CHAPITRE V
Conquête de l'Asie mineure ocddenlale. — Eedditioa de Sardes» d'Eplièse, de la Magnésie, de TraUes, de Ladé. -— Siège et prise de Hilet — TeotatÎTes iontiles des Perses. — Siège et prise d'Haliearnatse. — Conquête de la Carie. — Alexandre envoie nne partie de ses tronpes en quartiers d'hiver. — Sonnûoion de la Lyrîe.
Alexandre marche vers Sardes ; il n'en était âoigné que de soixante et dix stades » lorsque Mithrène» gouverneur de la place, accompagné des premiers de la ville , vint à sa rencontre; ils lui apportaient des trésors et les clefs de la citadelle. Alexandre campa: aux bords de lllermus, que vingt stades séparent de la ville. Il détache Amyntas^ pour* prendre possession de la place, et relient Mithrène auprès de lui avec honnenr. Il rend la liberté aux habitants de Sardes et de la Lydie, et leur permet de se gouverner par leurs anciennes lois '. Il monte
' Ce prinee avait encore besoin du seoonrs des Grées » et il espérait » en les associant à r honneur de sa victoire , se les rendre plus fidèles et plus affectionnés. (Roll., 255.)
* Fils d'Andromène. «
• La victoire da Graniqne valot à Aleiandre presque . tonte l'Asie mineore : an reste, ce héros semMait alors mériter sa gloire. En prenant les villes, il leur laissait lents lois : on eât dit qne c'était an despotisme, et non anx peuples, qn*il venait donner des diatnes. (Histoire des boniineB, I89«)
à la citadelle que les Persans avaient occupée ; il la trouva extrêmement fortifiée. En effet , elle s'élevait sur une hauteur inaccessible , es« carpée , ceinte d'une triple muraille. Il résolut d'ériger sur le sommet un temple et un autel à Jupiter Olympien ; et , comme il cherchait la place qu'il lui assignerait , voilà qu'au miUea d'un ciel serein le tonnerre gronde, et qu'une pluie abondante tombe où fut l'ancien palais des rois de Lydie. Alexandre crut que le dieu lui-même désignait la place ; il y fait bâtir le temple. Il laisse à Pausanias , un des hétaires , la garde de la citadelle ; et à Nicias le soin de répartir et de percevoir les tribius. 11 établit Asandre * gouverneur de la Lydie et du reste de la province , à la place de Spitridate , avec le nombre d'hommes de trait et de chevaiix nécessaires pour la garder.
Calas et Alexandre, fils dtHrope, fiirent chargé» de conduire, dans le pays soumis à Memnon , toutes les troupes du Péloponèse et des alliés , à l'exception des Argiens qu'on laissa en garnison dans Sardes.
Cependant la nouvelle de cette victoire mémorable s'étant répandue, les troupes étrangères en garnison à Èphèse prennent la fuite sur deux trirèmes dont elles s'emparent : avec eux était Amyntas, fils d'Anttochus , qui avait abandonné la Macédoine et Alexandre , non qu'il eût à s'en plaindre , mais par haine particulière , et par hauteur de sentiment qui n'en voulait Vlen souffrir.
Alexandre arriva le quatrième jour à Ephèse, ramenant avec lui ceux de ses'partisans qu'on avait bannis; et, ayant aboli l'oligarchie , rétablit le gouvernement populaire. Il assigna à Diane les tributs que l'on payait aux barbares. Afifranchi de l'a crainte qu'inspiraient les oligarques , le peuple recherche à mort ceux qui ont donné entrée à Memnon, pillé le temple de Diane , brisé la statue de Philippe dans son en- ' ceinte, et renversé sur la place publique le tombeau d'&éropythe, qui avait rendu la liberté à Éphèse. Ils arrachent du temple Syrphace, Pélagon son fils, ses neveux, et les lapident. Alexandre empêcha les recherches et les supplices de s'étendre; il prévoyait que, abusant bientôt de son pouvoir, le peuple le tour?
< Fils de Phiiotas.
EXPÉDITtOKS D'ALEXANDRE.
nerait noa-seulement conlre les coupables» mais contre les mnecenis, pour satisfaire sa vengeance ou son avidité. Et certes , parmi le$ titres d'Alexandre à |a fjloire, sa conduite à Éphèse ne fut pas le moindre.
