‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ouChapitre 71 sur 96 · DE CENT GALLERES , ET DOUZE MILLE HOMMES DE PIED · texte numérisé non relu

DE CENT GALLERES , ET DOUZE MILLE HOMMES DE PIED

Il fut apr^s gentilhomme ordinaire de la chambre OTs ROYs Charles IX et Henri III, et chambellan

DE M. d'AlENÇON leur FRERE , ET OCTRE FUT PEN- SIONNAIRE DE DEUX MILLE LIVRÉS PAR AN DU DIÇÏ ROI

Charles IX, dont en fut très bien payé tant qu'il vesquit ; car il l'aimoit fort , ET l'eust fort advancé s'il eust plus vescu que le dict Henry III.

BifeN qu'il les eust tous deux TRES BIEN SERVIS,

ï^'humeur du premier s'addonnoit plus a luy faire

DU BIEN ET DES GRADES PLUS QUE l' AUTRE; AUSSI QUE LA FORTUNE AINSI LE VOULOIT. PLUSIEURS DE SES COMPAIGNONS , NON ESGAUX A LUY , LE SURPASSERENT EN BIENFAICTS , ESTATp ET GRADES , MAIS NON JAMAIS EN VALEUR ET MERITE. Le CONTENTEMENT ET LE PLAI- SYR NE LUY EN SONT PAS MOINDRES. POURTANT ADIEU , PASSANT RETIRE TOI. Je NE TEN PUIS PLUS DIRE, SINON QUE TU LAISSES JOUYR DU REPOS CELUY QUI EN SON VIVANT n'en EUST, NY d'AISE, NY DE PLAISYR, NY DE CONTENTEMENT. DiEU SOIT LOUÉ POURTANT DU TOUT, ET DE SA SAINCTE GRACE (l).

» Je ne veux surtout qu'en mon enterrement se fassent, comme j'ay dît, aucunes pompes ny magnificence funèbres, et surtout ny festins, ny mange^illes, ny convoy, ny assemblées de parens etamjs, sinon d une vingtaine de pauvres.

(i) Ce monument d'une vanité aussi excessive que naïve, est d*autaut plus intéressant qu'il est l'histoire abrégée de la vie du testateur.

avec leurs escussoDS de mes armoiries^ habillés en deuil de gros drap noir, et qu'on leur donne Fausmone accoustumee , ensemble aux autres pauvres qui s'y assembleront. Je dis, non seulement pour ce jour de l'enterrement, maiAa la huictaine, et quarantaine, et bout de Tan autant.

» Je donne et lègue a maistre Pierre Petit, dit le sieur Contanho, la somme de cinq cents livres avec deux de mes meilleurs chevaux qui se trouveront en mon escurie a l'heure de mon trespas , et le meilleur de mes manteaux, avec deux, de mes meilleures harquebuses a rouet et a mesche. Plus , luy donne le moulin appelle le moulin de la Rode , situé en ma terre de Saint Crespio 9 et ce pour avoir esté bon commandataire de l'abbaye de Brantôme pour moy,' dont pourtant il m'a baillé beaucoup de peines et de traverses et tourmens d'esprit en ce négoce ; mais je luy pardonne , et s'il est habile en pourra tirer beaucoup après ma mort , selon le brevet du roy , qu'il trouvera dans mon petit coffre d'AUemaigne , qui est sur ma table de la Tour Blanche.

» Je lègue au seigneur Laurentiô splanditeur la somme de deux cents livres , pour estre mon ancien serviteur , bien qu'il n'en ait besoing , car il est riche, et a gaigné assez avec moy, mais afin qu'il ait souvenance de moy tant qu'il vivra.

