‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ouChapitre 39 sur 96 · DE MARGUERITE DE LORRAINE · texte numérisé non relu

DE MARGUERITE DE LORRAINE

fJEMME DE RElfi DUC d'aIENÇON.

Nous avons découvert ce testament dans le 5.* volume du Spicilége de d'Achery , à la suite de celui de Jeanne de Finance, que nous avons rapporté ci-dessus, V. p. 149. Mais celui de Marguerite est mieux écrit, c'est-à-dire que le style et l'orthographe y sont plus corrects. Il est vrai

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que celui de Jeanne a été rédigé par elle et écrit de sa propre main; tandis que celui de Marguerite ne fait pas mention de cette parlicularité, quoiqu'elle y donne des détails sur sa vie, depuis la mort de son époux. Au reste l'un et l'autre sont curieux , et montrent bien l'esprit du temps, qui portait les femmes de la plus haute distinction à se réfugier dans le sein de la religion , lorsqu'elles avaient éprouvé des malheurs. Disons un mol de Marguerite de Lorraine : elleétait fille de Ferri II, comte de Vaudemont ; elle a épousé le 1 4 mai 1488, René ducd'Alençon, si connu par l'affreux traitement que lui fit éprouver Louis XI (1). Cette princesse , après la mort de sou époux , arrivée en 1492 , se fit religieuse au monastère de Sainte-

(1) Ce duc avait combattu sous les enseignes de Louis XI dans la guerre du bien public; aussi le roi le combla de faveurs. Mais la vie dissolue que miena ce René, offrît bientôt des prétextes pour le dénoncer au roi , dont la bienveillance se convertit en haine. On conseilla à René deiîiir et d'aller se réfugier chez le duc de Bretagne. C'était un conseil perfide : il fut arrèié eu route en 14B1 ^ près de la Roche-Talbot , par Jran Daillon , seigneur de Xade , qui le conduisit à la Flèche, puisa C binon, où il fut enfermé dans une cage de fer d^un pas et demi de long; c'était là qu'on lui donnail à manger à travers les barreaux, au bout d'une fourche , sans l'on tirer qu'une fois en huit fours, pour donner de l'air à la cage. Après y être resté trois mois, il fut transféré à Vincennes pour élre jugé par une commission que le roi nomma. L'arrêt de cette compagnie rendu le aa mars 148a, le condamna, par politique , à implorer la clémence du monarque et à recevoir garnison royale dans ses châteaux. Charles VIII, ayant reconnu son innocence, l'admit parmi les princes

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Claire d'Argentan, où elle mourut le i /' novembre i52i , ayant survécu 29 ans à son époux.

Voici son testament copié aussi littéralement que celuide Jeanne de France, rapporté ci-dessus:

« Ou NOM de la très glorieuse trinité , du père, » du fils, et du saint esprit, de la très digne mère p de Dieu , la benoiste vierge Marie , de monsieur » saint Michel ange , de mon bon ange , de mon- » sieur saint François , et de madame sainte Clere, » et de tous les saints et saintes de Paradis :

» Je Marguerite de Lorraine, vefve de défunt » monsieur René, en son vivant duc d'Alençon , » que Dieu absolve, considérant qu'en ce présent j^ siècle nous n'avons point de cité permanente, 9 et que a chacune personne esconvient mourir » sans avoir certitude de l'heure ne du temps ; » je me submets très humblement a la très sacrée » disposition et bon plaisir de mon créateur et » rédempteur, et comme sa très subjette crea- » ture ne veil point mourir intestate , mais selon » l'ordonnance de nostre ijacre " sainte église fais » mon testament et dernière volonté en la manière M qui en suit.

