‹ Choix des historiens grecsChapitre 207 sur 286 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Chronologie des Egyptiens.

La clironotogie des Égyptiens est ce qa'il y a de plus difficile et de plus épineux dans Thistoire an* cienne. Les modernes, qui ont tenté de Téclaircir , n^ayant eu d'autre but que de la faire accorder avec les annales des Hébreux, n'ont point bsflancé à retrancher ce nombre prodigieux de ôècles qui s'est écoulé entre le conmiencementde cette monarchie et .la conquête qn^en fit Cambyses , et n'ont pas fait plus de grâce à cette non moins prodigieuse quantité de rois que se donnaient les Égyptiens.

Les chronologistes modernes ont sagement fait de proscrire cette multitude de siècles , et de commencer leur chronologie des Égyptiens peu après le déluge. Tous, ou presque tous, ont retranché les règnes des dieux et des demi-dieux , parce que ces règnes leur paraissaient trop fabuleux. Je ne suis pas si hardi. Les anciens historiens et tous ceux qui ont parlé par occasion des Égyptiens reconnaissent ces règnes. Je n'ose les contester. Je crois qu'on peut leur donner de la vraisemblance : l^" .en retranchant plusieurs siècles à ces règnes; 2p en expliquant en quoi ils consistaient , et ce qu'il fiiut entendre par cette expression. C'est ce que je crois avoir Ikit avec quelque succès dans le paragraphe dixième , à cela près que j'y ai suivi Hérodote dans le gi*and nombre d'années qu'il donne à ces règnes , nombre qu'il faut nécessairement réduire, si on veut approcher du vrai. Je ne me propose point de foire un système de clironologie. Si j'avais en ce dessein , plein de respect pour les livres saints, et persuadé intimement qu'Qs ne contiennent rien que de vrai, j'aurais pris , de même que le P. Pélau , pour base de mon système le calcul des Hébreux, qui Vwe le déluge

-universel à l'année 2580 de la période julienne , 2528 ans avant notre ère. Gbam , fils de Noé , passa peu de temps après le déluge en Egypte avec sa famille, et lui donna son noiu. David appelle l'Egypte la tmre. de Cham : et * Mravit Israël in A^gypiuniy et Jaeob accola fuit in terra Cham, Posuit * in eis verba signorum suorum^ et prodiçiorum in terra Cham. Ohliii ^ sunt Deum , qui salvavit eos , qui feciimagnalia in yEgypto, mirabiliainiêrraCham. Piutarque dit aussi * que les Égyptiens donnent à ieur pays le nom de Chemia. Cham mena avec lui Mizraîm, son second fils, et peut-être ses autres enfants. De la le nom de Mizraîm , que les Hébreux donnèrent souvent à l'Egypte. Ce nom s'est transmis jusqu'à nous, et l'on désigne encore actuellement l'Egypte sous la dénomination *de * ilfe^r ou Misr y que les Turcs, qui ne prononcent pas deux consonnes de suite dans la môme syllabe , prononcent conune si ce nom était écrit Mi$sir. Je prendrais pour premier terme de mon système l'année 2588 de la période julienne, 2526 avant notre ère , qni est celle de l'entrée de Gbam en Egypte. Je chercherais ensuite dans l'Histoire sainte, ou à son défaut dans la profane, quelque époque connue et presque incontestable. Je remplirais ensuite l'espace intermédiaire avec les rois cités par Hérodote, et même avec la Théocratie, de manière à foire correspondre ces règnes avec ceux des princes qui occupèrent le trône dans le même temps en divers pays. On sent bien, sans que je le dise, qu'il m'aurait fallu beaucoup raccourcir tous ces règnes , et surtout le gou-

( Psalm. 104 , } 25.

» Und. f 27.

spsalm. «05,f 21.

4 Plutarch. de Iside et Osiride , pag. 564. C.

^ Mémoires sur TEgypte , pag. 55.

PAR LARGUER

vemement liiéocratiqae , et que cet arrangement aurak été purement conjectural. Mais puisqu'il ne reste rien dans les auteurs anciens qui puisse; fixer nos incertitudes, il est permis de se livrer à des con§ jectures. Mon travail achevé, j'en aurais pent-^tre reconnu la futilité , et à l'exemple du P. Pétau , savant dont la Fsance ne s'honore pas moins qnt l'illustre compagnie dont il était membre , je me serais déterminé à ne point parler de l'Egypte , ne pouvant le fiiire d'une foçon satisfaisante , même après Les travaux du choalier Marsham et de M. Desvignoles.

Quoi qn'il en soit , je ne me suis pas proposé de foire une ch{:onologie, mais d'exposer en peu de mots les divers systèm&s des anciens et des modernes sur PÉgypte, et surtout celui d'Hérodote , afin de faciliter la lecture de son histoire. Quoique j'aie apporté toute l'attention possible pour ne point faire dire à cet historien quelque chose qu'il n'aurait pas dit; ou pour arranger les ftrits d'ime manière qu'il n'eiH pas avouée, j'ai mieux aimé intituler cet ouvrage Essai sur la Chronologie d'Hérodote^ que de lui donner un titre plus magnifique, qui n'en aurait imposé qu'aux demi-savants.

Mais avant de rapporter le système de cet historien, j'ai cru devoir jeter un eoup^'onl sur celui des auteurs qui sont venus après lui. Cela formera autant de paragraphes.

S I. De la vleflle çbroBiqne.

Cette chronique n'est pas plus ancienne qu'Alexandre, puisqu'elle s'étend jusqu'à Nectanébo, 48 ans avant la conquête de l'Egypte par ce prince ; et peut-être lui est-elle de beaucoup postérieure. Les annales de l'Egypte étaient alors en grande partie détruites ; et ce qui en restait n'était peut-être pas entendu, la langiœdans laquelle elles étaient écrites ne se parlant plus depuis longtemps. Son auteur, quel qu'il soit, est d'autant plus suspect, qu'il ne nous a point fait connaître les sources où il avait puisé. Quoi qu'il en soit , voici «on système :

« IP y avait chez les Égyptiens orne ancienne » chronique, qui parait avoir induit en erreur Ma- » néthon. Elle renfermait trente dynasties en cent treize générations, et un espace de 56,385 ans. » La durée du règne de Vulcain est nulle , parce 0 qu il parait le jour et la nuit. Le soleil a ré- « gné 30,000 ans , Saturne et les douze autres » dieux 5,984 ans, et les huit demi-dieux 217 ans.

» en 105 ans; la dix-lmttièmé des Memphites , qua- » torze générations en 548 ans; la dix-neuvième » desDiospolites , cinq générations en 194 ans; la » vingtième dynastie des Diospolites, huit généra • » tions en 228 ans; la vingt-unième des Tanites » six générations en 121 ans; la vingt-deuxième des » Tanites, trois géaéralîonsen 48 ans ; )a vingt-troi- » sième des Di0spolites, deux générations en 10 ans ; » la vingt-quatrième des Saîtes , trois générations » en 44an8; la vingt-cinquième des éthiopiens, trois » générations en 44 ans; la vingt-sixième des Mem- »[phites , sept générations en 177 ans; la vingt-sep-^ » tième des Perses, cinq générations en 124 ans; ....

» la vingt-neuvième dynastie générations en

» 59 ans; la trentième dynastie des Tanites, une » génération en 18 ans. »

Les quinze premières dynasties comprennent vmgt-deux génératioxis des dieux etdes demi-dieux, et quios^ générations du cycle caniculaire ; en tout trentensept générations en 34,644 ans. Les quinze dynasties suivantes sont de soixante-seize générations en 1,88» ans, en y comprenant les règnes de la vingt-huitième dynastie, qui sont de 184 ans. Si Ton admet , avec le Syncelle , au nombre des rois, les quinze générations du cycle caniculaire, lesquelles sont de 445 ans, l'on aura iy)ur la somme totale des règnes des rois 2,5SMans, quoique le Syncelle la porte à 2,565 ans. Comme cette chronique s'étend jusqu'à Nectanébo, 18 ans avant la conquête de l'Egypte par Alexandre, il est certain qu'elU fait remonter le premier roi à Vm 2,040 de la pe riode julienne, 2,674 ans avant jpotre ère; antiquité qui ne s'accorde pas plus avec les Livres saints qu'avec THîstoire profane.

S U. De HanéthoD.

Manéthon *, grand-jf^rêtre de Sâwmiyte,et greffier desarehives sacrées, avait composé, par ordre de Ptolémée Philadelphe, une histoire d'Egypte, qn41 avait extraite, à ce qu'il dit , des livres sacrés d'Hermès Trismégiste. Sa chronologie yiious a été conservée en partie par Eusèbe , Jule* Africain et Joseph, dans sa réponse à Apion. Le fragment de Manéthoi^ rapporté * par Joseph, comprend la dixhuitième dynastie , et les deux premiers princes de la dix-neuvième. Celte dix-huitième dynastie contient quinze rois et deux reines , qui .ont régné 540 ans 7 mois. Si Taulcur de la vieille clironique ne s'accorde pas avec Manéthon sur le nombre desgé^

» Après eux , qu'mze générations du cycle canicu-' W<^rations de celte dynastie, du moins y est-il assez »» laireen 445 ans : la seizième dynasUe des Tani- | conforme, wr la durée des règnes.^ Jules Africain

compté dans » la même dynastie seize rois , sans

' Sinœlli Cbronogr. , peg. 40. »

» tes , de huit générations en 190 ans; la dix-sep- » tième dynastie des Memphites, quatre générations

* Sinoelli Chrooogr. , pag. 51 .

Hêrodotb.

* Joseph, oontra Apionem, lib. f , s xv*

• Syncelli Chronogr., pag. 69, 70 et 72.

4SIÈ

dire un seul mot des reines. €es seize rois ont rftgiH^; seloQ cet écrivain, 288 ans. Gela fiût nne dilKrenëe de 52 ans 7 mois. Si te témoignage de Mahétiion est suspect , parce que , vivant dans un siècle où rancienne langrue des Égyptiens était très-pen ieonnue, il est à présumer qu'il Tignorait absolument , ou qu'il n'en avait qu'une ccMinaissance imparfiiite , on peut encore assurer que son témoignage n'est d'aucune valeur , parce que nous n'avons de édi écrivain que des fragments altérés par les auteurs qui les rapportent, ou par leurs cdpisles. Cette dix- 'huitième dynastie prouve manifestement qn*on ne peut se lier à son témoignage. Eusèbe, qui fait phn fession * de le copier, nonmie seize rois et porte la .Homme totale de leurs règties à S86 ans, tandis que Joseph ne Tévalne, d après le même Afanélhon , qu'à 540 ans.

Je ne puis rien dire de plus sur M. historien , parce qu'il n'est pas possible , après l'exemplo emprunté de la dix-huitième dynastie, de compter sur rexactitude de Joseph , d'Ëusèbe et de Jules Africain, dans ce qu'ils rapportent de cet attteur sur le^ auH^s dynasties

Le Syncelle prétend * que les écrits de Manéthoiî sont{>Ieins de mensoi^es; et qu'à l'imitation de Bérose , il a foiigé des tables. Cela est très-vraisemblable; je n'en regrette pas moins que Jules Africain ail mutilé et interpolé le système de cet écr» vain, au lieu de le donner tel qu'il Tavâit trouvé. * M. Goguet/ prétend que MAnéthon profita de l'opinion des JSgyptiens , qui croyaieht ^ ainsi que là plupart de» anciens peuples , qu'ils avaient été ori- - ginairement gouvernés par les dieux, pour étaUk J 'antiquité de sa nation. Mais Hérodote , qui fionssait environ deux siècles avant cet écrivain, |iar(a 'du règne des dieux iet du ilombr^ d'années que les prêtres égyptiens assignaient à chacun ^e ces dieux.

CHRONOLOBIE D'H&llODOTE,

$ hi. de îuié» At^tcàln.

Le même savant nous dit aussi que les différentes : "**^ "^ ^^ ^^ dynastie. Là viiigt-qtiatrième dy-

partiel de TÈgyple ayant été gouvemées^^par diffif-

rentsprincesj M anéthon avait réuni tous ces princes «^^ »«»«»; la vingtHîithîuième rehfcrthe trois 11^

dans un seul et même catalogue, et avait voulu faire croire que chacun de ces princes avait régné successivement sur toute l'Egypte.' Cette opmion ti*est pas particulière à Manéthon. (Test celle d'Hérodote, et cet historien la tenait dos prélres égyptiens. C'était celle de Diodore de Sicile ; et , si je ne nîe trompé, celle de tous les chronologisles, jusqu'au chevalier Marsliam, qui est, je crois, le premier .•qui ait imaginé Vingénieux système des dynasties collatérales.

■ Euaeb. CKronic lib. prier., pag. 16.

^ * Syncelli Chronogr. , pag. 46.

^ De l'Origine des Lois, etc., lonie m , Dîitert. m, pag. 2&I et 282.

Jules Africain, d'Emmaâs en Palestine, depuis appelée Nicopolis, florissait au troisième dède sous les empereurs AntoniU) Hélagidiale et Sévère Alexandre. Son principal ouvrage est Une Chronegraphie, qui comprend 5,724 ^ns depuis la création du monde jusqu'au consulat d'Annius Gratus et dé Claudius Séleucus , l'an 221 de notre ère. Sa Chronologie est actuellement perdue; mais on la retrouve en partie dans. Eosèbe^ le Syncelle^ Jtan Malala , Théophane , Cédrénos , et dans la Chi^nique Paschale ou d'Alexandrie. Jules Afrteain comptait vingt-six dynasties qui avaient occupé le trône d^Égj'pte , jusqu'à la conquête de ce pays par Cambyses. La pr^piière dynastie comprend huit rois en 265 ans ; la deuxième , sept rois en 224 ans; la troisième , neuf rois en 21 4 ans ^ la quatrième , neuf rois en 284 ans; la cinquième, neuf rois en 248 ans^ la sixième , six rois en 205 ans ^ la sqitième renferme soixante-dix rois qui ont régné chacun un jour} en tout 2 mois 10 jours ; la huitième , vingt-sept rois en 44*6 ans ; la neuvième dix-neuf rois en 409 ans; la dixième, dix-neuf rois en 485 ans; ia onzième, seize rois en 45 ans ; la douzième, sept rois en 460 ans j la treizième, soixante rois en 484 ans; la qua* torzième dynastie manque dans le Syncelle. Eusèbe, qui nous Ta conservée, lui assigne soixanteseize rois en 424 ans. La quinzième comprend six rois en 284 ans; la seizième, trente-deux rois en 548 ans; la dix-septième, quatre-vingt-six rois en 495 ans; la dix-hditième , seiÉerois eil 284 ahs; la dii-neuvième , Mx rois étt SIM ans ; la VingtiG* me, doUze rois en 455 àhs; la vingtmnièmé, sept roii^ en 45D ans ; la \îngtHienxième , lietif roi^ ^ 4 46 ans ; la vingt-troisième , quatre rois èri 8D ah^. La première blymt>iade eut lieu sous Pétubatès, ptt^

nantie ne contient qu'un seul roi, dont le règne est

en 40 ans j la vmgt'-sixième, neuf rois en 4dO ante B mais.

Cet écrivain s^étdit proposé potit bot de fiûtt accorder, comme le dit ^ le Syncelle, la chrotiol<^é des Égyptiiais avec celle de rÉcritu*^. foyoïtt sH à réutei. 4** il compte, cinq cent irente-dedit rôb en vingt-six dynasties, qui ont régné 5,8^6 ttt» S moiâ 46 jours. Psammacfaéiilès , qui fol dépossédé fftr Cambyses , après six mob de règne , est le P^itfv« méttit d'Hérodote, il ftit vaincu et fedt prisonltier Van 525 avant notre ère. Si l'on ajoute ce bombfe à 5,826 , on aura Tan 6,554 avant notre èit pbar Mi tiègnè de Menés. Le monde ayant été créé , snitttU les Grecs, que suit Jntes,Afl:icalti, 5,500 aitt

* SyncriU Chronogr., pag. 55 et S4.

PAR LARGHER.

kânent avant J<sds-*Chri$t , il s'enslitt que ce prîilce refait (NH ans avant l'épeqilè cpi'il assise à la èréation dû monde ; ce qui est absurde.

S* n met soixante rois dans la treizième dynastie , qui ti'ont régné que 4B4 ans ; soixante-seize dans là quatorzième , dont le règne est aussi de 184 ansj quatre-vingt-six rois dans la dix-septième , qui n'ont gouverné que 4S5 ans. Ge petit nombre d'annëes, pour un aussi grand nombre de princes , pèche contre toute vraisemblance. Ge n'est pas tout * la septième dynastie est de soixante-dix rois ^ qui n'ont régné que TO jours. Afin de sauver éette invraisemblanée , il faut supposer que ces prihdès se sont muttiellement détruits.

5« Il place la première olymp'ftde sous Pétubatès. SI Ton suppose que t*e fut la première année de son règne, cette année concourra avec Tan 5,958 de M péHode julienne , 776 ans avant notre ère. En ajotitant la somme des règnes suivants ^ il se trouvera que Calnbyses aura subjugué TÉgypte l'an 4,225 de la période jiiliehne, 404 ans avant nothe ère ; eé qlii e.^t cOntrettît par les histoires lès t)lu8 aiilheutiques, qui mettent cette conquête Tan 4^t89 de la période julienne, 525 ans avant noire ère^ c'est-à-dire 54 atis plus haut. Si Ton sup(M)seau coiitraîre que la pl'emière olympiade concourt avét; la qncirantième et dernière année de Pétubatës , ou qdelc|U'une déi années intennédiaires, la conquête de TEgypte par Cambyses sera nécessairehiént reculée d^àulënt d'années; ce qui répugnera darentftgé à Thistoire.

S IV* D*EuBèbe.

La chronique d'Eosèbe renferme deux livres. Cet éerivain dôme dans le premier ^ entre autres choaeS) des extraits de Manétlion et de Jules Africain snr les rois d'Egypte. Peut4tre ne connaissait-il Manétbon que par ce qu'il en avait trouvé dans la Chronographie de Jules Africain. Ces deux ouvrages étant perdus, il est impossible de constater la fidélité de ces extraits.

Le second li^re contient le Canon chrono1ogi(iue, et commence à la première année d'Abraham \ laquelle correspond, suivant cet écrivain , qui suivait le calcul hébraïque , à l'an du monde t ,948 , et conoourt aVec Tan 2,678 de la période julienne , 2,056 ans avant notre ère. La seizième dynastie régnait alors en Egypte. La vingt-sixième a fini par la conquête de Cambyses , en 4, 4T0 de la période julienne, 544 ikns avant motrè èr«; c'est-àMlire, 49 ans pltts tdl qu'elle n* a fini réellement. Ces onze dynasties ont donc occupé le trône 4 ,402 ans. On ignoré si Ilusèbe admettait la durée que donne Jules Africain aux quwze dynasties précédentes. S'il était de son ^gînioD, le royaume d'Egypte aurait commencé

404 ans 2 mois 40 jours avant la création dti maiide^ sdon le calcul hébraïque qu'il suivait. On remarque sur la durée des règnes de quelques rois de la différence entre cet écrivain et le Syncelle , et il n'est pas toujours d'accord avec lui-même, puisqu'on trouve quelquefois sur le même objet de la contradiction entre sa chronique et son canon chronologique.

§ T. Du srnceiie.