» Plus je lègue à tous mes serviteurs et servantes, demeurant tant a la Tour Blanche, Richemond que Brantôme , qui se trouveront lors de mon trespas, la somme de cinq cents cinquante livres une fois payée , pour estre départie entre

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eux 9 selon la qualité des dicts sertiteurs et servantes comme mes héritiers et héritières y auront l'oal, ou bieii personnes déléguées pour cela y adyiset ; de sorte que J€ les prieies rà rendre tous oontens et contentes de leurs serTiceir et pdnes. » Outre plus je donne et lègue a mes sénateurs principaux , qui me servent a la chambre et autres lieux honorables , comme secrétaires $ pe^jiiesy tous meftjmantèaux ^ habillemens, linges , c'est a dire des chemises, mouchoirs, dhaussetes, sans toucher aux linceuls ( draps } , ny" servfett^ , ny aapes a'âçunement.; désirant que cela demeure pi^^rn^ IjBS meublés de la maison , pour la'successiep' dames iMiritier'S.

■\''9 QNitre mes serviteurs sus dits, je lègue et 'détiim 4 mes>soldats , qui sont a ma porte, pour cfn^sque testé, a chascun cinq eseus et leurs gages payés.

. > Plus je l^^e et donne aMessire Héfie de Hautmarché, dict Monsero Gallard^ abbécomirijàriptaire de Sainct Sevrin , la somme de cinquaaijte livrés une fois payée.

> J'en donne et l^ue autant a Lombraud , masjnecepvçur de présent V qui m'a bien servy ftiiiques^ icy , et qpli ^continue , ' outre ses gages âtetil se paye tous îes mois pat «es mains comme S parolit par ses comptes.

» >1}||^ J[egu<3 ' et donne i^si a Messire Arnaud Bvbut, vicaire de Brantôme, la somme de dix escus seulement, une fois payée! , bien que luy aye^ bien payé tous ses gages , comme il paroist par me» compte», qu'il y a beaucoup gaigné en son service divin, et parce n'dçe^pas

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grand besoin de recou^pense , maid afin qu'il aye souTenance de moy.

n £t de toas ces sus dits légats^ je Veux et ordonne estre faict aux personnes vivantes S6U-> iement lors de mon decea, et nullement a Iqurs héritiers.

» Je veux aussi et eu charge expt^essetnent mes hçvitiers, dç faire imprimer mes livres , qiie j ay faicts et composez de mon esprîl^t invention et avec grande peine et travaux^ escrits de ola main , et transcrits et mis au Aet de celle de Mathaud, mon secrétaire a gages » v lesquels -j^ trouvent en cinq volumes couverts de v^pui^ , tant noir 9 verd, bleu , et en ifn grand Volume 5 qui est celui des Dames , couverjt de., velin ^ et doré par dessus , qui est celuy. de Rodam^ntadm » qu'on trouvera tous dans une de mes malles -dé clisse , curieusement gardez , qui sont très l^en corrigez avec une grande peine et. un long temps ; lesquels j'eusse plustost achevez et inieux-rendus parfaicts sans mes fascheux affîitres doEpesti^^ipes, et sans mes maladies. L'on y verra de belles choses, comme Contes^ Histoires ^ Discours et beaux Mots, qu'on ne desdaignera, s*il me semble, lire si on y a mis une foii- la veue , et», pour les faire imprimer mieux a ma fantaisie ^ ; j'eia donne la charge, dont je l'en prie, à JUadame la comtessse de Durtal, ma chère,; niëpçé, ou autre, si elle ne le veut, et pour ce j'ordonne et veux qu'on prenne sur ma totale hérédité l'argent qu'en pourra valoir l'impression', et ce, avant que mes héritiers s'en puissent prévaloir de mon dict bien , ny d'en user avant qu'on n'aye pour-

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yeu a l^ dicte impression , qui ne se pourra certes monter a beaucoup , car j ay yu force imprimeurs, comme il y a a Paris et a Lyon, que s'ils ont mis une fois la veue, en donneront plustost pour les imprimer, qu'ils n'en voudroient re^ cepvoir ; car ils en impriment plusieurs gratU qui ne valent les miens. Je m'en puis bien vanter, m^sme que je les ay monstres, au moins un^ partie, a aucuns, qui les ont voulu Imprimer sans rien, s'asseurant qu'ils en tirerontbien profit, voire encore m'en ont prié ; mais je n'ay voidu qu'ils fussent imprimez durant moti viyftnt; Surtout )e veux que la dicte impression en soit eii belle et grande lettre , et grand volume pour mieux pàroistre (i), et avec privilège du roy ^ qui Toctroyera facilement, ou sans privilège ^'il Sje peut faire. Aussi prendre garde quel'iinprimeur n'entreprenne ny suppose autre nom que le m.icn, comme cela se faict. Autrement je serais fri|stré de ma peine, et de la gloire qui m'est due (s).