» Et premièrement, je recommande mon ame » a Dieu, mon créateur et rédempteur, et a sa » mère , et a monsieur saint Michel , a monsieur » saint François, et madame sainte Clere, a mon-

da sang à son sacre , où il représenta le duc de Normandie; ensuite il le rétablit dans tous ses droits par lettrespatentes de mai 1487. René se maria l'année suivante, et vécut paisiblement jusqu'à sa mort , arrivée le 1 ." novembre i49^'

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» sîetir saint Jean Baptiste , a monsieur saint Jean » Tervangeliste, a monsieur saint ^iicolas, sainte » Elizabeth de Hongrie, sainte Marie Magdelaine, . » sainte Marguerite et a tous les saints et saintes » de Paradis, afin que par le mérite de la très » doloreuse passion de mon créateur, et la prière » de la benoiste vierge Marie, et de tous les be- » noists saints et saintes, je puisse vivre et mourir » en la sainte foy catholiqu-e , et en l'amour et

• charité de Dieu mon sauveur et rédempteur

• Jésus , ou quel est ma totalle et finnlle espérance, » et duquel dépend le commencement et la per- » fection de -toute régulière observance.

» Secondement, quand il plaira a mon Dîem' ■ faire son commandement de moy après la se- > paration de mon ame, j'eslis et ordonne la » sépulture de mon corps en mon couvent de » sainte Claire d'Arg^iten, en une voûte qui sera » entre cueur et la chapistre du dit couvent ; en » ordonnant service, luminaire, distribution aux 9 povres et autres droits funeraux a la disposi* » tion de mes exécuteurs cy après nommés.

» Tiercement, desbiensdont jéradministration » et disposition soubs mon Dieu , J'en ordonne et » fais testament en la manière qui ensuit. Pre- » mierement, veuil et ordonne que les services » de mes serviteurs et toutes mes autres debtes » loyalles soient payées et satisfaites entièrement.

» Item^ je donne a la fabrice de Nostre Dame » d'Alençon vingt livres tournois ; a la fabrice de » saint Lienard vingt livres tournois ; a la maison » Dieu quinze livres ; aux trois confrairies gene- » raies a chacune ung escu ; aux trois églises aus-

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» quelles on porte les croix es rogations>, a chacune ». cent sols tournois , le tout une fois poyez.

» Item^ pour ce que feu mon dit sieur et moy » assemblement vouasmes pour une griefve ma- » ladie que lacs avait nostre fils, faire dire a »- toujoursniais six messes par chacune sepmaine : » c'est assavoir de la nativité nostre Seigneur, de a la nativité Nostre Dame , de saint Joseph ,, de » Nostre Dame , de saint Grégoire et de saint » Antoine de Pade; desquelles six messes jai a. fondé les trois premières et pour fondation y ». ay donné la mestairie, de Goupille que j'ay ». acheptée de mes deniers^ pour estre les dites 31. trois messes dites et célébrées chacune sep- » maine en la chapelle du parc d'Alençon., si »* par moi ou mes hoirs après ma mort n'y est iK autrement pourvu, de bonne cause : laquelle » chapelle j'ay fait édifier et dédier, et fait décréter » la dite fondation ; et afin que toujours soient ». continuées et célébrées les dites messes en la » dite chapelle, comme dit est, j'ay ordonné ung » calice d'argent ,, une chasuble , aulbe , amict^ » fanon, estoHe, nappes, corporalier. et corpor- ». raulx, avec choppines.a mettre vin et eaué, » estre baillez une fois seulement au chapellaiu » de la dite chapelle , lequel et ses successeurs », seront tenus pour l'ad venir, d'entretenir tels » et de semblables ornemens, et fournir de lur » minaire a leur dépens. Pareillement pour ac- * cpmplir le dit veu , et faire dire les autres trois » messes que nous vouasme estre dites en leglise a de saint Lienard a 'Alençon , a l'autel de Nostre « Dame de pitié , aus«i pour satisfaire a l'iixtere&t

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» et recompense que pretendoit le curé d' Alençon » a cause de Ferection du convent de sainte Clere , » que j'ay fait édifier en sa paroisse, j'ay fait » appôinctement avecque le dit curé , que en lui » baillant vingt cinq livres tournois de rente » jouxte la teneur de lappoinctement, il se tient » content de la dite recompense, et demeure » subject a dire ou faire dire les dites trois messes » par chacune sepmaine , c*est assavoir : de Nostre » Dame , de saint Grégoire et de saint Antoine de » Pade, en la dite église saint Lienard, si par t> nous ou nos hoirs n'est autrement pourvue » comme dit est ; le quel appoint ay promis faire » ratifier et avoir agréable a mon dit fils, au quel » je prie ainsi le faire

