TESTAMENT DE BRANTOME
Cet acte de dernière volonté de Pierre de Bourdeille , seigneur de Fabbaye de Brantôme , est encore moins curieux par sa singularité que par le tableau de l'esprit du siècle où il a vécu, siècle assez remarquable , « en ce que , dit un auteur moderne, la chevalerie et les mœurs indépendantes venaient de finir, et les mœurs policées et réglées des temps modernes n'étaient pas encore établies ; on parlait et on agissait sans contrainte ; le vice ne songeait point à se déguiser, ni la vertu à se faire remarquer. La loyauté disparaissait sans que la valeur diminuât. La religion était le prétexte de mille maux sans que les persécuteurs fussent hypocrites. Les passions se montraient à découvert et n'avaient d'autre frein que l'intérêt personnel , parce que l'amour propre, libre dans son essor, était' le mobile de toutes les actions, et ses élans n'étaient tempérés, ni par l'urbanité, ni par une morale bien épurée. » Quiconque a lu les ouvrages de Brantôme reconnaîtra ses héros et ses héroïnes aux traits que nous venons de rapporter , et lui-même se peint dans son testament de manière à prouver qu'il est digne de figurer parmi eux. Orgueil franc, principes religieux tels que le siècle les comportait, point d'honneur très-chatouilleux, assez libéral envers ses amis et ses domestiques , un peu âpre et sévère envers quelques-uns de ses parons , littérateur fort
présomptueux, mais cependant un fonds de justice et de bonté ; tels sont les principaux traits caractéristiques qui dominent dans le testament de Brantôme. Il est un peu trop long pour que nous le rapportions en entier , mais les extraits suiVans suffiront pour justifier ce quenousyéSioos d'avancer ;
t Testament et codicilles de Pierre de Baur^ deille ^ seigneur de Brantôme.
» Au nom du Père et du Fils et du sainct Esprit , ensemble de la bénite Vierge Marie, et de madame saincte Anne , mes deux bonnes patronnes.
» Je, Pierre de Bourdeille, seigneur et baron de Richemond, de Saint Crespin, etc. » ( Nous ne rapportons pas ici toutes ses qualités , parce qu'elles sont répétées plus bas dans Tépitaphe qu'il se propose de faire graver sur son tombeau ) . . • « Je recommande mon ame a Dieu et le supplie de bon cœur la recepvoir en son sainct paradis. « ^
9 Je veux estre enterré comme bon chrestien et catholique , sans pourtant aucune pompe funèbre, ny cérémonie nullement somptueuse.
J'eslis ma sépulture dans la chapelle de mon chasteau de Richemond , que j'ay faicte et construite exprès pour cest eflFet avec la voûte , espérant que le tout sera faict et parachevé, s'il plaist a Dieu, avant que je meure, pour y estre enterré. Je veux que sur ma tombe soit gravé en grosse lettre cest epitaphe avecque mes armoiries de Bourdeille et Yivonne, entourées de Tordre de sainct Michel :
2^2 testament
» Passant, si par cas ta curiosité s'éstend de
SÇ'ArOIR QUI GIST sous CETTE TOMBE , G*EST LE CORPS
DE Messire Pierre de Bourdeille ,
» En ^on vivant chevalier, seigneur et baron
ml RiCHEMOND ET SaINCT CrESPIN , ET LA ChAPELLE MoUMOARAtJ, ET CON^EIGNEUR DE BrANTOME ; %ÉX- TRAICT DU COSTE DU PERE DE LA TRES NOBLE ANTIQUE
RACE DEt Bourdeille, renommée de l'empereur ChÂrCemaigne, comme les Histoires anciennes et vieux romans françois, italiens, hesp^ignols ,
titras vieux et antiques MONUMENS de LA MAISON LE TÉMOIGNENT DE PERE EN FILS JUSQUES AUJOURD'hUT ; ET DU <^OSTÉ DE LA MERE , IL FUT SORTY DE CETTE GRANDE ET ILLUSTRE RAGE AUSSI DE YlVONNE ETDEBrETAIGNE, qui' En PORlTE LES HERMINES POUR CELA EN SES ARMOI- RIES, Il n'a DEGENERE, GRACE A DlËU , A SES PREDE- CESSEURS. Il fut homme de bien, d'honneur et de
VALEUR COMME EUX, ADVENTURIER EN PLUSIEURS GUERRES ET VOYAGES ESTRANGERS ET HAZARDEUX. Il FIT SON PREMIER APPRENTISSAGE d'ARMES SOUBS CE GRAND CAPITAINE M. DE GuYSE , MeSSIRE FrANCOTS
DÉ Lorraine; et pour tel apprentissage, il ne
DESIRE autre GLOIRE ET LOS : DONC CELA SEUL SUFFISE. Il APPRIT TRES BIEN SOUBS LU Y DE BONNES LEÇONS QU'iL PRATIQUA AVEC BEAUCOUP DE REPUTATION, POUR LE SERVICE DES ROYS SES MAISTRES. Il EUT SOUBS EUX CHARGE DE DEUX COMPAGNIES DE GENS DE PIED. Il FUT EN SON VIVANT CHEVALIER DÉ l'oRDRE DU ROY DE
France , comme j'ay dit , et de plus chevalier de l'ordre DE Portugal, qu'on appelle L'HABITO DE CHRISTO, qu'il alla quérir et recepvoir la lui
MESME, ET AVOIR DU ROY DOM SEBASTIEN, QUI l'eN HON- KORA AU RETOUR DE LA CONQUESTE DE LA VILLE DE BeLIS
ET fJON PIGNON EN BARBARIE , OU CE GRAND ROI d'HeS-
PAI6NE, DOM Philippe, avait dressé et envoyé armée