‹ Choix des historiens grecsChapitre 122 sur 286 · LIVRE I, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE II

trait ; blesse d*unc atteinte profonde , et dont il eut peiœ à guérir , on le rapporte au camp. Les troupes qui avaient forcé ces retranchements avec lui , soutenues des archers d'Alexandre, resserrent lesThébainS dausunche* min creuK qui conduit au temple d'Hercule, et les mènent battant jusqu'à Fénccinte sacrée. Mais là , les Tbébains se retournent en poussant de grands cris, et mettent en fuite les Macédoniens. Le toxarque * Liirybotas de Crète est tué avec environ soixante et â\\ des siens ; le reste rétrograde en désordre vers l'Agéma.

A iavue de la retraite de ses troupes /et de la confusion qui règne dans la poursuite des Thébains, Alexandre fait donner la phalange, et les repousse jusque dans leurs murs. La terreur et le désordre des fuyards furent si grands, qu'ils ne songèrent point à fermer les portes ; Tennemi entre avQC eux dans la ville , dégarnie de soldats , qui la plupart s'étaient portés aux avant- postes. Les Macédoniens s'étant avancés aux pieds Je la citadelle , qnelques-uns d'entre eux se réunissent à la garnison et pénètrent dans la ville du côté du temple d'Amphion ; tandis que d'autres , jse dirigeant le long des remparts déjà occupés par les leurs, courent s'emparer de la place publique. Les Thébains qui' défendaient le temple d'Am^ phion résistèrehi d'abord; mais, enveloppés par les Macédoniens et par Alexandre, qu'ils rencontrent de tous côtés, ils se dcbandeitt ; la cavalerie gagna la campagne, rinfanterie se sauva comme elle put.

Cependant le vainqueur irrité fait un horrible carnage des Thébains, qui ne résistent plus. On doit moins Tattribucr aux Macédoniens ^ qu'à ceux de Platée, de la Phocide et autres dô la Béolîe. On égorge les uns au sein de leurs foyers, les autres aux pieds des autels; la résistance et la prière sont inutiles : on n'épargna ni les femmes , ni les eniànts.

Cedfsastre desGcecs, cette ruîned'une grande

ville, ces malheurs rapides, également imprévus des vainqueurs et des victimes, n'épouvantèrent pas moins le reste de la Grèce que les auteurs de ces calamités.

La défaite des Athénien^ en Sicile * ne répandit point parmi eux une alarme aussi' vive ni d'ans la Grèce entière une consternation aussi profonde, quoique le nombre de ceux qui furent tués alors fût une perte aussi considérable que celle éprouvée par les Thébains ; du moins cette armée avait péri au loin slir une terre étrangère, et oh y comptait plus d'auxiliaires que de citoyens : enfin Athènes subsistait , et depuis elle résista nôn-seulement aux Lacédémoniens et à leurs alliés , mais encore au grand roi : et ensuite, leur flotte ayant été détruite près de l'Égo-Potame*, on abattit leur longue muraille, on s'empara de leurs vaisseaux , on restreignit leur domination ; là se bornèrent tous leurs -malheurs; la cité conserva l'éclat de ses institutions : peu de temps après les Athéniens reprirent leur ancien empire, relevèrent leur longue muraille ^ et recouvrèrent la domination des mers. Alors, les Lacédémoniens; qui leur avaient été si redoutables, et qui avaient failli renverser Athènes de fond en comble , réduits eux-m(^mes à la dernière extrémité , lui durent leur salut *. Les batailles de Leuctres et de Mantinée , plus inopinées encore, que sanglantes , occasionnèrent aux Lacédémoniens moins de perte que d'effroi. La bataille livrée squs les murs de Sparte , par Épaminondas , à la tête des Béotiens et des Arcadtens , présenta un spectacle plus nouveau qu'alarmant à ceux

' Voyez Plat, la NiOw

. * Le combat près rÉgo-Potame ent Uen Tan 405 avant rère vulgaire /entre la flotte attiénienne, oommanâée par Gomm, et les Taineani lacédéraonieDS, aons les ordres de Lysander. Conon prit la fuite i la plus grande partie I de la Hotte tomba au pouvoir du Taiaquenr aTêo trois mlUe prisonniers, qui, chose borrible! fiirent condamnés à mort et égorgés.

Les murailles d'Alhènes firent abattoes an son des instruments , comme si la Grèce atilt reeoatré sa liberté.

* La longue nmraille s'étendait depuis Athènes jusqu'à la mer, et enfermait les trois ports de Pirée, Phalèro el Mttnichie.

4 Les Athéniens s'allièrent avec les Lacédémoniens » alors que ceux-ci, après la bataille de Leuctres, qu'if a L perdirent contre les Thébains commandés par Épami* de cette action , que d'antres atlribiieot è une politique F nondas , avaient pour ennemis tous les peuples de la atroee, et à la yiolence de son caractère. i Grèce.

* Commandanlles hommes de trait.

