‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ouChapitre 24 sur 96 · DE GEOFFRGY-TÊTE-NOIRE · texte numérisé non relu

DE GEOFFRGY-TÊTE-NOIRE

itiille francs départis a chacun , ainsi que (Jit et ordonné Tauoit; et demourerent capitaines de Vêntadour Alain Roux et Pierre Roux: ^ frères. ^

J. Tronçon , jurisconsulte , a rapporté le testanaentde GeofFroy-Tête-Noirei^ dans son ouvrage intitulé : Le Droit françeis et Coutume de la pré-vdté et vkomté de Parts:, oh il est fait rapport dU Droit romain. Paris, l664 (5/ édition), în-foL Dans sou commentaire sur Tart. 289 de la coutume en question^ il le donne comme exemple d'un ancien testament militaire.

Pour nous, nous lavons pris et copié littéralement dans VHistoire et chronique mémorable de Messire Jehan Froissart^ reveu et corrigé êus divers exemplaires et suivant les bons auteurs^ par Denis Saunage de Fontenailles' en Brie, historiographe de Henri II. Lyon, chez J. de Tbiurhes, i574^ 4 vol. in-fôl. Voyez le tiers vol., ch. i36, pp. 326—326. s : ■ . •

NOTE

ÇA) Ce5 expressions cavalières caractérisent bienr IJhomme et le siècle. On voit que. ce testateur était de ces gens du caractère d^ Achille , sans comparaison d'ailleurs; celui dont parle Horace, uirf. poêt., v. hkvi

Jura negat sibi nata , nihil non arrogat armis.

« Il se croit au-dessus des lois et s'arroge tout par les armes. 1 ^

Mais une chose qui paraîtra fort singulière , c'est que àankhle Dictionnaire lùstoriqueàe^.^. Ghaudon et Landine, on ait attribué à notre roi Charles YI, ce testament de Geoffroy-Tête-Noire, dont les expressions ne peuvent guère convenir qu'à un spadassin, ou à im soldat sans

éducation, {i'erreur, qui sans doute n'a été commise que par afistraction , est un peu forte. Il y a un autre article du même dictionnaire , je ne m'en rappelle pas le titre, mais qui est assez plaisant par une autre erreur qu'une précipitation typographique a fait commettre. Cet article commence l'histoire d'un Sultan, elle se continue jusque vers la çioifiié de l'article; puis tout à coup, sans aucune e^èce de transition 9 le lecteur se trouve vis-à-vis un capucin dont la moitié de la vie termine l'article musulman; de sorte qu'on n'a fait qu'un seul article de la partie supérieure d'un grand turc et de la partie infô^ rieure d'un bon religieux de S. François.

TESTAMENT DE P. D'ALIGNY.

(En t4io.)

Nous ne mentionnons ce testament que poiir faire voir les expressions singulières dont on se servait alors. Pierre d'Aligny , seigneur de Gresigny, en Bourgogne, fait, en i4io, son testament^ dans lequel « il recommande son ame a Dieu , » laisse la charoigne et la charenaêse de son corps » aux vers et a la terre, » élit sa sépulture en l'église de Saint-Pierre de Gresigny , et donne au curé douze écus d'or et vingt bichots de froment pour son anniversaire.

TESTAMENT DE L. CORTUSIO,

JVKISGONSVLTE ▲ PADOUE.

(En i4i8.)

Le testament de Louis Cortusio, jurisconsulte à Padoue dans le XY/ siècle, est l'un des plus singuliers que l'on connaisse. Aussi plusieurs

DE t. COITUSIO. 71

auteurs en ont parlé, entre autres le célèbre Paul de Castro, et plus en détail Scardeon, dans les jpfies des jurisconsultes dePadoue^ liv. II, class. 8. On le trouve encore dans VMternitatis prodromas mortis nuntitis^ de Jérémie Drexelius, jésuite, in- 16 de i63o, p. 22 ; et dans la traduction française du même ouvrage , qui a paru sous le titre de \ Avant^coureur de l'éternité, messager de la mort, adressé aux sains, aux malades et aux mourans, Cologne, in-16 de i633, p. 25. Le ?• Garasse Ta aussi rapporté dans sa Doctrine cu-^ rieuse, p. 912 , et Ta honoré de ses injures bouffonnes; enfin, M. Dreux du Radier, dans ses Récréations historiques, tom. I, p. 232, l'a également rapporté. Profitant de ce que chacun d^ ces auteurs en a dit, nous allons tâcher de le donner plus complet et plus exact qu'il ne la été jusqu'à ce moment.

