UVRE IX
Platées. Callicrates , le plus bel homme qui fût à l'armée , non*seulement parmi les Lacédémoniens , mais encore parmi le reste des Grecs, ne périt point dans Taclion. Assis à son rang , il fut blessé d'une flèche au côté , tandis que Pausanias faisait des sacrifices; et comme on l'emportait pendant le combat , 3 témoignait à Arimneste de Platées ses regrets, non qu'il se plaignit de perdre la vie pour la Grèce, mais parce qu'il ne s'était point servi de son bras, et qu'il n'avait fait aurune action digne de lui, et du courage dont il était animé.
LXXII. On dit que Sophanès, fils d'Euiychydes , du bourg de Décélée , se couvrit de gloire parmi les Athéniens. Les habitants de celte bourgade , comme le racontent les Athéniens eux-mêmes, tinrent autrefois une conduite qui leur a été utile dans tous lés temps. Les Tyndarides * étant entrés dans l'A tiique avec une armée considérable, afin de rpcouu*er Hélène , dont i's ignoraient Tasile , chassaient les peuples de leurs anciennes denieun's. On assure qu'alors ceux de Décélée , ou Dérélus lui-même , indignés du rapt commis pur Thésée, et craignant pour l'Attique entière, découvrirent tout aux Tyndarides , et les conduisirent à Aphidnes, que Titacus , originaire du pays, leur délivra. Celte action mérita aux Décéléens ' d'être exempts h perpétuité dans Sparte de toute contribution , et d'y avoir la première place dans les assemblées. Ils jouissent encore maintenant de ces privilèges ; en sorte que dans la guerre du Péloponnèse , qui s'est allumée bien des années après le temps dont je parle, Tarmée des lacédémoniens épargna Décélée , et ravagea le reste de l'Attique.
LXXIIL On rapporte de deux façons la manière dont Sophanès de Décélée se signala alors parmi les Athéniens : la première, qu'il portait une ancre de fer , attachée avec une chaîne de cuivre à la ceinture de sa cuirasse ; que toutei^ les Ibis qu'il s'approchait des ennemis, il la jetait par terre , afin qu'ils ne pussent pas l'ébranler en fondant sur lui, et que lorsqu'ils s'enfuyaient, il la reprenait , et les poursuivait. Tel!e est la première manière de raconter cette histoire , qui est contredite par la seconde : car on dit
' Castor et Pollax , fils de Tyndare.
* Cela doit 8*enteDdre des Décéléeos qui auraient Yoohi s*élabltr « Spirt».
m HISTOIRE D'HÉfiOOOTË.
Aussi qu'il portait, non une ancre réelle de fer à lu ceinture de sa cuirasse, mais la figure d'une ancre à son bouclier , qu*il tournait continuellement et sans jarpais se reposer.
LXXIV. II y a aussi k Sophanès une autre action brillante. Tandis que les Aibéniens faisaient le siège d*Égine, il défia à un combat singulier Eurybatèsd'Argos» qui avait été vainr queurau Pentatbie, et le tua. filais quelque temps après la bataille de Platées , comme il commandait les Athéniens avec Lcagrus» fib de Glaucon , il fut tué lui-même à Daios par les Édoniens » en cpmbaLtunt courageusement pour les mines d*or,
LXXV, Les Grecs ayant battu les barbares à Platées, une femme transfuge vint les y trouver. Celait une concubine de Pharandaies^ fils deTéaspis» seigneur perse. Lorsqu'elle ^ut appris la défaite totale des Perses, et la victoire des Grecs , elle arriva sur un char , toute ))rillante d or , aipsi que ses suivantes , et vétne des habits les plus superbes , mit pied à terre , fi\ se rendit au quartier des Lacédémoniens , qui étaient encore occupés au carnage, IJIe r^onnut Pausanias aux ordres qu elle lui voyait donner^ et oooime çlle en avait soirvent entendu parler» ello savait depuis long-temps et son i|0|n çt sa patrie, £Ue s'approch i de lui » et teliant ses gpnpux embrassés » elle lui dit : i Roi 9 de Sparte , délivrez d^ la servitude une hum* > ble supplante à qui vous avez déjà rendu I service en exterminant ces barbares « qui ne p respectaient ni les dieux ni les génies. Je suis » de l'île de Cos, et fille d'Hégétorides , fils » d*Aniagoras. Un PerjBe, m'ayanienlevéedema » patrie, m'a gardée avec lui.— Femme, répon- » dit Pauçanias , prene;( confiance en moi , et 9 comme suppliante , et, si d'ailleurs vous dites I la vérité, commp fille d^Uégélorides de Cos, I le principal hôte que j'ai dans cette île, » Ayant ainsi parlé , il la remit entre les mains de ceux d'entre leséphores qui étaient présents; çt dans la suite il l'envoya à Égine , où elle avait dessein d*aller,
LXl^VI. L^ })antinéens arrivèrent après Taction , et incontinent après le départ de cette femme. Affligés d'apprendre qu'ils étaient venus après la bataille , ils dirent qu'il était juste quils s'en puplssenl eux-mêmes. Ayant su que les Mèdes , commandés par Artabasfi » avaient
pris la fuite , ils voulur9nt i«s poursuivre jucqu'en Thessalie ; mais les Lacédémonieiis les en dissuadèrent; et lursqu'ils furent de retour dans leur pays, ils bannirent leurs généraux. Après les Mantinéens arrivèrent les Eléens : ii$ s'en retournèrent aussi affligés que les Manti* néens ; et aussitôt après leur ajTÎvëe , ils ban-* nirent aussi leurs capitaines; mais eo voilà assez sur les filaniinëens et les LIéens.
LXXVIL Lampon, fils dn Py tbéas , le eî-* toyen le plus distingué d Égine , alors au camp des Éginàtes à Platées , vint en diligence trau» ver Pausanias , et lui donna un conseil impî«« Fils de Gléombrote , lui dit-il , vous avez £iit une action admirable , et par sa grandeur ^ par son éclat. En délivrant la Grèce, Dieu vous a accordé une gloire , où jamais n'a pa atteindre aucun des Grecs que nous connaissions. Achevez cetouvrage , afin que votre ré>f putation aille en augmentant , et que désormais les barbares crai^^nent de se permettre contre les Grecs desactions » troces. Léonidap ayant été tué aux Thermopyles , Mardoniiis et Xerxès lui firent couper la tête et attacher son corps à uAe croix. En traitant de même Mardonius , vous serez loué , non-seulemeat de tous les Spartiates , mais encpre du reat9 des Grecs ; car en le faisant mettre en eroix, vous vengerez Léonidas , voti e onpie paternel. > Ainsi parla Lampon , croyant qg^s Pausanias lui en saurait gré.
