CHAPITRE VI
Terme des conquêtes d'Alexandre. — Marche vers l'Euphrate^momiarei des Macédomens; harangue d'Alexandre pour les apaiser.— Silence des Grecs; réponse de Ccenns. — Colère du prince; auspices contraires ;annonce de la retraite. — Joie de l'armée ; autels, sacrifices^ jeux; étais de Porus agrandis. — Alexandre coofimie le pouvoir d'Abjssare et revient vers THydaspe.
'Il s'avance alors vers IHydaspe pour soumettre les Indiens au-delù du fleuve^ ne voulant mettre fin à la guerre qu'abrs qu'il ne trouverait plijs de résistance. Les peuples qui habitent ao«>deIà de THydaspe se livrent avec succès à ragricuitiire et aux armes ; leur police est douce; ils vivent en république aristocratique bien administrée. Les éléphants qu'on trouve dans ce pays y sont plus forts et en plus grand nombre que partout ailleurs.
Ces récits enflammaient l'ambition d'Alexandre. Mais les Macédoniens commençaient à perdre courage, en voyant leur i^incc entasser travaux sur travaux, dangers &ur^ dangers; des groupes se formaieiit dans le camp ; les plus retenus dé[)loraient leur condition ; les autres mena^^ient de ne past^marcher.
Instruit de ce commencement de trouble et de découragement, Alexandre, pour l'arrêter à sa naissance, rassemble leschefe, et alors: Macédoniens , compagnons de mes travaux , puisque vous ne les partagez plus avec la même ardeur , je vous ai convoqués pour vous amener à mon avis ou me ranger au vôtre, fK)ur avancer ou retourner ensemble; que si vos exploits, si votre général vous pè^. sent , il n'a plus rien à vous dire. Mais s'ils vous ont acquis l'ionie, nielloâpont, les deuK Phrygies, laCappadoce, la Paphlagonie, la Lydie, la Carie, la Lycie, la Pamphilie, la Phénicie et l'Egypte, tout ce que les Grecs • occupent de la Libye, une part de. 1* Arabie, la Cœlo- Syrie avec la Mésopotamie, Baby-
EXPÉDITIONS D* ALEXANDRE
S27 iT« !.-€•
> lone el le pays des Susiens; si vous avez stib- » jugtié les Perses, les Mèdes et les peuples » acquis ou soustraits k leur domination ; si » vous avez porte vos trophées au*delà des Py- » les caspiennes, du Caucase et du Tanaîs; » soumis ta Bactriane, PHyrcanie, lamerCas-
• pienne , et repoussé les Scythes dans leurs » déserts; si l'Indus, THydaspe, l'Acésinès et » l'Hydraolès co|iIent aujourd'hui sons nos lois, i qu'attendez-vous pour ajouter à notre em- » pire THyphasis et les nations au-delà do mb t lM>rds? Craindriez-vous aujourd'hui des bar-
> bares, vous qui les ayez vus fuir devant vous,
> abandonner leur pays et leurs villes , q^ les » refnettre à votre courag0 Qt marcher ensuite » sous vos étendards? Il n'est, sans doute, pour
• des cœurs généreuiLy de fin aux travaux que » dans les travaux mêmes qui les immortali* 9 sent. Si quelqu'un d'entre vous en demandait » le terme , qu'il sache que nous n'avons pas » loin d'ici au Gange et à la mer Orientale, qui t se réunit à celle des Indes , an golfe Persi- » que * et embrasse le monde ; du golfe Pert sique nous remontons jusqu'aux colonnes » d'Hercule , et soumettant TAfrique comme
> l'Asie, nous prendrons les bornes du monde
> pour celles de notre empire*
» Que si nous rebroussions chemin , voyez
. » que nous laissons derrière nous un grand
» nombre de peuples belliqueux; au-delà de
» i'Hydaspe, tous ceux qui s étendent vers la
» mer Orientale; au Nord, tous ceux qui ha<-
> bitent les bords de ia mer d'Hyrcanie et les » Scythes. A peine aurons-nous commencé » notre retraite, qu'un soulèvement gêné- » rai renversera nos conquêtes encore mal af- » fernûes* Ceux que nous n'avons point sub- » jugués entraîneront les autres. Il faut donc » perdre tout le fruit de nos travaux , ou les • continuer. Courage, compagnons, affermis-»
> sez-vous dans la carrière des braves; elle est
> pénible , mais honorable ! Cette vie du cou- » rage a des charmes ; la mort même ii|en est
> point exempte, «quand elle consacre le guerf rier à l'immortalité. Notre père et notre
> guide, Hercule, serait-il monté au hitte de la
> gloire , au rang des dieux , s'il s'était làche-
' Noos Buppriffions ici une erreur grossière de géographie. Arrieo fait ajouter par Alexandre que la mer d'Hyrcanie (CatpfeDneY se rthinU an golfls Persiqne.
