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CHAPITRE VII ET DERNIER

Oracle d'Âmrooii sur les bonncon à rendre h la mémoire d^EptiGstion. — Alexandre lui fait ériger des temples en

- Egypte. -*■• L'inoonnn snr le trône.— Dernier festin d'Alexandre. — Journal de sa maladie; tristesse de l'armée.—Sérapis^nsulté sur l'état d'Alexandre ; mort de ce prince.— Variante des récits de cet événement. — Portrait et caracièrc d'Alexandre. — Vices palliés oo excusés par Arricn. — Jugement que ron doit en porter selon son historien qui se dit inspiré par les dieux.

La {léputation envoyée au temple d'Ammon, pour consulter l'oracle sur les honneurs à décerner au favori , rapporte la réponse du dieu : qu'Ëphestîon doit être honoré comfne un hé* ros. Plein de joie, Alexandre obéit à l'oracle.

H écrit alors à Gléomène, administrateur coupable qui accablait l'Egypte de vexations » une lettre que je ne saurais approuver, en pardonnant même l'excès où l'entraîna son amitié pour Ephcslion. Il ordonnait d'ériger deux temples au favori % l'un dans Alexandrie, et l'autre dansTiledu Phare où s*clève cette tour, l'une des merveilles du monde; de consacrer ces monuments sous le nom d'Ephesiion , d'apposer môme ce nom à toutes les transactions particulières.

Si on peut ie blâmer d'avoir porté dans tout ceci de l'exagération, que dire de cette lettre?

* Le décadiut|ne, qui commande une file de dix bom* mes; le dimoîriie , qui a double paie ; le décastatère , qui reçoit dix ttatères. (Le statère Talait quatre dragmes, la dragme quatre-Tingt-dix centimes» ou dix- boit sous) ; leur ordre correspondait à celui de chef-nie^lle, de demifUe et de serre-fllc.

* Traits que retenait une courroie.

' Ainsi Adrien divinisa Antinoûs4

€ 8î je trouve, à mon arrivée, ces temples dei tés dans l'Egypte , non seulement je te pàr- 1 donnerai tous les méfaits passes, mais'encore 1 tous ceux à venir. > Paroles indignes d'ua grand roi, et surtout adressées à un scélérat dont l'administration s'étendait sur un grand pays.

La mort d'Alexandre était prochaine; un nouveau prodige, rapporté par Aristobule, Pannonça.

D'ALEXANDRE. wu.,.^

les sacrifices accoutumés, et demeura couché jusqu'au soir. H assemblé* les chefs, trace la marche de la^avigation , ordonne à Tinlanterie d'être prête pour le quatrième Jour , ''et à ceux qui doivent s'embarquer avec lui, pour le cinquième; il se lait porter dans sa litière au bord du fleuve, le traverse, se rend dans un jardin délicieux, y prend le bain et s*y repose. Le quatrième jovUr^ il foit les sacrifices accoutumés, cause avec Médius, et donne ordre aux

Après avoir distribué dans les corps de son chei^ de se rendre auprès de lui le matin;

armée les iroupes amenées par Peucestas , Philoxène et Hénandre , se sentant p)*e$se de la soif, Alexandre descendit de son trône. Les hétaïres, qui occupaient à Tentonr des lits aux pieds d*AFgenty s'étaient levés pour le suivre. Un inconnu, échappé aux fers, traverse les rangs des eunuques, et voyant le trône vide, s*y place. Les eunuques n^osent l'en chasser, une loi de la Perse le défendi ils déchirent leurs vêtements • frappent leur visage et leur poitrine, et n'augurent que m&ibeurs.

Alexapdre à cette nouvelle donne ordre de le mettre à la question, et d'en tirer l'aveu du complot, s'il en existe un ; on ne put eq obtenir autre chose, sinon qu'une fantaisie imprudente l'avait poussé à oette action, L^*devins oonçureni de celte réponse un présage ^core plus sinistre.

Peu de jours après » le prince, pour remercier les dieux de ses succès, fit les sacrifices accoutumés. On distribua des victiiÉes i r^« née, et du vin par compagilies K Lui-même il passa la journée avec ses amis, dans des festins qui se prolongèrent jusqu'au milieu de la nuit. Il allait se retirer, lorsque Médius, l'un dest hétaïres qu'il chérissait le plus, l'engagea k venir chez lui achever la débauche qu'il lui promettait agréublf;.

