TESTAMENT DE JEAN THIERY
Ce testament mérite d'occuper une place parmi les actes de ce genre très-remarquables, soit à raison de l'histoire singulière du testateur, qui, ' de pauvre garçon d'auberge, est devenu propriétaire d'une fortune de plus de cinquante-six millions , soit à raison de l'inventaire de cette succession qui est à la suite du testament, soit enfin à raison des discussions auxquelles cet acte a donné lieu et qui ne sont point encore terminées.
L'histoire de Jean Thicry étant détaillée en grande partie dans son testament, nous allons
commencer par rapporter cet acte passé â Corfou, chez Santonida , notaire. Il a été sans doute rédigé en italien , et la copie que Ion nous a communiquée doit être une traduction et même une traduction très-litlérale, comme on le verra et par la forme assez bizarre de l'acte, et par certaines expressions tout à fait étrangères à notre langue.
Copie du testament de Jean T/iiery.
» L an de grâce 1 654 1 le i o février , est comparu » en mon étude de Corfou , voisine de Téglise » lïiétropolitaine de Saint-Spiridien , et pardevant » moi Santonida , notaire public de la ville de » Corfou , et de tout le duché vénitien; est com- » pari), dis-je, Jean ïhiery, sain d'esprit et de » corps. Français de nation, de la providence » (province) de Champagne, du lieu dit Châ- » teau-ïhiery, diocèse de Rheims, de Soissons, » fameux marchand négociant sur mer , lequel » a déclaré pardevant moi et les témoins sous- » signés , vouloir faire son testament , en me sî- » gnifîant sa dernière volonté , et avoir intention » de se retirer dans la capitale de Tltalie véni- » tienne, et d'y vivre et mourir dans la maison » de Mora , ainsi qu'il l'a déclaré ; et que comme » il est aussi certain que nous mourrons que » l'heure de notre mort est incertaine , il voulait 9 en conséquence donner son ame à Dieu et son » corps à la terre, et disposer de ses biens con- » formément à son bon plaisir et à sa conscience. » ( Ce n'est plus le notaire, mais le testateur qui va parler , quoiqu'il n'y ait pas la moindre inler-
ruption dans l'acte. ) t Avant tout on doit savoir
» que mon nom est Jean , et mon surnom Thiery.
» J ai été baptisé dans la paroisse de Château-
» Thiery en Champagne. Quant à mon âge, je
B ne le sais pas positivement , ayant perdu tous
» mes papiers dans les dîfférens dangeris que j'ai
» courus sur mer. Il y a cent vingt ans que notre
» famille prend son origine en Lorraine et se dî-
» vise en trois parties, desquelles Tune se trouve
» dans la ville de Baie en Suisse, l'autre en
» Lorraine, et la dernière, où je suis né, eu
» Champagne. Mon grand-père, gendarme du
» roi de France, se nommait Robert Thiery. Il
» eut trois fils : Pierre, Claude et François Thiery
9 mon père (i). Et moi présent en cette étude, je
» me dénomme Jean; j'ai été baptisé à Château-
» Thiery. Et ma mère se nommait Françoise
» Bricot; elle est baptisée à Amance, Franche-
» Comté de Bourgogne; elle est morte à Cutray,
(i) On nous a communiqué, avec le testament, une autre pièce où se trouvent quelques détails de plus sur l'origine de cetre famille ; il y est dit : « Robert Thiery, » tige de sa famille , était originaire de Lorraine; il naquit p à Saint-Thomas près Vienne; il fut anobli, en i5io, » par Antoine duc de Lorraine; il s'attacha à Henri III, » alors Dauphin , et devint gendarme de la garde.
