BARON CHARLES DUPIN
MKMDBE DB L*19IST1TUT ET DE LA CHAteftttE DE8 liÉlMlTÉS,
Ex-aminBi di la habiri.
Mon cher ami,
Dans vos jours de jeunesse et d'enthousiasme , dans ces jours où VHme s'éianoe avec boohear vers les idées les plus illimitées d'amélioration sociale , où tout nous parait possible et facile sur la voie du bien , parce (jue nous sentons en nous-mêmes la force de nous sacrifier à nos semblables , à cette époque de rêves généreux qui n'ont pas encore leur réveil , il vous fut donné de pouvoir déjà vous mêler à la vie réelle et de consacrer vos jeunes lumières à ranimer et à féconder les lumières endormies des autres. Détaché avec quelques officiers de notre armée sur le sol grec des îles ioniennes , au moment de la première vigueur de TEmpire, vous vous inspiriez à la fois des antiques souvenirs de la liberté grecque et des hauts faits récents de notre nation , et vous appeliez la Grèce à de ". nouvelles destinées, a Après vingt siècles , disiez-vous dans la séance d'inauguration de C V Académie ionienne , le 17 juillet i808 , après vingt siècles de sommeil, le génie de la Grèce sortira de sa léthargie , et secourra la poussière qui l'ensevelissait ; il reprendra la ^ vie au milieu des ruines et des débris relev^^s par une main restauratrice. Par Tillusion
de son réveil , il croira reconnaître ses premiers favoris dans la génération de leurs arrière-neveui; il leur prodiguera les mêmes faveurs. »
Et ce n'était point par des emprunts factices , dérobés à nos propres conquêtes politiques , ni par dçs rêves de jeune homme, que vous provoquiez la régénération des peuples de la Grèce. La science fut toujours pour vous un culte , et c'était à la lueur de la science que vous leur demandiez de se guider.
« Nous aimpns les sciences , leur disiez-vo,us , parce quç Içur étyd^. fait le charme de TexIsleDce ; parce qu'elles agrandissent nos pensées et les purgent de leurs erreurs : nous les cultivons surtout parce qu'elles sont nécessaires à la société. »
Vous vouliez donc que la science fût assise à la base de cette nouvelle civilisation. L'éducation publique j qui fait de nous des hommes et des citoyens ; l'industrie , qui donne UQ emploi fructueux à nos forces ; Tagricullure , qui nous assure un honorable repos après une vie agitéç : telles étaient les premières sciences çt les premiers travaux auxipiels vous leur conseilliez de se livrer sans cesse et sans découragement. Vous-même , vous les encouragiez par votre propre exemple à l'étude de leurs grands modèles anti* ques. Cest sur le sol même de la Grèce que vous cherchiez à faire passer dans notre langue les mâles et sévères beautés du grand orateur gi^ec. Votre traduction de Démosthènes , qui a mérité les suffrages d'un de nos plus habiles critiques , Paul-Louis Cour-
rier, était un service reudu aux deux pays. Quelques années de cette existence régénérée par l'étude des sciences , des lettres et des arts , telle que vous la présentiez aux Grecs ,^ et Texemple du bonheur dont auraient joui les iles ioniennes ne pouvait manquer de réagir sur les peuplades voisines dans toute l'étendue de Tancienne Grèce. Alors , par la force dlmpulsion dont était doué notre empire , il est aisé de prévoir la destinée a laquelle se serait promptement élevé ce beau pays. Son affranchissement , que vous aviez déjà prévu , né devait cependant être retardé que de peu d'années, pour leur coûter plus de sang et pour être amoindri.
Les Français partirent , et il ne fut plus question d'améliorations intérieures , prélude d'améliorations plus vastes. L'Académie ionienne, fondée surtout par votre activité pour guider les travaux et les récompenser , les cours pubUcs de mathématiques , de physique , de médecine, de jurisprudence , de littérature grecque, les prix olympiadîques , conçus et proposés par vous , tout disparut à Taspect des premières bandes russes.