Les journaux du roi rapportent que le premier jour il but et mangea chez Médius , se leva , prit le bain , dorqiit.

Le lendemain , il revint chez le même ; poussa la débauche fort avant dans h nuit; se baigna; mangea très peu epsuite; y coucha ^ parce qu'il avait déjà un mouvennentde fièvre.

Le Iroiitèuu: jour, porté dana sa {itière il fit

mange peu , est reporte dans son lit; la fièvre eut lieu toute la nuit.

Le einqwhme il prend un bjiin, sacrifie; assigne à trois jours le départ de Néarque et des autres chefs.

Le sixième il prend un bain, sacrifie; la fièvre est continue. Les chefs sont convoqués, tout est fixé pour leur départ; il prend le soir un bain , et se trouve plus mal. , ^

Le ieptikme on le transporte dans un appartement voisin du bain; il sacrifie, et quoique gravement malade, rassemble les chefs, et donne de nouveaux ordres pour la navigation.

Le huitième on le porte avec peine au lien du sacrifice : mêmes ordres.

Le neuvième le danger est extrême; il sacrifie cependant. Il commande aux stratèges de rester dans Tintérieur, et aux chiliarques et aux pentacosiarques de faire la garde aux portes. On le taansporte à l'extrémitë des jardins dans le palais. Entouré de ses chefs, il les reconnut, mais ne put leur parler : il eut une fièvre violente pendant toute la nuit.

Le dixième la fièvre redouble jour et nuit»

Tel est le bulletin que j'ai ;iré ({es journaux du roi. }ls ajoutent que les soldats désirant le voir ayant qu'il expirât, et s'imaginant, sur le bruit de sa mort déjà répandu, qu'on voulait leur en dérober Ja nouvelle, forcèrent les portes. Le pirtnce avait ddjà perdu la parole; soulevant avec peine la tête et les yeux pour leur donner quelques signes de bienveillance, il leur tendit la main.

Python, Attale, Demophon, Peucestas^ Cléomène, Menidas et Seleucus passèrent la nuit au temple de Sérapis; ils demandèrent au

cooipagmef de dix et de cent hommes.

dieu, s'ils ne convenait point de transporter

Par loohies (décurie) et par héçatosises (cçnturie) | Alexandre dans son temple. « Il sera mieux où

> ilest, > répondit ToracJe.

SSSiV. I.-C.

On rapporla cette réponse i Alexandre, qui expira quelques instants après. Sa mort était le sens que cachait Forade.

Ptolëmée et Arisiobulc s'accordent sur ces détails. D'autres historiens rapportent que les hétaires lui demandant à qui il laissait l'empire, il répondit : Au plus digne. Et qu'il ajouta : f Les jeux funèbres que Ton célébrera » sur ma tombe seront sanglants. >

Je n'ignore point tout ce que d'autres otit écrit : qu'^Uexandre fut empoisonné par une trame d'Antipaier ; qu'Aristote, alarmé depuis la mort de Gallisthène, fournit le poison; que Cassandre, fils d'Antipaier, l'apporta dans la corne du pied d'un mulet; qu'il fut versé par son frère lolas, édianson du roi, lequel l'avait humilié depuis quelque temps; que Médius, amant d'Iohs, en fin complice; c(u'à ce dessein, il attira le prince à un festin; qu'aussitôt après avoir avalé ce breuvage, Alexandre sentit une douleur violente qui le força de quitter la table; et qu'enfin ce prince, désespérant de sa vie, avait formé le projet de se précipiter dans i'Ëupbrate pour dérober sa mort à ses soldats, et persuder au reste des hommes qu'd était remouté vers les dieux auteurs de son origine; qu'il fut retenu par Roxane et qu'il lui dit en pleurant : c Eh quoi ! vous m'enviez les honneurs célesles? »

Je n'ai rapporté ces particularités que pour montrer qu'elfes m'étaient connues; je les ai jugées indignes de l'histoire.