LXXVllI. c filon hôte d' Egine, répondit ce prince , j'estime votre bienveillance et voire prudence ; mais votre avis pèche contre la droite raison : car après m'avoir élevé ibrt haut , moi , mes actions , ma patrie , vous me rabaissez jusqu'à terre , en me conseillant d ouiragei* un mort. Vous ajoutez qu'en suivant ce conseil ma réputation ira ^n augmentant ; mais une pareille conduite convient mieux à des barbares qu'à des Grecs , et même nous la blâmons dans eux. Aux dieux ne plaise que je veuille , à ce prix , complaire aux Éginètes , et à ceux qui approuveraient une telle action. Il me suffit de mériter l'es-» time des Spartiates, en ne faisant et en o^ disant rien qued*honnéte. Quant à béonidas, que vous voulez que je venge , je pense qu'il l'est suffisamment, et qu'il tire un assez grand lustre de cette multitude innombrable de
> maris» lui «i 1$ r«ttu< du ceux, qui ont péri » aux Tbermap) lai* Aurw^» ne vous adi^eiAez » plus à moi pom* me i^nir de pareils discovis ,
> ou pour me idaBuer de semblables coos« ils ,
> et «tf^ez'-moj g/ri de ceque Je les laisse im* » puais. > Là-dessus Lampoa se reiii^a.
LXXiX* Pausanias fit publier uae défense de toucher au butiu » et erdoma aui UÂlaCei de rapporter dans utt mâme lien. Us se répan* dirent dans le camp, trouvèrent des tentes tissues d'or et d argent « des lits dorés , des lits argentés* deseratéres» des coupes • ei autres vases à boire qui étaient d*or ; et sur des voitures des diaudières d or et d'argent dans des sacs. Ils enlevèrent aux moris leurs bracelets , leurs coUîers et leurs eiufieterres qui étaient d'or 9 sans s'embor < asser de leurs babits de diverses couleurs. Les Hiloies volèrent beaueoup d'efifets qu'ils vendirent aux Ëgiaètea , et ne piCHitrèrentquece qu'ilsne pnreatcadier. Telle fut la souree des grandes richesses des Égtnè* les 9 qui achetaient des Hiiotes l'or, sansdouie, eomme ù c'tAiétédaeuivre.
Luxa. Lorsqn'ofi eut porté toutes ees richesses dans un même lieu , on en préleva lu lUxièflie pariîa pour les dieux. On en it faire au dieu de Pdpbes la trépied d*or , soutenu par unaerpeat d'airain à trois tét^s , qu'on voit pris de rautd : au dieu d'Olyuipie , un Jupiter de bronze de dix coudées de haut , e| au dieu de risthme, un Naptiiae de bnooac de sept eoudées de haut. L» dixième du butin mis à pai t , on distribua le reste k chacun , selon son mériie« las conpubiaas des Perses» les bêles de snuimas, l'ur» l'argent et autiiasalfeuprécieux. Penouau ne dit ca qui Ait donné, par manière de distinetioa , è ceux qui se signalèrent à la journée du Platéas. Je crois cependant qu'on leur accorda quelque réeompensaparticulière: on mité part, pour Pausanias, le dixième de tout, feuMnei, ciievauK, uients, ehameaux , et eanUabiemeat de toutes les autres richesses, et on hi eu Ai présent.
liXXXI. On dit aussi que Xerxès, en s'enfuyant de Grèce, avait laissé è Hardonius son omeublemevt, qui consisiait en vaisselie d'or et d'argent, ei en tapis de diverses couleurs ; qu9 Pausanias, voyant toutes ces rjchesses, ordonna aux boulangers et aux cuisiniers de de lui pré(iarer un repas, comme
CALUOPE. ^ LiviŒ IX. an
sic eût été pourieur mahre. Cet ordreexécnté, Paosanias vît des lils d'or et d'angent richoioMtttoouverts, des tables dV et d'argent, et l'appareil d'un festin aplendide. Surpris d'une si grande magnifieenoe, il ordonna , pour se dii«rtir, ises srrvîteursde lui apprêtera manger à ia mauière de Lacédémone. Gonune ktdîiCérenoe entre ces deux repas était prodigieuse » Pausanias ne put s'empêcher de rire : il envoya chercher les généraux grecs; et lorsqu'ils furent arrivés, iilear dit, en leur montrant l'ap* pareil des deux repas : t Grens, Je vous ai » mandés, pour vous rendre idmôins du la » folie du général des Perses, qui^ ayant une t si benne table» est venu pour nous enlever > eeUe-ei qui est si misérable, t Tel fnU è ce qu'on dit, le laagagede Pausanîasaux généraux
des Grées.
LXKXII. On tit)uva,encore k>ng^tempsaprès cette action , des coffres pleins d'or et d'aigent, et d'autres richesses; et lorsque les eadavres enrcatéié dépoutUésde leur chair, onreoonnot un crâne d'homme sans suture et d'un seul os, parmi les ossements que les Plaléens transportèrent dans un même endroit. On vit ansèi les deux mâdmires, i'iaférieure et hi supérieare « dont les denu, quoique distinguées, étaient toutes d'un seul os, tant les UM>laires que hss autres, et les ossemeuu d'un homme de cinq coudées ^
LXKXfil. Le lendemain de la baiaiiki, la corps de Hardonius fut enlevé secrèmmeut » mais par qui le fulril? C'est ce que je nu puis assurer. J ai oui dire que plusieurs personnes, et même de difliêrentes nations, lui avaient donné la sépulture, et je saia qu'il y en eut beaucoup qui 6N*eut magnifiquement réi'ompensés de nette action par Anoutès, fila da Hardonius. Maiajen'ai pu savoir aveceertitude quai est celui d'entre eux qui l'enleua Airtivoment, et lui rendit les derniers devoirs, il court cependant un brtiit que ne fat Diunysiophanès d'Éphèsa.
LXXXIV. Lorsqu'on eut partagé le butin iaità Platées, les Grecs donuèrent la lépuluire è leurs morts , chaque nation f ox siens à part. Les Lacédémoniens fiivnt trois foss^ : dans l'une, ils enterrèrent les Irènes, au nombre
C'ett-à-4ire 6 pieds 40 pouofs et
desquels étaient Posidonios» Amopharète, Philûcyon Cl Callicraies ; dans la seconde , ils mireni le reste des Spartiate s, et dans la troisième les Hiiotes. Les Ti^géaie» furent enterrés à part» mais tous péle-méle. Les Athéniens mirent leurs morts ensemble. Les Mégariens et les Pbliasiens en agirent de même à Tégard de ceux d'entre eux qui * avaient été tués par la ca- Valérie. II y avait des corps dans les tombeaux de toutes ces nations : mais les autres peuples, dont on montre la sépulture à Platées, honteux, comme je l'ai appris , de ne s*étre pas trouvés au combat , érigèrent chacun des cénotaphes de terre amoncelée, afin de se foire honneur dans la postérité. L'élévation de terre qu*on appelle la .sépulture des Eginètes , fut h\\e , comme je l'ai ouï dire, dix dus après cette bataille , à la prière de ceux d'Égine , par Cléadas de la ville de Platées , fils d'Autodicus , leur hôte.