(1) Je ne croîs pas que le vœu de Brautôoie ait ité rempli à eet égard, car les premières éditloiÊs de séft œuvres ont été en petits formats. Du moinà je n*^ Ai découvert aucune ancienne qui soit au-dessus de Hn-ia. Ce n^est qu'à la fin du 18.* siècle qu^elles ont p^uru itt^.% pour la première fois. Voyez sur les éditions E/utlrs des œuvres de cet auteur ^ le curieux ouvrage de 11. Bérard , intitulé Essai bibliographique sur les éditions des Elzevirs, Paris, 1822, in-8.*, pp. 141 — 14^* La meilleore édition de Brantôme est celle de Paris, Foacaait , i«a^— 1824, 8 vol. in-8.«

(2] M. de Barante a bien raison de dire que Brantôme ne s'est point trompé sur la renommée dont ses livres

Je veux aussi que le premier liyre qui sortira de la presse, soit donné par présent bien relié et

devaient )Ouir. Il fait de cet ëorivaîn un portrait si intéressant et si vrai, que je ne puis m'empécher de le mettre sous les yeux du lecteur , étant bien persuadé que , malgré son étendue, on ne le trouvera pas trop long :

c Brantôme est un des historiens qui ont le plus de eharme et le plus d'utilité, t ( Un peu plus de décence dans xïertaine partie de ses œuvres, {ustifierait mieux I*iexpiession utilité ) . « Ses récits sont un tableau vivant et animé de tout son siècle ; il en avait connu tous les grands personnages. Sa curiosité et Tinquiétude de son caractère Tavaiept mêlé à toutes les affaires , comme témoin, si ce n'est comme acteur. Il ne feutpas chercher en lui de 'profondes observations , une connaissance réfléchie des hommes et des choses, des impreiâsions sérieuses, des jugemens sévères. Brantôme a .tout le caractère de son pays et de son métier : insouciant sur le bien et et sur le mal ; courti&an qui ne sait rien blâmer dans les grands, mais qui voit et qui raconte leurs vices et leurs crimes d'autant plus franchement qu'il n'est pas bien sûr s'ils ont mal ou bien fait ; aussi indifférent sur l'honneur des femmes que sur la morale des honunes ^ racontant lé scandale sans le sentir , et le faisant presque troi^ver tout simple , tant il y attache peu d^importance ; parlant du "bon roi Louis XI , qui a fait Milpoisonner son frère, et des honnêtes dames dont les aventures ne peuvent bien être écrites que par sa plume; souvent mal instruit, ne se piquant pas d\me grande exactitude dans ses récits , mais les peignant fortement de la couleur générale du temps ; se mettant souvent en scène avec une vanité naïve et plaisante ; et quand cet hôtome à l'humeur frivole, soldatesque et gascone, vient à être frappé de respect pour les choses grandes , bçUes et touchantes ; quand il nous représente la sévérité surannée du vieux connétable de Montmorency ^ la vertu

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couvert de velours ^ a la roync Marguerite ma très illustre maistresse, qui in*a faict cest honneiur d'en avoir veu aucuus , et trouvé beau et faict esthne.

$ Je veux aussi et ordonne (}tie mes debtes soient payées , et en charge mes héritiers et héritières y lesquelles sont petites »

. Ici Brantôme entre dans le détail de ses dettes ^ qui sont : i . * de cinq cents écus à son neveu M. de la Chastaigneraye^ sur quoi il y en aurait deux cents à rabattre ^ qu'il a prêtés à un M. Danville également son neveu ; 2/ de dipux cents écus à M. du Préan, gouverneur de Chastelleraud ; « mais, dit Brantôme, fe crois qu'il n'yr^ a la rigueur, pour l'avoir nourry et élevé de telle sorte que c'est un des honnestes et vaillans capitaines delà France, et qu'il m'en a ceste obligation; » 3/ de six ou sept vingts livres à M^ de la Chambre^

