DE BUDE
goût. Il était aussi modeste et aussi obligeant qu'crudit.
Son testament, quoique mal écrit, est un modèle d'humilité et des vaines pompes de ce monde. On va voir qu'il y inséra la clause expresse d'être enterré de nuit , et sans appareil , autant par modestie sans doute que pour dérober ce triste spectacle à sa nombreuse famille. ( Il a laissé une veuve , sept fils et quatre filles. ) Ce testament en entier est fort rare ; le P. Niceronn'en a donné qu'tme partie. Nous allons le rétablir ici dans son intégrité , et nous suivrons scrupuleusement l'orthographe de l'auteur; elle se ressent du siècle où il vivait.
« GlOBIA PATBI, et FILIO5 ET SPIBITUI SANCTO, AMEN.
» Je, Guillaume Budé, etc., ordonne mon » corps estre inhumé en l'église monseigneur » Sàint-Nicolas*des-Champs, a Paris, pour ce » que mon domicile et maison par moy bastie , ' » in spem perpetuœ memoriœ^y est assise ( 1 ) , et que » je m'atten y mourir , a la fabrique de laquelle . » église je laisse douze livres dix sols pour l'ou- » verture de la terre et son des cloches , durant
(1) On lisait encore au XVII.» siècle, sur la porte de sa maison , rue Saint-Martin , les deux vers suivans :
Summum crede ne£as animam prscferre pudori, Et propter viiam vivendi perdere causas.
JuvEif. Sat. Vin , F^. 82.
« Regarde comme un grand crime de préférer l'exis-
> tence à l'honneur , et de perdre, pour conserver ta vie,
> les plus beaux moyens que nous ayons de vivre. »
» mon obît et le temps d'iceluy. Je laisse au curé » ou celuy qui tiendra son lieu pendant le dit » obit quarante sols , et dix sols au clerc de Teglise. » Je veux estre porté en terre de nuict et sans » semonce, a une torche ou a deux seulement, » et ne veulx estre proclamé a Feglise , ne a la » ville, ne alors que je seray inhumé, ne le len- » demain; car je n'approuve jamais la coustimie » des cérémonies lugubres et pompes funèbres. » Quoy qu'il soit, je défend qu'on en face tant » pour ce , que pour autres choses qui ne. se » peuvent faire sans scandale , et si je ne veus qu'il » y ait ceincture funèbre (litre) a l'entour du » lieu où je seray enterré le long de l'année de » mon trespas : pour ce qu'il me semble estre » imitation des cénotaphes, dont les gentils ani> ciennement ont usé , combien que j'estime la » coustume de ce faire a l'entour des sépultures » des princes et prélats et au très grands person- » nages, dont la mémoire se doibt célébrer es » lieux esquels ils ont eu domination ou prelatur e » ou magistrat eminent. Escrit et signé le 12 » juin i536. Signé G. Budé. »
Il mourut quatre ans après, le 20 août i54o , et fut inhumé trois jours après sa mort, de nuit et sans pompe , comme il l'avait ordonné par son testament.
Croirait-on que l'on fît un crime à Budé de ses dispositions testamentaires?
« Les prédicateurs de ce temps la, dit le P. Ga- » rasse, prindrentl'afTaire au criminel, a l'occasion » du temps qui commençoit a ressentir le fagot,
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