» Robert eut trois (ils ; il leur laissa peu de bien : à peine » ses trois fils recueillirent-ils du bien de leur père chacun » 200 liv. Après leurs partages, faits le 25 décembre 1689, » ils se séparèrent. Pierre Thiery s'établit à Bàle, Claude » Thiery en Lorraine, et François Thiery à Château- » Thiery. Ce dernier épousa Françoise Bricot , de laquelle B il eut Jean Thiery, si célèbre par son opulence >
DE JEAN THIERY. 35l
» diocèse de Langres. » (Il n'y a pas de Cutray dans le diocèse de Langres. Il y a bien Cintrey, qui est à 6 lieues de cette ville, mais il était du diocèse de Besançon : ne serait-ce pas plutôt Cutry près Soissons? ) « £t où j'ai quitté mon pays sans en » avoir fait part à personne. Je me suis échappé » (il avait alors quatorze ans) , après avoir reconnu 9 qu'il n'y avaitpas de bien dans la maison démon » père ; voulant chercher fortune , j e suis venu en 9 Italie , et je me suis loué pour être garçon d'au- » berge, à l'auberge de la Tour , dans la ville de » Brescia, état de Venise. J'ai trouvé un marchand » étranger, Grec de Nati, nommé Athany ( Atha- » nase ) Tipaldy. Il me proposa de voyager , j'y 9 consentis sur-le-champ; et ayant commencé à 9 voyager avec ce riche marchand qui n'avait » point d'enfans, il me prit en amitié (i), et
(i) Voici encore à ce sujet quelques détails tirés de la pièce mentionnée dans la note précédente. «Thiery étant 9 à Brescia 9 eut occasion de faire connaissance avec 9 Athanase Tipaldy, un des plus riches et des plus adroits 9 comme rçans du siècle dernier ( c'est-à-dire XVII/ 9 siècle ) ; Thiery eut le bonheur de lui plaire et d'obtenir 9 sa confiance. Tipaldy hii proposa de l'accompagner 9 dans ses courses maritimes; le jeune homme le suivît, 9 une tempête affreuse survint ; le vaisseau qu'ils mon- 9 taient coula à fond; tout le monde périt, excepté Tî- 9 paldy et Thiery. Cet accident augmenta leur amitié; ils 9 furent dès-lors inséparables. Tipaldy, las démener une 1 vie errante, se retira à Corfou avec son jeune ami, qui, 9 de jour en jour, lui devenait plus cher. Enfin Tipaldy 9 touchait à son dernier moment ; bâtard de la maison 9 de Tipaldy , sans autre affection que celle qu'il avait 9. pour Thiery, il l'iastitua par son testament son légataire
comme il n'avait point de parens, étant fils 9 naturel de la maison de Tipaldy de INapoli de 9 Romanie , dont les deux branches sont éteintes, 9 ledit sieur Athanv étant vieux et accablé d'in- 9 firmités, il me laissa toute sa succession tant » sur n^er que sur terre. Ses biens consistaient » en trois vaisseau'}^ marchands, et huit cents » mille écus vénitiens, dits à la croix, lesquels 9 sont placés sur la Banque de Venise appelée la
* Zena ; et il dépend de moi de les retirer quand a bon me semblera et quand je le jugerai à pro- » pos , comme il paraît par le testament de mon » bienfaiteur Athany Tipaldy, fait à Corfou le i." » août 1 656, intestamenté ( instrumenté ) par le 9 notaire présent Santonida. Comme je me trouve » âgé de 75 ans, je veux me retirer dans la ville 9 capitale du duché de Venise, pour y vivre et
* mourir par la grâce de Dieu.
» Item, j'appelle à ma succession les Thierjr
» de Champagne, c'est-à-dire les enfans de nion-
» sieur mon père, nommé François Thiery, in-
» humé à Château-Thiery, et de madame ma
* mère nommée Françoise Bricot, pourvu qu'ils » soient du même lit que moi ; car si ledit sieur » mon père et ladite dame ma mère ont contracté
9 universel; il déclara dans cet acte avoir placé à 3 pour » cen 1 800,000 écus vénitiens , appelés écus à la croix , sur » la Monnaie de Venise, par contrat passé entre lui, le 9 prince et les magistrats de la Couronne, le 16 juillet 9 1624* Indépendamment de cette somme, il spécifia 9 quatre maisons dont il était propriétaire , et 5o^ooo louis » sur rilôtcl^de- Ville de Paris. »
t> tin second mariage, j'en exclus tous les enfans » de ma dite succession, et j'y appelle les fils de » Pierre, de Claude et de François Thiery, mon » père (c'est-à-dire ses neveux et ses frères utérinsi> consanguins).
» Je prie messieurs les Thiery de Champagne » de ne point abandonner ceux de la Lorraine et » de Baie; mais je dis que mes vrais et légitimes » héritiers sont ceux de la Champagne , enfans » de François Thiery , mon père : c'est à ceux-ci » que j'abandonne tous mes biens après ma mort, » et à leur défaut à ceux de Bâle et de Lorraine.
» Les papiers et actes nécessaires de ma suc- » cession se trouveront à la chancellerie du très- » excellent seigneur provéditeur , où ils sont en- » registres ; il suffira de demander le testament » de Jean Thiery, fait à Corfou, l'an de grâce » 1654. Mondit testament rappelle celui d'Athany » Tipaldy, mon maitre et bienfaiteur, fait le i.*' » août i636.