« Pour mes autres debtes, continue Brantôme^ elles sont fort petites et par ainsi aysées a payer ^ et que je veux estre bien payées : et crois que après ma mort on trouvera encore dans mes coffres , s'il plaist a Dieu ^ aident assez pour les payer et m'en acquitter, voir quasi payer tous mes sus dicts légats nommei^ ; et au défaut , faudra vendre de mes chevaux et quelques uns de mes meubles , qui sont tous assez bastans pour me des-

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grave et imposianf e du cbancelier de THôspital , la pureté de Bayard, le charme et les infortunes de MaHe Stua^t, on ressent unr effet d'autant plus grand, que rfaislorien eftt moins profoifd , et que c'est un sentiment et non un jugement qu'il fait partager, t

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acquitter, s'il plaist a Dieu qu'il ne m'envoye autre inconvénient.

» Or je ne doubte point que mes héritiers et héritières ne trouvent mes légats et dcbtes grands^ et grandes , comme je sçais qu'aucun en ont fait leurs comptes , les ayant sçeu par testament que j'avois fait et passé par Galopin, notaire, que possible l'avbient vu , et disoient que je les chargeois de trop de légats et debtes, et parce que je ne leur laissois grande part de mon hérédité.

» A cela je leur respond et leur dis que je suis Hbre et franc de disposer du mien comme il me plaist, sans en rendre compte a aucuns, aussi que je leur laisse plus de cinq fois autant voire phis que je n'ay jamais eu de légitime de ma maison , qui ne s'est pu monter a plus haiit de treize mille livres , a sçavoir , du père huict mille livres et de la mère cinq mille livres, comme leurs testaments portent partage ; certes fort peu pour une si grande et noble maison jqi|e la nostre ; si que le moindre cadet de Perigord et de Poictou en eust eu et hérité six fois davantage. »

Ici Brantôme entre dans des détails de famille, quant à la fortune ; il dit que pendant qu'il était jeune et aux études , son frère aine , M. de Bourdeiile, a joui de son bien pendant l'espace de douze ans , et des bénéfices de Saint-Vincentles-Xaintes , du doyenné de Saint- Yriers en Lîmosin , et du prieuré de Royan. Mais ledit frère n'était point économe. « S'il a esté , dit Brantôme , si mauvais mesnager , et un peu joueur , de sorte que son bien a beaucoup diminué , tant de son vivant qu'après sa mort , je n'en puis mais ; me

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cotitentatït en mon ame d'avoir faîct le devoir d'uti très bon frère. Si dirai je pourtant de luy que ; nonobstant son mauvais mesnage , ça esté un bien fort homme de bien, d'honneur, de valelir , et fort splendide, magnifique et libéral, comme je i'ay veu paroistre a la cour et armée. »

Ensuite il raconte qu'après la mort de son' frère,' Il quitta la cour pour empêcher M. "^ Bonis deille de se remarier. « Je quittay tout , dit-il , pour assister madame Bourdeille ma belle sœur, eiT'sofl veufvage, et' Témpescher de ie remarier, comme estant recherchée de force grands et fiants parti»;» tant pour sa beauté de corps et d'esprit ,* que pouf ses grands moyens ^ biens et richesaéft^et belles tnaisons , comme chascun sçait» Je ina rendis si bien subject a elle , et s! près, qu'aucun n'ûiAi s'ftpprocher d%lle pour là vouloir servir^ sinoil par ambassades sourdes et secrettes ; mais par^iAà prevoyanceet vigilance , }'en rompis toui Hi coups, musées et actes; de telle sorie que si elle se fust remariée, estant en l'asr^e de trente sept alis, et poui^ porter encofe force enfans, ceux là qui Sont aujoiird'huy si riches et aysés , ti*aurôient pas mille ^livres de reittes. Je n'en plains que leur pM de recognoissance en mon endroit , et mesme de Faisné y dont je lai^e a Dieu la vengeance, lequel )e prie qu'elle ftoit petite ef l^ere , car je lut pardonne.