I > ment renfermé dans les murs de Corinthe, d'Argos et de Thèbes , ou dans les bornes du Péloponàse? Dionysus, plus célèbre encore , n'a-t-il tenté que des entreprises ordinaires? Et nous qui avons passé Nysa, bâtie par Dionysus, nous, maîtres d'Aorne qui brava les efforts d'Hereule , nous hésiterions à fttire un pas de plus! Aurions-nous laissé ces grands monuments d^ nos travaux en nous vouant à l'obscurité et au repos dans la Macédoine , ou si nos efforts s'étaient bornés à triompher des Thraces, des lllyriens, des Triballiens et de quelques-uns de nos ennemis dans la Grèce ?
» Que si je ne partageais pas le premier vos fatigues et vos dangers, votre découragement aurait un motif. Vous pourriez vous plaindre d'un partage inégal qui placerait d'un côté les peines, et de l'autre les avantages. Mais , périls et travaux , tout est com» mun entre nous , et le prix est au bout de la carrière. Ce pays! il esta vous. Ces trésors! ils sont à vous. L'Asie soumise , je saurai remplir vos espérances , ou plutôt les surpasser. Alors , je congédierai , je reconduirai moi-môme ceux qui voudraient revoir leurs foyers; alors, je comblerai ceux qui resteront de présents auxquels les antres porteront envie. »
Ce discours est suivi d'un profond silence, rassemblée n'osant combattre , et ne voulant point accueillir l'avis d'Alexandre. Et lui : Qu'il parle , celui qui n'approuve point ce dessein. « Nouveau silence.
Enfin Gœnus ^ : c O prince! vous l'avez déchiré, vous ne contraindrez point les Macédoniens. Vous voulez les amener à votre avis, ou vous ranger au leur ; daignez m'entendre , non pas au nom de vos chefs qui , comblés par vous d'honneurs et de bienfaits» doivent être soumis à tous vos ordres, mais au nom de l'armée entière. N'attendez pas de moi que j'en flatte les passions, je ne vous parierai que de votre intérêt présent et à venir. Vous dire ici lavérité, est un privilège que je tiens de mon âge , du rang même que votre générosité m'a donné , et du courage que j'ai montré en combattant près de vous.
' Fili de Polénioerate. *
S37 AT. i.^ LIVRE V , CHAPITRE VI. ^'J
Ces conquêtes et d'Alexandre et des Grecs par des larmes combien , éloignée du dessein
qui ont tout abandonné pour le suivre , pkis d'Alexandre ^ elle soupirait après le retour
elles sont éclatantes , et plus la prudence dans la patrie. Alexandre» offensé de la liberté
conseille d'y mettre un terme. Quelle foule de Cœous et du sHenee des autres chefe» rom-
de Grecs et de Macédoniens marchaient sous pit rassemblée.
