TESTAMENT DE FAVONIUS
(Vers l'an 6io de R. — i44 s^v. J. C. )
L'antiquité de ce testament est Tun des principaux motifs qui nous Font fait insérer dans notre recueil , car il compte dans ce moment 1 97 1 ans d'existence ; et un acte authentique aussi respectable serait bien fait pour piquer la curiosité, quand même il ne présenterait pas quel qu'intérêt soit par sa forme, soit par certains détails sur les mœurs civiles et religieuses de ce temps : par exemple , il prouve combien le Romain , expirant sur une terre étrangère , tenait à ce que sa dépouille mortelle reposât isur le sol de la patrie.
Ce testament est du nombre de ceux que Ton nommait militaires; cela est démontré par la circonstance où il a été fait ^ et par l'absence de certaines formes exigées dans les testamens civils. On y voit que le testateur, ce Favonius, a succombé dans la guerre de Lusitanie (Portugal) contre le célèbre Viriatus , qui , échappé au massacre de ses concitoyens égorgés par la perfidie de Galba, devint, de simple berger, le plus redoutable général des Lusitaniens. Viriatus fit la guerre aux Romains toujours avec «uccès , battit plusieurs deieurs généraux , et fut onze ans le protecteur de la liberté dans la Péninsule. Enfin Cépîon, que l'on envoya contre lui, désespérant de le vaincre , eut recou;:s à la trahison et le fit assassiner par deux de ses propres officiers , l'an
DE FAVONIU8. 5
61 2 de R. — 1/^2 ans av. J. C. C'est le premier crimedecettenature qu'aient commis lesRomams dans ces contrées, pour se débarrasser d'uu ennemi redoutable qu'ils ne pouvaient vaincre par la force des^ armes. Le second exemple d'une pareille perfidie eut lieu 67 ans après dans le même pays : le brave Sertorius tomba également sous le fer assassin du lâche Perpenna , l'an 679 de R^ — 75 av. J. G.
Revenons au testament de Favonius. Ce ma* nument a été découvert dans un champ en Portugal ; Barthelemi M arlianl l'a inséré dans sa Topographie de l'ancienne Rome^ mais Georges Fab ricins en adonné une meilleure édition d'après un exemplaire plus correct que lui a communiqué Alex.-Ferax Yicentius. Marliani avait augmenté le testament de Favonius de quelques détails qu'il avait découverts dans une épitaphe de L. Sylo Sabinus ,. qui a aussi succombé dans la guerre de Yiriatus. Ces intercalations ont été supprimées par Fabricius et par Terrasson, qur, dans son Histoire de la Jurisprudence romaine (1), nous a aussi donné le testament de Favonius : c'est d'après ce dernier que nous allons le rappor-
(1) La note sur l'ouvrage de TerraMon étant d'une certaine étendue, nous la renvoyons à la fin de ^'article du testament de Favonius,. et nous marquons le renvoi par la lettre (A) . C^est ainsi que nous en agirons pour chaque testament, lorsque les notes exig6ibht du déve* loppement. Une lettre de l'alphabet indiquera toujours le renvoi à la fin de l'article ; tandis que les notes trèseourtes, qui pourront se placer au bas des pages^ seront simplement marquées par im chifijre*.
ter. Il Ta fait imprimer en style lapidaire , c'està*^ire que tous les mots, en lettres capitales, sont séparés par un point, comme dans les anciennes inscriptions gravées sur le marbre ou sur le t>ronze. Nous suivrons textuellement la même forme , et nous placerons la traduction française à la suite du texte. ^
« EGO. GAIIUS. FAVONIUS. JOCUNDUS. {B) PUBLII.
FAVONII. FILICS. QUI. BELLO. CONTRA. VIRIATUM. OCCU-
BUI. JOCCNDUM. ET. PUDENTEM. FIIIOS. Ê, ME. ET.
QUINTIA. FABIA. GONJUGE. MEA. ORTOS. HjEREDES* •
RELINQÛO. ET. BONORUM. JOGUNDI. PATRIS. ItEI. ET.
EORUM. QUiB. MIHI. IPSE. AGQUISIVI. HAG. TAMEN.