» Une chose y a t il : c'est ipke par te preâiiër tesfbment de madame Bourdeille, paroist comme elle me recogno&t quatre milfe deux cents escu?, par oloi préstâ a elle, comme de vrai le 'sont estçz psùr ]^usieurs foii qu'elje ifvalt a faire , sans

)amais avoir voulu prendre cedule { billet ) car aussitost qu'elle me demandoit , aussitost prest, comme quand mes nepveux allèrent en Italie et

y demeurèrent » Ensuite Brantôme entre

dans de gra nds détails sur un codicille secret que M."** Bourdeille'a fait à son testameilt, et dans lequel elle Aprime le désir que les quatre mille deux ceiH:s écus tournent, après la «mort dudit Brantôme, à M. le vieomteson fils aîné et à sa maison. Brantôme, furieux du secret qu'on lui a fait de cette clause , déclare qu'il ne l'obsér* vera pas, et que son bien sera partagé , ainsi'que cette somme, par égale portion entre«es héritiers.

« Je «çey bien, ajoute-t-il , que mon dict nepveu me voudra mal de cet article, ett^qu'il en dira prou après ma mort ; mais s'il veut consi* derer bien le tout, il trouvera que j'ay beaucoup de raison. Et qui ne se contentera pas de si peu de mon bien, qu'il le quitte, il fera plaisir .aux autres qui s'en contenteront bien et ne le de»» daigneront. »

Brantôme , par suite 4'une autre clause du même codicille, touchant la co-seigneurie de labbaye de Brantôme, loentre beaucoup d'humeur contré un. autre de sea neveux , qu'il taxe d'ingrat. « Dieu, dit-il „ lui pardonne ses ingratitudes, car j ay peur qu'ill'en punisse, estant un vice que ceste ingratitude fort désagréable a 4a divinité. Entre autres en voici une qui levé la paille. Un Jour estant a la Tour Blanche dan» la salle , il dit tout haut devant force gentils hommes et autres, sur le sujet qu'A n'a voit obligation a homme au monde qu'au sieur M arouatte ( c'est

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celui qui avoit dicté le codicile secret a madame de Bourdeille j , qui lui avoit fait avoir la résignation a M. de Perigueux de son evesché , pour l'y avoir poussé et persuadé ^ dont je cuyday partir de colère contre luy ; mais je me commanday et m'arrestay de peur d'escandale ; lequel mon dict fresque j'avois^faict et créé tel par la nomination «t brevet du roy , car ce fut moy qui la luy demanday pour mon frère et pour moy, ayant veu lé dict evesque un chetif petit moyne de Sainct Denys, et l'avoir ainsi tel créé, contre l'opinion de n>adame de Bâmpierre ma tante, qui ne le Touloit , en me disant plusieurs fois que l'en niaudiray l'heure de le colloquer en si haut lieu , ce vilain moyne ^ usant de ces propres mots , et que son père avoit fait souvent pleurer ma mère. Croyez que ceste honneste dame prophétisa bien ce coup ; car îl fut aussi ingrat en mon endroit quéson cousin, ledict M. visÊomte. » Et plus loin' : • Voila donc si le dict sieur de Bourdeille devoit avoir si jgrande obligation au sieur de Marouatte plus qu'a moi. Et quand le diot evesque eut faict de l'asne , comme il estoit , )e l'eusse bien faict tourner au baston et jouyr de son'evesché, en luy donnant quelque part comme j'avais faict d*autres fois , selon le brevet du* roy que j'ay vers moi, et M; de Bourdeille mon frère ne l'eut jamais. Et si M. de Bourdeille se fust Hé en moy et m'eust conféré de tout cest affaire , nous en eussions bien eu la raison et de Fevesque et l'evesché ; car il me craîgnoit comme la créature fait son createuir que lui estois tel , dont il me fut ingrat ingralissime. M'en parlons plus.