Jtfesser Lodovico Cortusio défend, par acte de dernière volonté , à tous ses parens et amis de pleurer à son convoi. Celui d'entre eux qui pieui*era sera exhérédé, et au contraire celui qui y rira de meilleur cœur, sera son principal héritier ou son légataire universel. Il défend de tendre en noir la maison où il mourra ainsi que l'église où il sera enterré , voulant au contraire qu'on les jonche de fleurs et de rameaux verts (/i) le jour de ses funérailles. Lorsqu'on portera son corps à l'église , il veut que la musique remplace le son des cloches. Tous les menestriers de la ville seront invités à son enterrement ; cependant il en fixe le nombre à cinquante, qui marcheront avec le clergé, les uns devant le corps ^ les autres

derrière, et qui feront retentir laîr du bruit des instrumens, teh que luths, violes, flûtes, hautbois, trompettes,tambourins,etc. ; et ilschanteront alléluia comme le jour de Pâques. Chacun d'eux recevra pour salaire un demi-écu. Son corps, enfermé dans une bierre couverte d'un drap de diverses couleurs joviales et éclatantes, sera porté par douze filles à marier , vêtues de vert et qui chanteront des airs gais et récréatifs. Le testateur leur assigne une certaine somme d'argent pour leur dot. Les jeunes garçons et les jeunes filles qui accompagneront le convoi porteront, au lieu de flambeaux, des rameaux ou des palmes, et auront des couronnes de fleurs sur la tète, faisant chorus avec les douzes porteuses. Tout le clergé, accompagné décent flambeaux, marchera devant le convoi , avec tous les religieux , excepté ceux dont le costume est en noir, la volonté expresse du testateur étant, ou qu'ils ne paraissent pas à son enterrement, ou qu'ils changent de costume, pour ne point troubler la fête et la réjouissance publique parleur capuchon noir dont la couleur est une marque de tristesse. L'exécuteur testamentaire sera chaîné de faire exécuter toutes ces dispositions dans leur plus grand détail , sous peine de nullité , etc.

Louis Gortusio mourut Fan i4i8, le 17.* jour de juillet, dédié à S. Alexis, dit Drexelius. Ses funérailles furent exécutées comme il Tavait prescrit. Il fut enterré à l'église de Sainte-Sophie à Fadoue, avec un appareil qui ressemblait plutôt à une noce qu'à un convoi funèbre.

Son testanpient a été attaqué de nullité à raison

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de la biîarrerie de ses dispositions, et on voulait faire passer le testateur pour un fou ou pour un imbécille. Cependant cet acte singulier fut confirmé. Mais les motifs du jugement sont assez singuliers ; ils consistent dans le syllogisme suivant : « Le testament en question ne peut être » valablement regardé comme Touvrage d'un » homme en démence ou d'un esprit faible, parce » que c'est le testament d'un docteur très-célèbre; » or, un docteur très-célèbre ne saurait être en » démence, ni faire une action folle; donc le » testament de L. Cortusio est valable. » La mineure de cet argument passait alors pour un point certain et hors de contestation, tant le titre de DOCTEUR était révéré. Ce serait peut-être un peu différent aujourd'hui.

Le P. Garasse , qui conférait si facilement les épithètes d'athée et de matérialiste à ceux qui lui déplaisaient , ne manqua pas d'en gratifier le testateur en question. Suivant lui, ce testament respire un air d'athéisme et une insensibilité particulière qui fait voir que le docteur Cortusio croyait que son ame devait mourir avec son corps (i). Dreux du Radier fait à ce sujet des réflexions assez justes : « La décision de Garasse, dit-il, n'est

(i) Le P. Garasse se plaint beaucoup, Docir. cur.^ p. 9149 de ce que Cortusio a eu des imitateurs en Italie : « Depuis ce maudit homme , dit-il , il s'est vcu en Italie » des athéistes qui par leur dernière volonté , mourant > sans hoirs, et estant chargez de richesses, ont légué, 1 . » cent sols à l'hospital une fois payés; a. mille francs à Il chasque prostituée de la ville de Rome , qui se diroit