LXXXV. Dès que les Grecs eurent rendu à Platées les derniers devoirs aux morts, ils résolurent, après une mûre délibération, de marcher contreTlièbes, et d'en sommer les habitants de leur livrer ceux d*entre eux qui avaient pris les intérêts des Perses, spécialement Tiuiégénidas et AUaginus, chefo de ce parti, et de leur si<>nifier que si on ne les leur remettait pas , on ne lèverait point le siège qu'on n'eût détruit la place. Cette résolution prise, ils arrivèrent devant la ville le onzième jour après la bataille, et en formèrent le siège. Ils firent aussitôt sommer les Thebains de leur livrer ceux dont on vient déparier ; et sur leur refus, on fit le dégât sur leurs terres , et on se mit à battre les murailles.
L\XXVL Comme les ravages ne cessaient point , le vingtième jour Tim^nidas dit aux Tbebains : c Thebains , puisque les Grecs ont résolu de ne point lever le siège de cette place qu ib ne l'^iient détruite , ou que vous .ne nous ayez remis entre leurs mains , que la Béoiie ne soit pas pour Fnmourdenous plus long*temps accablée de maux. Si lu demande de nos personnes est un prétexte pour exiger d^ 'argent , il fiiut leur en donner du trésor public , puisque nous ne sommes pas les seuls qui nous soyons déclarés pour
■ VATeicl-dcmia>SLXViii.
HISTOIRE D'HÉKOUOTE. ^^y, ,..c.
> les Perses , et que nous l'avons foît conjointei ment avec la république. Hais s'ils n'assié^jcnt
> Thèbes que pour nous avoir en leur puia-
> sauce, nous nous présenterons devant eux
> pour y plaider notre cause. > Ce discours ayant paru juste et fort a propos , les Thébains envoyèrent sur-le-champ dire à Pausanias, par un héraut, qu'ils étaient dans l'intention de lui livrer ceux qu'il demandait.
LXXXVII. Cette convention faite, Atlaginus prit h fuite ; mais ses enfants a> ant été amenés à Pausanias, ce prince les renvoya absous, di* sant qu'à cet âge ils ne pouvaient avoir eu aucune part au crime de ceux qui avaient épousé les intérêts des Perses. Quant aux autres que les Th( bains remirent au général lacédémonien , ils croyaient qu'il leur serait permis de plaider leur cause ; et d'ailleura il se persuadaient qu'avec de Targent ils viendraient à bout de se justifier. Pausanias, s'en étant douté, congédia toute l'armée des allés , aussitôt qu'il eut ces traîtres en sa puissance , et Usera* mena à Corinihe, oii il les fil punir du dernier supplice. Voilà ce qui se passa, tant à Platées qu'à Thèbes.
LXXXVIIL Artabaze, fils de Pharnaoes, qui s'était enfui de Platées, était déjà bien loin. Quand il fut en Thessalie, les Thessaliena^lui rendirent tous les devoirs de l'hospitalité ; et comme ils ignoraient ce qui était arrivé à Platées , ils lui demandèrent des nouvelles du reste de l'armée. Artabaze savait qu'en disant la vérité il courrait risque de pmravec toutes ses truupes ; car il était persuadé que tous ceux qui apprendraient ce qui s'était passé ne manqueraient pas de l'attaquer. Ces réflexions l'avaient détourné de communiquer aux Phoddiensce qu'il savait; mais il dit aux Tliessaliens: c Je me hâte, comme vous voyez, d'arri- » ver au plus tôt en Thrace, où l'on nj'a envoyé
> du camp avec ces troupes pour une affaire
> importante. Mardonius lui-même nous suiKie c près avec son armée , et ne se fer/i pas longi temps attendre. Ayez soin de le bien recevoir, » et de lui rendre de bons offices.Yous n'aurez
> pas sujet dans la suite de vous en repentir, i Ayant ainsi parlé, il traversa en diligence la Thessalie ft l.i Macédoine avec ses troupes, alla droit en Thraoe, comme un homme véritablement pressé, et, coupant ensiiite par le
GALLIOPE - LIVRE IX.
mîKeo des terres, il arriva à Byzance, après avoir pf rdu dans sa marche qd grand nombre da soldats qui furent taillés en pièces par les Thraces, ou qui moururent de fiiim et de foti* gue. De Byzance il traversa THellespont, et retourna ainsi en Asie.
LXXX^X. Le même jour que les barbares furent battus à Platées, ils le furent ;)ussi à Mycale en lonie. Tandis que la flotte grecque était à Pélos, sous les ordres de Léotyrhides de Lacédémone , les Samiens y députèrent Lampon, fils deThrasyclès, Atbénagoras, fils d'Archestratridès, et Hégésistrate, fils d'Anstagoras, à Tinsu de Théomestor fils d*Andromas, leur tyran, et des Perses, qui lui avaient donné la tyrannie de Samos, S'étant adi essés aux généraux^ Hégésistrate, entre beaucoup de t aisoos qu'il allégua, li'ur dit qu'ils n'auraient qu'a se montrer pour faire révolter l'Ionie; que les barl)ares ne les attendraient pas , ou que s'ils le faisaient, ils ne pourraient jamais trou* ver une plus riche proie. Invoquant ensuite les dieux qui leur étaient communs, il les exhorta à les délivrer de la servitude, eux qui étaient Grecs aussi, et à les venger des barbares. Il leur représenta la facilité de cette entreprise ; que les vaisseaux des Perses voguaient mai, et qu'ils n'étaient pas si propres pour les comijats que les leurs; que s'ils les soupçonnaient de vouloir les jeter frauduleusement dans quelque *përil, ils consentaient à monter sur leurs vais* seaux pour leur servir d'otages.
XG. Gomme le Samiei) faisait beaucoup d*insfances, Léotychideslui demanda son nom, soit qu il voulût en tirer un présage, soit par un coup de la fortune que Dieu dirigeait, c Mon » hôte de Samos, quel est votre nom? — Hé-
> gésiatrare, répondit-il. —J'accepte ce pré-
> sage , reprit Léotycliides , sans lui laisser » achever son discours , en cas qu'il eût encore » quelque chose à dire. Mettez à la voile sur-
> le -champ, après nous avoir promis avec ser- » ment, vous et ceux qui vous accompagnent, » que les Samiens feront alliance avec nous , et » qu'ils nous secourront avec zèle.