De retour dans vos foyers, après le tumulte des guerres , vous avez consacré au service de votre patrie , à l'intérieur , cette activité éclaii*ée que vous employiez hors de son sein pour son utilité comme pour celle des provinces soumises. Là où surgissait une découverte scientifique ou une meilleure application de la science , vous vous empressiez d'aller l'étudier, pour offrir ensuite le résultat de vos recherches à la méditation de vos compatriotes. C'est ainsi que je vous ai vu visiter avec une infatigable persévérance les ports , les arsenaux , les canaux , et tous les établissements industriels de l'Ecosse , de Tlrlande et de l'Angleterre ; étudier les grands ouvrages d'art , les administrations et les institutions des trois royaumes ; et montrer partout le mal à fuir, le bien à imiter. Je vous accompagnais de tout mon intérêt dans ces savantes explorations. J'aimais cette ténacité de caractère qui vous faisait poursuivre une vérité, sans reculer devant les préjugés de vos amis ou l'opposition de vos ennemis ; j'estimais ce dévouement de tous les instants à la science, et mon amitié vous applaudissait lorsque , sans faiblir vous-même dans les mauvais temps de la restauration , vous arrachiez au plus indolent et au plus rétrograde de tous nos ministres la concession de ces écoles populaires libres qui , en apprenant au peuple à se rendre un compte exact de sa force , lui enseignaient en même temps à la régler et à la moraliser. Toutes les villes» de France se couvrirent à votre voix d'écoles industrielles ; ces services sont trop récents pour être oubliés de vos compatriotes. J'ai été étonné moimême, en parcourant la France sous un ministère ami des idées généreuses, sous le ministère Martignac , de trouver à quelle profondeur le champ avait été ensemencé par vous : ce fut une satisfaction réelle pour moi ^^ confondre mes efforts avec ceux d'un qrni tel que vous. En tout temps, dans toute occasion, je vous ui connu dévoué avant tout à la science et à votre patrie. Même dans les courts instants de votre ministère , où inon amitié vous engageait à faire front avec fermeté contre tous les obstacles , les intérêts permanents de la science obtinrent du moins unç conquête sur les préoccupations journalières de la politique , et vous laissâtes pour souvenir de votre passage^ la création de deux prix importants , conçus et fondés pendant votre com*te administration.
C'est au nom de ces premiers efforts en faveur de la Grèce , au nom de votre traduction du plus grand des orateurs anciens , au nom des services rendus pendant toute votre vie à la science et aux lettres , au nom de notre amitié commupe qui vi^Ta autant que nous deux , que je vous prie d'accepter l'hommage de ce volume , le premier de la collection des grands historiens de la Grèce.
Voli'e ami , Paris, 20 mars 1837. J.-A.-C. Bichon.
NOTICES LITTÉRAIRES
HÉRODOTE
Né h IlalicarDâsse en 484 a\ant J. C. — Mort t Sylaris vers 403.
IlécBlée de Milet avait écrit son histoire d'Asie, Xand» son histoire de Lydie, Hellanîcns de Lesbo$ et Chaeoa de Lampsaqne leurs iiistoires de Perse, fodqiie temps avant la naissance d*Hérodote. Mais rbsloire avait encore Tallure incertaine et vagabaiide de la chronique, ^ la langue de la prose elle- Hièiae n^était qu'une poésie brisée et imparfaite. Ce l'éuii que plus tard que Lysias lui devait imposer '>a fanoe régulière de la période. Hérodote naissait l'as 4M avant notre ère, lorsque Hécatée mourut. Il trouva dans sa foinille l'exemple de l*amour des lettres , el put comprendre de bonne heure la gloire à ceux qui les cnltivaient. Un de ses oncles, , était un poète distingué, et les critiques anle placent immédiatement après Homère. Il ne ■»is est rien rei^té de ses deux poèmes, l'un en neuf flûlle vers sur Hercule , l'autre en sept mille sur Cotons, Nélée et la colonie