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» Or Tenons maintenant a mon bewdîté. jfe faig et institue mes héritiers et héritières universels et universelles, messire Henry de BourdeiUe et messire Claude de BourdeiUe, mes nepiveux, madame Jehanne de BourdeîUe, comtesse de Durtal , ma niepce , et mesdames d'Ambleville et de Saint Bonnet , mes autres niepces. Je désire aussi (jue madame d'Aubeterre Hyppolite Bouchard ea aye quelque part en mon hérédité» non pour considération de David Bouchard , son^pere, car il ne m'ayma jamais, ny moy luy , bien qii'il me fust fort obligé, mais pour l'amour de madame son honneste et bonne mev^ Renée de BourdeîUe, ma chère niapçe, qui m'a toujours aune et fort honoré. Aussi je Fay aimée et honorée de mespie, et la regrette tous les jours.

» Mais je veux et- entends qu'au cas que-mes dicts nepveux et niepces^ héritiers et héritières , tant qu'ils et qu'îles que leurs enfans, ne me portent le respect et amîtié-qu'ils etvqu'elles me doibvent, ou leurs maris, ainsi que inadameleur très sage mère le vouloit, et leur cbmmandôit et consideroit; et qu'ils ne fassent cas de moy en ma caduque vieiUesse , si par cas j'y parviepne , que Dieu ne le veuille toutesfois , ea cela sa volonté soit faicte ; je veux et entende, le dis je encore ^ que ceux et celles qui m'auront maltraité et abandonné , sans faire cas de moy , ny preste ayde, ny faict de bons offices en ma vie, et donné des mescontentemeas , n'ayent aucune part ny portion en ma dicte hérédité et successyion i aina qu'elle aille et tourne a ceux et celles qui ne m'auront abandonné et faict de bons et pieux

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offices , et eu pitié de moy jusques a ma mort.

9 Et dis bien plus, que si, par cas, je viens avoir et recepvoir quelqu'injure , offense et attentat , voire l'exécution sur ma vie , tant des tifadens que d'aucuns estrangers , dont je n'en f>uiise avoir raison ny revanche , a cause de ma debole^e et foiblesse d'aage , ou autrem^it , )e reia et entends que mes dicts nepveux et luepces OQ leurs maris en poursuivent et fassent la ven- {|[eaiice toute pareille que j'eusse faicte en me3 feunes et vigoureuses^ années, pendant lesquelles je me puis vanter, et en^rends grâces a mon Dieu^ nfen avoir receu aucunes sans aucun ressentUn^it ne vengeance, ainsi qu'a la cour et aux amiees ton <sst fort subject d'avoir des querelles , «oit de gayeté ou autrement ; et ceux et celles de men héritiers et héritières ou leurs maris , qui en négligeront la vengeance , et ne je fairont Mit par les armes ou la justice, je veux qu'ils n'ayent rien de mon dict bien , ains qu'il aille tout a ceux et celles q^i s'en ressentiront. Et si tous et toutes , -au aucuns ou aucunes , ce que ne puis croire , au moins de tous et toutes, ne s'en ressentent, je veux que tout mon bien aille aux pauvres, aux Quatre Mendians et Hostel Dieu de Paris.

» J'en avois donné une partie ainsi aux religieux de Brantôme, mais j'en révoque la donation, d'autant qu'eux, par trop ingrats des bénéficies reeeusde moy, pour les avoir garantis et conservés des guerres passées , comme un chascun scait , m'ont suscité des procès, et plaidé contre moy ; et par ainsi faut punir leur ingratitude par trop grande.

2g6 «TESTAMENT

» Et d'autant que le sieur de la Barde de Saint Crcspin, dict Guillaume Mallety, a cause de sa foire de Saunier , m*çi faict plaider et tant chicanner l'espace de douze ans , tant pour son hommage a moy deub que pour autres desvoirs deubs a ma, terre de Saint Cvespin et chasteau de Richemond , dont le procès est encore pendant en la êour de Bourdeaux, qui m'a cousté fort bien mille escus, tant pour ses délais « remises ^ subterfuge^, cavillations , et cbicannerîes el^-fij'^ veurs du dict Bourdeaux , je veux et entends que mes sus dicts héritiers et héritières en poursuivent le dict procès a toute outrance, s'il n'est avant i^ mort assoupy, soit par accord ou par arrest, et le mènent jusquesa la dernière fin; m^asseurant tout en mon droict, qu'ils en tireront fort bien la raisop et qu'ils en pourront retirer la maison de la Barde ; car il me peut dehvoir fort bien phis de douze mille livres, n'estant raisonnable de laisser en repos ce petit galland , extrait de belle famille , son grand père ayant esté notaire , dont s'en trouve force contract encore en Perigor)^ signez Mallety. Et ceux et celles de mes dicts héritiers et héritières, qui ne poursuivront vivement le dict prooes^ je les déshérite, et en donne leurs parts aux autres qui s'en ressentiront mieux et le persécuteront a toute outrimce,' et en prendront mieux laffirmative