» Je fais ledit testament à Corfou, pour ne » donner soupçon à qui que ce soit de mes ri- » chesses et de ma fortune, et afin de n'être pas » inquiété soit par des amis, soit par des parens, » le peu de temps qu'il me reste à vivre (i) , et
( 1 ) Cette clause, qui annonce un égoïsme assez notable, lui avait été suggérée par Tipaldy , qui dans son testament s'exprime ainsi : « J'engage Jean Thiery, mon unique » héritier , à ne j amais faire son testament en terre ferme, » afin que personne ne sache ce qui pourra lui revenir, « et que , de cette manière , il ne soit jamais inquiété par » des parens , ni par qui que ce soit. »
» je veux passer le reste de mes jours à soîgnef » les pauvres par charité , ayant appris quelques » secrets dans mes voyages.
9 Je laisse tout ce qui est énoncé au testament » de monsieur mon maître et bienfaiteur Athany » Tipaldy, à mes légitimes héritiers dénommés » ci-dessus.
» Je laisse pour le repos de mon ame six mille » messes, à la volonté du confesseur qui mas- » sistera au moment de ma mort.
» Je laisse tous mes habits aux pauvres, et » nomme pour mon exécuteur testamentaire le 9 sieur Mora.
» Je laisse deux mille écus à Féglise de Château- » Thiery, que mes légitimes héritiers, aussitôt » après avoir ouvert mon testament, et recueilli » ma succession , seront tenus de délivrer à ladite » église, pour un anniversaire perpétuel pour le 9 repos de mon ame.
* Je laisse à Téglise confessaire (sic) de Saint- 9 Spiridien, deux cents ducats, une fois payés.
» Je laisse à mon confesseur cinq cents ducats, » qui seront pris dans mon coffre-fort.
» Je laisse tout le reste de ma succession à mes 9 vrais et légitimes héritiers, ci-dessus déclarés » et nommés.
» Je veux et entends que l'exécuteur de mon » testament ne soit pas inquiété, ni obligé de » rendre compte soit à mes héritiers , soit à toute 9 autre personne; mais qu'il jouisse tranquille- » ment et paisiblement de tout le reste des biens » que je leur laisse.
9 Le présent testament a été fait à Corfou , et
» reçu par moi Santonida, notaire de la ville de » Corfou et de tout le sérénissime état et ses dé- » pendances , le lo février de la présente année » 1654, en mon étnde. En foi de quoi j ai signé » avec le susdit Jean Thiery, en présence des té- » moins soussignés. Sajvtonida , notaire , et Jean » Thiery , de ma propre main. »
Le testateur est mort à Venise en 1676, et il a été enterré à l'église des Théatins.
A la suite du testament est ï invention ( pour inventaire) de la succession de Jean Thiery. Cet inventaire est très-succinct. Il se retrouve encore à la suite de la pièce que Ton nous a communiquée avec le testament , mais il y a quelques variantes et additions. Nous allons réunir ces deux morceaux, qui, au fonds, ne forment qu'un seul inventaire; nous mettrons en caractère italique les différences et les additions qui se trouvent dans la pièce en question , où il est dit en outre : « Que » Yinventaire de Timmense succession de Jean » Thiery a été fait en présence du doyen et des > magistrats de là république, avec les formalités » les plus sévères. » Cependant nous pensons que ce qui suit n*est que le résultat des masses détaillées qui ont dû composer cet inventaire :
» 1 .'' Trois maisons jointes en- » semble près le palais du doge , * estimées 1,800,000 liv.
