‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ouChapitre 29 sur 96 · TESTAMENT DE CHARLES DE FRANCE · texte numérisé non relu

TESTAMENT DE CHARLES DE FRANCE

DUC DE 6UIE2ÏNE.

On sait que ce jeune prince, frère de Louis XI, mourut à vingt-six ans, par suite du poison qui lui fut donné à Saint-Sever , dans une pêche , dit-on, qu'il partagea avec sa maîtresse, madame Colette de Chambes-Mont-Soreau, veuve de Louis I.*'d'Amboise, vicomte de Thouars : Fun et l'autre périrent dans l'espace de douze jours. On attribue ce crime à Jean Favre Versoris , abbé de S, Jean d'Angely, aumônier du prince (i). Il parait que c'est de lui qu'il est question dans la lettre suivante , écrite par Louis XI au comte de Dammartin, grand -maître de France, pour lui annoncer qu'il vient d'être averti de la maladie mortelle de son frère par le moine qui dit ses heures avec monsieur de Guienne. Cette lettre , datée de Montils-les-Tours , le 18 mai (1472), est ainsi conçue ;

« M.* le grand maistre, j'ai eu nouvelles que » monsieur de Guienne se meurt et qu'il n'y a point » de remède en son faict , et me l'a fait scavoir un » des plus privez qu'il ait avec luy , par homme » exprès, et ne croit pas ainsy qu'il dit, qu'il

(1) Gabriel Naudé, dans V Addition à l'histoire de Louis XI par Gomines, dit que c le moyne estoit soubçonné » .qu'il avoit joué la fourbe a M. de Guienne, et baillé la » cormç verte , et qu'iceluy mo3me fut cause de le mettre » hors la terre des vivans. »

» soît vif a quinze jours d'icy au plus qu'on le

» puisse mener Et afin que soyons asseuré

» de celuy qui m*a fait sçavoir les nouvelles , c'est le moyne qui dit ses heures avec monsieur de »"Guienne, dont je me suis fort ebahy et m'en » suis signé depuis la teste jusques aux pieds ( i ) , » et adieu. Signé Loys. »

Le poison avait été , dit-on , donné le 1 2 mai , et le 28 le crime fut entièrement consommé. Le duc de Guienne , pendant ces seize jours, souffrit horriblement. Lorsqu'il se vit à l'extrémité , il fit son testament, qui offre peu de développement, et qui ne roule que sur ses sentimens religieux , exprimés à la manière du temps. On n'y trouve aucun legs , aucune disposition de propriété ; le testateur ne possédait que la Guienne en apanage (au lieu de la Champagne et de la Brie qu'il avait demandées ) , et ses dettes excédaient son actif. Aussi charge-t-il de les acquitter le roi son frère, qu'il nomme son héritier. 11 ne parait point par son testament qu'il ait eu le moindre soupçon d'avoir été empoisonné. Cependant il ne nomme point parmi ses exécuteurs testamentaires son aumônier l'abbé de S. Jean d'Ângely , tandis que Roland Coiffier, son confesseur, y figure. Nous allons donner textuellement cette pièce, telle que nous la fournit Gabriel INaudé dans son addition aux Mémoires de Comines, tome III de

(1) Il en est qui pensent qu'il n'y avait pas de quoi étr e si surpris , ni de quoi faire tant et de si grands signes de croix. Ce trait serait Tun des plus caractéristiques de Louis XL

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