ionienne; mais les snffra- 9» des anciens attestent la liaute réputation dont ii itnissaît, et cet éclat, d'un membre de sa famille pm, éveiller la noble ambition d'Hérodote. Dès ses ^Qs jeonei années , Hérodote parait avoir conçu le projet de chniniser les hauts faits de sa nation. Mais iliMSjConune àTépoque où écrivit Froissart, les mo- ■BKots écrits offraient bien peu de ressources ; c^êtait dans les relations orales , dans les inscriplÎMs, les osages religieux, les généalogies des fa- ■Des, les archives, qu'il fallait rechercher les faits; «t dans l'absence de cartes et de documents géograplâqiies un peu certains , il fallait aller soi-même wier les lieux qu'on se proposait de décrire. Hérodote se décida donc à entreprend!^ un voyage. Il «icu d*abord la Grèce/, de Grèce il se rendit en Eejpte, parcourant les villes les plus oilèbres. Memphis, HéiiopoIisi,Tbèbes, et s'entretenantavec iei piètres d'Egypte , il se rendit en Lybie, dans b CTTénaique et trèS'probab!ement jusque dans Gar-
thage, pour revenir de là en Egypte et passer k Tyr. Après un court séjour à Tyr, il visita la Palestine, et se rendit à Rabylone, qui était alors la ville la plus magniflqne du monde. La Colchide fut le dernier pays de l'Asie qu'il parciiurut. De la Golchide il passa chez les Scythes et chez les Crêtes; de là en Thrace ; de la Thrace en Macédoine ; et il revint enfin en Grèce par TÉpire.
De retour à Halicarnasse , il trouva sa patrie soumise à une tyrannie dont sa famille avait été la première victime. Son oncle Panyasfs avait été mis à mort par le tyran Lygdamis. Ami de la liberté , Hérodote préféra émigrer plutôt que de se soumettre à l'opprobre d^une tyrannie qui pesait sur ses concitoyens, et il chercha un asile dans la douce retraite de Samos. Là il commença à mettre en ordre les riches matériaux quHI avait amass<^s dans ses voyages. Il traça sans doute le plan général de son histoire et il en écrivit les premiers livres. Toutes ses idées se rapportaient à son pay», et il ne s'arrêtait à rhistoire des pays étrangers que pour mieux faire comprendre la lutte qui s'était engagée entre eux et la Grèce , lutte dans laquelle se déployèrent Unt de grands caractères, tant de hautes vertus.
L'es premiers écrivahis grecs étaient presque tous des hommes d'action, et la plume était souvent pour eux Tauxiliaire de leur épée. L'étude les préparaît à Taction ou les en délassait; c'était un moyen, non un but; nn repos, non une occupation qui dispensât des autres travaux. Le moment se présenta pour Hérodote de servir activement sa patrie, et il le saisit. Le mauvais gouvernement de Lygdamis avait grossi le nombre des mécontents an-dedans. Ceux que ses actes tyrannîques avaient contraints à quitter leur pays se réunirent; Hérodote se mit à leur tète , marcha contre Lygdamis, rt le renversa : mata là Unit sa victoire. Les exilés dont il avait favorisé 1^
NOTICES LITTERAIRES-
triomphe voularent eieroer pour leur compte Fau- KJrité qa*avait usorpée Lygdamis. Au pouvoir ab solu d'un seul succéda le pouvoir capricieux de plusieurs, et le peuple continua à 6tre dépouillé de ses droits. Hérodote, qui dans son liistoire fiiit partout éclater sa préférence pour la démocratie, se voyant irompé dans ses rêves d'amélioration, abandonna une seconde fais sa ville natale et se réfugia en Grèi^. On célébraitalors la LXXXIe olympiade (4S6 av. J.-C.) Hérodote y fit une lecture publique des morceaux de son histoire les plus propres à éveiller le patriotisme de ses concitoyens. A ce tableau si vif et si noble de la latte heureuse de la liberté grecque contre le despotisme asiatique, des applaudissements universels accueillirent Thistorien , et ce fut probablement dans ce moment d'enthousiasme qu'on engagea Hérodote à donner à ses neuf livres le nom des neuf Muses, comme ses patronnes et les garantes de sa gloire.
