AVANT-PROPOS
Les traductions de textes égyptiens que nous publions ci-après, sont tirées des papiers laissés par notre illustre maître et ami, M. François Chabas, de Chalon-sur-Saône, enlevé à la science, le 17 mai dernier, par la terrible maladie qui l'avait frappé il y a cinq ans, et qui, depuis cette époque, l'avait condamné à une inactivité absolue. Sans doute, ces traductions, s'il avait été donné à l'auteur
d'y mettre la dernière main, auraient offert un plus haut degré de précision, grâce aux progrès de la science, dans ces dernières années. Mais telles qu'elles sont, on les trouvera d'une grande utilité pour l'interprétation
de bien des passages obscurs ou difficiles que l'illustre savant de Chalon n'a pas compris de la même manière que ses confrères.
Tous les savants, notamment les égyptologues, connaissent la part considérable qui revient à M. Chabas dans le développement de la science du déchiffrement des hiéroglyphes. Il a doté cette science d'un grand nombre de notices, de mémoires et d'ouvrages importants ayant tous pour objet l'interprétation et l'explication analytique de textes originaux. C'est surtout le Voyage d'un Égyptien, rédigé en collaboration avec M. Goodwin, qui a fait faire à la philologie égyptienne un « pas de géant » comme l'a
fort bien dit M. Lepage Renouf. Cet ouvrage, qui, à bon droit, est considéré comme le principal titre de gloire de M. Chabas, et qui a assuré h son auteur une place brillante parmi les premiers maîtres de la science égyptologique, reste jusqu'à ce jour le plus beau modèle d'étude de texte égyptien que nous possédions. Mais le but constant des efforts de Chabas était de populariser ces études par des publications utiles et peu coûteuses. Peu de personnes savent avec quels obstacles l'éminent savant, qui menait de front ses travaux scientifiques et des fonctions publiques, avait à lutter pour publier les résultats de ses recherches. Jusqu'au moment où la générosité de M. Lepsius, le mit en possession de la collection des types égyptiens de l'Imprimerie royale de Berlin, il était obligé de dessiner et de graver lui-même les caractères hiéroglyphiques nécessaires à l'impression de ses livres.
D'un caractère franc et honnête, plein d'ardeur pour la science, M. Chabas s'est toujours élevé avec force contre les traductions fantaisistes et contre le charlatanisme scientifique en général. On peut dire que les polémiques auxquelles parfois il s'est laissé entraîner n'avaient jamais eu d'autre motif que la recherche de la vérité.
P. J. DE Horrack.
Paris, janvier 1883.