Le moine George , Syncetlé de Tarmse , patriarche de Constantinople, florissait dans le huitième siècle. Il se livra à la chronologie ; et prôfitaiit du travail de ses devanciers^ il nous a donné line chronologie complète depuis la création du monde jusqu'au règne de Diodétien. Il s'était aperçu qiiè le système de Jules Africain ^e répondait pas , surtout dans ce qui regarde les Égypliehs , aux vues qii'il avait , de faire accorder l'ancienne chronologie avec l'Écriture. Voulant remédier à cet inconvénient , il retrancha la plus grande partie de ces rob , et n'en laissa subsister que quatre-vingt-six, dont Méilèfl est le premier , et Amosis le dernier. Celui-ci étant mort, selon le Syncelle, Tan 4,244 delà période julienne , 505 ans avant notre ère , si l'on ajouté là durée des règnes des rois ses devanciers, tlsè troUvehî que Menés , le premier de ces rois , est mdhl(^ sur lé trdne Tan 4 ,000 de la période jtiUemie , 2,724 ans avant notre ère. Les retranchements que s'est permis cet écrivain ne sont fondés suf âucUrie sorte d'autorité , et sont contredite' par tons lés auteiirê qui ont parlé des Egyptiens. 11 parait les avoir faits sans y avoir été autorisé , et^dans la seule viie dé concilier l'Histoire sainte avec celle dé^ Égyptiens. Cependant , bien loin d*y avoii* réussi, il met le coihmencemeni du règne de Menés 595 àtls Rivant tè déluge.

Ëratosthène ' avait rassetiiblé , par ordre de Pldlëmée-Ë vergetés, ou par celui dé Ptoléthéè-Epiphânés, les annales des rois d*Égyple , et lès avait ektraites des livres des Égyptieiis. Apoilddt)ré téUt* avait donné place dans sa Chronogra))htè. Ce6 Od-s vrages sont haalheureiiseméttt perdu» ; hiftt<$ le Sytlcellef nous a conservé les nom et la durée des règtlel^ t» de trente-huit rois, qui avaient régné à '1 hèbes , dont ces deux chronographes avaient fait mention. Le premier de ces rois s*appehiit Menés. U est oertaitt que c'est le même pi-incé que Jules Africain | Ensèbe et le Syncellç reconnaiisent pour le premier roi des Egyptiens. Cependant le Syncelle, dont cette liste de rcâs dérangeait les calculs ^ suppose que celui qui avait été roi- d'Egypte était différent de celui qui avait régné à Tlièbes. Ëtt éffel , il pince le

* Synoelli Cbronogr. , pag. 9t et 1 47.

iïi.

CHRONOLOGIE DHÉRODOTE,

premier Tan 2,776 du inonde, qui répond à Tan 4 ,990 de la période julienne , 2,724 ans avant notre ère , et le second à l'an 2,000 , qui correspond à Fan 2,444 de la période julienne, 2,000 ans avant notre ère ; c*est-à-dire , que le second est postérieur an premier de 424 ans.

H parait certain que Ton appelait ces princes rois de Thèbes quoiqn*fls le fussent de TËgypte entière , parce que cette ville était alors la capitale de TÉgypte. Mais, lorsque plusieurs siècles après Menés, Uchoréos ' eut fondé , ou plutôt agrandi et embelli Memphis, la plupart des rois abandonnèrent Thèbes pour résider en cette ville. Tous les rois qui ont précédé Uchoréus, et qnî sont au nombre de soixante-neuf, selon Diodore de Sicile % sont appelés par cette raison rois de Thèbes. Peut-être même faut-il encore compter parmi ces rois plusieurs de ses successeurs.

Le Syncelle, qui s^était aperçu qu*en admettant ces princes il faudrait faire remonter les rois d'Egypte 4 ,075 ans plus haut , selon son calcul , ou plutôt 4 ,207 selon la règle des générations , a mieux aimé les rejeter comme inutiles ^, parce qu'il aurait

. Êillu mettre Menés Tan 1 ,500 du monde , c*est-àdire , Tan 725 de la période julienne , 5,094 ans avant notre ère , et par conséquent 725 ans avant le déluge , puisqu'il met le déluge Tan du monde 2,242, lequel corre^nd à Tan 4,456 de la période julienne ; 5,253 ans avant notre ère. C'est par la même raison qu'il a supprimé les noms de cinquantetrois autres rois de Thèbes qu'il a\ait trouvés dans la Chronographie d' Apollodore , et qui auraient fait remonter le premier roi 240 ans avant l'époque qu'il assigne à la création du monde , et i ,025 avant celle du P. Pétau.

Le Syticelle aurait di1 conserver précieusement la liste des rois d'Egypte , telle qu'il Tavait trouvée dans les chronographies de ces deux écrivains, sauf à y joindre des remai^ques critiques. On aurait su du moins quelles étaient les opinions des Égyptiens sur Tanclenneté de leur nation , et lequel d'Hérodote ou de Diodore de Sicile avait le plus approché de la

, vérité..

S VI. De quelques chronologistet modernes.

Le P.'Pétan ^ regardait comme des fables indignes de l'attention des savants les origines et les dynasties des Ég)'ptiens , quejious ont transmises Jnles Africain et Ëusèbe. Aussin-en a-t4 pas dit un mot dans son canon chronologique.^

' Diodor. Sicol., llb. I , $ l, pag. 50. .Md.Jbid.

> Synoelli Ghronogr., pag. U7, wab flnein. 4 Petav. de Doctrina tempor. llb. x , cap. xvii. .

Le chevalier Marsham n^en avait pas la même opinion : mais comme il n'était pas moins pénétré de respect pour les écritures que ce savant jésuite , il imagina que ces rois avaient régné en différentes villes en même temps; et à la faveur de ces synchronismes , il trouva le moyen de fiiire accorder Thistoire d'Egypte avec nos livres saints. On doit lui savoir gré de son zèle. Mais ces synchronismes étant dénués de fondement, son ouvrage, savant d'ailleurs, ne peut servir qu'à égarer. Voici sa manière de procéder. Diodore de Sicile avait avancé que les successeurs de Menés , au nombre de cinquante-deux , n'avaient rien fait de mémorable pendant 4 ,400 ans. Hérodote avait observé, de son côté, que les prédécesseurs de Sésostris n'avaient rien foit d'éclatant. De là le chevalier Marsham conclut , qu'entre la mort de Mènes et l'avènement de Sésostris au trtoe, il ne s'était écoulé que 4 ,400 ans. Il prétend ensuite que Sésostris est le Sésac de l'Ecriture , quoique cette opinion ne soit appuyée que sur un texte * de Joseph , mal entendu ; çt comme Sésac parait être de l'an 5,747 de la période julienne , 967 ans avant notre ère , Menés doit être de l'an 2,547 de la période julienne , 2,567 ans avant notre ère. C'est dans cet intervalle de 4 ,400 ans , entre Menés et Sésostris , qu'il suppose que tons les rois dont parlent Jules Africain et le Syncelle ont régné en différents nomes.

M. Borheck m'oppose ' nne réflexion de M. Gatterer. a Le doute , dit41 , qu'a élevé Larcher contre » l'ingénieuse explication du chevalier Marsham a » été détruit par M. Gatterer. Ce savant observe 9 qu'on ne peut pas conclure des fragments trèsu corrompus de Manèthon qu'il n'a été fait aucune » mention de ces synchronismes dans l'ouvrage en- » tier de cet auteur , puisqu'on en trouve des traces » dans les membres dispersés de son ouvrage, quoi- )) qu'elles soient obscurcies par la faute de ceux qui » les ont extraits. »

En quel endroit de ces fragments trouve-t-on ces synchronismes ? Je n'y en aperçois point , et

• Joseph, après avoir parlé de rexpédilion de Susae , roi d'Egypte, contre Roboam, remarque qu'Hérodote eo a fait mention , et qu'il ne s'est trompé qne sur le nom de

oe prince fiB'fiwitM ci Tsiuru; rri( çpcirilaç xeà b LXixapvoT'

Joseph. Antiq. Jnd. , lib. viii , cap. x. Sut, pag. 449. Jofli&ph veut dire sealeineiil qa'Hérodole s'est trompé eo attribuant à Sésostris nne eipédilîûD qui regardait Sésac. ntpt eu (ïowffsixow) itXaynBeU ÙpéZozot ràç -KpdUn «wtou iM9àçp€i mj^^nxu. Id. ibtd., cap. x, S ii, pag. 449. Ainsi Joseph croyait que Sésostris et Sésac étaient deux princes irèa-difTérents.

* Dans la traduction latine de mon Essai de Chronologie , par M. Borheek , pag. 27 et 28.

PAK LARGUËK.

M. Gatterer aurait dû les indiquer. Ce savant ajoute, il est vrai , qu'elles sont obscurcies par la foute de ceux qui ont extrait ces fragments. Si cela est aînsi^ on ne pourra les découvrir qu'en corrigeant ces textes. M8LS aura-t-on alors Touvrage de Manéthon? N'aura-t-on pas plutôt celui de M. Gatterer ? C'est ce que je laisse à déterminer.

M. d'Origny fit imprimer en 17tô une chronologie égyptienne. Il y prétend ' que « TÉgypte , » dans son origine , était divisée en diverses princi- » pautés , où le gouvernement était assez uniforme. » On avait établi , continue-t-il , dans chacune , des » prêtres , avec chai^ d'écrire les annales ; et » comme ces principautés étaient entièrement indé- » pendantes les unes des antres, les prôtres n'insé- » raient dans leurs mémoires que les événements » qui appartenaient à celles des principautés dont ils » étaient les historiens. »

11 est très-vrai que les prêtres étaient chargés d'écrire les annales de la nation, n y en avait d'établis à Thèbes , à Mempliis , à Héliopolis , et , suivant toutes les apparences, en d'autres villes aosâ. Mais leur emploi n'éUit point, comme le dit M. d'Origny, d'écrire seulement les annales des principautés dont ils étaient les historiens. Ce fait > imaginé pour avoir le droit d'arranger à son gré les différentes dynasties, ^ est démenCi par Hérodote ^ qui dit ' positivement qu'après avoir consulté les prêtres de Mempliis , il s'était transporté à Thèbes et à Héliopolis , pour voir si les prêtres de ces deux dernières villes s'accorderaient afrec ceux de Memphis. Cet historien les trouva parfiitement d'accord.- Si les prêtres n'eussent écrit que les événements relatif à leurs principautés , il eût été très-inutile de consulter les ims et les antres sur rhistoire générale de l'Egypte. Ils n'auraient pu rapporter que l'histoire particulière qu'il»étaient chargés d'écrire.

Quant à la division de l'Egypte en plusieurs royaumes , on serait tenté de croire , au ton dogmatique de M. d'Origny, qu'il a recouvré quelque ouvrage précieux sur l'histoire de ce pays. Mais non ; toutes ses preuves sont empruntées de deux passages de Manéthon , qui ne signifient rien , et d'un fhigment d'une liistoire composée par un Juif obscur , qui a cru relever le législateyr de sa nation par des febles ridicules. Exanûnons plus particulièrement ces preuves.

Manéthon ^ raconte « qu'une grande armée • d'un peuplé* qui n'avait nulle féputation vint » du ctfté de l'orient , se rendit sans peine maître

* Chronologie das wùis du grand -empire des Égyptiens , lom. i,pag. 34. • *

* Herodot. lib. ii , $ m.

* Chronologie du grand empire des Egyptiens, tom. ii, ptg. 59. " '

» de notre pays , tua une partie de nos princes^ » mit les autres à la chaîne , etc. » Telle est la traduction de M. d'Andilly. Mais , je le demande à M. d'Origny : si un peuple barbare venait fondre sur la France , et s'il passait au lil de Tépée la plupart de nos princes , serait-il endroit d'en conclure, d'après l'historien qui aurait rapporté ce feit , que la France était alors divisée en plusieurs états ? Je dis plus : cette traduction n'est pas exacte. « Des hom- « mes ignobles , dit Manéthon ' ,^ et « pleins d'au- 9 dace y fondirent à l'improviste des parties orien* » taies sur notre pays , le subjuguèrent sans peine » et sans livrer de combat ; et lorsqu'ils eurent en N leur puissance les chefs y ils brûlèrent impitoyable- » ment les villes et renversèrent les temples des » dieux , etc. » Le terme r©ùi iiytfioveùaxvraç comprend le roi et les grands du royaume, et ne vent rien dire de plus. On ne peut conckiredé ce passage, que rÉgypte fut alors partagée en plusieurs états.

n petit se faire qu'à la faveur de cette invasion , quelques seigneurs puissants se soient emparés (de l'autorité souveraine , chacun dans sa province , pendant les troiil)les qui agitèrent le pays , et que ces petits princes aient ensuite réuni leurs forces contre cette armée de pasteurs, comme le dit Mani^tfaon '. Mais comment M. d'Origny a-t-il pu savoir que ce gouvernement a subsisté longtemps ? qui lui a appris que les noms de ces petits rois ont été insérés dans lés annales de la nation , comme étant les vrais rois, les rois légitimes? Il est très-vraisefhblable que le prince , descendant des anciens rois du pays, con^ serva dans 'Sa dépendance la plus grande partie des provinces , qu'il subjugua peu à peu les seigneurs qui, à la foveur des troubles, avaient secoué le joiig de l'autorité; et que lorsqu'il eut réuni sous ses lois toute la partie de l'Egypte que n'avaient pomt soumise les pasteurs , il marcha avec toutes ses forces contre ces mêmes pasteurs , les battit et les chassa de toute l'Egypte , excepté de la ville d'Avaris , où ils se renfermèrent. La preuve que les choses ont dû se passer de la sorte , é^est que Manéthon ne parle plus de ces différents rois , qui s'étaient réunis contre les pasteurs , mais seulement d'Âlisphragmuthosis. Cependant si ces petits princes eussentencore existé^ c'eût été l'occasion de remarquer qu'ils Uvaient joint leurs forces à celles ^d'Alisphragniuthosis, ou d'observer que ce prince avait battu les pasteurs avec ses seules forces, et sans le concours de celles des antres rois égyptiens. De plus , Manéthon ^ ajoute que Thummosis, filsd'Alisphragmuthosis, ayant assero-

' Joseph, contra Apionem, lib. i, s xiv, tom. ii, pag.

* Id. ibid. , pag. 445.

* Joseph contra Apionem , lib.*i > § xiv , toob ii , pag.

CHKONOLOGIE

^9 une armée de quatre cent qnatre-vmgt mille hommes, assiégea la ville dîAvaris et la força de capituler. Si rÉgypte eîîl été alors partagée en plnçiçurs royaumes , comment ce prince aiirait-il pu lever de$ forpes si considérables ? On ne peut m'objeoter que les antres princes lui avaient envoyé des sçcours. Manélhon , qui en ava|t fait la remarque plus bafU en parlant du |^re de Tbummosis , n'aurait pa.^ manqué.de i^ire la môme remarque en cette occasion. Oo ii^peut donc conclure du récit de cet ly^torien qu0 TÉgypte , soit avant la conquête des pasteurs , soit après leur expulsiop , ait été partagée ^n pli?^ieqrs roy^uni^. On peut tout au plus en inférer que, pepdant les troubles, quelques grands seigne.ir^ se rendii:ent indépendants dans leurs nomes, a BÇii près comme les grands seigneurs en France s>ltnbuèrpnt une partie de Tautorité souveraine , sans cesser cependiint de reconnaître le roi pour leur seifl et légitime souverain.

Il Ç9iffBi qi\e Ip Juif Âriapan , auteur d'une liistpirç dqpi Jes fragments , con^rvés par Eusèbe , ne noiis fbnt g^ièrtj regretter la perte , assure que du temp^ fie Moïse les Égyptiens ' avaient plusieurs rpi^, çC oHçsl \^ grande preuve de M. d'Origny '. M^y^ cpjnnipQf pet écrivain a-t-il pu se servir d'une t^|le aMt<)riUé , Imî qui est si religieux ? Ne s'est-il dope poin|. aperçu que ce Juif racontait de Moïse <}e§ (^|ile$, n)9ni^stement contredites par rÉdriture, ^[ qu§ la' in^me Écrjture ne reconnaissait en ce teif||)g-là qi9^un sfiul roi dans toute TÉgypte ? En et- ^\ , loi'^M^ Pharaon vèiit poursuivre les Israélites , il ffisgçD|l|le ^x pents chars ? choisis , et tous ceux qui se ^rQuyèrpnt en Egypte. Ce prince aurait-il pu prpiidre î^vec lui les chats de toute l'Egypte , s'il

* Q'eùt poltifété maître de' tout le pays f M. d'Origny ne deyait-il pas imaginer qu'un Juif, qui paraissait si peu instruit de riûstoire du législateur de sa nation, ^e pouvait Tétre de celle d'un peuple ^étranger f De pl}|s, conup^nt peuV-on me^re un écrivain fabuleux et saDs autorité pu parallèle avec des historiens tels qu'Hérodote et Diodore de Sicile ? et cependant c'est sur iïmsi Êiibles nioyeqs que M. d'OHgny assure que 1 -Egypte était partagée en plusieurs royaumes.

Je crois qu'après avoir dé|ruit i!existeuce de ces royaumet» p^laléraux , on me dispensera d'examiper l'arrangement méthodique qu'a donné

. M. d'Origny «ix d'ifférentes dynasties des Égyptiens. Je me contente d'observer en général qu'il les a classées arbitrairement , et sans aucune sorte daulqçit^. *

* Eusebii Pxspar. Evang. lib* ix , § xxtii , pag. 452,

* Chronologie du grand empire des Ëgyptieus, tom. i >

*• |îxod.,cap. XI?, f 7.

D'HÉRODOTE

Je ne dirai qu'un mot sur quelques savants, dont le mérite est de beaucoup supéiîen^ à cdiu de M. d'Origny. Uslier, archevêque d'Ârmagh, en Irlande, ayant lu dans la chronique abrégée de Constantin Manassès que l'empire '• des Egyptiens avait duré t ,665 ans , remonte de la conquête de l'Égjpte par Cambyses l'an 4,489 de la période jalienne , 525 ans avant notre ère , et igoutant i ,665, il trouve que Menés commença k régner l'an 2,528 de la période julienne , 2,188 ans avant notre ire. Constantin Manassès et les autres auteurs ecclésiastiques ne sont d^aucune autorité en ces matières , par les raisons que j'ai dites plus bant. Usher , voulant dqoner les annales de Tancien et dn nou* veau Testament , ne pouvait adopter aucim des anciens systèmes. Tous les modernes devaient lui être indiflërents, desquels ne contredisaient pas ses vues. Il a mieux aimé en faire im lui-même , qui n'est pas plus mauvais que les précédents.

Périzonius a fait un ouvrage savant snr les origines des Égyptiens , d^ns lequel il réfute le chevalier Marsham , Usher , Gapàle, le P. PezroA et d'autres. C'est le même but , ce sont les mêmes vues. Il admet |e témoignage des anciens quand il est £|vorable à ses opiniona , et le rejette sans balancer lorsqu'il leur est contraire.

M. Desvignoles n'$i traité qn'en partie Phistoire d'Egypte, dans sa chrpnologie de l'histoire sainte. Je n'en dirai rjen de plus , son ouvrage étant entre les mains de tout le monde. Hermannns Cpnringius, savant médecin d'Helmstad , s'est distingué par plusieurs ouvrages, et principalement par ses .Idversaria CAroiioto^ica. 11 remarqne qti'Hérodote est un écrivain exact dans tout ce qu?il a écrit sur les rois (|'£gypte, depuis psammitichus ' jnsqn'à la conquête de l'Egypte paf Cambyses. Mais il ne rend pas la même Justice à cet historien , dans ce . qu'il raconte des rois qui ont précédé ce prince ; ou s'il ne l'attaque pas directement, du moins infinne-t-il le témoignage des prêtres égyptiens , snr leqqel s'appuie cet histqrien. « Je veux bien ^ dît*i{., que » tout ce qui a été raconté à Hérodote ai^ été emu pnmté d'un livre; mais çfe qui prouve qu'on ne )> doit point ajouter foi à ces récits , c'est que y ou » les prêtres Savaient pas eux-mêmes d'anctennes i» annales dignes de foi , ou qu'aucun d'eux ne ra- A conta de bonne foi aux étrangers rien de ce qui » était contenn dans ces anciens monuments. Il est » difiicile des'é^surer laqndlè de ces deax propos!n tioQsest là plus vraie. « Cependant le sentiment de

* Coostanlini Manasslt Breriarinm historicuni» p, î^, ^ 16, n, 18 et 19.