XCL II parlait encore, et le traité était déjà bien avancé. Sur-le-champ , les Samiens engagent leur foi, promettent l'alliance avec ser-
* Lîrrê ^nt , S ex wi et cnnit.
ment, et remettent ensuite à la voile. Hégésis* trate , dont le nom avait été regsirdé comme un présage , reçut ordre de monter sur la flotte. XGII. Les Grecs ne démarièrent point ce jour-là. Le lendemain les sacrifices se trouvèrent fiivorables. Ils avaient pour devin Déiphonus d'Apollonie , sur le golfe Ionien , fils d'Ëvonius , à qui arriva l'aventure que je vais rapporter. Il y a dans cette ville d'Apollonie des troupeaux consacrés au soleil. Le jour ils paissent sur les bords d'un fleuve qui , coulant du mont Lacmon, traverse le territoire d'Apollonie , et se jette dans la mer, près du port d'Oricum. Mais la nuit ils sont gardés par un homme choisi tous les ans parmi tes citoyens de cette ville les plus distingués parleur bien et par leur naissance : car les ApoUoniates font , suivant l'avertissement d'un certain oracle, beaucoup de cas de cf s troupeaux. Ils passent la nuit dans un antre éloigné de la ville. Événius, choisi à son tour pour veiller sur ce troupeau , employa à dormir le temps qu*il aurait dû consacrer à le garder. Pendant son sommeil , des loupsentrèrent dans Fantre, et en tuèrent environ soixante bétes. Evénius , s'étant aperçu de ce d<gât, tint la chose secrète, et n'en dit rien à peisonne , dans le dessein d*aclieter d'autres bétes pour remplacer celles qui avaient été tuées. Gette aventure n'échappa point aux ApoUoniates. Ils ne l'eurent pas plus tôt apprise, qu'ayant traîné Événius en justice , ils le condamnèrent à perdre la vue, pour le punir d'avoir dormi pendant le temps de sa garde. Aussitôt après qu'on lui eut crevé les yeux , les troth peaux cessèrent d'engendrer, et hi terre égaW ment de produire des fruits. Ge fléau leur avait été prédit à Dodone et à Delphes. Les prophètes, interrogés dans la suite sur la cause de ce malheur, répondirent que c'était une punition de rinjiistice quils avaient commise , en privant de ta vue Événius, garde des troupeaux sacrés; qu'ils avaient eux-mêmes envoyé les k»ups , et qu'ils ne cesseraient pas de le venp,er , jusqu'à ce que les ApoUoniates lui eussent donné la satisfaction qu'il trouverait juste d'exiger, et que lorsqu'on la lui aurait foite , ils lui accorderaient eux-mêmes un don qui le ferait regarder de beaucoup de personnes comme un homme heureux. Telle fut la réponse des oracles.
m HUSTOHtË DilÉROUOIE. miui^
\Clll. Us Apoiloniaies, ayani tenu celte ré- -Grecs, lU D^viguèrett dote wn k eomii pon$e secrète , ordonitèreoi à quelqiies-un« de leurs citoy^s de transiger avec Ëvépius. Vôi^ comment il $*y prirent. Us a|lèi*ent le trouver ; il était assijs sur un siège; s'étaut assis auprès (}e lui, ils s eotrelJoreot decboeesipdifCéreiiies, et peu à peu ils firent toniber la conversatÂpn sur son malheur , auquel il prirent beauceup de part. L'ayant trompé par ceu^ feiute de douleur, ils lui demandèrent quelle satisAiaiop il souhaiterait, si les Apolioniates étaient dans rijitenlion de lui m promeure une. Ëvénius , qui n'avait pcipt epieodu parler de la réponse de Toracle , dit que si on voulait lui donner des terres , il choisirait celles de deux citoyens d*Apollonie qu'il nomma, et qu'il savait éire ies meilleures de tout le pays , et qu'il vouiaîl , ouiro cela 9 une maison qu'il re(j|ardait comme )a phu belle de la ville ; qu'à ces conditions 11 serait content, et cesserait d'élre irrité cojitre ^concitoyens, «Ëvénius, lui répondirent les 9 députés assis auprès de lui , les Apolioniates » voosaccordent, suivant loi ordres de foracle, * la réparation que vous etigez pour la perte de » vomyeux,» Ëvâiius» ayant tout appris par ce discours , fut bien Ëiché d'avoir été trompé. Les Apolioniates achetèrent des propriéiairas les biens q|i*il avait choisis, et lui en firent préeent. Aussitôt après , les dieux lui accordèrent le don de la divination ; et par ça moyen il aoqui t beaucoup de célébritét
XCIY. Déiphonus était fils de cet Événius: les Corinthiens l'avaient mené avec e»% ; il fai^isait dans l'armée les fpnPtions de devin, j'ai pourtant ouï dira aussi q|ie Déiphonus s'était empara du noin d'Événius, et que» parcourant la Grèce, il rendait des oraplesà prix dargeot, quoiqu'il ne fût pas son fils.
XCY. Les sacrifices que fit Déipbonos pour les Gi*ec« étant favorables , la lloite partit do Délos y et cingla vers Samos-. Quand ils furent arrivé^ aux Calâmes dansc^tte lie, ils jetèrent Tuncre près de l'Hérseum , ou temple de Ju- Aon , et se disposèrent à un combat naval. Les Perses» ayant apprisque la flotte des Grecs venait à eux, mirent aussi à la voile pour s'approcher du rivage , et permirent aux Phéniciens de se retirer ; car il avait été résolu , dans un conseil , de ne point livrer bataille sur mer, parce qu'ils ne se croyaient pas éfpux en forces aux
afin de se mettre sons hi proieelJan deainMipea de terre qm campaient a Myeale* et qui, £û« ËiBt partie de l'armée, avaient été laissées M cet eadroif « par ordre de Xerxès,|iour {inrder f lonie. Elles montaient à soixante mille hommes, et étaient commandés par Tigranas, le plus bel homme et de la pUjs haute taiUe qu'A y eut parmi les Perses. Les généraux de la Sotte barbare avaient résolu de tirer leurs vaisseaux sur le riv^e , pour les mettre sous la protec» tion de l'armée de terre, et défaire autour un rempart, tant pour les défendre, que pour s'en faire à eux-mêmes un lieu de retraite.
ÎCVI. Cette résolttiioa prise, ils levèreU ran<M'e. Lorsqu'ils furent arrivés près du ten» pie des Euménides , sur le terri toire de Nycale; et de l'embouchure du Gs^son et du Soolopoéis , où il y a un temple de Gérés Kleii6ioe« bâti par Pbilistus , fils de Pasiclès, qui avait •ceoni' pagné Nélée, fils de Codrus, quand cdui^ alla fonder Milet , ils tirèrent lems vaisseaux à terre, les environnèrent d'un mur depiernes et de bois , soupani pour cette effet un gra«d nombred'arbres fruitiers, epfoncèrentdespieux autour de ce rempart , et se disposèrent à smiitenir un siège et à remporter la victoire : car, après y avoir bien réfiécbi , ils se préparèrent A l'un et è l'autre.
