruisseau que celui qui est devant sa borde ; d'avoir une écuelle fichée sur un bâton droit ; de ne passer ponts ni planches sans gants; de ne point sortir au loin sans congé ou licence du curé et de Tofficial. Puis le prêtre ajoutait : « Je te défends d'habiter avec autre femme qu'avec la tienne. » Enfin il prenait une pellée de terre du cimetière , et par trois fois la lui mettait sur la tête , disant : « C'est signe que tu es mort quant au monde , et pour ce aie patience en toi. b
Il restait encore une espèce de liberté à celui que Ton mettait ainsi hors du siècle; mais il y en avait d'autres que l'on enfermait dans des lieux écartés , loin de toute habitation, toujours cependant près des grands chemins. On les fuyait avec horreur , si par hasard on en rencon- . trait. On avait même porté la précaution jusqu'à leur défendre de contracter, sans spécifier le genre de maladie dont ils étaient atteints; cette clause non exprimée rendait l'acte nul.
Le nombre des lépreux augmenta enfin si considérablement , que dans toutes les villes et bourgades, on fut obligé de bâtir un hôpital pour les retirer. On a nommé ces maisons ladnries, parce qu'elles étaient sous l'invoca-
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tion de S. Lazare, que le peuple par corruption appelait S, Ladre, comme on le fait encore à Âutun.
Cependant ces malheureux inspirèrent tant de pitié «pie la eharité publique s'empressa de venir à leur secours; les libéralités de nos rois , celles des grands 9 les aumônes multipliées des fidèles, ne tardèrent pas à enrichir ces retraites, objet tout ensemble d'horreur et de compassion. Bientôt les lépreux devinrent plus dignes d'envie que de pitié. Les richesses dont ils furent dotés excitèrent la cupipidité; et pour s'en emparer, on n'hésita pas à les accuser •des crimes les plus horribles, tels que d'avoir empoisonné les puits, les fontaines, les rivières; et sur cette accusation, Philippe-le-Long (mort en i32;k) en fit brûler plusieurs et confisqua tous leurs biens. Il existe une ordonnance de ce prince, par laquelle il accorde main-levée des saisies qu'il avait fait faire des revenus de toutes les léproseries du royaume. (V. LAUftiESE, Ordonnances de nos Rois, 16 vol. in-fol. , tome I, p. 8i4«) Insensiblement, par suite d'une plus grande propreté et de l'usage du linge, le mal diminua et s'éteignit entièrement; du moins il n'en reste plus de vestiges dans nos climats , si ce n'est dans le charmant et mélancolique opuscule de M. de Maistre, intitulé le Lépreux de la Cité d^Aoste. Mais ici le mal n'est pas contagieux.
Nous avons dit qu'il y avait beaucoup d'analogie entre le testament de Philippe- Auguste (fait en 1222) et celui de son fils Louis YIII , que nous avons rapporté ci-dessus.. £n effet Philippe , dans une clause relative aux lépreux et aux orphelins, s'exprime ainsi : Item donamus et tegamus pauperibus, et orphanis, et vidais, et leprosis XXI mil lia librarum parisiensium distribuenda per manus testamentario^rum nostrorum. De plus , on voit par une des clauses suivantes du même acte (et comme le prouve également le testament de Louis VIII ), que les rois disposaient des différens joyaux, jnerres précieuses, etc., qu'ils possédaient : Item donamus, dit Philippe- Auguste, et legamus abbatiœ Sancti Dionysii, in guâ sepulturam eligimus (Saint- Denis n'était pas encore affecté de droit à la sépulture de nos rois), omnia ludicra nostra cum lapidibus pretiosis, et
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cruces aureas et omnes lapides pretiosos , ita ^amen quôd pro salute animœ nostrœ, singulis diebus viginti mcnaehi presby^ teri célèbrent divina, etc. Il y a encore dans ce testament d'autres clauses remarquaUes, telles que celle 4*ufié donation de 3ooo marcs d'argent pour le roi de Jérusalem {Baudouin); 2000 pour les Hospitaliers; autant pour les Templiers, afin qu'ils retournent en Palestine. Le Foi accorde en outre 4 5oj4)oo marcs d'argent au même roi, régi transmarino , et aux mêmes chevaliers et Templiers, à condition qu'ils fourniront 3oo soldats ^ndant trois ans, indépendamment de ceux qu'ils doivent fournir quand le temps de la trêve sera^écoulé, postquam treuga rupta fuerit inter ipsos et S4tracenos,
Ce testament de Philippe- Auguste est dans le tome V, p, 261, 'de Duchesne, que nous avons cité ; mais avant ce testameiït est un fragment d'histoire, Gesta alla Philip pi Aùgastiex codice MS.(pp. 267 — a6i),oii Ton apprend que le roi Philippe donna à l'abbaye de Samt-Denis, diffé* rentes reliques que lui avait envoyées l'empereur Baudouin , entre autres un morceau de la vraie croix , long d'un pied et in grossamvero quantum aliquis indice juncto cuni pollice-claudere manu potest (environ deux à trois pouces de diamètre) ; des cheveux de l'enfant Jésus ; une épine dé la couronne du Sauveur; une côte et une dent de S. Philippe, apôtre; un morceau de toile blanche provenant des langes de Jésus à sa naissance , etc. L*abbé de Saint- Denis alla , nu-pieds , et prooessîonellement , paaltendo , au-devant de ces reliques, les reçut de la propre main du Roi , éram pleno gaudio lacrymarum^ et les transporta à l'abbaye au bruit descloches, puisatis campanis universis, au milieu du peuple assemblé, à qui il donna la bénédiction. Ces reliques furent enfermées in vasis auro puro teetis et pretiosis lapidibus,
Philippe-Auguste, ^Is de Louis TII et d^Alix de 'Champagne, est né le 21 août ii^5; il a été roi de France le 18 septembre 1 i8q, et est mort à Mantes , le 14 juillet issS. Il a ^té marié trois fois , et n^a eu que trois enfans , Louis YIII, Philippe, comte de Clernàont, et une princesse nommée Marie. Il -a eu en outre -un fils nacturel, Pierre Chariot.
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