» 2." Deux autres maisons dans » nie de Corfou, près Féglise » Saint-Spiridien 800,000
» 3. ° Une maison de campagne
» sur le canal de Monpadou, af-
» fermée et louée '. 200,000
» 4* * Un sac de quatre pieds de » long , autant de large , plein de
» lingots d'or ; 1,200,000
Nota. L^ecrit jcint au testament , porte que ce sac est pleiu d^or massif et de lingots , et il en ëléve Testimalion à 3i millions, ce qui me parait plus juste»
» 5/ Quatre-vingt mille ducats » d'argent à cinq livres 4^0,000
» 6." Cinquante mille louis d'or » sur rHôtel-de-'Ville de Paris.,. 1,200,000
» 7.* Six barils de poudre d'or. 1,960,000
> 8.* Six carosses et calèches j> qui sont dans l'île de Corfou.. 9^000
» 9/ Deux cassettes remplies » de vases d'argent , pesant cha- » cune deux cents livres ^ 4<^?^^o
» 10.** Six cassettes de chande- » liers d'argent, pesant chacune » trois cents livres 180,000
» 11.° Deux petits sacs de pier- » res précieuses 0,000,000
» 12.* Trois bâtimens neufs » chargés de marchandises pré- » cieuses qui arrivèrent après la » mort de Jean Thiery 4^?589,ooo
Nota. LVcrit mentionne' ci-dessus porte:
rç Trois bdtimens neufs chargés de pierres a précieuses , (jfui arrivèrent après la mort a de Thiery , neiif milUons, fç Cest éviii demment un erreur.
» 13.** Dix-sept lits de diffé-
» rentes étoffes de diverses cou-»
» leurs , et autres meubles
Nota^ Il y a sans doute cireur dans restimation de six millions portes dans Tinveniaire à la suite du testament, et qui ne sont pas dans Tinvenlaire de Fe'crit joint audit testament. Je ne porte donc pas ces six millions •, on en verra la raison plus bas.
» i^.^'Quarante'Unmiroirs petits !► et grands (sans estimation).
» i5.*Quatorzemeublesdedif- » férentes espèces et dix armoires, » comme aussi beaucoup de bat- » terie de cuisine [ sans estima- » tion ).
» 16/ Enfin , cent un fauteuils » ornés d*or et d'argent et autres » meubles d appartement » (sans estimation). MaisTécrit joint au testament porte que les quatre derniers articles peuvent valoir 400,000 fr. , ce qui prouverait que l'estimation du n.° i3 portée à six millions est erronée; aussi ne l'avons-nous pas tirée hors ligne, et nous ne mentionnerons ici que les zf00,ooo
« Nota. Ici ne sont point compris les huit cent » mille écus à la croix portés au testament de » Tipaldy et relatés en icelui de Thiery , et qui » valent de notre monnaie 9,920,000 liv.
» Je dis CINQUANTE-SIX MILLIONS NEUF CENT NEUF
p MILLE LIVRES TOURNOIS, en livrcs de France. *
Ce total n a aucun rapport à celui que forment les sommes ci-dessus tirées hors ligne, soit qu'on y ajoute les 9,920,000 liv. , soit qu on les retranche. En les ajoutant, on trouve 62,198,000 liv. ; en les retranchant, il ne reste que 62,278,000 liv. Il faut donc que les estimations portées à l'inventaire, soient en monnaie dltalie du temps, et nous n'en connaissons pas la valeur.
Le copiste du testament a fini par ces mots :
« J'ai copié le testament d'après l'imprimé à » la fin du mémoire par le sieur abbé. Godard, » procureur fondé de Nicolas Godard, de Jean- » Pierre Chance, de Claude Thîery , fils de Robert » et oncle de Jean Thicry, mort à Venise en 1 676. »
Nous venons de donner textuellement tout ce que nous avons pu découvrir sur l'histoire de Jean Thiery, sur son acte de dernière volonté, et sur l'estimation ( assez obscure ) du montant de sa succession. Voyons maintenant quelle a été le sort de cette succession , qui fait encore autant de bruit en France en ce moment que si elle était fraîchement éclose.
Les précautions prises par Thiery pour que l'on ignorât et son testament et le lieu de sa demeure, firent que ses parens ne se doutèrent nullement de la fortune qui les attendait. Après sa mort , son exécuteur testamentaire , M, Mora , vint en France pour les découvrir; mais il parait que trompé, sur sa route, par des intrigans qu'un si friand morceau allécha, il ne vînt pas jusqu'à Château-Thiery, et qu'il vendit les pièces relatives à la succession à ces mêmes intrigans, qui étaient au nombre de trois , et qui se nommaient
DK JEAN THIERT. 5Sq
Burgevin, Ruelle et Censîer. Ceux-ci firent faire dans une petite ville de Champagne (Montiérander) , une enquête pour établir que Jean ïhiery n'avait laissé aucun héritier; puis sur ce motif, ils fabriquèrent, au nom de M. Du puis, un brevet de donation par le roi, des biens de cette succession tombée en déshérence. Munis de ces pièces, ces fripons, Burgevin, Ruelle et Censier, se rendirent à Venise , où ils transigèrent avec l'exécuteur testamentaire moyennant une sommé de 1,240,000 liv.