» Je ne veux ny entends que ma maison et beau chasteau de Richemond, que j'ay faict bastir curieusement et avec peine et grand coust, s^alliene, se vende, ny s'engage autrement, pour nécessité aucune qui soit, a aucun estrangei^ ;

car je veux qu'elle demeure a la maison dont je suis sorty, en signe de mémoire. Car je serois bien mary, si estant la haut, ou Dieu me fera la grâce de m'y recepvoîr s'il luy plàist , je visse c'este belle niarson et chasteau, que j'ay fait bastir avec si grand travail , eust charigé de main et tombé entre un estranger. Cependant je veux et entends que ma dicte niepce la comtesse de Durtal , ayt le dict chasteau avec ses préclautures dn paire et du jardin , et ses bassecours pour sa demeure , tant qu'ielle vivra seulement , et de-

meurei*a veuve sans qu'elle se remarie.

» Je yeux aussi et en charge ma drcte nrepce comtesse, d'entretenir la maison comme il ftiut, sans la laisser demollir ny de{)erir, et qu'elle la laisse aussi entière et belle comme je la lui laisse, cela s'entend tant qu'elle y demeurera et ne se remariera; car autrement elle en aurait la con science chargée, et me feroit tort, et a son petit nepveu Claude de Bourderlle, qui est si bien né et si foly, qui , je m'asseure^ l'entretiendra très bien, et en célébrera ma mémoire pour tout jamais, en disant : P'qila un présent que mon grandr oncle m* a faict,

» Je veux aussi que la moitié des plus grands livres de ma bibliothèque soient mis et serrez dans un cabinet àe Richemond, et conservez très curieusement sans les dissiper deçà delà et n'en donner pas un a quiconque soit. Car je veux c(ue la dicte bibliothèque demeure chez moy , pour perpétuelle mémoire de moy , dans un cabinet de Richemond.

» Je veux de mesme qu'aucune de mes plus

âg8 TESTAMENT

belles armes demeurent aussi en un cabinet de Richemond , et y soient en même garde , comme mes espées , et, sur tout une argentée, que M. de Guyse, mort et massacrédernierement, me donna au siège de la Rochelle , me déférant cest honneur de dh*e qu'elle m'estoit bien deue pour la savoir bien faire vafoir , et telles armes , ainsi qu'il avoit Teu. Il y a aussi d'autres et longues belles hespaignolles, toutes de combat et bonnes et esprouvées. Plus deux harquebuses de mesche, que j'ay fort aymées et portées en guerre, et faict valoir. Plus mes armes complettes, tant delà curiasse, brassard, sallade et cuissot, que le seigneur Contanhp me garde en sa chambre de Brantôme.

Plus une rondelle couverte de velours noir a preuve, que feu M. le prince de Condé me donna au siège de la Rochelle, au moins après, n& s'en servant plus , et me pria de la garder pour l'amour de liiy et porter en guerre , ce que j'ay Cadet et bien gardé , comme j'ay faict l'espée sus dicte de M. de Guyse , et leur promis les garder tout durant mq vie et après ma mort.

• Je veux aussi qu'on me garde après avecque les sus dictes armes un chapeau de fer> couvert d'un feutre noir avec un cordon d'ai^ent ^ que je portois a pied aux sièges de places ou je me suis trouvé assez. Et, ^'il est possible appendre toutes les sus dictes armes dans ma chapelle de Richemond , je le voudrois fort ainsi qu'on le faisoit jadis aux anciens chevaliers ; la mémoire en seroit beaucoup honorable. Je laisse cela ' a madame la comtesse ma niepce , qui en aura le soin , puis que la demeure luy est assignée si

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elle ne ee remarie , comme j'ay dit cy devant. . . .