vos drapeaux ! Vous voyez aujourd'hui leur petit nombre. Dès votre entrée dans la Bactriane vous avez congédié , et avec raison , les Thessaliens dont l'ardeur se ralentissait. Une partie des Grecs est reléguée ou plutôt prisonnière dans les villes que vous avez fondées. L'auti*e partie , attachée avec les Mac^ doniens à tous vos périb, est tombée dans
L'ayant réunie le lendemain , furieux : t Je » ne contrains personne à me suivre ; votre
> roi marchera en avant; il trouvera des sol-
> dats fidèles. Que ceux qui l'ont désiré se » retirent , ils le peuvent : allez annoncer
> aux Grecs que vous avez abandonné votre
> prince. >
II se renferma alors dans sa tente : il v resta
les combats, on moissonnée par les maladies ; '. pendant trois jours , sans parler h aucun de ses quelques-uns couverts de blessures sont épars hétairei: il atliBud qu'une de ces révolutions
dans VAsie; le peu qui reste, voit s'éteindre ses forces et son courage. Ils sentent au fond de leurs eœurs se réveiller ce sentiment de la naiure^ le désir de revoie leurs femmes, leurs pères et leiirs enfapts, la mèrepatrie, la terre natale. Ils le désirent d'autant plus, que vous les avez comblés de richesses. Qui pourrait les blâmer? Ne les entraînez point malgré eux dans une carrière où languirait leur courage, puisqu'il ne serait plus volontaire. Ah ! plutôt revenez embrasser votre mère , rétablir Tordre dans la Grèce , et suspendre aux foyers domestiques de si illustres ]lrophée| ! Alors qui vous empêchera de combiner une nouvelle expédition en Asie, en Europe ou en Afrique? Alors vous remplirez vos dessains ; vous verrez voler ssrr vos pas l'élite des Macédoniens; vous remplacerez des bandes harrassées par des troupes fraîches, et des soldats que l'âge a mis hors de combat^|inr une jeunesse d'autant plus ardente qu'elle aura moins d'expériencedes dangers , et qu'^ifrrée des plus hantes espérances elle ne songera qu'aux récompenses à la vue des richesses et des lauriers que vos vieux compagnons rapporteront dans leurs foyers. Prince ! il est beau de garder de la modération au comble de la prospérité. Un aussi grand capitaine qu'Alexandre, et à la tête d'une pareUle armée , n'a sans doute rien à craindre de ses ennemis. Mais les conps du sort sont inopinés , et le; desUns inévitables. •
L'assemblée reçut par des applaudissements miiversels le discours de Cœnus , et témoigna
qui ne sont pas rares dans l'esprit des soldats en change les disposi lions.
^Mais rarmée affligée, s^ être ébranlée, continue de garder le silence. Polémtée rapporte quQ^ néaçinoins , il fit les sacrifica^ aaooutumés pour obtenir un passage favorable. Les auspices sont contraires. Alors rassemblaini les plus âgés et |es plu§ intin^e^ des hét^irefi : < Puisque tout me i*af^a, allâz anpniiper à » l'armée le départ. »
A pette nouvelle, la n^ultiiude ppu^^e des cris, expression de sa joie; Ips |ins fpnd<|nt ^ larmes ; les autres accourent jusqu'à 1^ tente d'Alexandre et le bénissent d'êirp agsez géPfir reux pour ne céder qu'à l'aïppup (de ^ soldat^.
Ayant divisé alors s^d armép en do^ze corps, il feit élever à chacun d'euif: qn autel immense, aussi iSevé et pl^$ étendu que les plu9 grandes tours, en témoignage de sa recpnpaisssince çn* vers les dieux, et en raoïmipent^ de ses yîfitoires.
Ce tranpl achevé , il ordonne des sacrifices selon le rit grec, des jeux gymniques et équestres, et range tout le ^ys jusan'à l'Hydaspe ♦ sous Ja domination de Porus. Il retourne , travers0 de nouveau l'Hydraoïès et l'Aeésinès. C'est sur les bords de ce «euve qu'Epheçtlon vient d'aeftever , d'après ses ordres , la ville qu'il devait élever. Alex^çJr^ penp4a ceitiB nouvelle cité des barbares finitfaMs auxquels il ouvre un asile, et des stipendfaires invalides. Il fait ensuite les pB^paraîifs nécoffi^irejs ppur descendre dans la grande Wf f.
Sur ces entrefaites, Arsace, satrape des ëtata voisinai d'ij^yssare , aceompagné du -frère de
ce prioce et de ses principaux officiers » lui apportent, en son nom, les plus rares présents, amènent trente éléphants; excusent Abyssare, retenu par une maladie, de n'être pas venu se jeter lui-même aux pieds du conquérant ; ce qui était confirme par les envoyés d'Alexandre , alors de retour.
Alexandre satisfait confirme le pouvoir d'A-
D'ALEXANDRE. ^ki.U
byssare, joint Arsace h son empire, ordonne des tributs, sacrifie de nouveau sur les bords de TAcésinès, le passe, arrive aux bords de FHydaspe, fait relever par ses soldats les ouvrages que les mauvais temps avaient détruits dans Nicée et dans BucéphaUe , et r^le Tadministration de cette contrée. '