Alexandre mourut la cent quatorzième ôlym* pîade , Hégésias étant archonte à Athènes. Jl était âgé de près de trente-deux ans et huit mois au rapport d'Aristobule : il régna un peu plus de douze ans et demi. * «.

11 était d'un très bel extérieur; d'une résolution prompte et infatigable , d'un .courage a tonte épreuve; avide de périte et encore plus d'honneurs et de gloire; plein de piété, assez indiffèrent aux voluptés sensuelles, insatiable des plus nobles plaisirs , habile à saisir le meilleur parti dans des conjectures difficiles, à peser, à augurer les probabilités d'un succès , -n'ayant point d'égal dans l'art d'ordonner des troupes , de les armer , de les gouverner , d'inspirer de la confiance aux soldats, et de relever leur courage en leur donnant le prenrier l'exemple d'affron-

UVRE VU, CHAPITRE Vil.

ter les périls aveo une constance inébranlable.

Dans les entreprises douteuses, son audace décidait la victoire. Eh ! qui sut mieux que lai prévenir des enneaûs qu'il accablait de sa présence avant qu'ils eussent pu seulement soupçonner sa marche? Il fut religieux observateur de ses engagements , d'une prudence toujours en garde contre tous les pièges, d'une générosité qui , ne réservant rien pour lui seul, prodignait tout à ses amis.

Que s1t faillit dans ses premiers mouvements de colère, s'il imita le faste insolent des barbares, jl fiiot en accuser sa jeunesse, sa prospérité même, et surtout les flatteurs, cette peste des cours.

Mais ilfiuit remarquer à sa gloire, que de tous les despotes il est le seul qui se soit sincèrement repenti. La plupart, en effet, s'obstinast iniquement dans leur faute qu'ils croient pallier eala soutenant ; comme si, dans ce cas, il pouvait y avoir un autre remède que d'avouer la faute, et de Tavouer hautement; Foffensé croit que Tinjure s'allège par le repentir de l'offenseur : c'est une heureuse présomption qu'on cessera de mal faire alors^que l'on confesse avoir mal fait.

Que s'il a rapporté son origine aux dieux, ce n'est pas un grand crime ; il se proposait d'imprimer .plus de respect aux sujets; imitateur en ceci de Minos, d'Eaque, de Rhadamarite, de Thésée , d'Ion, qui ont fait remonter leur naissance, les uns à Jupiter, les autres à Neptune et à Apollon.

11 revêtit l'habit des Perses, macs par politique, pour leur paraître moins étranger, ponr contenir l'orgueil des Macédoniens : et tel fut le moUf. qui lui fit introduire les mélophores persans dans les rangs des Macédoniens et dans l'agéma. ' «

S'il se livra à la débauche, ce fut moins par goût que pour complaire'à ses amis; car Aris- 'tobule rapporte qu'il buvait très peu».

Que ceux qui blâment Alexandre ne le jugent point sur des faits isolés, mats sur l'emsemble de ses actions; que jetant ensuite un coup d'œil sur eux-mêmes, ils examinent leur propice faiblf^sse et la manière dont ils se soni réglés dans leur sphère étroite, avant que de condamner, celui qui s*éieva au plus haut degré de ((loire, monai'que de deux continents, et

47G EXPÉpiTIDiNS D'ALEXANDllE.

dont la renommée s csl clcndue par toute la terre. En effet, il n*est point de nations , point de cités , point d'hommes qui ne connussent alors le nom d'Alexandre.

Ce n'est point sans une volonté spéciale des dieux qu'il a paru parnri les hommes dont aucun n'a pu lui être comparé. Je n'en veux pour preuves que cette foule d'augures et de visions qui ont accompagné sa mort, et le bruit de sa mémoire éternelle parmi les hommes , et

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les orwif's rendus dans les derniers temps chez les Macédoniens, concernant les honneurs qu'ils lui décernent.

Pour moi, je ne rougis point de m'inscrire parmi les admirateurs d'Alexandre, quoique j'aie condamné quelques-unes de ses actions, par respect pour l'intérêt public et la vérité qui, d'accord avec les dieux, m'ont inspiré le dessein d'écrire son histoire.

FIN DES EXPÉDlTIONb d'aLEH^AMDAE PàU ARRICN.

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