XC VIL Les Grecs, ayant appris que ka barbares s'étaient retirés sur In eo«Unent, en furent d'autant plus affi gés, qu'ils les croyaient échappés de leurs mains. Embarrassés sur le parti qu'ils dt^vaient prendre , ils ne savaient s'ils s'en retourneraient, ou s'ils iraient vev« riieilespont. &ifin ils résoluremde nefiiirem l'un ni l'autre , mais de cingler vers le oontioenî. S'étant donc préparés à un combat naval, et ayant dispose les échelles et autres choses nécessaires pour une descente, ils naviguèrent \er& Uycale. Comme ils étaient près du camp, et que bien loin qu'il vint des vaisseaux ennen)isè leur rencontre, |ls les voyaient tous sur le rivage environnés d'un muri uvec une nombreuse armée de terre rangée sur le bord de la mer , alors Léotychides devança les autres , s'approcha du riv.ige le plus près qu'il put, et, s'adrcssaot aux Ioniens par un héraut, il leur dit : ( Ioniens , quecqux d'entre vous qui m'en- 1 tendent prêtent uo^ onniie attentive à mes
479AV.J.H:. CALLIOPË. - UVRE IX. m
> paroles ; car les Perses assurémeot n'y con^ à Wyçale , le bvu'ii de leur àéttitet ^^^ignt ré»
> prendroot rieo. Que chacun de vous se i nssouvifnne(lansraciioD,prerojèrfaief;l,de
> la liberié , secondement , du mot du ^uet
> Hébé. Que celui qui m entend fas«e p;irt de
> ce que je dis à ceux qui oe peuveot m*eoten-
> dre. > Le but de Léotychid(>s était le méma que celui de Thamistoclés à Arîémisium * , ce discours devant faire impressioq sur les looien», s'il échappait à la connaissaoïvc des barbares» ou les rendre suspects aux Pers(îs,Vi| leurétait rap)x)rté.
XCVIII. Ce conseil donné I les Grecs approchèrent leurs vaisseaii]( du rivage» descendirent à terre, et se rangèrent en bataille. Les Perses les voyaat se pi épurer au combat, et instruits de^ exhortaiions qu'ils avaient faites aux Ioniens, désarmèrent dun côté lesSamîens qu'iissoupçonnalentd'ipielligeoceavecies Grecs Ces soupçons étaient d*autaat mii^ux fondés, que les Saijjîensavaient racheté cinq cents Athéniens qui , ayant été laissés dans TAitique , avaient éié faits prisonniers par les Perses, et amenés sur leurs vaisseaux; et» après les avoir rachetés, ils l^s avaient renvoies À Ailiènes, et leur avaient fourni tout ce qui était nécessaire pour leur voyage, quoiqu'ils fussent eonemis de Xerxè$. D*un autre cèié, les Perses ordon* lièrent aux Milésiens de (garder les chemins qui conduiraient :)u sommet du moot M) cale, sous prétexte, sans doute, qu'ils eonoaissaient purfaitement le pays, mais en fff^tpour leséloir gner du cauip. Ca fut aipsi que les Perses se précautionnèrtciot contre ceuxd'entrel<^ Ioniens qu'ils croyaient dans le dessein de remuer, eA cas qu'ils fussent ass^z forts pour iVnirepren-» dre. Ils entassèrent eni>uite leurs boudieisles uns sur |^ autres, pour s*nu faire uu repi* part.
XCiX. l4)rsque Ie3 Grecs se furent mis un ordre de bataille, ils alièi^eutauxennemis. Taudis qu'ils s'a vançaii-Qt, il puro^ uo caducée sur le rivage, ei il courut uo bruit par toute Tarmée, que les Grecs avaient remporté en Béoii^ la victoire sur Mardonius. Ce qui arrive par la pern)îssioo des dieux se reconnait à bieii des silènes. £n effet , le même jour que les Pf rses furent battus a Platées , et qu'ils devjiient l'être
' VoyeiUv. TiifSuii.
pandu parmi les Grecs à Mycaie, iu»pira à ceux-ci encore plus de ix)nfiance, et leur filsif'' fronier les dangers avec p'us d ardeur.
C. On reconnut encpre que ce. a était arrivai parla permission des dieux, parqs que 1^ deux batailles se donnèrent près d'un tei«pto dii Gérés KIcusine : car on avait combauii dan$ le territoire de Platées , auprès ciu tempto même de Cérès, comme je J'ai dit plus haut *; et il devait en éire de même de la bataille d# Mycaie. Le bruit de la victoire remportée par les Grecs sou3 les ordres de Panai-uiaf H répandis fort à propos dans l'armée: car iecooî' bat de Platées se donna le matin» et pelui d# Mycaie l'après-midi. Peu de temps après^nfi sut avec certitude que les deux actions s'étaient passées le même jour et le même mois* Avani que la nouvelle de la victoire de Platées se fàl répandue» les Grecs qui étaieutà Mycaie, moinf inquiets pour eux-mé<nes que pour la Grèo^t craignaient qu'elle u'éciiouât cooire Mardoniu8# Mais dès que cette nouvelle fut venue i leuf connaissance, ils marcbèreni au combat sk^m encore plus d'ardeur. Les barbares n'eu téini^ guèrent pas moins ; les uns et les nutres r^ardant les îles et ^Uell^spont comme ua prix des* tinéau vainqueur^
Cl. Les Athéniens, qui faisaient avec fsnuv dont ils étaient acoom(»agné(» «environ lampiiî^ de l'armée , prirent In long du rivage ^t par m terrain uni, et les Lacédémonie«s, parle^i^ vi9s et par les montagn^^i^) avec les triMjpei ^^è^ k^s suivaient. Alais pendant que (M^^ux^ci les uw^ naient , les barbares étaient déjà aux main#avii l'autre aile de l'armées grecque. Tant que subv ^ista In r>mp^ri d^ boiiclinrs, |^s Perses sn défendirent» et ne montrèient pas ou>injs d^ courage que iesGr^i^a; wai« lorsitue les Athé* niens» a^eo le« troupe d^ leur suitn, s'e^bor* tant mutuelieui^t à n» poiut lai^ei* Mx iMir démoniens la gloire cette journée , eurent redouble d'efforts, le coii.bat cliangi'a de 6|^. Le rempart de bo|ir|iers renversé» il^ sn pré(ipitèrenit ep lioule sur l^s Perses i ceux-ci soNr tinrent le choc et se défendirent long-temps; mnis eirfin ils s'enfuireui dftos leurs retranciiements^. Les Athéniens, les GorinthienSy les
Sicyoniens el les Trézéoiens qui composaient cette aile, les siiiûrent et entrèrent en foule avec eux. La muraille emportée , les barbares ne pensèrent plus à se défendre, et prirent tous k fuite, excepté les Perses. Quoiqu*en petit nombre, ils combattirent contre les Grecs, qui je jetaient perpétuellement dans leurs retranchements. Les deux commandants de la flotte, Artayntès et lihamitrès, sVnfuirent; mais Mardontès et Tigranes * , qui commanda entrarmée de terre, périrent les armes à la main.
