‹ Choix des historiens grecsChapitre 108 sur 286 · ATTRIBUÉE A HÉRODOTE · texte numérisé non relu

ATTRIBUÉE A HÉRODOTE

1. Hérodote «rilalicamassey ne cherchant que la vérité» a composé cette histoire de la naissance et de ta vie d'Homère.

Lorsque Ton bâtit anciennement la ville de Cyme en i£olie, il s y rendit des hommes de différentes nations de la Grèce, et, entre autres, il y en vint de la Ma^jnésie. Parmi ceux-ci , se trou>a Ménalopus, fils d'ithagènes et petit-fils (de Crithon. Loin d*étre riche, il n'avait pas même d* aisance. Arrivé à Cyme, il épousa la fille d'Oiuyrétis. De ce mariage, il eut une fille, qu il nomma Critliéis. Le mari et la femme moururent tous deux, laissant leur fille en bas âge. Le pèr^, avant de mourir, en avait confié la tutelle à Cléanax d*Argos, avec qui il avait eu de irès-grandes liaisons.

IL Dans la suite des temps, celte jeune fille, ayant eu un commerce secret avec un homme, se trouva enceinte. Cette aventure fut d'abord ignorée; mais Cléanax , s'en étant aperçu , en fut très-féclié, et Tayant prise en particulier et sans témoins, il lui reprocha sa faute et Te déshonneur dont elle se couvrait aux yeux de ses concitoyens. Pour la réparer, voici le parti qu il prit. Les Cyméens construisaient alors une ville dans renfoncement du golfe Herméen. Thésée» voulant éterniser la mémoire de son épouse, donna à celte ville le nom de Smyrne. Il était Thessalien, et Fun des personnages les plus distingués de cette contrée. Il descendait d*Eumélus, fils d'Admète, et jouissait d'une fortune considérable. Cléanax la conduisit secrètement dans cette ville, et la confia à Ismé-

H^.R0n0TE.

nias de Béotie, l'un de ses gratads amis, sur qui le sort était tombé pour aller en cette colonie.

UI. Crithéis , étant près de son terme, sortit un jour avec d'autres femmes pour se rendre à une fête que Ton célébrait sur les bords du Héiès ; les douleurs de l'en&ntement la surprirent : elle accoucha d'Homère, qui , loin d'être aveugle, avait d'excellents yeux. Elle lui donna le nom de Mélésigènes, parce qu'il était né sur les bords de ce fleuve. Crilhéis demeura quel« que temps avec Isménias, mais dans la suite elle le quitta, et se nourrissant, elle et son fils, du travail de ses mains et de celui que lui procu-' raientquelques personnes, elle l'éleva comme elle put.

IV. Il y avait alors à Smyrne un homme, nommé Phémius, quienseignait les belles-lettres et la musique; comme il n'était pas marié, il prit ù ses gages Crithéis , afin qu'elle lui filât les laines qu'il recevait de ses disciples pour le prix de ses soins. Elle s'en acquitta avec beaucoup d'adressie , et se conduisit avec tant de sagesse et de modestie, qu'elle lui plut. Il lui proposa de l'épouser , et entre autres discours qu'il lui tint pour l'y engager , et qu'il crut les plus propres à l'amener à son but , il lui promit d'adopter son fils , lui faisant espérer que cet enfont, élevé avec soin etinstruit par lui , deviendrait un jour un homme de mérite ; car il apercevait déjà dans cet enfant de la prudence et un heureux naturel. Crithéis, touchée de sesoffres, consentit à l'épouser.

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V. J^iCs soios et rexcettente éducation secondant les heureuses dispositions qu'il tenait de la sature, M^ésigènes surpassa bientôt tous ces condisciples ; et lorsqu'il fut devenu grand , il ne fut pas moi^^ babil^ que sqp m^iv^ PM- 0)ius mourut, e\ Vfî \m^ tqu« ^% W^^ ^ mère Crith^ aasûrvâcut pai kiiig.lemps à &oa mari. Mélésigènes, devenu sçn maiire, présida à Técole de Pliémius. Tout le monde avait les yeux sur lui. Il excita Tadmiraiion , non-seulement des habitants de Smyrne^ m^is^ppcore des étrangers , que le commerce y aitirak en grand nombre, et surtout celui dubl^, qu'on y transportait abondamment des environs. Les étrangers , ayant terminé leurs affaires, fréqueàtatent son école. .