' Adversari<| G|iroiio|og» > cap. ^v.

Mbid. » cap. %T|,

PAR URÇH£R.

J«»l» ï ^m ^ V^mm ^ 4piWi W porte ^ croire gl^ )es prét^res éUi^qV ch^^és de traQ$niettre à la postérité 1^ çlipses iiiépiorables. Mais celte propositio^i admise,, ii peqse qi^f^ c^ annales ne fur^t ppint ^^les de ))pmie. foî par tOM$ les praires, ou <m'il A'ea transpira riçp de vrai. Il tâchede prouver \^ çeœnde i^^e de ce dUemipe par It; peu d'acçotd qui ^ remarque çntre les récits d'Hérodote et çeq^ de Diodore 4e Sicile et de ManéthQxi«'Mai$ cette ço^^-ifçiictioQ ne peut être r^t^, ni suf les annales, ni sur labonoe foi des prêtre^ égyptiens. fioQ-seplement ils lurent à Hérodote ce qui était ^rit ' dans leurs liy|:^ çur les trois pçnt quarante çt un fois qui ayajeut régné depuis Menés jusqu'à Se- {h^ et çur les trois oçnt q^ra^fe et un graïkls-pfèprès qui s^étaient succédé de p^e ep fils jusqu'à cett^ éppqpe; ipais çncore ils nienèrçntç(:t}iiâtonen daq4 qne grande sall§, où ils lui i^ontrèrent les irçis cent qqaran^i et i4pe statues cploàsales <;n bois, dç ceç grands-prlitre^. Hérodote les ayant compta % le f^cit des prèlres se trouva confirmé par le témoignage de sejs yenii^. Ces annales ne conten^i^nl, donc rien que ^e yrai, sur celte longue suite dç rpis, et les prêtres pe r^çontaiept riei\ qui nç s'y trqpvât; ^i|tren)ent ils n>ufaient pas pséen appeler aux statues des grands-préires , qui auraient infirmé leurs récits, si leur nomb.rç n'eut poin(été égal à cç)u) des rois.

Je rapporte , comme on le yoit , tout ce qui peut accréditer )e témoign^g^ d'Hérodote. Cependfinton pçut ^ir^ de^x r^flexiops, qui o^t échappée la sagacité 4? notre liis(qri^ • 1 "^ Il ^( certain que ds^ns ces anciens temps les Ëg|ptipns n'avaient pas encore }f)yei|(^les9ai:ac(^res hiérqglypjiiques, et moins enivre l'^pri^re cursiyç. Cornaient pouvaient-ils donc avoir des annales de ces temps'anciens? S" La sculpture ^tait alors ignorée. Comment pouvaient-ils dope §voir des ^ataes de leurs premiers rois et dç {çpfs preiniers pontifes 2 D'ailleurs, cette longue S(iite ù^ g^nér^tipps nonipterrompues dans l^s rois è^ dans le^ gr^nds-prôires, et celte exacte correspondance dans le nombre des uns et des autres , soqt impossibles.

Hérodote assure' que les prêfres lui avaient commoniqqé les apnales des ^gypi^ens. Il aurait dû être en garde contre leur récit. Sa candeur ne le luiper- Vfûi ^8, C'était , me dira-t-on , une foible raison pour croire; cependant c'en était une quelconque. Il n'en est pas de même de piodo^ de Sicile; il li'en ^vait d'aucune sorte : en effet, cet historien ne dit nulle partqu'il ait consulté les archives des Égyptiens , ou qu^il ait appris quelque chose desj prê-

'. ^erodol. , lib. ii , s p^Mi-

tr^ (l/J^ptç. ^i^ histoire ne pçpt donc avohr, datt$ cçitte partie , la même, authenticiiê que celle d'Hérpdote , et Ton ne doit pas balancer à rejeter tout ce qn| s'y trouve dç çontra^ire.

Quant à Msp;iéliioi), sqn t^ippignage n'e$ pas d'un grand pdds. \° De son temps, les annales d'Egypte étaient probahlement en grande partie .perdues, ou , co^me elles étaient écrites dansl'anciennç langue d^pays, Use Ironvail alors en Egypte 4rès-peu de savants qui l'entendissent. £st'K)& assuré que Manéthon fût de ce nombre?

M. Borheck répond :Est on assuré que Manéitu)» iqiwrait l' ancienne langue ? INon certainement oa ne peut l'assurer ; mais il c}st très-vraisemblable, qu'il l'ignorait. Combien peu de personnes y a-t-il acUi^iepient en France qui entendent nos vieux auteurs I ^'st-it vraisemblable^ continue le mâne savant, q^e PtoUmée eut çoufi^ à un prêtre igno-' rant {e soin d'écrire Vhisioirp ? Manéilion s'insmua probablement dans les bonnes grâces du prince et des grands, par des flatteries. 11 vanta sans doute ses copnaissances ; on le crut sur parole , parce qu'on n'était pas ep état de les apprécier. De là vint le choi^ qu'en fit Ptolémée pour écrire l'histoire. En général les choix des princes , même de ceux qui sont ks phis éclairés, sont mauvais, parce qua le plus souvent ils sont dqpes des intrigants. •

2° Les écrits de Manéthon ne sont pas parvenus' en ^tier juaqu'à nous ; il est à présumer qu'il f est couunis beaucoup d'uiUdélités dans le peu qui nous en reste. Qn en voit un exemple frappant au sujet de la dix- huitième dyn^tie^ exemple que j'ai rapporté plus haut, § 41 , pag. 47 et 48. «

5« Son témoignage çst d'autant plus suspect, qu'il ^ paraît avoir altéré l'histoire d'Egypte pour faire sa ' cour aux rois macédoniens qui régnaient alors en ' jÉgyple. Leis rois de Macédoine remontaient par 1 Ilercides àDanaûs, roi d'Ar^os. On peut voir Apollodore , sur la généalogie d'Amphitryon , livre ii , cliapilre l, § v j chapitre li, § i ; chapitre iv, § i et VI : et sur celle des rois de Macédoine , Hérodote , livre viii, § cxxxviï. Manéthon, voulant flatter les rois macédoniens , prétendit que ' Sésostris était frère de Danaiist Si Danaûs eût été frère de ce prince, Hérodote, qui ne manque jamais de rapporter les origines qui pouvaient illustrer lesgrandes maisons de la Grèce, n'aurait pas passé sous silence cette affinité. Mais bien loin de rien dire en parlant d'Àrmaïs \ frère de Sésostris , qui pût faire s'oup- • çonner ce prince d'être le même que Danaus, il donne à peaser au contraire ' que Danaûs et Lyncéc

< Joseph, eontra Apionem , lib. i» $ iv, pag. 447. > Herodot. , lib. ii , S cvu et cvui.

•Id.,ibid.,Sxci,

CHRONOLOGIE D'HÉRODOTE

étaient de simples particuliers de la ville de Ghemniîs^ Cette raison, qa^e je croîs victorieuse , sera encore plus développée dans le cliapitre des rois d'Argos. J'ajoute seulement quil ne se trouve aucun ancien auteur antérieur à Âlanéthon, qui aitavancé que Danaûs fut frère de Sés^strîs.

Deux illustres savants, MM. Meiners et Degen , comme je le vois dans la traduction latine de mon Essai sur la Chronologie d'Hérodot«, parM. Borbeck, professeur en histoire el en éloquence à Dnisbourg. ont voulu justiiier Manétlion contre mon accusation. Le premier * prétend que les prêtres égyptiens avaient imaginé beaucoup de choses qu'ils racon- - talent comme vraies aux étrangers, et il tâche de le prouver, parce qu'ils dirent en différents temps à Solon et à Hérodote. Ceci regarde ce que Platon rapporte de Vile Atlantique "; mais qui est-ce qui ne voit an premier coup d'œil que cet entretien de Solon avec les prêtres égyptiens est une fiction de cet illustre philosophe ? Et quand même on pourrait supposer que ce n^en est point> une, comme cette -fiction ne contredit en aucime manière ce qu^a raconté Hérodote des rois dlÉgypte , de la religion , des mœurs et des usages, du pays , on ne peut en conclure queues prêtres u*ont débité que des mensonges aux étrangers. Il ne faut jamais perdre de . vue qu'Hérodote interroge les prêtres de Memphis, d'Héliopolis , etc. ; que ces prêtres lui lisent les annales de leur pays. Cet historien savait donc la langue égyptienne. S'il la savait , il était <lifficile .aux prêtres de lui en imposer ; et si , malgré cela , ils l'eussent tenté , il lui aurait été facile de décou-

» * vrir rimposture.

M. Degen croit me répondre en disant que du temps de Manétlion les annales d'Egypte étaient déjà corrompues ; et que c'est dans ces annales corrompues que Manélbon paraît avoir puisé. Mais' si cet écrivain ne s'est pas aperçu que ces annales fussent altérées, il fallait qu*il fiH très-ignorant , et qu'il eiit lui-même bien pen de sens. S'il s'est aperçu qu'elles le fussent, et que, malgré cela , il n'ait pas laissé d'en faire usage, il faut qu'il ait été un imposteur et un grand sot en même temps , pour se persuader qu'il jsn imposerait aux savants. D*ail-

> leurs , M. Degen n a pas pris gaixle qu'en voulant justifier Maiiélhon il fait le procès aux prêtres égyptiens. Au surplus, que ce soit Manéthon ou les prêtres égyptiens qui nous aient débité des fables sur Toriginede Danaîis, il n'en sera pas moins vrai qu'on ne trouve aucun ancien qui ait avancé avant lui que Danaîis fût frère de Sésostris. On ne le prouvera jamais , et si j'ai joint à cela les motifs

■ De Chronologie Herodotcâ, pag. 58.

* iD Tim^o Plat. , tom. ni , pag. 24. £. et seq.

qu'il eut de débiter cette fîd>l6, je ne craiBS point qu'on les détruise , et il parait par le silence de ces deux savants qu'ils l'ont senti ainsi que moi.

Je suis bien étonné que M. Meiners ait prétendn justifier Manéthon , lui qui, page 12 de la traductimi latine de mon Essai de Chronologie, accuse Manéthor d'avoûrpuisédans lessoureesles plus impures, d'avoir raconté des choses invraisemblables, et qui se contredisaient entre elles, d'avoir imaginé des dieux inconnus aux Ég)'ptiens, et d'avoir confondu les hr blés des Grecs avec celles de son pays.

C'est ainsi que s'est exprimé M. Meûfiersan sujet de Manéthon, parce que j'avais avancé dansma première édition que dans le siècle même où vivait le Syncelle on n'aurait pn convaincre cet historien d'avoir débité des fables. Si M. Meiners avait lu eel aiticle avec attention, Il se serait aperçu que cet article n'avait rapport qu'à sa chronologie, et à vette suite immense de rois, appuyée en partie par les plus graves historiens, et qui n'a été contredite par aucun. J'ai donc pu dire, avec une sorte de confiance, qu'on n'aurait jamais convaincu Manéthon dans ce siècle d'avoir falsifié les annales de F£gypte, à moins qu'on ne lui eût opposé les Ihrres saiAts, qui seuls peuvent nous donner <}es lumières certaines sur ce ce sujet.

Quand M. Meiners sera d'accord avec lui-même, quand ce savant et M. Degen s^ccorderont avec MM. Gatterer et Frankius, ' qui prétendent que les tables de Manéthon contiennent une ère certame^ qui convient à la période deJobel ou les années du monde^ et à la chronologie de rÉcriture, il sera temps alors de leur répondre.

M. Fréret a pris le parti de Manéthon dans un savant et ingénieux ouvrage , où il défend la chronologie contre le système du chevalier Newton. La discussion de ses raisons m'écartierait trop de mon but. Je me contente d'observer que, M. Fréret n'ayant point prévu mes objections, ces objections restent dans toute leur force; mais comme il tâche de prouver que Danails était contemporain de Sésostris , je crois devoir ajouter deux mots sur ce sujet.

0 L'auteur* de la Chroniquede Parus, dit-il, mar- « que Tan 302 avant la guerre de Troie, pour celui » du passage de Danaus dans l'ile de Rhodes. Sén sostris, étant son frère , ainsi que l'avance Mttlé- » tlion , doit avoir régné en Ég}^pte 502 ans avant la » prise de cette ville. »

4 ® Il fallait piouver que Sésostris était'îrère de Danaus; le témoignage de Manéthon ne suffisant pas

' De Cbronologiâ Herodotcà, pag. 18.

3 DéFeose de la Chronologie contre le tistèçie chronologique de Newton , seconde partie , section i » S n > pag.

PAR LARGUER

après les rusons que nous venons de donner. S<* n fallait aussi prouver le synchronisme par Ifis marbres de Paros. Mais cette chronique ne parle peint de Sésostris.

ff Nous voyons , continue M. Fréret, par un frag^

*nent de Castor, conservé dans la Chronique d^Eu- • sèbe, que le commencement de Danaûs à Âr^ tt tombait à Tan 510, ou du moins à lau 205 avant » la prise de Troie. »

Castor ne met point de date, ni dans le texte grec, ni dans la version latine de saint Jérôme. On peut consulter les pages 445 et 79 d^Eusèbe. C'est ce dernier écrivain, et non Castor, qui a placé, de son autorité, Danaûs Tan 545, et la prise de Troie l-an 855; d'où il résulte queDaaaûa précède la prise de cette ville de S92 ans. Il est vrai qu'Eusèbe croyait, avec les antres auteurs ecclésiastiques, que ce prince était frère de Sésostris. Mais leur opinion', n'étant fondée que sur le passage deManéthon, est absohunent nulle. En supposant que Castor eôt mis réellement Danaûs 21^ ans avant ta prise de Troie, il aurait fallu, pour prouver le synchronisme, que cet écrivain eût mis à peu près à la même date le règne de Sésostris. Mais Ton ne trouve rien sur ce prince dans les fragments qui nous restent de cet auteur.

« SI cet événement (la prise de Troie) , continue » M. Fréret, est de Tan 4,280, comme Ta cru Hé- » rodote,rarrivée de Danaûs sera des années 1,500, » 4 ,582, ou du moins 4 ,575. »

J^ai prouvé , dans le chapitre concernant les rois d'Argos, que, selon Hérodote, Danaûs était arrivé en Grèce vers Tan 5,142 de la période julienne, 1,572 ans avant notre ère.Si Sésostris eût été son frère on son contemporain , il atirait régné en même temps en Egypte. Nous voyons cependant le contraire dans Hérodote. Sésostris succède , selon ' cet historien, immédiatement à Moeris, et il n'y avait pas encore 900 ans que ce dernier prince était mort, lorsque Hérodote voyageait en Egypte. Le voyage d'Hérodote est à peu près de l'an 4,254de la période julienne, 460 ans avant notre ère. L'avènement de Sésostris au trône est donc de Tan 5,558 de la période julienne, 4,556 avant Jésus-Christ; donc Sésostris, bien loin d'être contemporain de Danaûs, lui serait postérieur, dans Ihypothèse de M. Fréret, de 254 , 1^, ou du moins de 217 ans.

Mais en voilà assez sur cet objet. Je passe à Texamen da sentiment de Diodore de Sicile. . .

S vu. De Diodore de Sicile.

Le premier livre de sonblstoiré regarde TÉgyple, 'Herodol.ylib. ii,s I^l.

et renferme ce qu^il avait appris de ce pays dans les livres ou dans ses voyages. Je parcourrai tous les endroits de ce livre relatif^ à la chronologie deTÉgypte, et j'y joindrai mes remarques.

Suivant cet historien , le Soleil * ou Vulcain régna d'abord en Egypte, ensuite Cronus ou Saturne, ayant .épousé sasœnrRhéa, engendra Osiris etisis. Typhon, Apollon, Vénus. Osiris épousa Isis. Thèbes * fut bâtie par Osiris.

Les auteurs varient sur la fondation de cette vifle, et les prêtres ne sont point là-dessus d'accord entre eux.

Mercare, selon Diodore, qui est le Thoth ^ des Égyptiens, fut en grand honneur auprès d'Osiris. Il s'est écoulé ^, selon quelques-uns, 40,000 ans depuis Osiris et Isls, jusqu'à la fondation d'Alexandrie, et selon quelques autres, un peu moins de 25,000 ans.

Alexandrie ayant été fondée en 4585 de la période julienne, I5f ans avant notre ère, le règne d'Osiris et d'Isis ne serait que de 40,551 ans avant Jésus- Christ ^ selon quelques écrivains, et selon d'autres, un peu moins de 25,551 avant la même ère. La différence de ces deux époques doit en mettre une égale dans la fondation de Tlièbes. ^

Depuis le règne du Soleil ^ , continue Diodore , jusqu'au passage d'Alexandre en Asie, tes prêtres comptaient environ 25,000 ans. Ils racontaient aussi que les pins anciens dieux gavaient régné plus de 4 ,200 ans ,^et les moins anciens 500 ans.

Diodore de Sidle n'est point ici d'accord avec lui-même. Il venait de dire que du règne d'Osiris et d'Isis il y avait eu 25,000 ans jusqu'à la fondation d'Alexandrie. Ici il compte le même nombre d'années depuis le règne du Soleil ou Vulcain. Cependant il est certain que le règne de ce dieu précède d*nn assez grand nombre de siècles celui d'Osiris. D'ailleurs , si les plus anciens dieux ont régné plus de 4,200 ans, et les moins anciens 500 ans , comme Diodore ne parle que de deux anciens dieux et de six moms anciens, il s'ensuit que les dieux ont régné environ 4,200 ans, et les hommes environ 48,700. Cela ne peut pas davantage s'accorder avec ce qu'il dit ^ plus bas, que le.s dieux régnèrent un peu moins . de 48,000 ans, et les hommes environ 45,000 ans , jusqu'à la cent (juatre vingtième olympiade, qui est de l'an 4,654 de la périodigulienne, 60 ans avant notre ère ; cela précéderoit de 55,000 ans Tan 60 avant notre ère, et de 52,749 ans la fondation d'A-

' DiodoPi Sioul. , lib. i , § xin» pag. 17.

> Id. , ibid. , s XV, pag. 19.

' Diodor. Sîcul. lîb. i , xv, pag. 49. ^ Id. , ibid. , § xixiif , pag. 26.

> Id. , ib?d, , § xivi , pag. 3<i.

^ Diodor. Si€u|. , lib. i ^ s itiv, pag. 55.

i^ CHRONOLOGIE

Içauififlrie , d les hou^Q^ ^uri^ien^ x^goé I4,7'(d aps avant cette foo^lation.

Les *• dieqi^ et les héros, dît Diodore, régnèrept un peu moins de 48,OOQ ans; les bompe^ ^ environ I5,QP0 ans, jusqu'à la cent quatre-vingtième olympiade, qui çs\ Tannée où Diodore alla ^n Egypte. Les Per^jes furent les maîtres die TÉgypte 455 ans, y compris le t^rpps ou ce pays révolté cessa de recop^ naître leurs lois.