pas sans appel. La mort peut être regardée sous deux points de vue tout différens : ou comme un jour de triomphe pour ime ame chrétienne qui sort des misères de ce monde pour jouir d*un bonheur éternel, ou comme un moment terrible pour le juste même; mais dans l'un et 1 autre cas , le deuil et les marques de douleur sont très-inutiles au mort et ne peuvent regarder que les vivans; et conclure qu'un homme est athée et rejette l'immortalité de lame de ce qu'il ne veut point qu'il paraisse aucune marque de tristesse à sa mort, c'jest raisonner à la Garasse. » Dreux du Radier cite ensuite les peuples qui ont exclu les marques de douleur et de tristesse de leurs funérailles , comme étant les plus convaincus de l'immortalité de l'ame, entre autres les Gaulois, les Bracmanes, etc. ; il cite aussi les inhumations des religieuses et des moines de certains ordres, des jeunes filles, des enfans morts au berceau, qui toutes avaient ou ont lieu sans démonstration de tristesse, puisqu'on emploie des couronnes de fleurs et des habiUemens blancs à ces inhumations. Il cite encore les Juifs, qui^ du temps de Jésus-Christ, admettaient le son des instrumens à leurs obsèques , comme à celles

« telle; 5. une rente annuelle aux basteleurs; 4* ^^^ 1 pension de deux cents escus à deux ou trois chiens qui • leur auroient donné du plaisir durant leur vie, avec » charge expresse à leurs exécuteurs testamentaires de 1 garder ponctuellement toutes les conditions et circon- > stances de leur dernière volonté. > Je ne m'étendrai pas sur les épîthëtes et les reproches que le père Garasse prodigue à ces hommes peu excusables d'ailleurs.

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du Lazare. Mais l'auteur ajoute que* c'est peutêtre de là que les Romaiiis avaient des flûtes aux cérémoDies des funérailles ; » et il rapporte le vers d'Ovide,

Gantabat mœstis tibia fîmeribas.

Je ne suis nullement de l'avis de Dreux du Radier , et je crois plutôt que les Juifs ont emprunté cette coutume des Romains, ainsi que celle de manger couché au lieu d'être assis , de boire le meilleur vin au commencement du repas, d'essuyer les mains et les pieds avec les cheveu^t, etc. etc. etc.

NOTE

(A) Dans ce tempfs-là et même dans les siècles précé* deos, il n'y avait ni bancs ni chaises dans les églises; elles n'étaient pas même pavées , mais on les jonchai^ de paille le samedi soir pour le dimanche ; et dans la belle saison on y mettait des fleurs , de Therbe verte , des joncs , etc. Gela se pratiquait en Italie conuneen France. Un règlement de l'hôpital Saint-Jacques de Paris, de l'an 1494» porte que le crieur de la confrairie doit may et herbes vertes pour la joochée dans l'église.

Le savant Bullet, dans une note de sa dissertation sur les cartes à jouer, p. 71 9 nous apprend que l'on jonchait de paille les écoles de philosophie et de médecine à Paris. Les écoliers se mettaient sur cette paille , lorsqu'on faisait des actes publics du temps du poëte Dant. Ramus, dans sa préface pour la réfbrmation de Tuniversité de Paris, dit, en parlant des écoles de Paris : Pro tapetis et stramine quod Ubetariœ triginia soUdi, In cardinali pro tapetis si stramine triginta solidi. C'est pourquoi Rabelais , liv. II, c. 17, appelle les écoles. de Paris, des écoles de feunre et de paille. L(^8 d'Orléans dit^ ch. 12, qu'on

souloit (avait cûutame) anciennement couvrir de feurre^ c'fBst-à-direde paille et de foin, les salles où les grammairiens disputoient, et que cela se pratique encore en quelques églises de France durant certaines solemnitéis^y pour empêcher le froid des pieds.

La coutume de couvrir le parterre des salles de joncs et de fleurs aux jours solennels est fort ancienne. Le roman de Guillaume au Court-Nez, décrivant la magnificence de la cour que tenait G harlemagne à Saittt-Denis> dit:

£} mostier fii , et H glais, et li jons- .

Roses et lis et mentastre partout.

Et Yanhier de Dodaa, au roman de Perceval le Galloys i

Lors jen jonchier le pavillon De fraîches herbes environ..

On lit dans la chartulaire de Vendôme , que le comte Gui de Poitou se baissa et prit un jonc vert, car la maison avait été récemment couverte de joncs , comme on a coutume de faire lorsqu'on reçoit une personne déconsidération , un seigneur ouun ami. Tmmc incUnavit se cornes et accepit viridem scirpum; nam domus recenter erdt juncata, sicut soiemus facere quando aliquem personœ potentis, vel dominum suscepimus , vei amicum. »

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