‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ouChapitre 93 sur 96 · JUIF PORTUGAIS · texte numérisé non relu

JUIF PORTUGAIS

(Vers 1750. )

Le juif Pînedo ou Pînto, établi à Amsterdam, où il est mort vers le milieu du XVIIL* siècle, s'est fait un nom tant par l'importance et la multiplicité de ses entreprises , que par l'immensité de ses richesses , et par la manière noble et généreuse dont il en faisait usage, ou du moins dont il en a disposé par son testament. Cet acte n'offre d'autre singularité que la quantité et la quotité des legs qu'il renferme. Il est assez curieux sous ce rapport, et c'est ce qui nous le fait insérer dans notre Recueil, tel qu'on le trouve dans les Memorabilia Judaïca publiés par Schutt, lib. IV , cap. 1 8.

« Je lègue à la ville d'Amsterdam , après ma mort, la somme de cinq tonnes d'or. (La tonne d'or vaut 100,000 florins. )

» Je prêle à la même ville pour dix ans, et sans intérêts , la somme d'un million et demi,

» Je donne à chaque église chrétienne, à Aras-

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terdam et à la Haye , la somme de 1 0,000 florins, et à l'église du sud , à Amsterdam , celle de 20,00a florins.

» Je donne à chaque maison chrétienne des orphelins, dans les deuxi^illes, la somme de 10,000 écus.

» Je donne aux pauvres quarante vaisseaux chargés de tourbe,

» Je donne à l'orphelin qui quittera le premier la maison des orphelins , 1 ,000 florins , et à celui qui la quittera immédiatement après, 600 florins.

» Je donne à la synagogue d'Amsterdam deux tonnes d'or et demie.

» Je donne à la maison des orphelins portugais 3o,ooo écus.

» Je prête au gouvernement , à trois pour cent d'intérêts, dix tonnes d'or, à condition que ces intérêts seront payés aux juifs domiciliés à Jérusalem. Les fonds appartiendront toujours au gouvernement.

» Je donne à la synagogue allemande 5, 000 florins.

» Je donne à mon neveu Ovis trente-une tonnes d'or , avec toutes mes maisons et appartenances..

» Je donne à ma veuve dix tonnes d'or;

» Je donne à mes autres parens 10,000 écus.

» Je donne à chacun de mes voisins qui assistera à mon enterrement, 100 ducats.

» Je donne à toute personne non mariée des deux sexes, qui assistera à mon enterrement, 100 florins, et à chaque prêtre chrétien à Amsrterdam et à la Haye, 100 écus, et à chaque sacristain* 5o écus. »

Tel est le testament du bon juif Pinedo; on voit qu'il est marqué au coin de la tolérance et de la générosité. Ce testateur eût sans doute été plus coulant en affaires , qu'un autre Israélite de Bristol, son confrère , qui , au XIII. • siècle, subit une épreuve assez douloureuse, pour avoir .d'abord refusé d'ouvrir sa bourse dans une circonstance assez pressante. Le fait mérite d'être rapporté.

Le roi Jean Sans-Terre, ayant besoin d'argent , envoie demander 10,000 marcs à ce juif de Bristol, qu'il savait fort riche. Celui-ci répond qu'il n'a pas le sou. Le roi lui fait dire que s'il ne paie pas sur-le-champ la somme, il lui fera arracher une dent tous les jours , jusqu'à ce qu'elle soit acquittée. Le juif jette les hauts cris, fait toutes sortes de protestations ; mais il a beau invoquer tous les patriarches de la vieille loi, jurer, prier, demander grâce : le dentiste fait son office, et une première dent est portée au roi. Le lendemain, nouvelles protestations, nouveaux cris, nouvelles prières; rien n'émeut le redoutable arracheur, qui, aussi dur que son davier, procède à une seconde opération; et le pauvre Israélite, la bouche tout en sang, voit une seconde de ses dents partir pour la cour. Le troisième jour, même cérémonie, mêmes cris, mêmes douleurs, et même résultat; enfin , au bout de sept jours, le pauvre diable de juif, ayant sept dents de moins et voyant bien que les trente-deux y passeraient plutôt que de vaincre l'opiniâtreté du roi , se décide enfin à lui envoyer la somme; et Jean ne voulant pas être en reste de générosité avec cet

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hébreu, lui renvoie ses sept dents. C'est le cas de dire que ce juif était bien de sa race, et que Pinedo ne lui ressemblait pas (À).

INous venons de parler de la riche succession de ce dernier juif: nous permettra-t-on de mentionner ici deux successions plus considérables encore , qui proviennent aussi de deux circoncis, mais non pas de la même religion , car il est question de deux Turcs , parvenus au plus haut point de grandeur : ils ont été grands-visirs. S'il s'agissait de testament, cela rentrerait davantage dans notre sujet; mais il y a tant d'analogie entre succession et testament, qu'on nous passera ce petit épisode , dans un article relatif à une riche succession.

Le premier de ces deux grands-visirs est Rustem-Pacha, qui a été grand-visir sous Soliman II, d'abord de i544à i552, puis de i554à i562. L'inventaire de sa succession a été publié par Aly-Effendi, dans sa Somme des notices. En voici Je détail :

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