On peut voir ce qu^ je viens (|e dire sur le règne des dieux et des hoipmes. De plus , piodore se trompe sur le nombre d années que TÉgypte fut sous la d^ mination des Perses. Cambyses subjuguii TJ^pte i'an 4, ^ 89 de la période juiiemie, 525ans avant notrp CTC, et Ale^umdre Tan 4,58â de la périoç]^ julienne, 554 ans ayant Jésus-Christ; cela f£|it 484 ans. Il ^ vraisemblable quç Diodore ne couiprenait pas dai)s son calcul les années ^es différentes défections des Egyptiens, lesquelles |)e|4yêi)t se monter en tout i 49 ans, quoiquç son texte actuel les renferme; majs les copistes peuvent lavoir aftéré , et je lirais yolon-

tiers nupk^ TÛ» tffiv kiyuTiTiuv dnoaToiatUiv^

Les Macédoniens ^ , continue l)iodore , furent i$8 maîtres de FÉgypte 276 ans.

Si pîQdqre 4e Sicile termjiie la domination des Macédoniens à rexpulsioq de Ptolémée-Aulétès , cela peut être vrai. Mais l^ur empire ne finit poigt a cette expulsion. Ce prince fut remplacé par un autre Ptolémée et paj- Cléopâtre, et cpt e|p()ire ije cessa, à proprement parler, que par la conquête qu'en fit Octave lan 4,683 de la période julieniie , 51 ans avant notre ère. Ainsi les Mpcédoniei^s q^if- [)èrent rï)g)'pte 500 ans.

<• Let> Égyptiens * eurent quatre ceti( soixsin^-dix » rois indigènes et cinq reines. |ls avaient sur toijs » ces rois, dans leurs livres sacrés, des mémoire u transmis [lar une succession suivie depuis les plus » anciens temps. »

Diodore évaluait les générations à 50 ans. lies quatre cent soixante-dix rois indigènes fiont 44,000 ans. Quatre rois étbiopiens, qui n'ont pas régné ^ suite, et cinq femmes, font peuf successions, lesquelles étant évaluées à 20 ans l'ûpe portant l'autre;, font 480 ans. En ajoutant 46o ans depuis la conquête de Cambyses jusqu à la cent qqatre- vingtième oljmpiade, on aura 44,745 ans : ce qui approcbe béaif-

; Diod. (jicul. , lit). 1 , S xliv, p«g. 52.

^ Je crois qu'il y a dans le texte une traospontioo. Je lis :

inixpi R. T. A. C'est, è 06 qu'il me paraît, ta seale manière d'éclaircii' la difDcuUd. M. \YesieliDg u'a pas fait assez attention aoi quatre cent sûix^nte-dix rois. M. Stroth (^yptiaca, pars ii , pag. 11^) , a éladj^ la difScoUji ep supposant dans le texte une laqnne que je n'y aperç(^s pas.

' Biodor. Siflal. , lib, i , $ ]|uv, pag, 55.

^ld.,lbU.,pag.5;>.

D'HKRPDOTE ,

Goupçl§4<(,QQÛaii$qi|fiDioflor<( pskgjBO^ àpf 4 PF^^liUE lègôesdes lioimi^sfip Egypte, juequ 41a cent quatrevingtième olympiade. Ces qnatre cent soixantCHiix rois égyptiens ne me paraissent fondés quç sur uo^ coiyectu^ de cet historien. U avait entendu dire en Égyptfî, ï^f^L 4,6^ de la péripde juliennç, 60 ans ava^t cotre ère , qu'il y ^yait eu des rois en ce pays pepdant près de 45,000 ans. Il en conclut, selon son systèuie sur les générations, qu'il y av«|it eu quatre cent soij^anteHlix rois indigènes jusqîi'^ la conqu^tç de Cambyses. U est certain qu'il y en levait çu un moipdre Qoinbre, et la suite de son histoire en est une preuve complète. Il compte en effet en un adroit pne anarclûe qui ' subsista cinq gépératioi^, et il met ep tm autre un intervalle très-considéyabl^ entre les règnes d^ Boççhoris et d^ Sabacos '.

« A^én^ ^, le premier roi (les Égyptiens, apprit » a|i^ peuple^ à respecter les dieux et à leqr oÇDrir u 0es saçrilices. U introduisit le l^xe de ^ t^le, » (]es lits, d^ ^a^leubl^ent. »

j;>i Méiias apprit au:( peuples à respecter (e$ dieux, ce n'e^t pas ui)e rai^n pour croire quç les diçux n'eussent ppinf. été respectés auparavant, et qu'on ne leur çùt ppînt jusqu'alors offert de sacriûc^. lyiai^ 4I est |i présumer quç ce prince l^t des loi$ coincernant la religion, ou qu^il rassembla en un corps tous 1^ r^lemei^ts qui regar^ient le cult^ <^^% et qu'il e^ forma une espèce de code.

Ce (jqç dit pet lûstorien d\) luxç introduit paf Menas ( Menés ; est conGrmé par le témoig|^e de Plut^rq^lfli q{4 ^outQ ^ (]^e )es Égyptiens avaient placé dans le temple de T|ièbes une coloni^ç , sur laçiuelle ét^i^iit gravées des malédictions contre le Vyi Mip js (Menés) , (]ui le premier leur avait foit quitter iet^r gen^^e de vie ffugal. Quelques ligues plus bas, Iq piéme Phitarqne nqvts apprend que ce fut TecbQatis, ou plutôt Techoactis, comme. Ton trouve dans ui^ manuscrjt de |a 9ibliothèq|ie du roi, qui maudit, par ç^tt^ raison, Mi^i^) ^^ ^^ ^^ ^^^ graver, du consentement des prêtres, ces malédictions sur une colqqne.

S'4 n'y (^t point en déjà des arts en Ég^'pte , Menés n'aurait pu y introduire l^s coinmodités d^ 1^ vie et le luxe. Cela prouve q^e les ^yptiens u'étaiqnt pas alors une iiation nouvelle.

Ce prince dut commencer à régner , selon Diodore de Sicile , environ l'an 44,940 avant notre ère , parce que la cent quatre-vingtîèifie olympiade précède cette ère de 60 ans ; et comme son règne fut, selon Jules Africain '^ et Eus^, de 02 ans, il

< Diodor. Siciil. , lih. 1 , S lxii > pag. 71 .

* Id. , ibid. .S Lxv, pag. 75.

' Id. , ibid., S xLv, pag. 54.

4 Plntarcb. de Iside et Osiride, pag. 554, A. B.

* ^ynoelli Ghronogr. , pag. 54t

PAR LARCUËK.

s'§ilinU fli|ci le preiqîeF 4e8 cinqiiapt^eiix rois 6)iiyj|0|8 moot^ s^lç le ^ôpe ei^ M,^8 ^vaQt aplrfi èrç.

« CinqiWPMcHf * Rn»Çfi§, ^^scena^nlç dç l^é- 1) ofis, r^gj[(ère)it apr^ )ui.|>fndj^i | ,4(|0 aos. »

).e pftlpol , p§p: ;^ géûéri^jipiis , d^^rail «Iourct l,746a]is, si on If^^vjlqq à^ans. I^f^ijssi 0|i les s^{h pose d<ç ^ an^, t'n^e ppri^f^t l'aq^rç, comine le fait le plus ^uYÇzit P^ptjprç de giçile, oq a4i:f| i ,560 ^.

dqppé par cpt hi^ftq^q. ^^\& ponv«e j} y a uftc variai)!^ 4Ans les c]dpr^ de spn tp;^te, \\ e^t à prçisitmfir qu'il y 9 errepi;. Je nVen i\çf^ cepeiidani à cç npinbf^, pjifcç qye q'est €el^i de toutes les éditipo^, et de la phipart ^ q[ianui^n!$- D'ailleurs si Tqp adm^tt§it I4 yariaotp f iJHP) Ç^ pombri^ s'^lo^nerai^ ^cor^ day<)i)tagf$ ^|i çalpul par les géppration^. J'^ (JH qw loufe^ ie§ pditjoqs pprtç^t 5Tn«4<i«

qp'il y a méjx^^ dao^ pellç de ^epri Etienne 4â^U , [lage 29, jlgpp 3^, T^Tfoxgafwv et sçujpniept e^ n^arge t«tt«/><*xo»t«. |l}^()on]ai| troijye pe^e dernière leçon ' mf^\\fmvp , parce qq^ 4,0|4P dofinei^l ^ s)ns jiistes 4 çl)f^i)p rpi. Ce s^vaqt n'| p^s Siû\ at- ^Pi»» flq^ pes prinpes s élai|J suçcpcl^ d^ p^re ep |i{$ } il pip faut pas poinpter par spçpessipns, mab par gpiiprations. C'est 4 qupi p*§ p^ pris gaifde jM. SlTotj) ^ , qui a adopté la rpi^arqu^ d^ Rliodo* V¥^ î WW ^vprljr le le<npur gp'ell§ i|ppf rl^nait i| cp

(j Bq^îris Succéda i à ce^ pi|)qiiantp-^epx rois. » ^desQ^Ild^^) ^Q Qpn4)r^ ^^ (mit, gouverné- » f ent §pç^|h|. |.p dpçnipr dç cps biMt princ^ , qui » pprtfû^ le méiQp pom, ^àtit|§ ville ^p T^^^- *

i^tr^^n * pie. fwTngllemeqt qu'il y ^i m\ ep Égypie aucnp rpi de ce nom , et D|odqre liAmên^e ^ ne ^*élqigne p^ autre part de ce. sentir n)pn^. OMant 4 )^ ^ndatiop de T)ièbp$} , il me parait qqe Diodore se trompe. Âlppiplùs ayant fié \ fopdée par Afén^ , i) est vraisemblable qqe ce princQ qqi régnait \ d^ps la Théba|î(je , avait fpndé Tfièbes , Qq plutét , que cette ville était alors |^ capitale du rpyapn^ , el* qu'ellp ^yait été bf[lie sous 1ç gq^iyernemept tb^ocratiqpp. Diodore avai|. dit lui-^^n^e , % XV , qu'elle ^vait été fondée par Qsiris.

Buâris I doit èt|« placé , selon le système d^ Diodore , envfrop |'aa 15,478 avant notre ^re. Si on lui

* Diodor. SicaU , lib. 1, % xlv, pag. 54.

> Dio4or. Sieol. ex £Uit. Rbodomani , Hanoviœ, 1604, in-fol. , pag. 353.

'^gy'ptiaca. ï^art. 11 , pag. 88. ' 4 Diodôr. Sicoi. , lib. i, S xlv, pag. 54.

* Strab., lib. xvil, pag.* 1151 , B.

* DiodoK 5;icQl. ^ lib. i , s Lxïxviii , pag. 99. ' Hecodot., lib. u» S ^ciJi, •ld.flbid.,$iT.

donne 40 ans de règne , le premier c^ buit rois sui-

^anU|?eraderaAi5,4^.

Sl^uit foi^ ' , descendants de Busiris n , succé^ ^rept If ce pf ince. U choréus , le huitiènte , bâit( n la vil je d^ ^pmpliis. »

l^^f pd^te ? attribue la fondation de cette ville k |Iéi)è^. Ce§ deqx piiinioiis peuvent être vraies jusqu a pn cef^fqp pqint. Mén^ Taura fondée ; mais ses $!qcpe^urs pp Payant point agi-findie , elle était dempurép ppp considérable. Uchoréus , qui avai^ senti Tinipprtapcp dp sa situation , Taura , non-seulement agrandie, mais encore embellie ; ce qui aura valu à cp pfincp le l^lre de fondateur.

^usirisll doit, par une suite du sys|ème de Pic- APTÇi V^S% nipntp spr le trdne Tap ^^,228 , et Uctio* réuf , )p dernipr des b^it rois qui lui succédèrent , r9P \%^ ayapt notre ^i*^-

« Dpuzp g^nératipifs ? après Ucbpréus , Hœris 0 p[ipp^ ^qr Ip ^rône. Ça fut ce pripcp qqi construi- » fc]^ Ipsi propyléps ^pteqKiopal§4 ? » ç*egt-à-dire , sqiv^( Bérodpte ^ , la %ade du temple de Vu|cain, qui rega< dait |e nord.

D'après ce calcnl, Mœris était le quatrp-yîngUèine roi. Cependant Hérodote ' assure qu'il était le dernier dp» trois cent trente rois depuis et cpnipri$ Menés , ei que , de ce pnnpe juscpi^i son voyage en Egypte , il n'y avait pas SQP an» cpmplets *. \a palcul de Diodore snppoae pq t^ince ^in^ériepr à notre ère de 4^,^8 ans..

« Sésostris ? régna ^pt géiiér.^tioiis après Mœris. s 11 s'appelait aqssi Spsoôsis et i>ésoncliis. Ce prince 0 sprpi^sj^ tous sps préd^pesseutseu m«|gpilicpnce.»

Diodorp ne s'accprde point ayec Hérqdote , qui raconte f que Sésostris succéda inipiédiatement à Mœris. Etica^rque \ s'en éloigne eticore davantage. Il suppose que Sésostris est le premier roi , et qu'il régna après Orus, fils d'Osiris et d'Isis ; que de Sésostris à lNilnsil^eut2;50Qans, et que de Nilusàla première olympiade il y eut 465 ans. Comme TÉgypte fut conquise la troisième annép de la soixantetroisième olympiade , il s'ensuit que Dicaearque ne donnait au royaun^e d'Egypte que 3,1^ ans de durée. Mais Toye^ là-dessus le pliapitrp :|^iv concernant la prise de Troie.

Sésostris a dû régner , selon Diodore de Sicile , ('an 42,338 avant notre ère.

\ Diodor. Sionl. , lib. j , S l > pag. 59.

* IIero(|ot. > lib. 11 , % icix.

* Diodor. I^icul. Jib. i, $ u , pag. 0f . 4 Herodot. , lib. 11» § ci.

Ud.,ibid.,Sc.

* Id. , ibid. , S xrii.

^ Diodor. Sical. , lib. f , $ uif , pag. 62. ' f Her<KM-tlib. UiSGii.

* Apud.$diol.4poUomt|lbod.adl|b.iT.vers.SBr2et Jt76.

CHRONOLOGIE DHÉRODOTE ,

« Sésostris II saccéda * à son père. »

C'est le prince qu'Hérodote nomme ' Phéron. Je donne à Sésostris II 40 ans de règne. Il moumt par conséquent 12,250 ans avant notre ère , et c'est en cette année que commence rintervaile entre le rè^e de Sésostris II et celui d'Amasis , ou plutôt Amosis.

a Un grand nombre ^ de princes succédèrent à » Sésostris II , et ne firent rien de mémorable. Aroa- » sis (^ûu plutôt Amosis) * se comporta d'une ma- » nière barbare envers ses sujets. Actisanès , roi » d'Ethiopie, le vainquit et se rendit maître de l'É- » gypte. ».

Diodore n'ayant déterminé ni le nombre de ces princes, ni la durée de leurs règnes , le fil de l'histoire est nécessairement interrompu , et Tonne peut vérifier s'il y a en véritablement quatre cent soixantedix rois indigènes , comme il l'avance § xliv, p. 55. Cependant en remontant d'Amasis, dernier roi d'Egypte, jusqu'à cet Amosis , il se trouvera à peu près un intervalle de 10,828 ans. Cet intervalle suppose trois cent soixante et un princes. Est-il vraisemblable que Diodore , qui a exprimé le nombre des rois qui régnèrent après Menés , celui des princes qui succédèrent à Busiris I et à Busiris II , les générations qui suivu'ent Uchoréus, et celles qui vinrent après Mœris ; est-il , dis-je , vraisemblable qu'après avoir donné une suite non interrompue de ces princes , il se fût exprimé ici d'une manière aussi vague , s'il eiH en quelque connaissance de ces anciens temps ? Je sais qu'on pourrait rétorquer cette raison contre Hérodote. Mais le cas est bien diïïërent. Hérodote n'avait d'autre but que d'écrire l'histoire des guerres des Perses contre les Grecs. Afin de se former une idée claire et nette des Perses , il Caillait , pour ainsi dire , remonter à l'origine des choses. Pour rem|dir son objet , il parle de leur affranchissement de la domination des Mèdes, et de leurs conquêtes ; il passe ensuite à celle de la Lydie , et nous fait connaître à ce sujet les Lydiens , peuple voisin des Grecs asiatiques , qui intéressait beaucoup les Grecs. Il vient ensuite à la conquête de l'Egypte. Ce pays , très-fréqnenté par les Grecs , depuis qu'ij avait été subjugué • par les Perses , devenait pour eux non-seulement un objet de curiosité , mais encore il leur importait beaucoup d'en avoir une connaissance exacte. Hé^' rodote en donne une description assez détaillée , et parle succinctement des princes qui y régnèrent. Quand même il n'aurait donné que des notices des trois cent trente rois qtii occupèrent le trône avant Mœris , cette partie de son histoire serait devenue

' Diodor. Sictil. , lllr. i , S lix, psg. 69. ' Herodot. , lib. lî , § cii.

' Diodor. Sicol. , lib. i , <( bx , pag. 69. 4 On lit AmaBûdans le texle des livres imprimés : AmO* m est une leçon de quelques niaoascrits.-

pi-odigieusement longue , et aurait fiiit perdre nécessairement de vue le but qu'il s'était proposé. Il a donc fiût sagement de commencer son histoire d'Egypte par Sésostris , et de dire en deux mots que les trois cent trente rois qui avaient précédé le règne de ce prince, n'avaient rien fait d'éclatant.

Diodore de Sicile voulait au contraire écrire une lûstoire générale de tous les peuples alors connus. Ce n'était pas assez, pour remplir son objet, de rassembler en un seul corps tout ce qui se trouvait épars dans les divers historiens ; il fallait encore se transporter , comme l'avait Mt Hérodote , dans les différents pays dont il voulait parler ; il fallait consulter les annales et les archives de ces pays ; il (allait converser avec les savants , examiner et peser le tout , afin d'en former im corps d'iiistoire. Ce plan , trop vaste , i}e pouvait s'exécuter par un seul homme , et dans un siècle où les hommes les plus instruits n'avaient qu'une connaissance imparfaite de l'histoire de leur pays, où la langue, ayant j;hangé,jrendait cette connaissance très-difficile ,~et ou la disette des livres augmentait encore la difficulté.

Diodore a beaucoup fait , et peut-être tout ce qu'il lui était possible de faire dans la position où il se trouvait. Mais , malgré ses efforts , son ouvrage a des imperfections , et l'on y trouve non-seulement des contradicti(ms , mais encore des vides que l'on n'a jamais pu parvenir à remplir. C'est à ce défout de matériaux qu'il faut attribuer la lacune immense qui se tro^j^e enti^e le règne de Sésostris II et celui d' Amosis ; et c'est à la trop grande élendue de son plan qu'il fout imputer les inexactitudes de son histoife d'Egypte et de celle d'Assyrie. L'immensité de son travail ne Ini permettant point de consulter les archives d'Egypte , il se contenta de parcourir rapidement liécatée et Hérodote , et de recueillir de quelques Grecs domiciliés en Egypte, et de quelques Égyptiens médiocrement instruits dans l'histoire de leur pays , tout ce qui concernait les anciens temps de cette monarchie. Il avait , par exemple , entendu dire en la cent qualre-vingtième olympiade , qu'il y avait environ 45,000 ans que Menés régnait. Il tâcha d'arranger le petit nombre de princes dont il avait connaissance, de manière à faire accorder leurs règnes avec cette époque : mais comme il se trouvait une lacune prodigieuse , et qu'il ne savmt comment la remplir faute de matériaux , il s'exprima d'une manière vague, et^opre à éluder la difficulté.

Diodore suppose donc qu'entre Sésostris n et Amosis il y eut un intervalle de 10,828 ans , et que durant cet intervalle le trône fut occupé par trots cent soixante-un rois. Hérodote dit , au contraire , (jue Sésostris II, qu'il nomme Phéron , ftitremi^acé par Protée. Il détermine le règne- de Sésostris I par I9 mort de Mœris , son prédéce^seor , et celui de

PAR LARGHËR.

