TESTAMENT D'EDOUARD L
EOI D^ANGLETEBRE.
(En 1807.)
Nous croyons pouvoir' mettre au nombre des testamens singuliers , l'acte de dernière volonté d'Edouard I."", l'un des plus grands rois d'Angleterre , quoique cet acte ne soit que verbal. Ce prince était furieux contre les Ecossais qui venaient de chasser les Anglais de leur territoire , et il s'apprêtait à mettre tout à feu et à sang dans
(1) Paille fourragée que Ton étend sous le ventre des chevaux pour leur servir de litière. Ce mot estrain vient de stramen, paille, chaume; il est encore en usage en Bourgogne, en Franche-Comté, etc.
d'sdouard !.•• 5S
leur pays, lorsqu'il fut atteint d'une maladie mortelle qu£ l'enleva le 7 juillet i3o7, à Tâge de 67 ans. Maiis il faut laisser raconter à Fhistorien Froissard , dans son style naïf, ce qui se passa à la mort de ce prince , relativement à ses dernières intentions.
« Le bon roy Edouard, dit-U, trespassaenla cité
> de Warvich. Et quend il mourut , il fit appeler 9 son aisné fila (Edouard II , qui après lui fut roy) » pardeuant ses barons , et lui fit iurer , sur les » saincts , qu'aussitost qu'il seroit trespassé , il te » feroit bouillir en vne chaudière, tant que la
> chair se departiroit des os; et après feroit 1 mettre ta chair en terre , et garderoit les os :: » et toutes les fois que les Ëseoçois se rebeUeroient B contre luy, il semondroit ses gens et porteroit
> avec luy les os de son père. Car il tenoit fer- »■ mement que tant qu'il auroit ses os avec luy , » les Escoçois n'auroient point de victoire contre » luy (^). Lequel n'accomplit mie ce qu'il auoit » iuré : ains fit rapporter son père à Londres, » et là enseuelir ; dent lui mescbeut. »
"En efiet, Edouard II fut très-malheureux , et après ig ans.de règne, le parlement, en i328, le déclara inhabile à régner et le déposa*^
NOTE
(A) Cette disposition rappelle celTe dit prétendu testament de Jean ZisLa , chdf des Bohémiens, mort en 14^49 par lequel il exigea, dît-on, qu'^oissitôt après sa mort, on récorchât , et qu'on fît un tambour de sa peau. « Le » bruit seul, lui fait-on dire, suffira pour effrayer vos » ennemis et vous faire conserter les avantages que
» mon courage tous a procurés. • Il est reconnu que ce testament est une fable, un conte fait^ plaisir.
Il en est de même de la facétie attribuée à Rabelais, oii Ton prétend ^u'il commença ainsi son testament ; c Je n'ai rien vaillant, je dois beaucoup 9 je donne le » reste aux pauvres. » Gela n'est pas plus réel que le mot qu'on lui prête à l'article de la mort : c Je vais chercher 9 un grand peut-êtrie. • Rabelais est mort d'une manière édifiante, en 1 553»
Le célèbre Jean de Launoy , surnommé le dénicheur de saints, était fort désintéressé; il laissa peu de fortune et conmiença ainsi son testament : « Au nom du Père, et » du Fils, et du Saint-Esprit. J'aurai bientôt fait, car je » n'ai pas beaucoup de biens, etc. b Et, chose singulière! cet illustre savant qui déterrait si bien les dates de l'an-» tiquité, oublia celle de son testament. Il y mit bien l'année, mais non pas le jour. Il est qiort eq 1678.