VL II y avait parmi ces étrangers un maître cte navire f uoméé Meniàs. Il éuût venu de Lew^aide pour ie cQUoiecce du blé ; le vaisseau qu'il montait lui appartenait en propre ; ilétaîi mstruit dans les lettres e^ savant pourcetempslà. Meotàs pm^uada à Uâésigènes de quitter se» école et de l'accompagner dans ^voya^. U liv proposa, pour l'y engager, de le défraVer de tout , de li^ donner des honoraires , et lui it entendre que, tandis qu'il était jeune , il était nécessaire qu'il vit pqr hii-méme les villes et les pays dont il aurait dans la suite occasion de parler. Ces motifs le dét^minèrent , à moa avis , d'autant plus aisément qu'il avait peutrêtre dè^ ce temps-là le dessein de se donner i fa poésie. U quitta son école, et , s'embarquant avec Mentes, il examina par lui-même toutes les particularités des pays oii il abordait , et s'en inarujsit avec le pbis grand soin par les quêtons qu'il faisait aux uns et aux autres* Il est même oalurel d'imaginer qu'il (pitpar écrit

ce q^i lut P^i'u^ ¥ V^^^ ^Sr°^ ^^ remarque.

VU. i^pnès avoir yoyagé en Tyrrhénie et en Ibériet ils arrÂyèfieDi dans rtled'kbaque. Mélé- ^èiies , qui avait déjà eu mal ;iux yeux, s'^en sentit alors bssauoouppkis incommodé. M^tès, iprmé daUeràLeucfde, sa patrie, le laissa d^UiS rtle d'bb^ue , afin qu'il s'occupât de sa gué('iaon,el le remit à un de ses intiniesamis, à Mentor, fils d*Alcimus d'Ithaque, en lepriant d'en prendre tout le soin possible. H proipit aussi à Uélésigènea de le repisodre à son retQMr. Mentor lui donna avec beaucoup de zèle tous les secours imaginables. U aiaitdeia for-

tune et jouissait éminemment de la réputat^ion d'un homme juste et ami de l'hospitalité. Ce fut dans cette tieque, sur les questions que fit Mélésigènes, il s'instruisit parfaitement de tout ce ^^ refa|pd|ît Ulysse^. L^habi|fints d'Ithaque pr^nd^t ^u'il devtnj aveugle flans leur pays. Quant à moi , je pense qu'il y guérit de son mal d'yeux, et que ce ne fut que dans la suite qu'il [perdit la vue à Coiophon. Les Colophoniens sont aussi de ce sentiment.

VIII.A{fBtfi9,s'^tq9t rembarqué àLeucade, revint à Ithaque. Trouvant à son retour Mêlésigènes guéri, il le prit sur son bord, fit avec lui beaucoup de voyages de côté et d'autre, et arriva enfin à Coiophon. Ce fut dans cette ville que Mélésigènes fut de nouveau attaqué de son mal d'yeux ; son mal empira , et il perdit la vue. Ce malheur le détermina k quitter Coiophon, et à retourner à Smyrne, où il s'applî<jua à la poésie.

IX. Quelque temps aprè§ , fe mi^uvais eta^ de ses affeires le disposa à aller à Cyme. S'étant rai$ en roiHe, il traversa la plaine de l'Hermus , et arriva à Néon-Tichos , colonie (le Cyme. Elle fut fondée huit ans après Cyme. On raconte qu'étant en cette ville chez un armurier , il y récita ces vers , les premiers qu'il ait faits : t 0

> vous, citoyens de l'aimable fille de Cyme, » qui habitez au pied du mont Sai*dène, dont le

> sommet est ombragé de bois qui répandent la

> fraîcheur, et qui vous abreuvez de Teau du

> divin Hermus , qu'enfanta Jupiter , respectez » la misère d'un étranger qui n'a pas une maison 9 OÙ il puisse trouver un asile. »

L'Hermus coule près de Néon-Tichos , et le mont Sardène domine l'un et l'autre. L^rmurier s'appelait Tychius. Ces vers lui firent tant de plaisir, qu'il se détermina à ie recevoir chez hii. Plein de commisération ponr un aveugle réduit ù demander son pain, il lui promit de partager avec ki ce qn1l avait. Méfésigènes\ étant entrédans son atelier, prit un siège, et en présencede quelques ciloyensdeNéon*Ticfaos,il leur montra un échantillon de ses poésies. C'était l'expédition d'Amphiarafis contre Ttièbes , et les hymnes en l'honneur des dieux. Chacun en dit aon sentiment, et Mélésigènes ayant porte là-dessus son jugement, ses auditeurs en furent dans l'admiration.

j X. Tant qu'il fut à Néon-Tichos , ses poésies I lui fournirent les moyens de subsister. On y

1?AR H&RODlOrSE.

jpoittniUeDCor84e.inaiiieinps le lieuoùila^ît coutume de s asseoir quand il récitait ses vers. Ce lieu, qui était encore en grande vénération , était ombragé par un peuplier qui avait com- Q>^ncé à croître dans le teoips de son arrivée.