Protée , sneoessenr de Ptiéron, oa Sésostris II , par la prise de Troie. Le premier remontait k on peii moins de 900ans avant son voyage en Egypte , et le second à 854 ansou environ.

Reprenons la suite du récit de Diodore.

« Actisanès * étant mort , les Égyptiens reoon- » vrèrent leur liberté , et établirent roi Mendôs. » Mais après ce prince , il y eut ' une anarchie » pendant cinq générations. Cette anarchie finit par » l'élection de Gétès , que les Grecs nomment « Proiée. »

Suivant Hérodote ^, Protée est le successeur immédiat de Phéron ou Sésostris II. Diodore de Sicile convient avec Hérodote que l'expédition des Grecs contre Troie eut lieu sous ce prince. C'était une chose reconnue. Mais comme Diodore mettait la prise de Troie Fan 4 482 avant notre ère , il fallait, par une suite de son système , placer ce prince dans un temps postérieur à celui ou il avait vécu.

tt Remphis , Itls de Protée , lui succéda ^. » Ce prince est le Rhampsinite d'Hérodote.

« Remphis étant mort ^ , sept rois fainéants oc- » cupèrent le trdne pendant sept générations. Le » dernier de ces sept rois s'appelait Niléus. Ce fut 3» lui qui donna son nom au fleuve qui portait aupa- 3» ravant celui d'^gyptus. »

Hérodote ne parle point de ce prince. Dicaï,arqiie, qui«n fiiit mention , dit ^ qu'il vivait 496 ans avant la première olympiade , c'est^-dire , l'an 3,302 de la période julienne , 4,242 ans avant notre ère. J'en parlerai pins au long dans le chap. xiv de la guerre de Troie, et je discuterai le passage du Scholiaste d'Apollonius de Rhodes , qui est altéré.

« Chemmis ? , le huitième roi , r^na 50 ans. »

II paraît que c'est le prince qu'Hérodote " nomme Ghéops.

« Chéphren ', frère de Chemmis , et , selon quel- » qoes^uns , son fils , lui succéda et jrégna 56 ans. »

Chéphren était , selon Hérodote '*" , frère de Chéops ; il lui succéda et régna 36 ans. '

a Mycérinus " régna aprèr Chéphren'. »

Hérodote s'accorde avec Diodore. *

« Bocchoris " rëgna ensuite. »

* Diodor* Sicul. , IU>. t , S lu , pag. 70. ' Id. ibîd. , S LIN , pag* 71 .

' Uerodot. , lib. ii , § cxii. ^

4 Diodor. Sicul, , lib. i » S lxii , pog. 71 . *

* Id. , ibid. . S Lxiit , pag. 72. ^

* Schol. Apollonii Rhod. ad lib. iv, Ters. 272 et 276. ^ Diodor. Sicul. loco laudalo.

' Herodot, lib. ii , S cxxiv. ^

* Diodor. Sicul. , lib. i y S lxiv, pag. 79. ** Herodot., lib. n , .S cxxvii.

** Diodor. Sicnl., lib. i , S lxiv, pag. 74. *'Id.ibld.»$LXY, pag.75.

Diodore a omis Tnéphacbthus , père de Bocciioris, dont il avait parlé plus haut '. Plutarque en fait ' aussi mention sous le nom de Technatis , et j'en ai dit moi-même quelque chose, page 490. Si Bocchoris est l'Anysis d'Hérodote , Tnéphachthus sera TAsychis du même historien.

(I Un temps ^ considérable après , Sabacos , roi » d'Ethiopie , conquit TÉgypte. »

Selon Hérodote ^ , Sabacos déposséda Any.sis. Anysis, s'étant réfugié dans les marais, remonta sur le trône lorsque Sabacos se fut retiré en Étlûopie , et régna encore quelques années. Il n'y a donc point en d'intervalle entre Anysis et Sabacos. Quand même Bocchoris serait un prince différent d'Anysis, on ne poiurrait mettre entre eux un intervalle cunsidéral)le , puisque le Syncelle ^ dit que Bocchoris ayant perdu la bataille et la Uberté , Sabacos le lit brûler vif. Mais on peut voir sur Sabacos ce que j'en dis § xn.

« Sabacos ^ étant retourné dans ses états , il y » eut en Egypte ime anarcliie de deux ans , au » bout desquels douze des principaux citoyens pri- » rent les rênes du gouvernement, et régnèrent » conjointement pendant 45 ans. Psararaitichus , » l'un d'entre eux, a^'ant attaqué ses collègues , les » uns périrent dans le combat les armes à la niain , » les autres s'enfiiirent en Libye , et ne songèrent » plus à dispntai' la couronne à ce prince , qui ré- » gnaseul. D

Diodore ne parie point du règne de Séthos , remarcpiable par la défaite des Assyriens. L'anarchie dont il fait mention est très-vraisemblable ; mais elle ne dut avoir lieu qu'après la mort de ce prince , le dernier rejeton de la famille royale. Le reste de cet article est assez conforme au récit d'Hérodote. On peut ajouter seulement que ce dernier lûstorien 7 ayant dit.que Psammitichus avait régné 54 ans en tout, et Diodore ^, que les douze rois avaient régné conjointement 45 ans, il s'ensuit que Psammiticlma a régné seul 59 ans.

« Quatre ' générations après Psammitichus , » Apriès régna 22 ans. »

Diodore s'accorde avec Hérodote , qui met entre Psammitichus et Apriès Nécos et Psammis. Lorsque les Grecs comptent par générations , ils corn-

4 Diodor. Sical.;iib. i, $ xly, pag. 5f. 1 Plutarcb., de Iside et Osiridc , pag. 554. 3 Diodor. Sicul. , lib. i , § lxy, pag. 75. ' 4 Herodot. , lib. ii , S cxxxvii.

' Synceli Chrooogr. , pag. 74 et 184.

« Diodor. Sical , lib. i , S lx¥i ; pag«7G. ^ Herodot. , lib. u . $ clvii.

• Diodor. Sical,. loco laudalo.

Md. ibid.,!$Lxviii,pag. 7».

chronologie;

prennent toujours les deiijc extrêmes. Petir reirmi- Yer lés quatre générations de Diodore; il faut compter Psammitichùâ et Apriès. Hétt^dofee donné 25 ans de règne à Apriès, tandis qu'il n'occupa le trône qne Sa ans, selon Diodore.

<i Amasiss'étant révolté * coiltre Afiriès, s^émpàrà to de la couronne ; et après airoir gouverné 55 ahs, il » mourut lorsque Cambysfes attaqua rÉglrptë^ làtrbi- » sième année de la soixante-troisiènie olympiade.»

n est presque inutile d'avertir que dabs Téditloii de Diodore de Wéchél 4604, iil-Mio, la version latine, Urtio olyfhpiadiUssêxayêsiiàœ tifiné, est viciénSé, et que cette fente , qui vient de rimprimeur , n'a point été corrigée dans celle de M. Wesseling. Hé^ rodote * né donne à Amasis que 44 ans de règne , et se th)bvé d'accord ëh cela avec Jule^ Af)*lcain. Diodore ne parle point de Psahinlénit , qui fut dépossédé par Gambysse, après lin règne de SL\ mois.

S TIH. RécapilidaUon do récit de Diodore de Sicile.

La méUiode dont s'est servi Diodore de Sicile est extrêmement >icieuse) et Ton ne peut en fiiire nsage pour évaluer les règnes des rois d'Egypte» SI Ton examine la suite de ces rois depuis le premier jusqu'à Amasis, on la trouvera interrompue par ce grand nombre de princes qui succédèrent à Sésostris II, et dont Diodore ^ n'articule fias le nombre. Cependant, comme cet historien avance que depuis Menés jusqu'à la cent quatre-vingtième olympiade il s'était écoulé près de 45,000 ans , il s'ensuit qiie Menés avait commencé à régner Tan 44^040 avant notre ère. En partant de ce point , cinquante-deux princes, descendants de Menés, régnèrent 4 ,400 ans. Cela ne ferait que 37 ans île règne l'un portant l'autre. La règle des générations s'y oppose. Mais admettcms ces 1,400 ans, et donnons à Menés 62 ans de règne ^ avec Jules Africain; il s'ensuivra que Busiris I^ qui est monté sur le trône après ces cinquante-trois rois, aura régné 45,47tens avant notre ère.

Huit rois gouvemèijent après Busiris I. Le dernier de ces rois se nomïÎMÎt aussi BusdriSi 11 régnait donc 240 ans après i^fusiôs I, c*est4-dire 45^228 ans avant notre ère.

. Huit rois descendants de Basiris II succédèrent à ce prince. Uchoréus, le huitième, bâtit Memphis. Le règne d'Uchoréus précède donc notre ère de | 42,088 ans.

Mœris monta sur le trône douze générations après Uchoréus, c'est-a-dire, 360 ans après la mor^de ce prince, et l'an 42,508 avant notre ère.

* Diodor. Sical. ^ lib. i , S hisUi , pag. 7^.

* Herodot. , lib. m , S x.

' Diodor. Sicnl. , lib. i , S lx , pag, 69«

* Syneelli Chronogr. , pag. 54.

DHÉRODOTE,

fiésoltrtt régiià sept gMéraiiims apHa ; c'esl-èdlré ^ 140 arts après Mceris , et l'aÉ 42,5to àlrant Jësbs^hrist} aficletitvsté qui détruit tmkê les hypothèses connues sur le temps où vivait ce priiteë: Dicaearque ' le regardait cenutie le preoiier roi d'Egypte , et le mettait 5,742 ans avant notre ère. Je suppose qu'il régna 48 ans. Sésostrte U , qui lui sueeëda j monta S4ir le trône Tas 42^906 avant notre èrei

Diodore parle énsttfte d'un grillld nombl^de princes, dont le dernier fut Amosis , sans déiemiiner leur nombre et la somme dé la àméé de leurs Règnes. L'ordre cHi^nologique est doné inlelrroDipUf et 11 est très-difficile de vérifler ses calculs , et le nombre des rois dont il a parlé. On pourrait y parvenir, si l'en réussissait à déterminer en quelle année a vécu à pen près Amdsis. La ehalne étant brisée, comme je viens de le remarquer, Il iaat nécessairement prendre Amaais le dernier roi d'Bgypte, et remonter de ce prinée jusqu'à Amosis.

Amasis, dernier roi d'Egypte, régna 95 ans , et mourut l'an 4,480 de la période juUenne, 68B ans avant Jésus-Christ. Apriès régna 22 ana , et son règne est de l'an 4,442 de la période julienne, <IQ2 ans avant Jésus-Christ. Diodore passe sous siiéilct Nécos et Psammis ; mais conmié il avance qu'il y a quatre générations ent<e Psamntitiehiis et Apriès , il s'ensuit que , suivant la manière de compter des GrecSf qui comprenaient les deux extrêmes dans te calcul par générations^ les règnes de Psammitichus^ Nécos^ Psammis et Apriès^ doivent ' fiiire 420 ans. Amasis étant monté sur le trône l'an 4,454 de la période julienne , 580 ans avant notre ère, ië r^e de Psammitichus doit être 4 peu près de Tan 4,040 delà période julienne, 704 ans avant notre ère. Diodore se contente de dire que ce priiICe n^na 45 ans conjointement avec les onze autres rois, sans parler du reste de la durée de son règnci Hérodote assure qu'il gouverna en toot 54 ans. Il régna donc seul 50 ans,'qui commencent à l'an 4,025 de la pé-» riode julienne, 080 ansavani notice ère< Il y eut entre ces d(fuze rois et Sabacol 4 une aoardiie de 2 ans. Elle dut commencer l'an 4,008 de la période julienne, 706 ans avant Jésus-Christ.

Sabacos régna Immédiatement avnnt l'anarchie. Hérodote assure qu'il gouvenia 50 ans. Quoique Diodore ne déten||lne point la durée de son rli|tne , ilparaîf par soq récit qu'il n'eSt pas resté tdâs de 40 ans sur letrônfi II éonquit donc l'Egypte l'an 5,008 de la période Jjalienné , T40 ans avant notre ère.

' Schol. Apoltonii Rbod. ad lib. iv» vers 272 et S76.

* Comme il est ici question du iystème de Diodore de Sicile , je suppose , af èc cet bisloriefl . qttè in |«aér«tlouf ne sont qœ de trente ans.

I^ÀR LAtiCHÈR.

BfiNliMre «l^xjiMiitt'é trop tB^ièfhdit ^ir bblMcoë el tioctehori*: Un temps celisidérable aprèâ Boécboris, ditMl) 6abai!Jos s'empara de l'Égypté. H est inipossible, d'après cet ébohcé, de placer BoeehoHs et les noû ses dCTanders. Cet historiea remplit HnterValle ehtre Bocchoris et Amosîs par ÂcUsanès , roi d'ÉthioptC) Mendès, rnie anarchie de cinq génélratiotis, Gétèsoti Protée^ Remphis, fllsdeProtée, sept rofo fiiinéants, dont le dernier s'appelait!! iléus j Cheimnis, qui régna 9d ans , GUéphren , qui gouverna 56 ans , Mycérinns et Bocchoris. Gela suppose vingt générations on 000 ans. La seule époque qui ait quelque certitude ^ sdon le sjslème de Btédore^ est celle de Gétè^ on Protéé^ qni négnaît vers Tan 3,522 de là période Julienne, 4)40tans avant notrte ère ; puisque cet historien pensait, avec Apollodore et EratosthèHe , que la viltar-de Troie avait été prise sbus ce prince ; et Fan 3,552 de la période julienne, 1 ,492 ans avant notre ère.

Si, partant du r^ift de Pl-otéé bohuhe d'un pioiht fixe, on ripmonte à Àhiosis, oh trouvera huit générations m 210 ans. Ainsi Âmosià àùi^ cbniniencé à régner vers Tan 3,202 dé la période julienne , A ,4â2 ans avant notre ère.

Si au contraire on descend dé t'rotéeà Bdcchoris, oii aura treize générations ou 500 ahs. Lt règhe ûé Bocchoris sera pat* bmséquent de Van S,6li dé h période julienne, A02 ans avant Jé^ns-dlirfst. âàbacos ayant commencé à réghek* l'an !K,09S de la périodes juliettfae, TlOâhflÂVant Jésus-Ghti^t , il peut se l^ire que bocchoris n'ai réghé qlié 42 lins. Il sera mort Tan 3,024 de la période jUlienhe , 7!)0 ans avant notre ère, et l'intervalle entre ce prince él Sàbacos set-a de 74 ans. Cïet intervalle e^t asseî considérable poui^ atotr fait dire k Diodore qu^entré ces deux princes il s'était écoulé iin gratld nombre d'années.

Pa^né maintenant à l'intervalle qui se trouve eÉtre Bésostris II et Âmosis. Àmosis ayant commeneéà ré^er versran5,292 delà période Joliënné) 4,422 ans avant notre ère, eotamt on vietoi de le voir , et SéMstris H àyAAt gouverné 40 ans , el étant mort Vkn 41,81t0 avant notre ère , suivant le système de Diodore , il se trotiverii entre ces dèUi princes une intervtiU de 40,g2ft ans; ce qui suppose trois cent soixante et un n»is. Gette hiultitude de

4ori

et les générations dont il parle, il se trouvera cent seize tant rois que générations. Il fkiudra donc placer dans rtntérvalle, entre Sésostris II et Amosis, trois cent sdixante-trois rms pour compléter le nombre de quatre cent soixante-dix-neuf. Ge calcul approche à deux ix>Î6 près du précédent.

Diodore est presque partout en contradiction avec Hérodote. Auquel de ces deux historiens faut-il donner sa éohiïancé ? Il ihè Semble qif il n'y a pa^ Â baladcer. Il n'y avait pas encore longtemps que les Ég)rptielis étaient soumis aûjt Pers<^ , lorsque Hérodote voyagea en ^ypte. L'histoire de leurs princes letlr était alors trè»-eonnue , et surtout celle des hilit cents dernières années de leur monarchie. D'ailleurs tous les temples de l'Egypte n'avaient pës été spoliés par Gambysés. Il testait encore des archives à Thèbes et à Memphîs. Les prêtre^ de Ikfempliis lisaient à Hérodote ces artchives^ et têt hls^Mien se transportait ensuite à Thèbes pour vérilif r avec les prêtres de cette ville ce qu'il avait apprit decaix de Memphis. L*esé1avàge et la dureté du gouvernement des Perses firent peu à peu négligtlr létude des sciences, de l'histôiit, M hiéf-ogiyphes et de l'àhciehhè langue du pays. L'Egypte (ittia ensuite ^us ladominatiodtlsll Grecs. Oit bàût Alexandrie, et Mempliis fUt presque abanilonnée ; on piu'lalt grec à la cour des Ptolémées. LeS actes jutHéiaires étaient en grec. Gette làiigtie devint pHîsiide générale dans toutes les grandes villes; Cette révolution porta le dernier conp à laneienhe Iffi^uè dil pAys \ et fe'll se trOnvâ encore quelquéîJ savants qnl en eussent connaissance, le tlombrè en ^minna insensiblement , et il est à présumer qtttt cette connaissance étak très-imparfirite. Ge fut dans ces circonstances que Diodore voyagea en Egypte» L'immensité du plan qu'il avait enihraM ne lui permit pas ttè ihire toutes les recherchéSs nécessaires. Il rectÀllit tout ce qu'on lui raconta $ et comme ces récits étaient très-hnparlHHs et quelquefbis contradictoires, ces imperfections et ces eontradictionk durent nécessairement passer dans son histoire. Si cette histoire supplée à quelques omissions d'Héro* dote, on ne peut du moins disconvenir qu'elle mérite, a beaut^np d'^ârds, bien péH tlé myâncè , et qudelle ne peut servir dé basé à un système chronologique. Quoi qu'il en soit ^ voici à peu près Tordre

princes paraîtra sané doute hicro^^ble , ^hoîqtiè * qu'a suivi Diodore de fi^pile dans Farrangement de

Diodore ait avancé qtie de Sésostris tt à Âfnôsis il y avait eu un très-gt^nd hombre de rfMs. |

Diodore avait assez bien arrangé son «y^tèmé sdr i les rois d'I^pte ; car il y âVidt eu , ^lon cet bfsh \ torien , quatre cent soixante-dix rois indigènes , i quatre rois étbidpîena, et cinq femmes ; ca qui fiû- 1 sait en toutquaijre cent soixante-dtx^ntlif princes. ' Si maintenant on compte tous leii rois qn*il nomme .

ces princes.

CHRONOLOGIE

f IX. Canon cbronologiqiie det roû d'Ésypte, selon le sjrtf «me

de Dtodore de Sicile.

fér.

loi.

UéuH, premier roi dTgjpte , règne 62 ans. Ginqoante-deni roif régnent 1,400 ans. .

Bosiris l*' règne 40 ans

Huit rois régnent ensuite

Uehoréos , le dernier de œs bnit rois, règne 30 ans

Doose générations snirent Uchoréns

Moeris règne 50 ans

Sept générations soeeèdent à Mœris

Sésosiri» I"" règne 48 ans.

Sésosiris II règne 40 ans

Inlerfalle de 10,828 ans. H doit être rempli par 561 rois. Le récit de Diodore en suppose 563. Cet interralle commence en. . .

Amosis règne 12 ans

ArlisanèB 28 ans

Meadès 40 ans , .

