‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ouChapitre 75 sur 96 · ÉVÊQUE-DUC DE LANGRCS ET PAIR DE FBAKCE · texte numérisé non relu

ÉVÊQUE-DUC DE LANGRCS ET PAIR DE FBAKCE

Louis Barbier , plus coni^u sous le nom d'abbé de la Rivière, est né, en iSgo, à Montfort-rAmaury , d'un mouleur de bois , selon les uns , ou à Vandelaincourl près de Compiègne, d'im nommé Antoine Barbier et de Cécile Lemaire, selon les autres. Au reste, quelle que soit sa naissance , elle a eu lieu sous une heureuse étoile, et sa bonne fortune ne Fa jamais abandonné.

Doué de grandes dispositions, le jeune Barbier fit de bonnes études ; ce qui lui procura

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une place de régent au collège du Plessîs, à Paris. Mais ce poste modeste était loin de suffire à son ambition : il fréquenta le monde , et par son esprit et son adresse, il devint aumônier de M. Habert, évéquede Cahors, premier aumônier de Gaston d'Orléans , qui le mit auprès de de ce prince (i). L'abbé de la Rivière amusa d'abord Son Altesse par des plaisanteries dans le genre de Ilabelaîs , qui étaient encore à la mode ; puis il entra petit à petit si habilement dans toutes les inclinations de son maître, qu'il devint lui-même le maître absolu de son cœur et de son esprit, et fut son conseiller. Mais il ne se servit de la confiance du prince que pour le tra-

(i) Gaston- Jean-Bapliste de France est né à Fonlaîbleau, le 25 avril 1608, de Henri IV et de Marie Médicis, sixans et demi après Louis XIII, son frère. II fiit d'abord duc d'Anjou, puis successivement duc d'Orléans, duc de Chartres eu 1611, et duc de Montpensier par son premier mariage , en 1626 , avec Marie de Bourbon , duchesse de Montpensier, qui mourut le 4 juin 1627, cinq jours après être accouchée d'Anne-Marie-Louise d'Orléans, duchesse de Montpensîer. C'est cette princesse qui fit tant de folies pour épouser le comte , depuis duc de Lauzun , mariage qui eut lieu secrètement en 1669, et dont elle n'eut pas lieu de se féliciter. £lle est morte en 1695 sans avoir eu d'enfans. Gaston se remaria en i65i avec Marguerite de Lorraine (qui mourut en 1672) ; c'est encore un mariage qui éprouva beaucoup de traverses. Il en est résulté cinq filles. Gaston d'Orléans mourut sans enfans mâles, le 2 février 1660. Il est oncle de Philippe d'Orléans, frère unique de Louis XIV, né en 1640, mort en 1701 , père du régent, et tige de la maison aetuelle d'Orléans.

liir en découvrant tous ses secrets au cardinal Mazarin (i). Pour récompense, il obtint successivement les abbayes de Saint-Benoît-sur-Loire, de Saint-Pierre de Chartres, de Lire, de Notre- Dame-de-Grâce ; il fut en outre aumônier de Marguerite de Lorraine , duchesse d'Orléans , grand aumônier do la reine, chancelier de Tordre du Saint-Esprit ; enfin le cardinal le fit nommer en i655, évêque duc de Langres, pair ds France.

Malgré tant de dignités, la chronique du temps ne fut favorable ni à la conduite ni a la modestie de labbé de la Rivière. La passion du jeu le dominait; il avait Tesprit vif et pénétrant, mais il était irascible, opiniâtre, infatué de son mérite et d'un accès difficile. Lorsqu'il était occupé, il renvoyait les grands qui avaient à lui parler , sans égard pour leur rang. On l'accuse surtout de n'avoir pas eu pour ses bienfaiteurs la reconnaissance qu'il leur devait pour tant de faveurs qu'il en avait reçues. Sa conduite à l'égard de Gaston en est la preuve.

On prétend que son ambition n'étant pas satisfaite par la possession de l'un des plus beaux Sièges de France , il partit jour Rome dans l'es-

(i) On raconte qu'un jour ( c'était après la mort de Gaston ) , l'abbé de la Rivière faisait en présence de Mademoiselle de Montpensier, un grand éloge de feu son père : « C'était , disait-il, un prince Irès-sage , très-pieux et qui valait beaucoup. — Vous devez savoir mieux que personne ce qu'il valait, lui répondit Mademoiselle 9 vous l'avez vendu assez de fois pour cela. »

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poir d'être cardinal. 11 ne réussit pas ; et , comme dans son voyage il avait attrapé un gros rhume , a cela n'est pas surprenant , dit Bautru , il est revenu sans chapeau. » Cependant j'ai lu quelque part qu'il avait été nomriié cardinal par le pape ; mais cette nomination n'a pas eu de suite.