Le jeune Thucydide, âgé alors dequinze ans, assistait à cette lecture à côté de son père Olorus » et les larmes d'admiration patriotique qu'il versa étaient comme le gage de sa célébrité prochaine.
Encouragé par ces témoignages si fla:teui:s deFapprobalion publique , Hérodote employa les douze anneeTsuivantes à continuer son histoire et à la perfectionner. Dans son premier voyage il avait fort rapidement parcouru la Grèce ; cette fois il la visita en détail, consulta les archives des temp'es, des villeset des fimiilles, et chercha à se rendre le compte le plus exact de la série des événements et des généalogies des familles. Souvent les inscriptions gravées sur les monuments publics, ou sur les trépieds offerts par la dévotion des particuliers, lui furent d'un grand secours, et il l'mdiqoe dans £oa histoire. Les Athéniens réclamèrent d'Hérodote une lecture des livres nouveaux écrits depuis ses recherches dai.s leur pays, et il les satisfit: à la fête des Panathénées, le48 hécatombéon (lOaoût) de la première année delà LXXXIV* olympiade (444 avant notre ère), il lut aux Athéniens assemblés les morceaux qui devaient le plus particulièrement les intéresser, et il reçut pour récompense un don de dix talents (54,000.fr.) offert par un décret.
Le désir de visiter la Grande-Grèce, c'est-à-dire cette partie de l'Italie qui était peuplée par des colc-^ nies grecques, le détermina à l'âge de quarante ans à se joindre à la colonie que les Athéniens envoyaient à Thorium ou Sybaris. Lysias, qui devint depub un très-grand orateur, et qui était alors âgé de quinze ans, se trouvait aussi parmi les colons.
Il est probable qu'Hérodote se fixa à Thorium. On ne peut douter , dit M. Larcher, qu'il n'ait ajouté beaucoup de choses à son histoire pendant son séjour à Thurium, puisqu'il rapporte des faits qui sont postérieurs à son voyage dans la Grande-Grèce. I*
fout meure de ce nombre : i*> l'invasion que les Lacédémoniens fixent dans FAttique la première an> née de la guerre du Péloponnèse '; 2"* le funeste i^ori des ambassadeurs que les Lacedémoniens* envoyèrent en Asie y la deuxième année de la guerre du Péloponnèse , l'an 430 avant notre ère ; S» la défection des Mèdes sous Darius Nothus \ événement qui est de Tan 408 avant notre ère. Hérodote devait alors avoir 77 ans. Ce fut aussi dans ce voyage qu'il apprit sur les villes de Rhégium, Gela , Zancle et sur leurs tyrans ,des particuliarités qu'il nous a transmises.
On ignore jusqu'à quelle époque vécut Hérodote et dans quel pays il mourut; mais il est fort probable que ce fut à Thurium qu'il aimait, et vers Tannée 406 ou 405 avant notre ère.
Outre sa grande histoire qui est parvenue jusqu'à nous , Hérodote avait , à ce qu'il semble , écrit une histoire d'Assyrie 4. On lui attribue aussi une vie d'Homère. Plusieurs cridques ont reproché à son histoire d'être écrite sans aucun plan. Il sufilra pour montrer l'erreur de cette assertion, d'en parcourir une rapide analyse.
« Cet liistorien, dit Larcher, ne s'était proposé pour but, comme il le dit lui-môme au commencement de son histoire, que de célébrer les exploits des Grecs et des Perses, et de développer les moiifs qui avaient porté ces peuples à se faire la guerre. Parmi les causes de cette guerre, il y en avait d'éloignées et de prochaines. Les éloignées étaient les enlèvements réciproques de quelques femmes de TËurope et de l'Asie, qui, ayant donné occasion à la guerre de Troie, avaient ulcéré les cœurs des Asiatiques contre les Grecs. Les causes prochaines étaient les secours que les Athéniens avaient donnés aux Ioniens dans leur révolte, l'invasion de Tlonie et l'incendie de Sardes par les Athéniens. Les Perses , irrités de ces hostilités, résolurent d'en tirer une vengeance éclatante. Les Perses avaient été jusqu'alors peu connus des Grecs. Il étaitdonc nécessaire de leur faire connaître cette nation contre laquelle ils avaient lotie avec tant de gloire. Pour parvenir à ce but, Hérodote a pris ce peuple dans son origine, et nous a fait voir par quels moyens il avait secoué le joug des Mèdes ; et comme cela n'aurait pas donné aux lec* teurs des idées bien claires et bien nettes, il a fallu leur présenter un coup d'œil rapide de l'histoire des. Mèdes. Cette histoire elle-même était tellement liée avec celle des Assyriens , dont les Mèdes avaient été sujets, quil a dû instruire les lecteurs de la manière
' Liv. IX, S Lxxii.