En 1 686 , un sieur Guyot de Verthamont , officier dans la marine de France, qui se croyait, par sa femme, héritier de Jean Thiery, arriva à Venise , pour prendre connaissance des affaires de la succession ; sa présence fut un coup de foudre pour les trois faussaires, qui disparurent subitement, et que l'on n'a jamais pu découvrir, quelques recherches que l'on ait faites.
Cependant, en France, le procureur général dénonça le faux à la cour du parlement, et commença des poursuites contre ceux qui en étaient les auteurs. Ces poursuites ayant donné une certaine publicité à l'affaire, on vit accourir une ^ foule d'individus du nom de Thiery , qui , leur arbre généalogique à la main , réclamaient la succession du négociant de Venise. L'examen des qualités fut soumis à un tribunal qui portait le nom de cour des requêtes de l'hôtel. Ce tribunal reconnut comme seuls héritiers, M."* Mouchia des Forges, M.""* Mouchin de Calais, et le sieur Jacquard , descendans du sieur Gilbert Thiery , frère unique de Jean. Cette décision , rendue en
56o TESTAMENT
1748, fut attaquée avec force par tous les prétendans repoussés, et les contestations qui s'élevèrent alors n'étaient pas encore terminées quand la révolution arriva.
Après avoir inutilement fatigué de leurs sollicitations l'Assemblée constituante, la Convention nationale et le Directoire, les héritiers Thiery, qui s'étaient consiviérablement multipliés, à cause du décès de ceux à qui d'abord avait été dévolue la succession, parvinrent à s'entendre, et profitèrent de la restauration pour demander à l'empereur d'Autriche, souverain actuel de Venise, la créance de huit cent mille écus à la croix , qui, dans l'origine, avait été frappée d'opposition dans les mains du gouvernement de Venise au nom du domaine de la France, à cause de l'état apparent de déshérence de la succession dont elle faisait partie.
Cette créance équivaut aujourd'hui à une somme de 5, 200,000 fr. ; et les intérêts à 3 pour cent, réclamés depuis 1676, époque du décès de Jean Thiery, formaient en 1816, une somme de 2 1,840,000 fr. ; total 37,040,000 fr.
Mais à mesure que les prétentions des héritiers ^ 'étaient accrues, les moyens de les satisfaire étaient diminués ; et aujourd'hui , par suite de toutes les révolutions politiques qui ont eu lieu depuis plus de trente ans , on ne retrouve ni les écus à la croix , ni la banque de Venise , ni les immeubles de Corfou , ni les rentes de l'hôtel-deville de Paris.
Cependant une dame Morel, héritière des héritiers de Jean Thiery, entreprit, en 1824, le
DE JEAN THIERY. 56l
voyage d'Autriche, et, après avoir adressé de nouvelles réclamations à Tempereur et au prince de Metternîch, elle est revenue à Paris, rapportant un riche fonds d'espérances qui compose tout Faclif de Ja succession. Mais la publicité donnée à celte afi*aire par les journaux, réveilla tous les Thiery du royaume, qui accoururent, comme en 1 G86 , munis de leurs papiers.
En 1 826, de nouveaux compétiteurs se présentèrent dans l'arène , et réclamèrent devant le tribunal de la Seine.
En 1827, le Journal de la Haute-Saône du 28 mars, donne des détails sur les descendans de Simon Thiery, frère du fameux Jean Thiery, et né comme lui à Château-Thiery. ( Alors Jacques Thiery n'eût pas été frère unique de Jean , comme il est dit précédemment. ) Ce Simon était salinier du roi; il se fixa par la suite au Val-Saint-Eloy , près Vesoul. Il eut deux enfans, Barbe Thiery et Mathieu Thiery. Barbe Thiery se maria à Nicolas Curie. Celui-ci est mort en 1792, laissant deux enfans, Marianne et Ferdinand Curie, qui existent encore en ce moment à Amance. Quant à Mathieu Thiery , il a laissé une nombreuse postérité, qui consiste, dit-on, en quarante-huit individus, tous existans à Contréglise , à Saint-Loup , au Val- Saint-Eloy , etc. , toutes communes de la Haute- Saône. L'article du Journal a pour but de demander des renseignemens sur l'acte de naissance et l'acte de mariage de Barbe Thiery , et sur les mêmes actes de Mathieu Thiery. On adresse cette demande aux maires de la Haute-Saône et des
départemens environnai^.
L'affaire en est là.