Sur ces entrefaites arrivent des députés de Magnésie et de Traite, pour offrir leurs villes à Alexandre. Il y eovole Parméoion avec deux mille ciuq cents hommes d'infanterie étrangère, aKtant des Macédoniens et deux cents cavaliers du corps dçs bétair^. Il détache vers les villes de l*£oIie et de Tlonie» encore au pouvoir des barbares » Alcimale ' , avec un pareil nombre de troupes » et Tordre de détruire partout Toligarcbie, et de relever la démocratie, de rendre aui^ peuples leur ancienne constitution , et d'abolir les tributs qu'ils payaient aux barbares.
II s'arrête à Ephèse , sacrifie à Diane; et ac- * compagne la pompe avec toutes ses troupes sous les arm^ en ç^rdre de bataille.
Le lendemain, il marche vers Milet avec ic reste de linfanterie, les hommes de trait, 1^ agciens , la eavalerie des Thmces, le premier corps des hétaires, suivi de trois autres; il s'empare de la ville extérieure, abandonnée sans défense, y pbce son camp, résolu de cerner la ville iulériew*e p£|r une eirconvallation. U^gésistrate, qui commandait la place, avait d'abord écrit k Alexandre pour la lui rendre ; mais reprenant courage par l'arrivée de l'armée persane quon annonçait , il m pensait plus qu'à h garder aux Perses.
Cependant Nicanor , qui . commandait la flotiC des Grecs, prévint les Perses, et irois jours avant qu'ils se préseniasseat, mouilla en l'jle de Ladéf près de la ville, avec cent-soixante voiles. Les Perses, arrivant trop tard, et troih vant la position occupée par Nicanor, ^ reti? rèrcnt sons le promontoire de Mycale. En effet, Alexandre, pour garder cette llei avait, outre ses vaisseaux, fait passer dans le port quatre** mille hommes, composés de Thraces et d'étrangers. La floite des barbares était de quatre cents voiles.
Parménion conseille à Alexandre de tenter le sort d'un combat naval. Parmi les causes qui hii fîiisaient croire que les Grecs rempor-
I Vils d'AjB[atocle.
teraient ki victoire, il plaçait le plus heureux augure. En effet, de b poupe du vaisseau d'Alexandre, on avait vu un aigle s'abattre sur le rivage. La victoire |Mromettait par la suite les pbis heureux succès ; un échec n'entraînait pas de grands désavantages; l'empire de la mer restait aux Persans. Il ajouta qu'il offrait de s'embarquer, et départager les périls.
t Parménion se trompe; il interprète mal l'augure, répondit Alexandre. Quelle imprudence d'attaquer avec des {prces in^les une flotte si nombreuse; de compromettre des soldats inexpérimentés h la manœuvre; avec les hommes les plus exercés sur la mer, les Cypriens et les Phéniciens! Comment risquer, avec des barbares, sur un théâtre aussi incertain, la valeur éprouvée des Macédoniens ? Une dëfaite navale suffirait pour ruiner, la première réputation de nos armes. La nouvelle de ce revers ébranlerait la Grèce : après avQîr tout pesé, il * semble peu convenable, dans ces drconsiances; de livrer un combat sur mer : Tangiire doit s'interpréter différemment; il est favorable sans doute; mais l'aigle, en s'abaitant sur le rivage, semble nous présager que c'est du continent que nous ancrons ki flotte des Perses. »
Sur ces entrefaites, Glaucippe, l'un des pre* miers citoyens de la ville, député vers Alexandre par le peuple et les troupes qui la défendaient, lui annonce que les Milésiens offrent d'ouvrir également leur port et leurs murs aux Perses et aux Macédoniens, s'il consent de lever le si^eàeettecondiiion. Alexandre lui ordonne de se retirer en hâte, et d'annoncer aux Milésiens qu'ils aient à se préparer à le eombattre bientôt dans la ville. On approche les machines des remparts ; ayant de suite ébranlé une partie du mur et renversé l'autre, Alexandre fait avancer ses troupes ponr pénétrer par h brèche, à h vue moait des Perses, devenus presque téraoh» passifh, à Mycale, de ladétresse de teura alliés. Nicanor, apercevant de Ladé les mouvemjsnls d'Alexandre, côtoya le rivage, et occupant le port à l'endroit oii son ouverture se rétrécit, y raa^ de front aea galères, les proues en avatit, interdit aux Perses l'entrée, et aux Milésiens tout espoir de secours* Ceux-ci, et les étrangers qui leSt défendent»
su iV. J.*«.