en. Les Perses combattaient encore; les Lacédémoniens étant arrivés avec les Grecs qui les accompagnaient, les passèrent au fil de lepée. Il périt aussi en cet endroit beaucoup de monde du côté des Grecs, et entre autres quelques Sicyoniens avec leur commandant Perilas. Les Samiens, qui se trouvaient dans le camp des Perses , et qu*on avait désarmés 2, n'eurent pas plus tôt vu la victoire pencher dès le commencement du côté des tirées, qu'ils 2es secondèrenlde toutes leurs forces. Le reste des Ioniens se révolta à l'exemple des Samiens, et attaqua les barbares.
cm. Les Perses avaient ordonné, pour leur propre sfireté, aux Hilésiens de garder les chemins qui conduisaient aux sommets du mont Hycale,afin que, s'il leur arrivait quelque mal-
HISTOIRE DUÉRODOTE. AnK^^.-ç.
crace. Mais depuis celle action , la guerre étant
survenue entre les Athéniens et les Carystiens, il périt à une bataille qui se donna à Cyme, sur le territoire de Caryste, et on Tenterra & Géraeste. Les Corinthit^ns, les Trézéni< ns et les Sicyoniens se distinguèrent le plus après les Athéniens.
Cy. Les Grecs ayant tué la plupart des ennemis, ou dans le combat, ou dans leur fuite, et ayant porté sur le rivage tout le butin, parmi lequel il se trouva beaucoup d*argent, ils brûlèrent les vaisseaux et les retranchements des barbares. Lorsqu'ils furent réduits en cendres, ils remirent à la voile. Arrivés à Samos, ils agitèrent dans un conseil s'il n*était pas à propos d'abandonner Tlonie aux barl)ares, d'en transporter IfS habitants dans un autre pays, et l'on examina dans quelle pattie de la Grèce soumise à leur puissance il fallait les établir. En effet, il leur paraissait impossible de protéger et de défendre continuellement les Ioniens, et ils voyaient bien que s'ils cessaient de le> faire , ces peuples ne pourraient se flatter d'avoir abandonné impunément le parti des Perses. Les personnes en place parmi les Peloponnésîens opinèrent qu'il fallait chasser les nations qui avaient embrassé le parti des Perses, et donner leur pays et hurs villes de commerce aux Ioniens, pour y fixer
heur, tel que celui qu'ils éprouvèrent, ils pus- 1 leur demeure. Les Athéniens ne furent nulle-
sent, avec ces guides, s'y retirer comme dans un lieu sûr. On les avait chargés de ce soin , et par la raison que je vien« de dire, et pour les éloigner de l'armée, de crainte qu'i's ne formassent quelque entreprise contre elle. Ils firent tout le contraire de ce qu'on leur avait ordonné; car ils conduisirent les fuyards par des chemins qui menaient aux ennemis, el même enfin ils s'acharnèrent encore plus que les autres à les tuer. Ce fut ainsi que l'Ionie se révolta pour la seconde fois contre les Perses '. CIV. Du côté des Grecs, les Athéniens se distinguèrent le plus, et personne parmi eux ne se signala davantage qu'Hermolycus, fils d'Euthynns, qui avait acquis de la célébrité au pan-
' Voyei liv. vu , S un ; Uv. is , S xcv.
• YiiyesSicvui.
' Les Ioniens furent sabjugnés par Harpage , nv. 1 , ScLiiv, etc. Ils se révoltèrent, liv. t, S xxyiii, iiii, iK , ctfî., et furent remis «pus le joug, lir. 11 . S x\\\\.
ment d'avis de transporter les Ioniens hors de leur pays, et soutinrent qu'il ne convenait pas aux Peloponnésîens de délibérer sur leurs colonies. L^ Peloponnésîens, les voyant persister dans le sentiment opposé, leur cédèrent volontiers. Ainsi les Grées reçurent dans leur alliance les Samiens, ceux de Chtos, de Lesbos, et les autres insulaires qui les avaient aidés dans cette expédition , après qu'on leur eut fait promettre avec serment qu'ils demeureraient fermes dans cette alliance , et que jamais ils ne la violeraient. Quaftd on les eut liés par ce serment, les Grecs firent voile vers THeUespont pour rompre les ponts, croyant les trouver encore entiers.
CVI. Tandis qu'ils naviguaient vers l'Hellespont, le petit nombre de barbares qui s'étaient sauvés de la déroute , et qui s'étaient retirés sur le sommet du mont Wycale, se rendirent à Sardes. Masislts, (ils di! Darius, (fui- s'était
CÂLLIOPB. - UVRE IX,
m AT. J.-C.
trouvé à la dëfoite des Perses, fit en route de TiFs reproches au général Anaynlès , et enlre autres injures , il lui dit qu'en s*acquinant comme il avait fait des fonctions de général, il s'était montré plus lâche qu'une femme, et qu'il méritait toutes sortes de châtiments, à cause du tort qu'il avait fait à la maison royale. Or, chez les Perses, dire a un homme qu'il est plus lâi'he qu'une femme, c'e&t le plus grand outrage qu'on puisse lui faire. Indigné de tant de reproches, Artayntès tira son cimeterre pour le t uer. Mais Xénagoras , fils de Praiilas d*Halicarnasse, qui était derrière lui, s'étant aperçu qu'il fondait sur Masisiès, le saisit par le milieu du corps, et l'enlevant, il le froissa contre terre. Les gardes de Masistès arrivèrent sur ces entrefaites. Cette action vafut â Xénagoras les bonnes grâces de Masistès et de Xercès. Le roi lui donna le gouvernement de toute la Cilicie, pour le récompenser d'avoir sauvé la vie à son frère. Ils arrivèrent à Sardes sans avoir éprouvé d'autre accident sur la route. Le roi y était depuis qu'il s'était sauvé d'Athènes, après la perte de la bataille navale.
CVIl. Pendant le séjour de Xerxès à Sardes, ce prince devint amoureux de la femme de Masistès, qui était aussi en cette ville. Il la fit, mais en vain , solliciter de répondre à sa passion, sans user cepeodant de violence, par ^ard pour son frère. Ces mêmes égards retenaient aussi cette femme, qui n'ignorait pas qu'on ne lui ferait point de violence. Xerxès, n*ayantplus de ressources, résolut de marier Darius, son fils, à la fille de Masistès et de cette femme, croyant, par cette alliance, gagner plus aisément ses bonnes grâces. Les ayant mariés avec toutes les cérémonies accoutumées, il partit pour Suses. Lorsqu'il y fut arrivé, il fit venir dans son palais la femme de Darius; il cessa alors d'aimer celle de Masistès; et sa passion changeant d'objet, il devint éprisd'Artaynie» femme de Darius e( fiUe de son Irère.