Anarchie pendant cinq générations, on 130 ans. Eue commenee en bsm

Célèf , ooProtée, règne 21 ans . • 3522

Rempibis, fils de Frôlée, 20 ans 3545

Sept rois fainéants . .' 55^

^ilé^s, le septième de ces ruis, 18 ans. . . . 5773 Glicaimls , 50 ans ,57(^1

* Chépbr?n , 56 ans.

Mye^nus, 15 ans

Bocetioris , 12 ans

Interralle de 74 ans, commence en . • . . .

SalMcos règne 10 ans «

' Anarcbie, 2ans.

' I>oazo rois , dn nombre desquels est Psam-

miticbns, régnent ensemble 15 ans ... .

Psammiiicbnsseul, S9ans »

Nécofi, 54 ans . . . .

Psammis, 14 ans «

* Apriè8,22ans

* Amasis, 55 ans .r*f • • •

Amasis meurt, et Cambyse subjugue rÉgypte.

fOfo

um

fll2|

J*ai évalué les générations à âO ans am, saivant l'usage de Diodore de Sicile , eicoepté les ciiiqaantedeiix rois , suooesseon de Mènes, parce que cet his> torien a déterminé leurs règnes à 4,400 ans. J'ai marqué d'une étoile la durée des règnes des princes^ qui est spécifiée dans Diodore. A i'égard des autres, j'ai emprunté cettedurée d'Hérodote, de JuISs Africain; et quand ces deux auteurs m'ont manqué, j'ai en recours à des conjectures, et je me suis déterminé poiur celte qui m'a pani la plus vraisem* blable.

S X. Système chronologique des rois d'Égypie. selon

Hérodote.

Dn goarernement Uiéscnilqne.

Si , dans un siècle aussi éclairé que le nôtre, on paraissait adopter les sentiu^ts des anciens Égyptiens sur leurs divinités et sur le règne de ces dieux , cela serait regardé comme une absurdité révoltante. Cependant, Iorsqu'onvoitque,de Taveu de tous les anciens historiens, les dieux et les demidieux ont gouverné rÉgypte* pendant un grand nombre de siècles , et que les premiers chrdholô- I

D'HÉRODOTE

gistes dirélîens a^ontpas déëaigiié de nppovter ceue opinion , on est toué de croîie qu'elle n'est pas destituée de firadement, surtout quand on sait que les Égyptiens étaient un peuple savant, et qui n était point, dans Torigine, imbn de toutes les superstitions auxquelles il se livra dans la soite. Ce premier pas fiût , on est porté à se demander -comment cette opinion a po s'établir et prévalair an point qu'elle soit devenue la croyance générale.

Il est très-vraisemblable \qae , dans Toriglne, les Égyptiensnereconnaissaicntqa'un senl Dîeu^ et que le culte qu ils loi rendaient était pur et sans aucun mélange de superstitions. Je me le pcfsnade d'autant plus volontiers , que les habitants de la Thébaïde adoraient encore , do temps de PIntanpie, le dieu * Cnepli , qui n'avait point eo de commencement, et qui ne devait point avoir de fin. a^iif éytfmvrov ov-m xai dBdvxtcv, Ce peuple expliquait « comme les Orientaux, par des allégories ingénienses, les attributs de la divinité : dans la suite des tanps, ridée simple de Dieu s'étant el&cée peu à peo, il ne resta que les allégories , sous l'envek^ppe d&quelles les prêtres avaient coutume de la présenter. Quoi qu'il en soit de cette origine de l'idolâtrie chez ce peuple, il parait constant qu'il se fit un système de religion , et qu'il établit Ifi premier une hiérarchie. Le ministère des autels (appartenait à on fflfft^'ft nombre de familles exclusivement à toutes les autres - et ces ministres des dieux étaient partagés en dififérentes classes, depuis celle du grand-piètre jusqu'à celle du dernier rang. Le fils * succédait à sonJlpèrc; , et ne passait point^d'une dasse dans une autre. C'est ainsi que de Menés jusqu'au temps où voyageait Hécatée de Milet , les Égyptiens comptalent ' à Thèbes trois cent quarante-cinq grandsprêtres, qui s'étaient succédés de père en fils. Le respect que l'on portait à la religion dans l'origine des choses influa sur ceux qui en étaient les ministres. Comme ils avaient beaucoup de loi^r, ils s'appliquèrent aux sdenoesy et fwent peut-être les seuls savants qu'il y eut dans le pays. On s'aecootuma peu à peu à les consulter dans tootes lesoc^ casions, et ils surent profiter halHlonent de quelques circonstances favorables pour s'emparer |de toute l'autorité, jusqu'à ce que, leur gouvernement étant devenu trop dur, le p<mple secoua enfin le joug, et voulut être gouverna par qp roL Ces prêtres faisaient intervenir la divinité-dans leur manière de gouverner, et cegonvemement était censé celui de Dieu, une vériuble Théocratie. Ainsi, quand Hérodote * , ou quelque autre auteiu-, parle

* Plotareb. de Iside et Qsiride , pag. SSO^, U.

* Herodot. , lib. 11 , $ uxvii , sub fluen. 'Id.,ibid«,$auri. '

* Id. , ibid. , S ciLT.

Par LARCHEh.

des règnes des huit andens dieux , de cenx des | douze dieux postérieurs, et enfin des règnes de ceux qui naquirent de ces douze dieux , cela veut dire que les grands-pittres de ces dieux s'arrogèrent succesetvement Tautorité suprême sur tonte TÉgypte, à TexcisÂondes grands-prêtres des autres dieux. Au reste, je ne donne ceci que comme une conjecture qui peut servira donner quelque vraisemblance à ce que les anciens racontent d'une manière assez nniforme du règne des dieux chez les Égyptiens. Cette conjecture acquiert du poids lorsqu'on jette les yeux sur Thistoire des Hébreux. Ce peuple n*eut pas plus tôt secoué le joug des Égyptiens, qu'il destina une tribu au serv tce des autels, que le gouvernement absolu ftat entre les mains des prêtres ; et vos * eriiU mihi in regnutn sacerdotale et gens Sûncta : hœe svnt verba qvœ loq^ieris ad filios Israël; ei qu'a y demeura jusqu'à ce que le peuple, ne pouvant plus suppoiter les injustices' des fils de Samuel, demanda à grands cris un roi pour le gouverner , comme en avaient les autres nations. Lie gonvemement des Hébreux était alors théocratique, quoique ce terme ne se trouve point dans les écritures. Maïs il est aisé de Tlnférer des paroles rprelles mettent dans la bosche de Dieu même : « Écoute \ M dit Dieu au Prophète, écoute ^ la voix du peuple, t) Ce n'est pas toi , c'est nroi qu'il méprise , en ne » voulant pas que je règne sur lui. »

Après avoir prou\'é , du moins autant qu'il a été possible de le faire^ l'existence du gouvernement sacerdotal chez les Égyptiens, il faut en fixer la durée. On a vu plus haut que Diodore de Sicile supposait qne les dieux et les héros avaient régné tm peu moins de 48,000 ans^ et l'on a remarqué en même temps que cet auteur ne s'accordait point avec luimême. La vieille chronique donnait plus d'étendue aii règne de^ dieux , et le portait à 34,201 ans. Hérodote ne dit rien de précis là-dessus. Il suppo-' sait trois ordres de dieux. Le premier ordre contenait htiit dieux, et ces dieux étaient les plus anciens. Le second ordre était de douze. On ignore de combien était le troisième.

Hérodote ne parle , ni de la durée des règnes des dieux du premier ordre , ni du temps où ces dieux commencèrent à régner. Il passe ensuite au second ordre , qui comprenait douze dieux. Le commencement de leurs règnes * date de \ ,7000 ans avant Amasis, c'est-à-dire de Tan 47,570 avant notre ère, et 5,244 ans avant Menés, premier roi d'É-

gypt«.

Hérodote ne dit pas de combien de dieux était

4£ioâ.»cap.xix,'^6.

* Reg. I , cap. viii , ^ 3 , 4 et 5.

* Id. , ibid. , i 7.

* Herodot. , Hb. ii , $ uni.

CHHOIVOL.

composé le troisième ordre. On sait seulement qu*0siris, qui est Tavant^emier de ces dieux et le Bacôhus ' des Égyptiens, régnait 4 5,000 ans avant Âraasis% c^est-à-dire, l'an 45,570 avant notre ère, et 5,224 ans avant Menés.

Orus, filsd'Osiris, qui est l'ApoUon ^ des Grecs, succéda à Osiris. Ce fut le dernier des dieux du troisième ordre. On ne sait point en quel tamps il commença à régner ; du moins notre historien n'en dit rien.

Le peuple , las d'être gouverné par les prêtres , secoua enfin leur jong, et voulut avoir un roi. Menés fut élu. J'ai prouvé plus haut, page 490, que Menés avait introduit le luxe dans ses états. Cela suppose qu'il y avait des arts en Egypte avant son élection, et que les peuples étaient déjà policés; en un mot, qu'ils avaient un gouvernement. Ce gouvernement ne pouvait être que le sacerdotal , dont nous venons de parler.

Quelque air de vraisemblance que j'aie donné au règne des dieux , je cmis devoir prévenir le lecteur que je ne regarde ce que yen ai dit que comme des conjectures que je crus devoir hasarder dans un temps où , frappé de la candeur de notre historien , je n'osais m'écarter de ses opinions. Mamtenarit que je le considère plus de sang froid , je suis persuadé que les descendans de Mizraîm , ou Menés, n'ayant entendu parler que d une manière confuse des onze ancêtres de ce prince et de la longueur de leur vie , et accoutumés à ne les regarder qu'avec la plus grande vénération, ce respect dégénéra peu à peu en Idolâtrie , et enftinta les règnes des dieux dont les Égyptieas furent infatués ; et la longueur de la vie des patriarches occasionna cette longue suite de siècles dont ils ne voul'jrent jamais se détromper. Ainsi la cause de leur erreur vient de ce qi'ils joignirent lliistoire des patriarches antédiluviens à celle de leurs princes qui étaient postérieurs au déluge , et que n'ayant plus qu'une idée fort confuse des uns et des autres , ils firent des dieux de ceux-là, et leur assignèrent un nombre prodigieux d'années. C'est ce qui arriva aux Assyriens, aux Tyriens, en un mot à tontes les nations orientales. Nous en parle • rons encore dans le chapitre n , qui traite de la fondation des villes de Tyr et de Carthage.

S XL De Méoès jusqu'à Sésostris.

L'époque de Menés parait, au premier coup d'œil, très- facile à déterminer. 11 y avait eu trois cent trente rois, dit Hérodote ^ , qui s'étaient suc-

* Herodot. , lib. ii , § cxliv.

sid.,ibid.,ScxLY.

*Id.,ibid. ,Sciur.

' Id. , ibido S ^

cédé de père en (ils , depuis Menés jusques et compris Mœris. La mort de Mœris est déterminée par cet historien , qui nous apprend qu'il n'y avait pas encore tout à ùdi 900 ans que ce prince était mort , lorsqu'il voyageait en Egypte. Nous ûxerons pqr cette raison la fin du règne de ce prince en 5,358 de la période julienne , 1 ,556 ans avant notre ère. Les trois cent trente générations donnent 41,400 ans, c'est-à-dire, l'an 42,556 avant notre ère , et 8,575 ans avant Tépoque de la création du monde selon l'oiûnion du P. Pétau , qui parait avoir suivi le calcul du texte hébraïque.

Je ne parlerai point de la contradiction qui se remarque entre les livres saints et le récit d'Hérodote. Ce ne peut être une difficulté pour nous , qui regardons comme une fable, ou comme une erreur grossière , ce que notre historien raconte de cette haute antiquité. Mon but n'étant point de donner la chronologie réelle de l'Egypte , je me propose seulement de présenter celle «d'Hérodot<>., Mais comme il se rencontre dans son récit des difficultés presque insurmontables, je vais essayer des conjectures qui pourront , à ce que j'espère , en aplanir quelquesunes.

Hérodote raconte , $ c , qu'il y eut dé Menés jusqu'à MœrLs trois ceui trente rois , et que dans ce grand nombre de générations , il y eut dix-huit rois éthiopiens et une femme égyptienne, qui s'appelait Nitocris. Le même historien raconte , $ cxui , que de Menés à Sethos il y eut trois cent quarante et une générations et autant de rois que de pontifes. On lui fit voir , $ cxLiii , les statues colossales en bois de§ trois cent quarante et un pontifes , et onlui^apprit qu'ils s'étaient succédé de [)ère en fils. U est certain que de 6é$os(ris â Sétlios il n'y a eu que dix princes, le roi étlûopien qui subjugua l'Egypte ne pouvant être compté, puLsqu'Anysis régnait dans l'ile d'Elbo, et qu'il recouvra ses états après la retraite de ce prince. Je prouverai , dans le § xii , qu'il se trouve dans le texte d'Hérodote une lacune considérable après le $ cxl , et qu'il faut la remplir par sept rois. Alors on aura dix sept rois au lieu de dix, puisqu'il ne faut pas compter Sabacos.

U me paraissait , d'après cei exposé , qu'on avait transposé ces sept rois de leur vraie place, qui devait suivre immédiatement le § cxl , et qu'on les avait mis nuil à propos § c. Prévenu de cette opinion , je retrandiais sept rois de ce paragraphe , et je lisais Tf DixoatMv T« xal r/si^xovTa àvé/Aoxa Mais ayant réfléchi que Diodore de Sicile donnait à l'Egypte quatre cent soixante et dix rois indigènes, et Jules Africain plus de cinq cents, je pensai qu'il ne fallait rien retrancher du nombre des rois qu'Hérodotesuppose entre Menés et Sésostris. Ce changement d'ailleurs étant arbitraire , si on s'en permettait de pai'ell^, il

CHRONOLCH^IE DHÉRODOTE.

n'y aurait plus rien de certain dans Taiiliqiiîté. Tai donc cru qu'il Callait laisser subsister le texte d'Hérodote tel que nous l'avons.

Mais il se présente une autre question. Ces princes se sont-ils succédé de père en fils , ou la couronne a-t-elle passé à des branches collatérales ou dans des fomilles étrangères? Hérodote décide la question , $ cxlii. En évaluant dans ce paragcaplie ces trois cent quarante et une générations à 14,540

ans, il donne à entendre qu'il voulais parler de générations et non de successions. Mais dans le paragraphe suivant il s'exprûne d'une manière encore plus claire. Il dit positivement que sous ces trois cent quarante et un rois , il y avait eu trois cent quarante et un pontifes qui s'étaient succédé de père en fils. Quoique cela ne soit pas absolument impossible, puisqu'il n'y a point d'homme sur la terre qui ne remonte, par une iiliation directe, au premier homme, cependant il est très-rare, et peut-être' impossible de rencontrer dans une fiunille quelconque une filiation aussi suivie que l'était celle des rois et des pontifes égyptiens. Ce qui me persuade qu'il en a été des rois d'Egypte comme il en a été de ceux (les autres pays, et comme il en est encore des maisons souverames actuellemeiU existantes , c'est qu'Hérodote compte,, parmi ces trois cent trente rois, dix huit princes éthiopiens et la reine Nitocris qui était Egyptienne. L'ordre des générations étant interrompu par dix-neuf princes au moins, il fttut évaluer le tout par successions. Comme il parait que ce pays n'a pas éprouvé de grandes révoluiions , et qu'il est constant que les hommes y vivaient * longtemps , je crois pouvoir évaluer ces successions à 20 ans ; ce qui fera 6,600 ans. Si on les igoute à 4,556, qui est l'époque de la mort de Moeris, on aun^ l'an 7,956 avant notre ère, et Menés aura r^né 5,975 ans avant la création du monde selon le P. Pétau« Peut-êUre, en supposant toujours l'exactitude des annales d'Egypte , s'écarteraii-on encore moins de la vérité , en prétendant que dans ces trois ceot trente rois il y a eu un nombre prodigieux de générations, et un très-petit nombre de successions. Dans ce cas, il fondra les mettre à 27 ans ou environ, Tune portant l'autre^ Suivant cette évaluation, les trois ceut trente rois auront régné 8,940 ans , et Menés sera monté sur le trône 40,266 ans avant notre ère , c'est-à-dire 6,285 ans avant la création du monde ^. Cependant, comme ces princes éthiopiens étaient des conquérants , il peut se faire que la filiation des mis d'Egypte n'ait point été interrompue

* Voyez la note 500 sur le livre ii.

* Herodot. , lib. ii , S Luyii.

3 Quand il est question de la eréatloô dii monde , je rais toujours le P. Pétati , qui a addptê le éaltial dû têite hébreu.

PAR LAKCIIKK.

par leurs coiiqaétes, et qne les ÉgypUens.aient conservé prédeusement dans lenrs annales la suite de leoTs vrais princes, quoiqu'ils n'eussent joui d'aucotie sorte d'autorité dans le pays. Hérodote s'exprime de manière à ne pas permeitre d'en douter.

Ainsi , malgré les vraisemblances qui militent en faveur de l'autre opinion , je crois que, selon notre historien, Menés commença à régner 44,000 ans avant Sésostris , c'est-è-dire 42,536 ans avant notre ère.

Quant à moi , je ne doute pas qu'il nr£iille retrancher la plus grande partie de ces rois , qui ne sont appuyés qne sur la vanité des prêtres égyptiens, et qne Mizrafm , fils de Cham ^ qui deffiha son nom à fÉiJtypte, ne soit Menés , leur premier rot.

Manéros , fils de Menés , ne succéda point à son père : il mourut avant lui ; mais comriie il était chéri des peuples , sa mémohre fut en grande vénération. On fit ' sur sa mort une élégie , que Ton chantait encore en Egypte du temps de notre historien, c'est à-dire, selon son calcul, 44,880 ans après sa mort.

S \il. De Sésostris et de ses successeurs, Jusqu'à la contiuètc de l'Egypte par Comhyses.

Hérodote assure * qu'il n'y avait pas encore 900 ans que Mœris était mort, lorsqu'il entreprit son voyage en Egypte. Ce voyage est à peu près de l'an 4,254 de la période julienne, 400 ans avant notre ère, et il pouvait avoir alors 24 ans , qtû est un âse où l'on a de la maturité , et où l'on a acquis assez de connaissances pour bien voir , et pour tirer avantage des entretiens que l'on a avec les hommes habiles. Il était né l'an 4,230 de la période julienne, 484 ans avant notre ère. Cela se prouve par un passage d'Aulu-Gelle, qui dit ^ qu'il avait 55 ans lors de la première année de la guerre du Péloponèse. Or on sait que la première année de cette guerre est de l'an 4,285 de la période julienne , 454 ans avant Jésus-Christ. En supposant que Mœris soit mort environ 896 ans avant le voyage d'Hérodote en Egypte , il se trouvera que ce prince aura fini sa carrière vers l'an 5,558 de la période julienne, 4,556 ans avant notre ère.

Sésostris lui * succéda cette même année. (Hérodote lie parle point de la durée de son règne. Si l'on en croit Diodore de Sicile ^, elle futde35 ans. Le chevalier Marsham ^ lui en donne, avee le Syncelle ', 48,

* Herodot. , lib. ti , $ LxtJi.

> Id., ibid. , S un.

3 A. Gell., lib. xv, cap. xsii.

* Heredot. , lib. ii , $ cit.

' Diodor. Sicul., lib. i, S Liti.

* Ghronlc. £gypt. , pag. 383.

' Synoelli Gbronogr. , pag. 39.

d'àutreâ auteurs 51 ou 55, et Joseph ' , diaprés M4néthon, 59. Il est diffîcUe de se décider entre tant de diverses opinions. J'ai cru devour prendre un tnî» lien ; et comme ce prince a fait un grand nombre de conquêtes, et qu'il a exécuté de grandes choses, je lui donne 44 ans de règne. Il est donc mort en 5,402 de la période julieqde , 4 ,542 ans avant notre ère.