'* Arrien a snivi la narration de Ptolémée, Macédonien, ami d'Alexandre ; ce lieutenant devait tout dire et a tout dit pour rejeter sûr d'autres les horreurs du sac de Thèbes. On sait qu'Alexandre se repentit p(»idaot tonte sa vie

EXPEDITIONS D' ALEXANDRE

qui partagèrent son malheur. On n*a pas mis au rang des grandes calamités; ni le siège de Platée * ; où les ennemis firent si peu de prisonniers, et dont presque tous les citoyens s'étaient retirés à Athènes ; ni la perte de Jttelos et de Scione^, petites villes insulaires dont la prise étonna moins la Grèce quelle n'avilit le vainqueur.

Mais la défection subite et téméraire des ThébainSy l'attaque si promj^te de leur ville, si facilement emportée, ce vaste massacre exécuté par des compatriotes , par des Grecs qui vengeaient d'anciennes injures » la ruine totale d'une cité que sa puissance et sa gloire militaire mettaient naguèreau premier rang des villesdela Grèce, on crut devoir tout attribuer an courroux céleste. Les dieux semblaient punir les Tbébains d*avoir trahi la cause des Grecs dans la guerre contre les Perses; d'avoir, au mépris de la foi des traités, surpris Platée, saccagé la ville et impitoyableinent massacré, contre les mœurs et l'usage des Grecs , ceux d'entre eux qui s'étaient rendus aux Lacédémooiens ; d'avoir ravagé le théâtre où les Grecs combattant les Perses avaient , par leur courage, assuré la liberté de leur patrie ; enfin, d'avoir opiné pour la ruine d'Athènes, lorsqu'elle fut mise en délibération dans le conseil de la ligue lacédémonienne. On ajoutait que ces calamités avaient été annoncées par des prodiges célestes , que la superstition ne rappela qu'après l'événement, ^

Pour prix de leurs services , Alexandre remit le sort de la ville aux alliés ; ils furent d'avis de la raser, et de conserver une garnison dans la citadelle ; de se partager tout son territoire, excepté la ']>artie consacrée, et de réduire à Tesclavage les femmes, les enfants et le reste des Thébains échappés au carnage, excepté les prêtres et les prétresses, et ceux cfui se trouvaient attachés par les liens de ^hospitalité à Phih'ppe, à Alexandre ou à quelques Macédoniens. On dit que, par respect pour la mémoire du poète Pindare, Alexandre épargna sa maison et sa famille;

* Les Thébains aaiiégèrait Platée en Tan 4^1 avant Fère valgaire.

' Au moment où les Athéniens Ibrent complètement battus eo Sicile, les Thébains prirent le parti des Perses contre Lacédémone.

les alliés firent relever et fortifier les murs d'Orchomène et de Platée.

Aussitôt que la nouvelle de la ruine de Thèbes.fut répandue dans la Grèce, ceux des Arcadiens qui s'étaient avancés au secours des Thébains condamnèrent à mort les conseillers de cette démarche. Les Ëléens rappellent des exilés que favorise Alexandre. Les villes d'Ëlolie s'empressent de députer vers lui pour obtenir grâce d'avoir pris part à ces mouvements.

Quelques Thébains, échappés au carnage, en portent la nouvelle à Athènes, au moment où l'on célébrait les grands mystères ; les cérémonies JiDnt interrompues ; on retire dans la ville les bagages de la campagne ; on convoque l'assemblée générale ; et, sur la proposition et le choix de Démade, on députe vers Alexandre dix Athéniens : on prend oes envoyés parmi ceux qu'on sait être les plus agréables au prince; ils doivent-, quoique un peu tardivement, lui exprimer la joie des Athéniens sur son retour d'illyrie, et sur le châtiment qu'il a tiré delà défection des Thébains '. Alexandre, répondant du reste aVec bienveillance à la députation, écrit au peuple d'Athènes , qu'il ait à lui livrer Démostbène, Lycurgjjie, Hypérîde, Polyeucte, Charès, Gharidème, Ephialtès, Diotime et Méroclès : il les regardait comme les auteurs de la journée sanglante de Ghéronée, et de toutes les entreprises tentées contre Philippe et contre lui-même ; il ne les accusait pas moins que les principaux chefs et les instigateurs mêmes de la défection des Thébains. Les Athéniens, au lieu de les livrer, députent de nouveau vers lui pour apaiser son courroux, et le supplier 'd'épargner leurs concitoyens. Il accueille leur demande *, soit par égard pour la ville d'Athènes, soit que, n la veille de passer en Asie, il ne voulût laisser dans la Grèce aucun sujet de mécontentement ; il se borna seulement à exiger le bannissement de Charidème, qui fe réfugia en Asie près dé Darius.

4 Ce qui était le dernier période de fa licbeté , ajonle Tautear de rHistoire des Hommes.

* Soit qu'il fût rassasié de Teogeanoe, ajoute Rollin, soit qu'il cherchât ft elRicer, s'il était possible , par un acte de

r douceur, Taction airoœ et barbare qu'U venait de oommetlre. (RoUin , Hist anc)

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