» Itenij pour Tamede feu mon dit sieur et la » mienne, et de nos parens et amys, je ordonne i> fondation estre faite de deux messes de requiem » haulte par chacune, sepmaine avec libéra a la » fin et vigiles a neuf leçons Je jour précèdent, » desquels Tune sera dite en Teglise Nostre Damte » d 'Alençon au jeudy, pour ce que a semblable » jour deceda feu mon dit sieur, l'autre sera dite » au convent de sainte Claire d'Argenteu , a tel » jour que je decederé , fort que se je decede au » jeudi, elle sera postposée au vendredi, .... et » sera célébrée la messe du jour de notre deces » par les beaux pères du dit convent de sainte ï> Claire d'Argenlen , lesquels fourniront d'or- » nements et autres choses requises a dire les » dites messes.

» Itenij je veuilz et ordonne que avant ma » mort , ou incontinent après , on advertisse les

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» coDYents des Cordeliers de Seez, de la Flesche, » de Laval , les Jacobins d'Âi^entea et de Laval , » aussi les religieux et religieuses d* Alençon et de » Mortaigne, et de Chasteaugontier, de prier » Dieu pour mon salut. Et que a chacun des dits » conventz soit distribué et incontinent envoyé » la somme de vingt livres tournois.

» Item^ je veux et ordonne que pour la par- 9 paye de la fondation que j ay comraancé au » monastère de Mortagne de deux messes , vigiles » a neuf leçons , soit baillez quatorze cent livres » une fois payez.

> Itenij au monastère de Chasteaugonticr , tant » pour subvenir a ce qui reste plus a la perfection > d'iceluy que autres nécessitez de leans , une fois » payez cinq centz livres.

» Item^ et pour ce que en accomplissant et t exécutant la volunté qu'il a pieu a nostre Sei- * gneur medonner delongtempsde me séquestrer » des troubles et encombrement de ce mortel » monde , et du tout me dédier et donner a Dieu $ pour m'eprouver et expérimenter ; j'ai premie- » rement prins Thabit de religion du pur tiers » ordre monsieur saint François , délibérée avec- » ques la grâce de Dieu , après avoir esprouvé » les austérités des constitutions de Tordre, faire » et parfaire tous les veuz essentielz de religion , » et faire profession solemnelle ainsi que en tel » cas est accoustumé : considérant que pour du » tout me retirer et segreger avecque mes seurs, » et servir Dieu en consolation et repos d'esprit^ » le lieu d' Argenten estoit propre et convenable ^ » de l'accord et consentement et par Fadvis de

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» mes enfans , j'ay choisi et esleu le dit lieu » d'Argenten pour y faire bastir, et édifier église » et convent de religieuses de Tordre de saint » François, selon les statuts et observance de » madame sainte Claire, constitutions et modi- » fications de nostre saint Père ; lequel édifice » est déjà commancé et fort avancé, et parla » grâce de nostre Seigneur ay proposé et délibéré » de le parfaire.

» Etcognoissant que je suis vieille et ancienne, » et que a cause des ennuys et travaux d'esprit » que j ay souffert depuis le trespas de feu mon- » sieur, que Dieu absoUe , je suis fort exténuée et » débilitée de mon corps, craignant estre preve- > nue de mort, de laquelle Theure est toujours » incertaine ; par ce présent mon testament et » ordonnance de dernière volunté , ay voulu et » ordonné , veulx et ordonne que les dites église » et convent de sainte Claire d'Argentan , encom- » mancez a faire , soient parfaitz et aagreez de » toutes choses tant en bastiments et édifices « que en ornemens , paremens et accoustremens » d'église , et en meubles et mesnagemens , us- » tanciles et autres choses nécessaires pour le dît » convent , et les seurs servans , et que cy après » serviront Dieu perpétuellement en iceluy.

» Itfm^]e prie mon fils et madame Marguerite » de France ( i ) , ma très chère et très aimée fille

(i) Ce fils de la duchesse d'Alençon , Marguerite de Lorraine, la testatrice , était Charles IV , duc d^Alençon, né le 2 septembre 1489, qui succéda à son père à l'âge de trois ans , en 1 492; lorsqu'il eut atteint l'âge de puberté,

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