Phéron ' lui succéda cetie année. Les historiens ne s'accordent pas sur le nom de ce prince. Diodore de Sicile ^ l'appelle Sésostris, de même que son père ; Pline le naturaliste ^ Nuncoréus , l'auteur ^ de la Chronique Pascliale, Nachor, et Manéthon ^, Lacharès. Ces trois derniers noms ne paraissent pas fort différents les ims des autres; et^oomme Diodore de Sicile et Pline ne s'éloignent pas d'Hérodote sur les principales circonstances de son règne, il est évident qu'ils ont eu tous en vue le mêrne prince. Aucun n'a fixé ki durée de son règne, excepté Ma^ nétiion, qui lui donne huit ans. M. le président Bouhier 7 lui en assigne 42. Mais comme il fiit 40 ans aveugle, et qu'il fit de grandes actions après avoir recouvré la vue, je ne crois pas qu'on puisse lui accorder moins de 48 ans.

Prêtée lui succéda, selon Hérodote ^; et dut par conséquent monter sur le trdnc en 5,420 de la période julienne , 4,2}>4 ans avant notre ère. Le règne de ce prince doit coïncider avec l'arrivée de Paris et d'Hélène en Egypte. Or, l'enlèvement d'Hélène précéda de 40 ans le siège de Troie. Ce siège dura 40 a^is, et la ville fut prise en 5,544 de la période julienne , 4 ,270 ans avant Jésus-Chvkt , comme je l'ai prouvé datis le chapitre xiv , concernant la prise de Troie. Ce siège commença donc en 5,434 de la pé<> riode juliemie, 4,280 ans avant Jésus-Christ, et Hélène fut enlevée en 5,424 de la mCme période, i ,290 ans avant notre ère. Ces épo(|nes s'accordent très-bien avec le règne de Protée. On ne sait rien sur la durée du règne de ce yrince.

Vecchiéti ^ le feit régner 67 ans, sans nous présenter les motifs de son opinion. J'ai cru devoir lui en donner 50, parce que ce règne me paraît long, et parce que ce calcid s'accorde mieux avec lesép'o* qn&s suivantes. Diodore de Sicile '** stippose, entre Phéron et Protée, un très grand nombre de rois, et une anarchie qui subsista pendant cinq générations.

* Joseplj. Goiitrà Â|J1()Deni , lib. 1, § Xivt , {)iig. 40b.

* Herodot. , lib. il , S cki.

> Diodor. Sicul. , lib. i , S lix, pag. 69.

4Plm. , Hist. Natur. , lil). xtx\i, cap. ii, pag, 737.

* Chronic. Paschal. , paj;. 48.

* SyDcelti Cbrimogr. » pag. 59.

f Hecherches et Dissertations èur FI(^rodo(e, éfîap. ht, pag. 66.

" Herodot., lib. ii , s cm et skj.

* ¥eochieti. De anno primitÎYO, pag. 201 . '' Diodor. Sicul. , Mb. i, pag. 54.

CHRONOLOGIE D'HÉRODOTE

J^ai examiné celte opinion dans le $ vu. Pline le naturaliste * prétend que Rhamp&inite, qui succéda à Protée , régnait au temps de la prise de Troie. Mais Hérodote n'en dit rien ; et il parait par son récit que le même prince qui] retint Hélène en E^gypte la rendit à Ménélas. Je ne dois pas cependant dissimuler qu'Eurïpides , dans sa tragédie d'Hélène '5 suppose que Protée était mort lorsque Ménélas arriva en Egypte pour la redemander. Mais Ton sait la liberté que prennent les poètes, quand les faits historiques dérangent Téconomiede leurs pièces.

Rhampsinite ^ succéila à Protée Tan 5,470 de la période julienne, 4,244 ans avant notre ère. J'ai rapporté un peu plus haut Topinion de Pline le naturaliste , qui supposait que ce prince était contemporain de la prise de Troie , et j'ai prouve en même temps qu'elle n'était point admissible. Hérodote garde le silence sur la durée de son règne ; mais ManéUion , cité par Joseph ^, lui assigne 66 ans. Je ne vois aucune raison pour abr^er ce règne.

Chéops, son successeur immédiat, comme ledit' positivement Hérédote, régna 50 ans, selon le même historien, qui est en cela d'accord avec Diodore de Sicile ^. 11 monta sur le trône en 3,536 de la période julienne, 4,478 ans avant notre ère. M. le président Bouhier ^ pensait qu'entre Rhampsinite et Chéops il y avait eu sept rois, dont Hérodote n'avait point parlé. J'examinerai plus bas les raisons sur lefN^uelles s'appuyait ce savant.

Cliéphren lui succéda) et régna 56 ans, selon Hérodote et Diodore de Sicile ^ Il monta sur le trône en 5,586 de la période julienne, 4,428 ans avant notre ère.

Chéphren avait succédé à son frère Chéops, suivant toutes les apparences, parce que Mycérinus, fils de Chéops, était en bas âge lorsque celui-ci mourut. Mais Chéphren étant mort, Mycérinus monta sur le trône. Hérodote ne parle point de la durée de son règne. Mais ^ comme ce prince rendit son peuple heureux et florissant , qu'il fît élever une pyramide, ouvrage qui exige un certain nombre d'années, et qu'il vécut encore six ans après, il parait qu'on ne peut pas lid donner moms de 20 années de règne.

4 Piin., Hist. Nat. , lib. xuvi, cap, viii. ^ Kunpid. Helen., Tcrs. 4 et passim.

'^ llerodot. , lib. 11 , $ cxxi et seq.

* Joseph, contra Apioncm , Hb. i , § ixvi , pag. 460. *' Hcrodot. , lib. 11 , $ cxxvi et cxxyu'.

* Diodor. Sicul., Hb. 1 , § lxiii , p>g. 72.

V Kecbcrches et Disacrtaliona sur Hérodote , chap. yii, pag.67.

'Herodot., lib. u, $ cxxvn. Diodor. Sicul., lili. i, S Lxir, pag. 75.

' Herodot., lîb. 11 , $ cxxix, cxxxn.

M. le président Bouhier' soutient qne ce prince mourut la septième année de son règne, et même il s'appuie du témoignage d'Hérodote, quoiqae cet historien lui soit absolument contraire. En effet, après avoir ' raconté plusieurs actions de ce prince, il ^oute qu'il lui vint de Buto un oracle qui lui annonçait qu'il n'avait plus que six ans à vivre. H paraît, par l'exposé d'Hérodote, que ce prince avait déjà régné un certain nombre d'années , lorsqu î l'oracle de Bnlo lui prédit qu'il n'avait plus que six ans à vÎYre. C'est à quoi n'a pas fait assez d'attention M. le président Bouhier.

Asychis lui succéda. L'on ignore combien de temps il régna , et l'on ne trouve aucune lumière sur ce poUit, ni dans Hérodote, ni dans aucun autre auteur. Vecchiéti lui donne 70 ans de règne dans son Monde Prhuitif '. Obligé de prendre un parti , et persuadé qu'il ne pouvait avoir élevé, dans un court espace de temps , le vestibule oriental du temple de Vulcaîn et une pyramide , j'ai cru devoir doimer i ce prince un long règne ; mais comme ces ouvrages peuvent avoir yété faits en beaucoup mouis de temps que n'en suppose Veccbiéti , je réduis ce règne à 40 ans.

Ânysis monta sur le trône en 3,702 de la période julienne, 4,012 ans avant notre ère. Ce prince était aveugle. Le roi d'Ethiopie s'empara de l'Egypte an commencement de son règne. x\ nysis se réfugia dans l'ile d'Elbo , au milieu des marais, et n'en sortit que 30 ans après, lorsque le roi d'Ethiopie abandonna l'Egypte. Hérodote raconte cette histoire assez au long depuis le § cxxxvii jusqu'au $ cxli, et nomme le prince éthiopien Sabacos.

La retraite d'Anysis dans l'Ile d'Elbo dmt être à peu près de l'an 3,705 de la période julienne , 4 ,044 ans avant notre ère. Si ce prince resta 50 ans dans cette lie, il s'ensuit qu'il en sortit en 5,755 de la période julienne, 064 ans avant notre ère. En supposant qu'il aurait encore régné 7 ans, ce qui ferait en tout 38 ans , il serait mort en 5,760 de la période ju • lienne, 034 ans avant notre ère, et Séthos lui aurait succédé la même année.

Cela ne peut être. '4* On sait par Hérodote * que Séthos battit Sanacharib , et j'ai prouvé dans un Mémobre'^ sur différentes époques des Assyriens, que cette bataille se donna en 4,200 de la période jnlienne, 742 ans avant notre ère. J'ai cm pendant qndque temps que ce prince régnait déjà en 5,989 de la

< Rceherches et DiseerlatioDs sur Hérodote , chap. vu , pag. 7Ô. •

* Herodot., lib. 11, S cxxiiii.

' Yrccbieti, De anno primitivo, pag. 219.

' Herodot. , lib. ii,$cxu.

' Mémoires de l' Académie des Bellet-Lettret , vol. xlt. Mémoires , pag. 585.

PAR LARCHER

période juKenne, 7â5 ans avant notre ère, et que ee fîit ial à qni Osé , dernier roi d'Israël , envoya une ambassade pour l'engager à se liguer avec lui contre les Assyriens. Cette opinion, qui a élé adoptée par MM. Desvlgnoles et Bouhier ' , me séduisit d'abord , et me parat d'autant plus vraisemblable, que le prince égyptien avait refusé de se liguer avec le roi d'Israël. Cette alliance ne convenait point en effet à son caractère pacifique. D'ailleurs, on sait par Hérodote qu'il avait indisposé Tordre des guerriers, et que lorsque l'Egypte fut quelque temps après attaquée par Sanacbarib, les troupes refusèrent de marcher contre l'ennemi. Mais, après avoir plus mùioment réfléchi sur oe sqîet, j^m'aperçiis que cette date ne pouvait s'accorder avec oe que raconte Hérodote, que Sabacos fit mourir le père de Psamniiticbus. Je n'insiste pas davantage pour le présent sur cette raison , que je développerai dans la suite.

2o La suite des rois d'Egypte et la durée de leurs règnes depuis Séthos Jusqu'à PsamménU se trouvent marqjQées dans Hérodote avec précision, et elles paraissent d'autant plus justes, qu'elles sont liées et parfaitement d'accord avec les histoires des autres pays. Séthos a donc commencé à régner vers l'an 4,0(H de la période julienne, 743 ans avant Jésus- Christ, comme on le verra plus bas. Or de 5,760 , époque de la mort d'Anysis, jusqu'à 4,001 , qui est celle où Séthos mmta sur le trône, il y a un intervalle de 241 ans.

Les règnes de cesprinees, depuis Sésostrîs- jusqu'à Anyâs inclusivement, étant de 402 ans; i^Sétlios ayant commencé à régner Tan 4,001 .4eja période julienne, 745 ans avant notre ère, si Séthos est le successeur inomédiat d^Ànys», il s'ensuivra que Sésostris sera monté sur le trône l'an 5,599 de* la période julienne,. 4,145 ans avant notre ère ^ et que Mœris sera mort cette, année. Mais alors commit cela pourra-t-il s'aecorider avec ee que raconte Hérodote, qu'il n'y avait pas tout k.fak neuf cents ans i^ue ee prince était, mort, lorsqu'il voyageai!'. en Egypte ? et comment-concilier le ^règne de Pjcotée , qui n^est pas le successeur immédiat de Sésostris, avec aucune des hypothèses conmies sur la prise de Troie , puisque le règne de Sésostris lui-même sera postérieur de 07 ans au système qui place Ip plus bas la prise dex^tte vifle?

Quelque extension que l'on donnftaux règnes qui précèdent celui de Séthos, il ne sera jamais po^ble de remplir l'intervalle entre l'avènement de ce prince an trône et celui de Sésostris. Il est donc certain que les temps ne se suivent pas. Ou Hérodote rapportait

^ DetYignolesj Chronologie de l'Histoire Sainte, tiv. 17, cbap. ui 9 S m > lom. 11 , pag: 127, etc. Boubier» Recher* ches et DisiertalioBS sur Hérodoie, cbap. vu , pag. 71 .

fidèlement ce que lui avaient racoaté les prêtres, ou il arrangeait l'histoire à sa manière et sans aucun égard pour la vérité. S'il était l'interprète fidèle des prêtres, comme il était très-judicieux, il se serait aperçu de l'incohérence de leurs récits, et il n'aurait pas manqué de leur foire part de ses difficultés. Les prêtres les auraient levées, on ils seraient conveims de l'impossibilité de le faire. Dans le premier cas, il aurait remédié à Tincoliérence , et cette incohérence ne subsistei*ait plus aujourd'hui. Dans le second, il. aurait avoué ingénument qu'il se trouvait une lacune dans cette partie de l'histoire.^

Si Hérode eût été au contraire de mauvaise Coi, il lui aurait été très-facile de mettre, ainsi que Diodore de Sicile, un plus grand nombre de princes entre Sésostris et Séthos, et même des princes imaginaires. Il eût été de son temps très-dinicile de le convaincre d'imposture; et quel homme serait en état de le faire aujourdHiui? Il est donc constant que notre historien a été le fidèle interprète des prêtres Égyptiens, et qu'il n'y avait pas la plus légère incoliérence dans leur récit. Mais comme àprésent il y^en a une manifeste, elle doit venir de quelques copistes ignorants, qui auront omis, par négligence , plusieurs paragraphes. Mais avant que d'examiner en quel endroit se trouve la lacime, voyons ce que raconte Diodore de Sicile sur ces auclens temps.

Cet historien, qui n'avait pas eu les mêmes moyens de s^insltuure del'liisioired'Égj pte qu'Héro-r dote, place entre Phéron \ qu'il appelle Sésostris, du nom de son père, et Prêtée, l"* beaucoup de rois qu'il ne ttpmme point, et dont il n'exprhne pas même le nombre ; 2° Amasis ou plutôt Amosis ; 5° Aclisanès, roi d'Édûopie ; 4° Mendès ou Mari'os ; 50 une anarchie, qui subsista pendant cinq générations. Cette anarchie cessa par l'élection de Prêtée, qui fut remplacé , après sa mort , par son fils Remphis. C'^st le Hhampsinite d'Hérodote.

Le texte dllérodotç est formellement contraire à ce Irécit, qui d'ailleurs ne peut s'accorder , ni avec la chronologie de notre historien, ni avec aucune autre. Diodore de Sicile plaçait, avec Eratosthènes et ApoUodore , la prise de Troie plus tard que ne l'ont fait Hérodote, Thucydides et l'auteur de la vie d'Homère. Il lui a donc fallu mettre un assez grand nombre de rois entre Phéron et Prêtée , afin de faire coïncider le règne de ce dernier prince avec la prise de cette viUe , qu'il mettait l'an 5,552 de la période julienne, 4,482 ans avant notre ère.

Pour y parvenir, il suppose ' que Remphis, fils de Prêtée, étant mort, il fut remplacé par sept rois fainéants qui furent suivis de Chemmis ( c'est le

* Diodor. Siool , lib. 1 , § lx et aeq. , pag. 69 et seq. 3 Id. , il)id. , S ixii » et seq. , pag. 71 et seq.

CHRONOLOGIE D*flÉBODOT£,

CSbéops d'Hérodote ), de Chépbren , de Mycérinus et de Boccbori^. Un laps dé temps ccmsidérable après la mort de Bôcchoris , Sabacos sobjogoa l^ÉfCypte. Après on rè^me assez lon^ , il se retira en Ethiopie , et laissa aux Égyptiens la liberté de se choisir un roi: Sa retraite occasionna des troobled et one anarchie de deax aa^. Ces troobles cessèrent par Téleetion de douze princes qui ruèrent ensemble. Quatorze prince^ei un long espace de temps qui s'écoula entre la mort de Bôcchoris et la conquête de l^gypte par Sabacos, lequel espace j'ai éralné à 74 ans, équivalent à seize générations, on 53$ ans. L'élection' des douze rois est certainement deTatt ^,045 de la période julienne, 671 ans avant notre ère, comme je le prouverai ailleurs. L'avénement de Protée ail trône est donc , sekm Diodore de Sicile , de Tan 5.522 de la ptrriode julienne , 4,492 avant notre ère. Hélène peut, snivantle .système du même historien , avoir été fioossëe en Egypte par les vents contraires sous le règne de ce prince, et avoir étii^ rendue à Ménélas par le même roi. Maisoii placer, daas cette hypoth^, le règne de Séthos, qui précéda iimnédiatement celui de ces douze rois, dont Texistence et Tépoque sont certaines, puisqu'elles s'accordent non-seulement avec le récit' d*Hérodote mais encore avec celui de l'histoire sainte?

11 parait indubitable que Diodore a arrangé les rois dTÉgypte, sans aucun égard i la vérité de Thisto re , et dans la seule vue de mettre le règne de Protée', que la phipart des historiens font contemporain de la prise de Troie, quelque temps avant Tan 5,5ît2 de la période julienne , 1,492 ans avant notre ère, qui était Tépoque du sac de cette ville , suivant ApoRodore et Êratosthènes , qu'il avait pris pour ses guides. Il n*en est pas de même dllérodote. Il ne paraît point avoir eu de système. Il raconte ce qu'il a lu dans les annales d'Egypte, ou ce que lui en ont communiqué les prêtres : car il lui eut été facile, en avançant les règnes deMœris et de Sesostris , de placer les rois que Diodore suppose avoir régné entre iPhéron et Protée, sans déranger le règne de ce dernier, et de manière à le foire accor-der avec son ofiinion sur le temps où la ville de Troie ftit prise.

Il est certain qu'une partie des princes que nomme Diodore , ou dont il parle sans dire leurs noms , doit être plaa*e entre i^ésostris et Séthos, et qu'il y a quelque part dans le texte idHérodote une lacune. L^époque de Sésostris est connue, pulsqull succéda à Mœris , et qu'il n'y avait pas tout à Tait 90O ans que Mœris était mort, lorsque notre lûstoricn voyageait en Egypte. Celle de Protée est également cootiue par renlèvement d'Hélène, l'arrivée *|e cette princesse en Egypte . où elle fut retenue ,

cft par la prise de Troie, a|irès laquelle Ménélas se raidit en Ég3rpte, et reçut des mains de Protée son épouse, qui y avait séjourné 20 ans, on à pea près. H ne peut donc y avoir de lacune entre PhÂt» et Prolée. fl ne peut y en avoir noD plus entre Protée et Rbampsînite ; car Hérodote dit ' positivement que les prêtres lui apprirent que Rhampsînité succéda à Protée. Diodore est en cela * d'ac* cord avec notre historien ; et de plus , il lait Bhanpsinite , qu'il appelle Remphis , fils de Protée. On ne peut pas davantage supposer de lacune enire Rhampsinite et Chéop». Céiaiicependant le sentiment de M. le président Bouhier. Ce savant ' prétendait qu'il y avsût ^ entre -ceft denx prinees sept roLs dont Hérodote n'avait point parlé. H s'appuyait, l*" sur ce que Diodore * met entre Rhampsinite et Cbemmis, que M. Boohîer, ainsi que Rhodoman et M. Wesseling, pensait -être le Chéops d*Héro&te, sept rois, dont y ne nomme que le seul Kiléus; 2» ce savant se fondait sur ce qu'en supposant Chéopis le successeur ëumédiat de Phampsinite , il ne se serait trouvé que sept générations entre ce dernier roi cl Psammitichns, quoiqu'il y ait eu, suivant le sydteie d'Hérodote , un intervalle d'environ dnq âèdes.

