CHAPITRE IIL
Meurtre de Clilus '. — Sacrifiocs aax Dioecnres , ravalés par les flatteurs aa-dessoas d*Alexaodre. — Indignation de Glitus ; emportement dn prince ; assassinat. ^ Variantes sur ce récit; repentir d'Alexandre. — Bassesse des prêtres et d*Anaxarque.
Ces réflexions amènent naturellement le récit du meurtre de Glilus, quoiqu'il n'ait eu lieu que quelque temps après.
Les Macédoniens avaient fixé la fête de Bac* chus à un jour particulier, dans lequel Alexandre sacrifiait, chaque année, à ce Dieu ; mais alors, négligeant le culte de Bacchus, il consacra ce jour aux Dioscures ^ et depuis il institua en leur honneur des sacrifices suivis d'un festin. Après avoir vidç un grand nombre de .coupes, selon l'usage d^ barbares imités par
' Clitus était un vieil officier de Philippe , qui avait fait toutes les campagnes des Macédoniens depai$ vingt ans, et qui , passant sa vie dans le (umulte des camps , n'avait pu plier son âme fière à oe manège des coors qui mène à la fortune et an pouvoir. Alexandre devait H vie à sa valeur, ^ mais le prince craignait son bienfaituur encore plus (jn'il ne Taimait , comme c'est l'usage des despotes , à qui loot ftrdeau est pénible même celui de la reconnaissance.
' Castor et PoUux.
vin , on parla des Dioscures dont on faisait remonter l'origine à Jupiter et non pas à Tyn" dare. Quelques-uns des convives, quelques flatteurs (et cette peste fut et sera toujours la ruine des rois et des empires) avancèrent que les exploits de Castor et Pollux ne pouvaient se comparer à ceux d'Alexandre. D'autres osèrent blasphémer contre Hercule, et détestèrent le démon de l'envie qui empêche les héros de recevoir dès leur vivant les honneurs qui leur sont dus.
Clitus, irrité de longue main du changement d'Alexandre et des flatteries de ses courtisans; animé par le vin et supportant d'ailleurs impatiemment l'offense faite aux Dieux , et l'abaissement injurieux de la gloire des anciens héros pour relever celle du conquérant, t El
> qu'a-t-il donc fait de si grand y de si admira-
> ble pour mériter de tels éloges? A-t-il acquis » seul la gloire de ses conquêtes, n'en doit-il
> pas une grande partie aux Macédoniens. » Le discours de Glitus offense Alexandre.
Je ne saurais ici l'approuver; dans une oi^ie, le plus sage était de garder le silence, et de ne point mêler sa voix à celle des flatteurs.
D'autres cependant rappellent les exploits de Philippe, les rabaissent et vont jusqu'à les contester pour rehausser ceux de son fils. Clitus, hors de lui, commence Téloge de Philippe et la satire d* Alexandre, s'exhale en reproches amers, et tendant va's lui la main en le bravant : c Alexandre, sans le secours de « ce bras, tu périssais dès le Granique >.
Enflammé de colère par l'outrage et les injures de Clitus , Alexandre s'élance sur lui ,' on le retient. Il appelle alors à grands cris ses Hypaspistes, et comme ils n'avançaient point, il s'écria : c Me voilà donc comme Darius re-
> tenu par d'autres Dessus ! Il ne me reste de
> roi que le nom. > Il échappe alors aux bras de ceux qui l'entourent, saisit ou reçoit la pique d'un de ses gardes , et perce Clitus.
Aristobule ne rapporte point l'origine de cette querelle; il rejette le tort sur Glitus i il raconte qu'au moment où Alexandre, dans son transport , s'élança pour le tuer, Clitus avait été entraîné hors de Fenceinle par Pttlémée * ;
' Fils devLagos ^ un des gardci d'Alexandre.