CVIII. Ce mystèresedécouvrit avec le temps ainsi que je vais le dire. Amestris, femme de Xerxè^, donna à ce prince un habit magnifique de diverses couleurs, qu'elle avait ellemême tissu. Xerxès le reçut avec joie, et s'en revêtit pour aller voir Artaynte. Touché des charmes de cette princesse , il la pressa de lui
demander ce qu'elle souhaitait pour prix de ses faveurs, et l'assura qu'elle n'éprouverait de Sa partaucun refus. Comme il devait ai river quelque grand malheur à toute la maison de Masistès, t Seigneur, lui dit Artaynte, m'accorde- > rez-vous ma demande?» Le roi le lui promit avec serment, s'imaginant qu'elle exi^^erait toute autre chose plutôt que son habit. Ce serment fait, Artaynte demanda hardiment ce vêtement. Xerxès employa tous les moyens possibles pour l'engager à se désii^ter de sa demande. Son refus n'était fondé que sur la crainte qu'Amestris ne le convainquît d'un amour dont elle se doutait depuis long-temps. 11 lui offrit en la place des villes, une immense quantité d'or, et une armée, dont elle seule aurait le commandement : une armée est chez les Perses le plus grand donque l'on puisse faire. Mais comme ces offres ne la persuadaient pas, il lui donna cet habillement. Artaynte, enchantée de ce présent, se fit un plaisir de s'en parer.
CIX. Amestris, ayant appris qu'elle portait cet habit, découvrit ainsi la conduite du roi. Au lieu de se fâcher contre Artaynte, elle résolut la perte de la mère de cette princesse, la croyant coupable et la cause du désordre. Elle attendit le festin royal. Ce festin se fsdt une fois par an , le jour de la naissance du roi. On l'appelle Tyeia en langue perse, et le poi/ati en grec. C'est le seul temps de l'année oii le roi se foit frotter ^ la tête avec quelque chose de détersif, et où il fait des présents aux Perses. Amestris , ayant observé ce jour, demanda à Xerxès la femme de Masistès.
ex. Ce prince crut qu'il était d'autant plus horrible et d'autant plus criminel de livrer la femme de son frère, qu'elle n'était nullement coupable, et qu'il n'ignorait pas le motif qui la lui faisait demander. Mais enfin vaincu par ses pressantes sollicitations, et forcé par la loi, qui ne permet pas au roi de refuser les grâces qu'on lui demande le jour du festin royal, il la lui accorda malgré lui , et dit à la reine en la lui remettant, d'en faire ce qu'elle voudrait. Il manda ensuite son frère. » Masistès , lui d t-il, » vous êtes fils de Darius et mon fi ère, et d'ail-
* H font sang donte entendre cela d'an soin particulier ^qoe les rois prenaieat en ce jour de lenr dierdore.
HISTOIRE D'HÉRODOTE
léurà hdmme de bîeo. PThabitcz plus avec voire épouse; je vous donne ma filte en sa place; acceptez-la pour femme, et renvoyez celle que vous avez actueUement : telle est ma Voionié.
»~Queî étrange discours me tenez-vous, Seîgneui') répondit Slasistès étonné? Vous voulez que je me sépare d^une femme que j'aime et dont j'ai trois his encore jeunes, et des filles parmi iesquefles vous avez choisi une femme à votre fils : vousm^ordonnezde la renvoyer et vous medonnezen sa place volrefille. J'estime, comme je ledois, Thonneur q ue vous me faites de me donner voire fille; mais je ne puis ni l'accepter ni renvoyer ma femme. Ne me faites, je vous prie, aucune violence, puisque rien ne vous y oblige, et laissez-moi \ivrcavec ma femme ; vous trouverez pour votre fille un parti non moins avanta^jCux. » Ainsi parla Masistès. Xerxès irrité , répliqua en ces termes : « C'en est fait, Masistès : vousn'auriezpointaciuellement ma fiUe , quand vous la voudriez , et vous ne conserverez pas plus long- temps votre femme afin de vous apprendre une autre fuis à accepter mes offres. » Là-dessus Masistès se retira et en sortant il se contenta de dire : c Sei- 9 gneur vous ne m'avez pas encore ôlé la vie. > CXI. Tandis que Xerxès parlait ù son frère , Amestris manda les gardes du roi, et fit mutilef la femme de Masistès. On lui coup:i par son ordre les mamelles , qu'on jeta aux chiens; et après lui avoir fait aussi couper le nez, les oreiLes , les lèvres et la langue , elle la renvoya chez elle ainsi mutilée.
GXIL Masistès ignorait ce qui venait de se passer ; mais comme il s'attendait à quelque chose de funeste, il accourt chez lui en diligence; et voyant sa femme traitée avec tant d*indigniié , il delibèr e sur4e-champ avec ses enfants, et part aussitôt avec eux et quelques autres personnes pour la Baciriane, dans rinieniion de fa.re soulever cette province, et de faire au roi tout le n>al qu'il pourrait. Je ftiiis persuadé qu*il y aurait réussi , bjA ueùi pas été prévenu avant son arrivée dans la Bactriane et chez les Saces : ear les Bactriens , dont il é(ait gouverneur, l'aimaient beaucoup. Mais Xerxès, ayant eu avis de ses desseins^envoya contre lui un corps d'armée» qui lemassa^ craenchemin,avecses enfontset les troupes qui
4f0 AT. J.-C.
raccompagnaient. En voilà assez sur les amours deXei'xès et la mort de Masistès.
CXIII. Les Grecs partirent de Mycale pour l'Bellespon^; mais les vents contraires les obligèrent de s'arrêter d'abord aux environs du promontoire Lectum. De-Ià ils allèrent à Abydos, et trouvèrent rompus les ponts qu'ils croyaient encore entiers, et qui étaient leprincipal objet de leur voyage. Léotycbides et les Péloponnésiens furent d'avis de retourner en Grèce. Mais les Athéniens résolurent, avecleur gonéral Xanthippes, de tester en cet endroit , et d'attaquer la Chersonèse. Les Péloponnésiens partirent : qoant aux Athéniens, ils pas* sèrent d'Abydos dans la Chersonèse^ et y firent le siège de Se^^tos.
CXIV. Ck)mme Sestos était la plus forte place de tout le pays , on s'y rendit des villes voisines, aussitôt qu'on eut appris l'arrivée des Grecs dans THellespont; et il y vint aussi de Cardia un Pers^, nommé OEi>basus, qui y avait fait porter les agrès de^ vaisseaux qui avaient servi aux ponts. Cette ville était occupée par des Éoliens nés dans le pays; il s'y trouvait aussi des Perses, et un grand nombre d'alliés.
CXV. Artayctès, Perse de cation, homme cruel et impie, gouvernait celte province sous les ordres de Xerxès. Sur un feux exposéqu'il avait fait à Xerxès S tandis que ce prince mar^ chait à Athènes avec ses troupes, il avait enlevé d É'éonte les trésors de Protésilas / fils dlpbiclus. On voit en cette ville, qui est de la Chersonèse, le tombeau de ee héios , avec sa chapelle, et la portion de lierre qui lui est consacrée.
