‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ouChapitre 5 sur 96 · TESTAMENT D'EUDAMIDAS · texte numérisé non relu

TESTAMENT D'EUDAMIDAS

No.s nous trouvons heuteux d'avoir à commencer ce recueil de testamens intéressans , par l'acte de ce genre le plus curieux , le plus singulier , le plus admirable ; enfin , par un acte dont Thiâtoire n'offre pas deux exemples. C'est le testament d'Ëudamidas ( i ) , de cet homme pauvre , maid vertueux , dont la confiance dans l'amitié ne fut

(i) Nous plaçons ce testament le premief, c|tioiquïl ne soit pas daté^ parce qu'il est le seul que nous ayons des Grecs, et le seul à peu près qui, dans notre ouvrage* ne portera pas de date, soit certaine, soit approlimative. D'ailleurs, il est digne des beaux temps de la Grèce. Mais nous n'avons pu découvrir s'il est antérieur à celui de Favonius qui suivra.

point trompée , quoiqu'il lui eût légué une charge pénible. Voici comment Lueien , dans son Toxaris ou de l'Amitié, raconte ce fait remarquable :

c Eudamidas de Gorinthe, dit-il, avait pour amis Arétée de Corinthe et Charixène de Sycione ; il était pauvre , mais ses amis étaient à leur aise. En mourant, il fit un testament qui paraîtrait ridicule aux yeux de bien des gens , mais qu'admireront toujours ceux qui connaissent à fond le prix de l'amitié. Ce testament était conçu en ces termes :

« Je lègue à Arétée , ma mère à nourrir'; et je » le prie d'avoir soin de sa vieillesse. Je lègue » à Charixène, ma fille à marier et à doter le > mieux qu'il pourra. Si l'un des deux vient à » mourir, que l'autre prenne la part du défunt. »

» Lorsqu'on fit lecture de cet acte sur la place publique (cela se pratiquaitainsi juridiquement), tous ceux qui connaissaient la pauvreté d'Eudamidas , ignorant l'amitié qui le liait avec ses deux légataires, tournèrent ce testament en plaisanterie, et il n'y eut personne qui ne s'en allât en riant et en disant : « Arétée et Charixène seront fort » heureux s'ils acceptent leurs legs , et s'ils font » honneur au testament d'Eudamidas : celui-ci » a trouvé le moyen d'hériter d'eux, quoiqu'ils » soient encore en vie. » Mais ces honnêtes légataires , dès qu'ils eurent connaissance du legs qui leur était fait , accoururent sur-le-champ , et en demandèrent la délivrance.

» Charixène ne survécut que cinq jours à Eudamidas; et Arétée, conformément à la dernière clause du testament, prit la part léguée à Chà-

d'euoamidas.

rixène. Il nourrit la mère d'Eudamidas , et quelque temps après , il maria la fille de son ami. De cinq talens qu'il possédait (27,000 fr.) , il lui en donna deux (10,800 fr.) , deux autres à sa propre fille , et voulut que leur mariage fût célébré le même jour. >

Combien d admirateurs de ce trait sublime, et combien peu d'imitateurs ! « Amitié , don du ciel , vertu des grandes âmes , » jamais tu n'as reçu un plus bel hommage.

Les arts de la peinture et de la gravure ont rivalisé avec l'histoire pour immortaliser le testament en question. Le célèbre Poussin en a fait le sujet d'un très-beau tableau, dans lequel Eu« damidas est représenté dictant ses dernières volontés à un scribe. Jean Pesne , graveur à l'eau forte et au burin (né à Rouen en 1623, mort à Paris en 1700), a fait une très-belle estampe d'après ce tableau du Poussin. Antoine de Mar^ cenay de Ghuy (né a Amay-sur-Arou en 1722, mort en 1811), peintre et graveur , a aussi une estampe représentant le même testament d'après le Poussin; et dans ce moment, M. P. Toschi, l'un des élèves les plus distingués de Bervîc , et celui à qui l'on doit la superbe gravure de l'Entrée de Henri IV à Paris , termine une planche commencée par Servie lui-même et sur son propre dessin : c'est encore le testament d'Eudamida3 du même Poussin. Cette gravure surpassera san3 doute celles qui l'ont précédée.

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