11 est temps d'arriver au principal objet de cet article , c'e8l-«\-dire , au testament de notre évéque. Il a dii le faire en 1669, époque où il tomba sérieusement malade à Paris. 11 existe un ouvrage plein d'érudition et de choses curieuses, intitulé Abrégé chronologique de i histoire ecclésiastique et civile des évoques et du diocèse de Langrès (par M. l'abbé J.-B.-Jos. Mathieu, résidant à Chaumont) , Langres^ Laurent Bournot y 1808 (1), in-8.** Nous avons trouvé dans ce volume, p. 55o , que « Louis Barbier a légué , pour son anniversaire, la somme de dix mille livres à l'église de Langres , avec des tapisseries représentant l'histoire du patriarche Jacob , lesquelles venaient du cardinal de Richelieu, et avaient coûté 10,000 livres. De plus le testateur donne encore 12,000 livres pour le séminaire, et 3o,ooo livres pour les familles pauvres de Langres. Il lègue en outre 1^0,000 livres à l'hôpital de Paris, et le reste de ses biens aux églises et aux pauvres

(1) Comme la pagination de ce volume va de 255 à 576, je présume que cet ouvrage a fait partie de VAnnuaire de la Haute-Marne de 1808 , et qu'on a retranché les 254 premières pages qui renfermaient la liste des fonctionnaires du département.

de la capitale. Mais il n a voulu reconnaître aucun de ses par en s. »

Voilà tout ce que nous dit le respectable et savant M. Mathieu sur le testament de Louis Barbier de la Rivière. Mais ailleurs nous avons découvert deux articles du même acte ou du moins d'un acte du même genre, que l'on prétend avoir été trouvés dans ses papiers , et qui n'ont pas le caractère de gravité que l'on remarque dans les articles précédens. Ces deux articles sont ainsi conçus :

« Je ne laisse rien a mon maître d'hôtel , par- » ce qu'il y a dix-huit ans qu'il est à mon ser- » vice (i).

» Item y je lègue loo écus à celui qui fera » mon épitaphe. »

Nous ne discuterons point ici l'authenticité de CCS deux clauses , mais il est certain que la seconde a été connue dans le temps, et qu'elle a prêté à des plaisanteries et à des épigrammes, dont la meilleure est sans contredit celle de La Monnoye, ainsi conçue :

Ci-gît un très-grand personnage , Qui fut d^un illustre lignage ,

(i) Gela rappelle le mot du cardinal Dubois. Chaque année, ses domestiques venaient, le i." janvier, lui présenter leurs hommages et recevoir leurs étrennes. Quand l'intendant de sa maison arrivait à son tour, le cardinal lui disait : a Monsieur, je vous donne ce que vous m'avez volé. » L'intendant s'inclinait profondément, puis se retirait, bien persuadé sans doute qu'il n'était pas le plus mal partagé.

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Qui posséda mille vertus , Qui ue trompa jamais , qui fut toujours fort sage. Je uVu dirai pas davantage :

Cest trop mentir pour cent e'cus.

La passion de Louis Barbier pour le jeu , lui attira encore répigramme suivante, de la part du même poëte ;

Le bon 'prélat qui git sous cette pierre, Aima le jeu plus qu''iiomme de la terre.

Quand il mourut, il n^ayait pas un liard (i) ; f Et comme perdre était chez lui coutume ,

S^il a gagné paradis , on présume Que ce doit être un grand coup de hasard.

Il fallait que la réputation dont jouissait cet évêque dans le monde , lui fût très-peu favorable, car, de son vivant même, il fut vivement attaqué ( sans être nommé , à dire vrai ) par le fameux Boileau dans sa première satire, qui date de 1 65o ; tout le monde reconnut labbé de la Rivière dans ces trois vers :

Et que le sort hurlesque , en ce siècle de fer ,

D^m pédant , quand il veut, peut faire un duc et pair.

Ainsi de la vertu la fortune se joue.

Feu M. de Guérie , dans son facétieux opuscule Y Eloge des perruques, Paris , an VII — 1799 , en parlant, page 7 , de Finveiition d'une nouvelle perruque beaucoup plus garnie de cheveux que les simples tours dont on se servait précédemment, dit : « Le premier qui se coëfFa de cette » merveille du jour , fut un abbé coquet ; Fhis-

(1) Les clauses du testament que nous avons cité plus haut prouvent le contraire. Mais la malignité n'y regarde pas de si près en fait d'épigramme.

» toire a conservé son nom : c'était l'abbé de la » Rivière. Il mourut évêque de Langres , et les » amans des perruques durent pleurer leur pa- » triarche, » En effet, il fut le premier ecclésiastiqucquîosa porter perruque. L'église, considérant cet ornement comme un objet de luxe, l'a défendu à ses ministres pendant assez longtemps. V. l'Histoire des perruques y ou l'on fait voir leur origine^ leur usage ^ leur forme ^ l'abus et l'irrégularité de . celles des ecclésiastiques^ par J,-B. Thiers. Paris, 1690, in- 12, et Avignon, 1779, in- 12, p. 25.

M. l'abbé Mathieu , parlant des derniers moroens de Louis Barbier , dit : « Notre prélat » contrit et humilié, reçoit les derniers secours » de la religion avec de grands sentimcns de piété , » et meurt (à Paris) le 3o janvier 1670, âgé de 77 ans. Son corps est déposé aux Minimes. »\

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