On y gardait de grandes richesses, des vases d'or et d'argent, du cuivre, des habits et d'autres offrandes, dont Artayetès s'était emparé avec la permission du roi , qui , trompé par ses discours artificieux, lui en avait fair présent, c Sei^paeur, lui dit-il, il y a ici la mai- » son d'un Grec, qui, étant entré sur vosterres » avec des troup< s, a reçu par sa mort la juste
> puBÎUon de son entreprise; je vous prie de
> me donner sa maison, afin qu'on apprenne » à ne pas porter la guerre dans vos états, f
* Hérodote dit qu'il trompa ce prioce ; et quelques lignes plu» hM il eipliqHe qn^ sorte de Ironperie il lof
leni», M*vtju0i9moM%mp9ùm de «rsAmeta», m ïaàmà abémeitt persuader fMir eedîeeMirv de loidoaeercrtie m^àmu. Arttyeiès ditsiii qae Ftotésite ëiaiieDiréèiDMi^riiiée earks terres du rott parce «foe les Perice » imsgtBeBi foe l'Asie entière iesr app^rtkflC mei cftt*M rot , et àlous sps seccesseers. Tetteétait se pensée. Xmèi ajam dooM ces trésors è Artayetès , eekii à les transparls d'ÉtéoBie à Seslos , te labourer et ensemencer le champ ooasaim à Protësilas; et toutes les fois qu'il allaita Éléonte ^ 9 il avait commerce avec des femmes dans le sanctuaire. Comme il ne s*atiendait pas à voir venir les Grecs, il ne s'était point préparé à soutenir un siège ; et lorsque les Athéniens Tassiégèrent.dans Sestos, ils tombèrent, en quelque sorte» à l'improviste sur lui.
CXVf. L'automne vint pendant qu'on était occupé du sié{;e. Les Athéniens , affligés de se voir éloignés de leur patrie , et de ne pouvoir prendre cette place , prièrent leurs généraux de les ramener à Athènes. Ceux-ci leur répondirent qu'ils ne le feraient pas que la ville ne fût en leur pouvoir , ou que le peuple ne les rappelât, tant ils étaient ardents à pousser leur entreprise.
CXVIL Les assiégés furent réduits à un tel excès de misère , qu'ils fir'ent bouillir les courroies qui soutenaient leurs lits , pour h s manger. Ces courroies étant venues à leur manquer, Ariayctès, QEobasus et les Perses descendirent , vers le commencement de la nuit , derrière la ville , à un endroit que les ennemis n'occupaient pas , et se sauvèrent. Dès que le jour parut , tes Chersonésiies apprirent , par les signaux qu'ils firent du haut des tours , aux assiégants , la fuite des Perses , et leur ouvrirent les portes. La plupart des Athéniens les poursuivirent ; les autres s'emparèrent de la ville.
CXVIIL CEobasus se sauva en Thrace, où il fut pris par des Thraces Apsinthiens , qui Timmolèrent , suivant leurs rites , ù leur dieu Plistore. Quant à ceux qui l'accompagnaient , ils les firent mourir d'une autre manière. Artaycr es et les siens 9 qui s'étaient sauvés les derniers, ayant été atteints un peu au-delà d'iEgos Potamos , les uns furent tués y après s'être long-
■ Voyez liv. vu, S xxxiii.
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liinpt défendus , lis mitres fàHs prhotmiers. On cliargea ceux-ci de ehatnes, de même qu^Ariayctès et son flts , et les Grecs les menérmt à Sestos.
€X1I. Il arriva à tra de ceux qui gardaient les prisonitiers on prodige que je vais rapporter d'après les f -hersonésites. Ce garde faiitit eiiir des poissons salés. Dès que ce^ pois-» iOB» furent sur te fe«, fis sautèrent et palpitèrent CDOmie des poissons récemment pris, Les spectateurs furent étonnés de ce prodige ; mais Artayctès ne l'eut pas plus tôt vu , qu'appelant celui qui irisait cuire ces poissons : c Athénien, lui dit-il , ne t'abrme point de ce prodige , il ne te regarde pas. Prolésilas > qui est à Éléonte , m'apprend que , quoique mort et salé, les dieux lui ont accordé le pouvoir de punir celui qui l'a offensé. Je veux donc lui payer le prix de ma rançon, et pour le dédommager des richesses que j*ai enlevées de sa chapelle, je lui donnerai cent talents*, et deux cents ' aux Athéniens , s'ils veulent m'accorder la vie a moi et à mon fils. > Ces offres ne touchèrent point Xanthippes. Ceux d'Éléonte demandaient la mort d' Artayctès, pour venger Protésilas; et c'était aussi Tinfention du général AthéH^i. On le mit en croix sur le rivage où Xerxès avait fait consfruîre le pont; d'autres disent que ce fut sur la colline au-dessus de la ville de Madytos. Son fils fut lapidé sous ses yeux.
CXX. Les Athéniens retournèrent, après cetteexpédilion, en Grèce, avec un riche butin, et consacrèrent dans les temples les agrès des vaisseaux qui avaient servi aux ponts. Il ne se passa rien de plus cette année.
CXXI. Cet Artayctès qu'on mît en croix était petit-fils d'Artembarès, qui tint aux Perses un discours qu'ils rendirent à Cyrus, et que voici, c Puisque Jupiter a donné l'empire
> aux Perses, et qu'aprèsavoir renversé Aslya-
> gfs de dessus le trône, il vous y a élevé par » préférence à tout autre, quittons notre pays
> petitetmontueux, et occupons-én un meilleur. » Il y en a plusieurs dans notre voisinage; il y
> en a de plus éloignés. Choisissons-en un pour
* 54O,OS0 liv. de notre monnaie.
' l,OSO,0^0 liv.
ffiSTOIRE D'HÉRODOTE.
m AT. j.-«.
t nous y établir, et la plupart des peuples t nous trouveront plus dignes de leur admirat tion. Cela convient à une nation qui a en main t la puissance souveraine. Or quand se pré- B seniera-t-il une plus belle occasion que celle 1 où nous dominons sur un grand nombre de t peuples et sur TAs-e entière? > Cyrus ne goûta point ce discours. Il consentit cependant à leur demande; mais en même temps il avertit les Perses de se préparer à devenir les esclaves
des peuples auxquels ils commandaient : car ajouta-t-il, les pays les plus délicieux ne produisent ordinairement que des hommes mous et efféminés , et la même terre qui porte les plus beaux fiuits n*engendre point des hommes belliqueux. Les Perses, convaincus que le sentiment (leCyrus était le meilleur, s'en al èrent en condamnant le leur, et préférèrent un pays incommode avec rejupire, à un excellent avec fesdavage.
ri!f DE L'HISTOfRB D*HÉRODOTB.