XI. Mats dans la suite, lorcé par lebesdin y et trouvant à peine de quoi se nourrir» il résolut d'aller à Cyme , pour voir s il y jouirait d'une meilleure fortune. Prêta se mettre en roule, il récita ces vers : • Puibsent mes pieds me porter \ sur-le-chanp dans c^tte ville Respectable, dont

> les habitants n'ont pas moins de prudence que » de sagacité. > S'étant mis en route pour aller àCyoïe, il passa par Larisse, qui était le chemin le plus commode. Ce fut dans cette ville, comme le disent les Gyméçns , qu'il fit Tépitaphe de Mtdas , fiLs de Gordius , roi de Phry gie , à la prière du beau-pàre et de la belle-mère de ce prince. Elle est gravée sur le cippe du monument de Gordius. On Ty voit encore à présent.

c Je suis vierge et représentée en bronze.

> Placée sur le monument de Midas , taniqu*OD t, verra les eaux couler dans les plaines et les » ai'bres refleurir au priolemps, tant qu'on verra 1. le soleil réjouir à son lever les humains , et la

> lune dissi{jer, par Téclat de sa lumière, l'obs-

» curité de la nuit , tant que les fleuves conti- 1 Dueront leur course rapide , et que la mer » couvrira le rivage de ses vagues, on me verra

> constamment sur ce triste tombeau annoncer

> aux passants que Midas est inhumé en ces

> lieux. >

XU. Lorsque Uélésigènes fut à Cyme , il se rendit dans les assemblées des vieillards, et leur récitasses vers. Enchantés de leur beauté , ik forent saisisd*admiration. Ravi de Taccueil que 1^ Cyméens faisaient à ses poèmes , et de la douce habitude qu i!s avaient prise de les lui entendre réciter , il leur témoigna un jour que s'ils voulaient le nourrir aux dépens du pqMic, il rendrait la ville de Cyme très-célèbre* Ses auditeurs approuvèrent sa demande et rengagèrent à se présenter au sénat , lui promettant de Tappuyer de leur crédit. Alélésigénes, encourage par leurs conseils , se rendît au sénat va jour d*audience , et, s'adressant à celui qui ëCak chargé d'admettre ceux qui avaient quelque demande à flttre, il le pria de l'introduire. Cet officier ne manqua pas de le présenter aus- ^tAtqu'ilen en! trouvé Toccasion. Mélésigènes j

n'eut pas pins lAtëtéadmis, qufl) adressa an sénat la même prière qu'il avait déjà fiiite dans les assembléesdes vieillards. Son discours fini, il se retira pendant que les sénateurs délibé^ raient sur la réponse qu'ils devaient lui faire.

XIII. Celui qui l'avait introduit, et tous ceux entre les sénateurs qui avaient assisté aux assemblées où il récitait ses vers , appuyèrent sa demande. On prétend qu'un seul s'y opposa » et qu'entre autres choses , il dit que s'ils étaient d'avis de nourrir des /tomère* , ils se trouveraient accablés par une multitude de gens inutiles. C'est de là, je veux dire du malheur qu'eut Hélésigènes d'avoir perdu la vue , que le nom d'Homère prévalut; c;ir les Cyméens appellent» dans leur dialecte , les aveugles des homères. ' Les étrangers ne manquèrent pas de se servir de ce nom toutes les fois qn'ils eurent occasion de parler de ce poète.

XIY. L'archonte conclut , en finissant son discours , qu'il ne fallait pas nourrir rbomère. Cet avis fit revenir les autres sénateurs, et l'emporta. L'officier qui l'avait introduit lui donna communication des différents avis sur sa demande et du décret du scnat à ce sujet. Déplorant alors son malheur , il prononça ces vers : • A quelle triste destinée le père Jupiter a-t-il 1 permis que je fusse en proie, moi qui ai été 1 nourri délicatement sur les genoux d'une mère 1 respectable, dans le temps que les peuples

> du Phricium, habiles à dompter les chevaux»

• et ne respirant que la guerre, élevèrent sur

> les bords de la mer, par les ordres de Jupi- » ter, la ville œolienne, la respectable Smyrne,

• que traversent les eaux sacrées du Meiè?»! Les

> iUttstres filles de Jupiter voulaient, en partant t de ces lieux, immortaliser par mes vers cette f ville sacrée*; mais sourds à ma voix, ses habi- I tants insensés dédaignèrent mes chants har-

> monieux. Non , non , il n'en sera pas ainsi :

> quiconque dans sa folie aura accumulé sur

> ma tête dx^s outrages , ne l'aura pas fait im- » punément. Je supporterai courageusement le

• sort auquel le dieu m'a condamné dès ma » naissance. C'en est foit, je ne demcurrraî » plus à Cyme. Mes pieds brûîent d'en sortir ,

• et mon grand cœur me presse de me rendre

• dans une terre étrangère , et de me fixetj

L'antenr ▼«nt parler de la fille de Cyme.

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