DE MADAME DUPUIS
cienne, célèbre joueuse de luth et de harpe , qui avait épousé M. Adam Dupuis, sieur de Roquemont, dont elle est devenue veuve, après en avoir eu plusieurs enfans. 11 parait qu'elle était fort riche. L aînée de ses filles a été mariée à un gentilhomme de Normandie, nommé de Sacy, qui sans doute a eu le malheur de ne pas conserver les bonnes grâces de sa belle-mère, car elle le traite horriblement dans un mémoire joint à son testament. Elle se sert môme de termes dégoûtans pour taxer son gendre de libertinage, et l'accuser d'avoir altéré la santé de son épouse. M. de Roquemont, son mari, avait fait plusieurs donations à l'hôpital de Rheims ; quand il fut mort , elle voulut les faire annuler , et en conséquence , intenta un procès aux administrateurs de cet hôpital. Elle le gagna d'abord au Châtelet; mais ensuite elle le perdit au parlement, sur le rapport de M. Guillaume , magistrat intégre, et homme d'un très-grand mérite. On verra dans son testament les explosions de sa fureur contre ce magistrat. Son exécuteur testamentaire était un M. de la Perrière , qui n'a pas eu grande peine, car aussitôt qu'on eut connaissance du testament et du mémoire qu'elle y avait joint et dont elle avait ordonné la lecture, on décida que la testatrice avait l'esprit égaré, et qu'on ne devait avoir aucun égard à ses dernières dispositions ; en conséquence le testament fut cassé. Parmi ses légataires, ce sont certainement ses chats qui ont le plus perdu à cette nullité , car elle avait pour eux une tendre affection, et elle voulait qu'ils eussent des preuves de sa soUici-
tude jusqu'à leur dernier moment. Mais il est temps d'arriver aux fragmens de ce testament. Il serait très-difficile maintenant d'en trouver des exemplaires complets ; M. de Moncrif n'a jamais pu en découvrir un seul à Paris. Tenons-nous-en donc aux extraits que nous fournit le recueil A. B. C Nous les donnerons dans l'ordre ou plutôt dans le désordre où ils se trouvent , car il y a peu de suite dans les idées de M.™ Dupuis ; nous y ajouterons quelques notes si elles nous paraissent nécessaires.
« Je donne et lègue à ma nièce de Calonge , toutes mes porcelaines..., et le portrait de ma feue fille , que je vous prie de bien garder , comme d'une personne qui avait bien de l'esprit , et de la sagesse, et de la vertu. Tous ceux qui la connaissaient en demeurent d'accord , et aussi la femme de la plus belle taille et de la meilleure mine du monde. M. de Sève m'a dit qu'il allait exprès aux Augustins pour la voir marcher , tant elle avait bonne grâce. C'est M. de Sève , c'est lui que'tout le monde estime , parce qu'il a bien de la vertu, et c'est lui qui faitdesibeaux portraits (i).
» Je donne à M."** Desbelles-Mignio mon grand saphir blanc , fort beau , qui est enchâssé dans l'or , qui coûta trois louis pour le tailler en
(i) Gilbert de Sève, né à Moulins en 161 5, est mort à Paris en 1698. Il était un fort bon peintre; il a orné Versailles de ses tableaux ; on en voyait aussi dans les églises de Paris.