■ Liv. VII, Scxixvii.
^ Liv. I, S Gixx.
* «Babylooe a eu uo grand nombre de rois, dont je ferai mention dam mon histoire d* Assyrie. * ( Liv. i, c. 184 , (rHérodofc. )
HÉRODOTE
dont Us avaient seeoué le joog, et donner (lareiUemt UD «Iwégé de rhistoire d'Assyrie. Ces trois iûtsiresiie sont donc pas des bors-d'cBUTre. Od ne foit relrandicr rime sans répandre de robscurité nr kg deox antres; et si on ies sopprime tontes les Iras, on n*aara qn'ane oonnaissanee très-imparfiiite desdifBeoltés qae ies Grecs eurent à sormonter.
« Cyras, ayant snbjugné la Médie, marcha dé cookie en eonqnète; cette pnissance formidable doooaderinqniétode à Grésus. U voulut la réprimer, et par là il attira sur lui les armes de Cyrus ; il fut batto , et son pays fut conquis. Citait une occasion pour faire oonnaitre les Lydiens. Hérodote la laisse d*aaiant moins échapper, qu^il était bon de donner au moins nn aperçu ôe ces princes qui aTaienl soumis la plupart des Grecs établis en Asie. Cependant ooDune il ne perdait jamais de vue le plan dé son hiUoire, il ne dit que deux mots de Torigine du loviame de Lydie , de ses progrés et de sa destruciiim.C|nB, après cette conqtîéte , laisse à ses génénnak soin de soumettre les Grecs asiatiques; il aiarefae eo personne contre ies Babyloniens et les pei^feiesde ieor dépendance , et les subjugue. Hérodote ae s'arrête quelques instants que sur les objets ies plus importants et les plus intéressants. Aussi ne ptrie-t-il ni des Bactriens^ ni des Saces, que Cyrus avait subjugués. S'il s*étend davantage sur les Massagèles, ci'est que la guerre que leurfit Cyrusiui fut trèsfoneste, et qu^il périt dans un combat qu'il leur livra.
« Cambyses, son fils, lui succéda. Fier de sa puissactj il marcha en Egypte. Ce pays était alors le pins célèbre qu'il y eût dans le monde , et les Grecs commençaient à y voyager , plus cependant pour les intérêts de leur commerce que par curiosité et par le désir de s'instmire, quoique ces deux derniers motils y eussent beaucoup de part« Il était donc de la deiBîère importance de leur donner une connaisnoce de oe pays singulier , de ses productions , des SMEors et de la religion de leurs habitants , avec un rédt succinct de ses lois. Hérodote y a employé son second livre. L'Egypte soumise , Cambyses marcha contre le faux Smerdis , qui s'était révolté contre lui; il p^it par un accident. Peu de temps après sa mort, on découvrit la fourberie du mage Smerdis; il fut massacré, et on élut pour roi Darius. Ce prince remit sons le jongles Babyloniens qui s'étaient rérolips, et comme il était très-ambitieux, il voulut asservir les Scythes. Ces peuples n'étaient alors ennnns que de leurs voisins et des Grecs établis dans les villes limitrophes de la Scythie.