» Et pour totale fin , je donne mes bagues et pietits joyaux a mes sus dicts nepveu:K et niepces de très bon c»eur, et les prie de les garder et porter pour T^^nour de moy , tant que leur vie jurera, en souyenanèe de moy, leur bon oncle, qtii.les ay aymes et honorez d'une amitié très terme et fidèle. Sur ce je fais fin a ce dict testa* ment, au nom du Père et du Fils et du sainct jE^sprit^ et de la bénite vierge Marie/ et zqadame saincte Anne , comme je Tay commencé.

» Je ne double point que plusieurs personnes netrouveutcedict testament trop long et prolixe : tel a esté mon vouloir et m on plaisir. J'en ay vu d'autres en ma vie bien aussi longs. J'en ay pris le modèle sur ce grand, chancelier de l'Hospital, de mesme aussi long, que j'ay inséré dans na^ livres ; mais si l'ai \e un peu abrégé. De pins je suis nay d'une grande et illustre maison. J'ay le cceur grand, qui me Ta donné, et que }'ay fait paroistre en plusieurs beaux et divers endroits. J'ay eu de l'ambition : je la veux encore monstrer après ma mort. Aussi que je n'ay voulu ne confier mes. yolontez et dire a ces petits notaires , qui la plus part du temps ne sçavent dire ny représenter pos intentions et vouloirs , et en eusse dit encore plus sans la trop grande pn^xité. Je fais donc fin selon mon vouloir et contentement , et y eusse mis et adjousté de beaux et gentils exemples pour mieux adoucir le tout ; mais c'est assez.

Signé P, DE BOUROEILLE.

300 , TESTAHSNT

Ce testament est suivi d'un codicille par lequel Brantôme antorise ses neveux et nièces à préle£ver seize mille écus sur sa succession, pour les' dédommager du château de !^ichemond, qui ne doit être ni vendu, ni partagé, mais cédé à M.*^ ç|e Durtal, sa vie durant, laquelle n'aura pas part aux seize mille écus. Il est aussi question dans ce codicille du grand pont de BrantÔBM, d'un javdin et d'un champ où sont plantés des ormeaux ; il soutient que le tout lui appartient d'après la donation que lui en a faite M. Levéque de Lavau.

A la suite de ce codicille est l'acte notariat*, signé du notaire Lombraud, par lequel il est déclaré que messire Pierre de Bourdeille a déposé le testament ci-dessus en l'étude dudit notaire , le 3o décembre 1 609. Cet acte est signé du notaire et des témoins.

Enfin vient un dernier codicille, par lequel Brantôme nomme sa nièce la comtesse de Durtal, son eœecuteresse testamentaire, ceux qu'il avait nommés dans son testament étant décédés. Il donne toutes ses clefs , tant grandes que petites ^ à un nommé Constancie, pour les bien garder et les remettre après sa mort à sa nièce. Il s'occupe aussi de ses domestiques^ et veut qu'ils restât dans son château après sa mort jusqu'à rouvert ture de son testament, et qu'ils y fassent bonne chère , « car Dieu niercy , dit-il , je laisse force vivres, tant ici qu'a Brantôme , tant de bled que de vin.

»> Et pour ma sçpnltiire, ajoute-t-il, il y a long^ temps que je 1 ay fait bastir, et choisir ma cha-*

DE BRANTÔME. ' 3oi

pelle de Richemond: et deux jours après ma mort , que mon corps soit mis dans une caisse bien proprement comme il faut , et la faire charger sur mes mulets , accompaignez d'aucuns de mes serviteurs et officiers de Saint Crespîn, de Richemond et de Brantôme , et la y faire un service honneste pout* la sépulture, y appelant messieurs les religieux auxquels j'ay laissé im honneste légat dans le dict testament ; le tout sans pompe et solemnité

Ce dernier codicille est daté du 5 octobre 1 6 1 3.

Brantôme n'a survécu à ce codicille que neuf mois, étant mort le 5 juillet 16149 ^S^ de 87 ans.

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