• Les Scythes étaient alors pour les Grecs un objet de curiosité d'autant plus piquant qu'il y avait déjà ai Thrace et sur les bords du Pont Euxin , tant en Europe qu'en Asie , des colonies grecques. Si notre historien ne s'est pas étendu sur ces peuples avec la même complaisance que sur les Egyptiens , du moins
l'a-t-il liait i^vec assez de détails pour donner aux Grecs une idée de la Ibrme de leur gouvernement et de leurs mœurs, avec une description succincte de leur pays. Cette desciiption est si exacte qu'elle se trouve confirmée dans la plupart de ses points par la relation de ceux d'entre les modernes qui ont voyagé dans la Bulgarie , la Moldavie, la Bessarabie, le Czemigow , l'Ukraine , la Crimée et chez les Cosaques du Don. Darius fut obligé de repasser honteusement dans ses états. Les Ioniens, qui ne savaient pas être libres, et ne voulaient pas rester esclaves, se révoltèrent. Ils s'étaient assuré des secours des Âténiens,qui cependant ne leur en donnèrent que de médiocres. Avec ces secours, ils s'emparèrent de Sardesy et y mirent le fèu. Darius, ayaut appris la part que les Athéniens avaient eue à la prise et à Pincendie de ceîte ville, jura de s'en venger. Il commença par remettre sous le joug les Ioniens. Les Ioniens soumis, il envoya contre les Athéniens une armée formidable. L^ Perses furent battus à KTarathon. A cette nouvelle, Darius furieux fit des préparatifs encore plus considérables. Mais sur ces entre&ites, TEgypte s'étant soulevée, il fellut la réduire. La révolte de 1 Egypte n'avait fait que suspendre la vengeance de Darius. Ce pays ne fut pas plutôt soumis que Darius reprit le dessein de châtier les Athéniens ; mais sa mort, qui survint peu après, en suspendit l'exécution. Xerxès, son tils et son successeur , qui n'était ni moins ambitieux ni moins vindicatif que son père, non content de châtier les Athéniens, voulut encore subjuguer le reste de la Grèce. Résolu de marcher en personne contre les Grecs , il leva Tarmée la plus nombreuse et la plus formidabledon on ait jamais entendu parler. Il équipa une flotte considérable, et pendant plusieurs années il ne s'occupa qu'à faire transporter dans les villes voisines des frontières delà Grèce les blésetles vivres nécessaires à la subsistance de cette multitude innombrable d'hommes. Il reçut d'abord un échec au pas des Thermopyles. Sa flotte ayant ensuite été battue à Salamine , il repassa honteusement en Asie; mais ayant laissé Mardonius en Grèce avec l'élite de ses troupes , ce général , vaincu à Platée, périt dans l'action avec la plus grande partie de son armée. Le jour même de la bataille de Platée, il se livra à Mycale, en Carie, un sanglant combat. Les Grecs y remportèrent une victoire signalée. »
C'est ici qu'Hérodote termine son histoire. On voit, par ce court exposé , qu'il y a dans toutes les parties de ce bel ouvrage une liaison intime, qu'on n'en peut retrancher aucune sans répandre de l'obscurité sur les autres , que notre historien marche avec rapidité, et que s'il s'arrête quelquefois en chemin , ce n'est que pour ménager Tattention de ses lecteurs , et pour les instruire agréablement de tout ce qu'il leur importait de savoir.
XII NOTICES LITTÉRAIRES
Les observations réce&tes des voyageurs éclairés ont offert la preuve la plus évidente des lumières et de la bonne foi â*Hérodote dans ses descriptions de pays qui nous sont restés long-temps inconnus.
La première édition d'Hérodote a été publiée à Venise en 4474, par les soins et avec la traduction latine de Laurent Valla.
La meilleure est l'édition publiée en 4816 , 4 vol. in-8o par M. Schweigbaûser.
Nous en avons deux traductions françaises es-
timées : Tune de Larcher , qui a joint à son édition un essai sur la chronologie d*Hérodote; et Taatre cle M. Mtot,en 5 vol. in-8o. Paul-Louis Courrier a pu> blié quelques firagments d'une traduction qu'il préparait et qui n'a jamais été terminée. Je donne ici la traduction de Larcher, et je la fais suivre de son Essai sur la Chronologie d'Hérodote et de son Canon chronologique.