Je réponds à la première raison, que Diodore de Sidle, n'alléguant nulle part qu'il ail consulté les arclnvesou les savants de TÉgypte, est moins croyable sur ce qu'il raconte de riiistoire de ce pays, qu'Hérodote qui atteste ^ avoir conversé ûmilièrem^t avec les prêtres de cette nation , qui lui communiquaient , sans réserve , toutes les particularités de leur histoire.

3p II est certain que sept générations ne sufiîsent pas pour remptir rinlervalle entre Rhampsinite et Psadimîtichus, et qu'il existe quelque part une lacune dans le texte d'Hérodote. Mais je vois d'autant moins de rainons pour la plaeer en cet endroit , que notre historien dit formellement que Chéops succéda à Rhampsinite. Voici ses pmpres paroles : «L'Egypte ^' avait été tfès- florissante jusqu'à » Rliampsinite ; mais Chéops, qui régna après lui, se livra à toutes sortes de méchancetés. » L'opposition qui se trouve entre l'état Qoxissant de rÉgypte sous Rliampsinite et la méchanceté de Chéops prouve qu'il fout entendre , par ces mots apréis lui y Rhampsinite et non un autre prince dont le nom et les actions auraient été omis par les copistes. Il ne peut égaleinent y avoûr de lacuiie , m entre Chéops et Chéphren , ni entre ce dermer et

* Herodot. , fib. ii , $ cxxi.

* Diodor. Sical. , lîfo. i , S Lii , pag. 7f .

* Recherchea et DisKrtatioiiisurHérodoferab.vii, p»67. 4 Diodor. Sîcnl. , lib. i , s Lxiii , pag. 7£.'

* Herodot. , lib. ii, 5; m , iv, icix , c, et pKlim.

* Id. , lbid.« 5 cmv.

PAR LARGUER

Mycérinus. Diodore 4e Sicile s'accorde en cela avec Hérodote , quoique celui-ci dise que Chëphren * était frère de Chéops , et que Diodore ' assure que quelques-uns prétendoient qnll n'était point son frère, mais son (ils. La longueur du règne de Gliéops , qui fat de 50 ans , et celle de Chéphren , qui fut de 56 ans, de Taveu de ces deux historiens , semble fororiser cette dernière opinion , et M. le président Bouhier ^ l'a embrassée. Cependant il peut se làire que Chéphr^ fût beaucoup plus jeune que Chéops ; et le témoignage d'Hérodote , qui est celui des prêtres égyptiens , me parait devâr. prévaloir, par les raisons ci-dessus alléguées, sur celui de quelques écrivains obscurs.

h ne peut y avoir de lacune entre Mycérinus et Asychis. La manière dont s'est exprimé Hérodote ne permet pas d'en supposer. « Les prêtres, dit-il ^, n me racontèrent qu' Asychis avait été roi après » Mycérinus. » Il est vrai que Diodore de Sicile ne parle point d' Asychis , et qu'il parait mettre Bocchoris immédiatement après Mycérinus ^ Mais il s'exprime d'une manière vague. « Bocchoris, dit-il, » r^a après les rois ci-devant nommés, n Ce n'est pas dire qu'il ait régné immédiatement après eux ; et ce qur me porte à croire que ce n'était pas sa pensée, c'est qu'il avance autre part ^ que Tnéphachthus, père de Bocchori»', avait été roi, et Plutarqne ' est de son avis. Il est donc évident qtie Diodore a omis ce prince de dessein prémédité , ou par négligence. Tnéphachthus de Diodore est {féutrétre l' Asychis d'Hérodote, et Boechoris du même Diodore, l'Anysis de notre historien.

On pourrait croifc que la lacune doit se trouver aprèâ le règne d' Asychis , et l'expression d'Héro^ dote semble lui assigner cette place. « Après celtii- H d , dit-il ^, régna un aveugle de la ville d'Anysis, » qui avait nom Anysb. » Il n'est pas d^utevx que ce terme celui-ci ne soit vague , et que s'il y a une lacune en cet endroit , ce terme peut s'appliquer an dernier prince dont il avait parlé ; prince qui aura disparu ; ainsi que plusieurs autres , par la négligence des copistes. Mais je ne puis me persuader que ce^oî^ ici la vraie place de la lacune. Hérodote ^ dit plus bas qu'Anysis s'était réfugié, au commencement de tioa r^e, dans Tiie d'£lbo , et que cette

* Herodot* , lib. u , $ cxitii.

3 Diodor. Sicul. , lib. i , $ lxiv, pag. 73. ' Recherchei et Dissertalioiu sur Hérodote, cbap. \u, pag. 69.

* Herodot. , lib. ,u,$ cxxxvf .

• Dioflor. , Sicul. , lib. i , $ ur, pag. 75.

• M., ibid., $ XLV, pag. 54.

^ Plotarch. de Iside et Oairide , pag. 354.

• Herodot. , lib. ii> $ cxxxvu.

* Id. , ibid.

Ue demeura « inconnue jusqu'à Amyrtée, pendant plus de 700 ans . tt» Egyptiens s'étant révoltés * contre les Perses, ils élurent Inaros ponrrd, et loi associèrent Amyrtée. Les Athéniens leur envoyèrent des secours, et battirent le8 Perses ' en plusieurs rencontres. Mais enfin obfigés de se retirer, les Égfyptiens se soumirent, excepté * Amyrtée, qui se réfugia dana les marais ou l'ile d'Elbe. Inaros, ayant été trahi par les siens, fut pris et mis en croix. Cette guerre ayant commencé , selon Diodore ^, . l'an 4,251 de U période Julienne, 465 ans avant notre ère , a dû finir l'an 4,256 delà même période, 458 ans avant notre ère , et la seconde année de la qoatre-vingUème olympiade, peu avant^ troisième, c*est-à-dire vers le mois de juin. H faut se rappeler que, le cycle de Méton n'étant point encore connu, l'année civile des Athéniens commençait en janvier, et Tannée olympique au solstice d'été. Cependant Diixlore de Sicile met la fin de cette guerre l'an 4,254 de la période julienne, 460 ans avant notre ère. Mais il vaut mieux s'en rapporter à Thucydide qui assure ' qu'elle dura<6 ans. Amyrtée se réfugia dans rile d'Ëlbo, l'an 4,256 de la période julienne , 458 ans avant notre ère. C'est de cette époque qu'il &ut compter les 700 ans et plus qu'il y a de la retraite de ce prince dans l'Ile d'EIbo, jusqu'à la sortie d'Anysis de la même Ile. Si Ton retranche 700 de 4,256 , on aura l'an 5,556 de la période julienne, 4 ,458 ans avant notre ère. Mais Chéops ré-** gnait alors. Si l'on suppose, comme il le fout nécessairement, que c'était la seconde année du règne d'Anysis, û ne se trouvera que 142 ans entre la dernière année de Protée , et la première ou seconde année d'Anysis : je dis la dernière année de Protée, parce que ce prince reçut à sa cour Ménélas , qni revenait de Texpédition de Troie, et qu'il peut être mort la même année. Mais comment placer dans ce court espace de temps les règnes de cinq rois , dont l'un régna 50 ans et Vautre 56 ans , de l'aveu d'Hérodote et de Diodore?* Il est donc évident qu'il y a erreur dans le nombre des années qui s'écoulèrent entre la sortie d'Anysis de sa retraite dans l'Ile d'EIbo, et rentrée d'Amyrtée dans le même asile. Si Ton prétend qu'il y a eu quelques princes d'omis entre Asychis et Anysis, et qu'on en a oublié quelques autres entre Anysis et Séthos , c'est supposer gratuitement deux lacunes , et forcer à diminuer encore l'intervalle qui se trouve entre la sortie d'Anysis de l'Ile d'EIbo , et la retraite d'Amyrtée

* Herodot., lib. ii. , $ cxl.

* Diodor. Sicul. , lib. xi, S lxxii. Thucyd. , lib. i, $ ex. > Id., ibid., S LxxiT et seq.

* Thocyd. , lib. i,$ct, Diodor. Sicul. , lib. xi , S iixvit, ' Diodor. Sicol. , lib. xi , $ lxxi.

'Thacyd. ,lib. 1,$ çx.

CHRONOLOGIE D'HÉRODOTE

dans kl même ile. D'ailleurs , Asychîs et Anysisse | succèdent dans Diodore, ainsi que dans Hérodote , si le premier est le même que Tnéphachtlms , et le second que Bocciioris, comme je Tai conjecturé plus haut.

Il me paraitt évident , d'après cet exposé, quUl faut placer au comm^cement du $ gxli, la lacune que Âl. le président Bouhier supposait au commencement du S cxxiv ; et l'expression d'Hérodote , fitxà Zï ToûToy, après celui-ci^ semble nous y inTiier. En effet , si Hérodote avait parlé , après Anysis , de sept rois, ou même d'un plus grand nombre , il est hors de doute qit'après avoir fait mention du derraer de ces sept rois, il aurait pu s'exprimer de la même manière.

Quoique la durée des rèj^es de la plupart de ces princes ne soit fondée que sur des conjectures, je ne crois pas m'être beaucoup écarté de la vérité ; et si je ne puis prouver la durée des règnes de quelquesuns de ces princes , il est du moins impossible de prouver le contraire. Anysis doit être monté sur le trône vers Tan 5,702 de la période julienne, 4,042 ans avant notre ère. H se sera réfugié dans Tile d'Elbo Tannée suivante; et après un séjour de 50ans dans cette ile, il en sera sorti Tan 5,755 de la période julienne, 964 ans avant notre ère. Comme ce prince a régné encore quelques années après av(Hr recouvré ses états , j'ai cru devoir fixer sa mort en 5,760 de la période julienne , 954 ans avant notre ère. Séthos étant monté sur le trône vers Tan 4,00i de la période julienne, 745 ans avant Jésus-Christ, comme on le verra dans peu , il se trouvera entre ces deux princes un intervalle de 244 ans , quil faudra remplir par quelques-uns de ces princes nonmiés par Diodore de Sicile. Mafs que faire des autres rois que cet historien place entre Pliéron on Sésostris II etProtée, et entre Remphis ou Rhampsinite, et Chemmis? Je réponds qu'il faudra les mettre entre Menés et Mœris , Tun le premier , Tautre le dernier de ces trois cent trente rois dont parle Hérodote \ Il parait que Diodore de Sicile a mis un si grand nombre de princes après Sésostris, parce que regardant Danaûs comme le frère de ce prince, il a voulu fdire accorder son règne avec celui de DanaûsàArgos. Cet intervalle de 2^1 ans suppose sept princes qui ont été omis par la négligence des copistes.

Cette négligence a occasionné plusieurs antres erreurs. Il est impossible que Sabacos soit le prince éthiopien qui a forcé Anysis à se réfugier dans les marais. En effet, si , après un règne de 50 ans, il abandonna FÉgypte vers Tan 5,755 de la période julienne, 964 ans avant notre ère, il ne peut être

' llerodot. , lll>. n , j; c.

le prince de même nom < qui fit mourir Néoos, père de Psammitichus. Quand on supposerait que cette violence de Sabacos est de la dernière année de son règne, c'est-à-dire de l'an 5,T55 de la période julienne , 964 ans avant notre ère, et que Psammitichus ne faisait que de naître, ïï ne s'ensuivrait pas moins que Psammitichus aurait eu 290 ans lorsqu'il fut élu Tun des douze rois; ce qui est absimie. Il est naturel d'imaginer que ce fut im antre prince étliiopien qui chassa Anysis de ses états ; que lorsque ce prince abandonna l'Egypte, Anysis sortît de sa retraite, et reprit les rênes du gouvernement ; qu'après sa mort le trône fat occupé par plnsieurs princes égyptiens omis parles copistes; ^ue sous le dernier de ces princes , Sabacos , rw d^Ethiopie , envahit l'Egypte , et que vers la dernière année de son règne, c'est-à-dire vers l'an 4,000 de la période julienne, 744 ans avant notre ère , il fit monrir Nécos. Psammitichus , fils de Nécas , n^ayait alors qu'un an, ou même il ne faisait que de naître. On le transporta en Syrie ' , afin de le soustraire à la cruauté de Sabacos. Sétlios occupa le trône, après que Sabacos se fut retiré dans ses états. Ce prince régna 40 ans, et mourut en 4,044 de la période julienne , 675 ans avant notre ère. Il y eut une anarchie de deux ans. Cette anarchie fut suivie de Yélection de douze rois, du nombre desquels était Psammitichus. Ces douze rois régnèrent ensemble 45 ans , et Psammitichus, qui les chassa, régna 54 ans en tout ; savoir : 45 ans conjointement avec les onze autres rois , et 59 ans seul. Ces douze rois montèrent sur le trône en 4,045 de la période julienne , 674 ans avant notre ère ; et Psammitichus, qui avait alors 45 ans, étant mort vers l'an 4,097 delà période julienne, 647 ans avant notre ère, était alors âgé de 97 ans. Je ne vois pas qu'il soit possible d'éviter les contradictions qui naissent du texte actuel d'Hérodote, si l'on n'admet pas ces suppositions ; le grand âge que je donne à Psanmaitichus n'est point une raison suffîsantepour tes faire rejeter, puisqu'il y a des hommes qui poussent encore plus loin leur carrière.

Ces erreurs ne sont pas les seules qu'aient commises les copistes. Hérodote dit , sur la On du paragraphe CXL , que Pile d'Elbo, qui avait ser>i d'asile à Anysis, n'avait point été découverte pendant plus de 700 ans, par les rois, ses successeurs, jusqua

Amyrtée qui s'y réfugia, «Vea inï nXia ^ iTtraxôctaol* ocâîre iioxv »Miv (r^v y^9o>) ùnvpetv oc Tzpôrtpoi yvfifivttu

îvfsùriti À/iuprùiou. Périzonius est, Je crois , le premier qui se soit aperçu qu'il y avait erreur dans les chiffres, et qu'il fallait lire cVcge iiA nkk» r,

I Uerodol. » lib. ii , S clii.

> Id.,ib:d.,$cLfi.

PAK LARCHER

bOÔ

TfiuMàtat^ pendant \Am de 500 ans i. M. le président Bouliier adoptait aussi 'ce changement, et M. Wesseling était aussi du même sentiment dans ses notes sur ce passage d'Hérodote. Cet accord me parait une preuve convaincante quUl y a erreur dans le texte d'Hérodote. Quant au nombre d'années que substituent ces savants à celui qu'on y lisait auparavant , cela dépend , et de Tannée de la sortie d'Anysis de Tile d'Elbo, et de celle où Amyrtc.e s'y réfugia. On sent assez, sans que j'en avertisse , que ces années , et surtout celle où Anysis sortit de son asile, ont été arrangées d'après le système que ces savants s'étaient fait sur la chronologie des rois d'Egypte. Quant au mien, j'ai suivi Hérodote; et si je me suis livré quelquefois à des conjectures, ce n'a été que lorsque cet historien n'avait pas déterminé la durée du règne de tel ou tel prince. Je m'en suis permis dans ces cas-là seulement ; et ces conjectures, bien loin de pécher contre la vraisemblance, s'accordent avec la durée des règnes des princes qui a été déterminée par Hérodote et par les autres liistoriens. Je ne me suis donc pas beaucoup écarté de la vérité , en faisant sortir Anysis du lien de sa retraite Tan 3,755 de la période julienne, 001 ans avant notre ère. A l'égard de l'année ou Amyrtée se réfugia dans la même lie , j'ai pris pour mes guides Thucydideset Diodore de Sicile; et cest d'après ces historiens que j'ai ùài entrer Amyrtée dans son asile Fan 4,256 de la période julienne , 458 ans avant notre ère , comme on la vu plus haut. Il y a donc entre la sortie d'Ânysis de Tile d'Elbo et la retraite d'Amyilée dans la même lie un intervalle de 505 ans. Indépendamment que M. le [président Bouliier a arrangé la chronologie des rois d'Egypte d'une manère assez arbitraire, quoique, à l'entendre, il fasse profession de «ulvre Hérodote , il s'est encore trompé au sujet d' Amyrtée, en s'en rapportant au Syncelle ^ qui met ce prince sous Darius Nnthus, et l'an 4,297 delà période^ julienne, 447 ans avant notre ère. Ce savant aurait dû sentir que le témoignage du Syncelle n'était d^aucune autorité, quand il était contredit par d&s historiens graves et contemporains. Iline parait donc évident qu'il faut substituer irfvTsue<i<r(a kxrx^ôvn de la manière suivante :

rrca irrc tt t^^xv àvrriv A^tifpùv

oc Ttpéxeppt yevé/uvot ^«acAvjc; SwjpTaôioV' Lcs rois Cpll .

» précédèrent Amyrtée ne purent la découvrir » pendant plus de 500 ans. » J'ai vu avec plaisir que cette coi\iecture était venue à l'esprit de

^ Jac. Perizonii ^Egypt. origin. investigatîo, cap. xi, pa(?. 202.

3 Recherches et Dinertations sur Héroifote, chap. vu, pag. 70.

' Synœlli GbroDOgr., pag. 76. Recherches etDisserl. sur Hérodote, çhap. i, pag. 6.

M. Beixius, qui Ta admise dans le texte de son édi* tion. Ce savant ayant été enlevé à la répubUque des lettres avant qu'elle fût achevée, nous ignorons les motifs du cliangement; qu'il faisait au texte d'Hérodote. C'est ce que nous apprend^ M. Borheck , principal du collège de Dielfeld , actuellement professeur en liistohre et en éloquence à l'université de Duisbourg^

Je passe maintenant au règne de-Séthos. Si nous ignorons quand ce prince monta sur le trône , du moins sommesHM)us assurés qu'il mourut vers l'an 4,041 de la période julienne % 075 ans avant notre ère. Il est également certain qu'il battit Sanacharib ^aii4,002 de ki période julienne , 7i2 ans avant notre ère, comme je l'ai prouve dans un mémoire ^ sur quelques époques des Assyriens. Je ne crois dcmc pas m'écarter beaucoup de la véritable époque du commencement de son règne, en supposant qu'il monta sur le trône l'an 4,001 de la période julienne, 745 ans avant notre ère, et que son règne fut de 40 ans. Cette conjecture est fondée sur ce que Sabacos , qui précéda immédiatement Sétlios , fit mourir Nécos , père de Psammitichus , comme on vient de le vobr. En effet, si l'on plaçait le règne de Séthos antérieurement à cette année, il faudrait que Psammitichus eût poussé sa carrière jusqu'à un âge où les hommes par\'iennettt trop rarement , pour supposer , sans aucun autre motif , que ce prince se soit trouvé dans ce cas.

La fiimiile royale se trouvant éteinte' par la mort de Séthos , les Égyptiens ^ recouvrèrent leur liberté. Mais comme ils étaient accoutumés au gouvernement monarchique , ils songèrent à se choisir un roi. Les aspirants an trône se présentèrent eu grand nombre ; mais leurs prétentions furent étouffées par celles des douze plus puissants. L'autorité de ceux-ci et leurs rîchesî^es étaient à peu près égales. Les brigues , les cabales , le crédit se contrebalançaient Aucun d'eux ne voulait se désister. Il eût fellu nécessairement recourir à la voie des annes.

* De Chronologiâ HerodoteA , pag. 99.

' La suite des roi» d'Fgypte en fournit une preuve complète.

" Mémoires de I*Acadéiiiie Royale des loscripUoQs et Belles- Lettres, vol. xlv. Mémoires, pag. «)S7.

^Herodot. , lih. ti, S cxlvii. Le; Grées supposaient qu'on ne pouvait être libi« dans un élat monai chique. L'expérience prouTe, au cootrairo, que jamais on n'a eu m<^na de liberté que dans un pays républicain. Le gouvernement républicain est le plos despotique de tons les gouYemcmenls. Il serait aisé de le prouver sans sortir de la Grèèe ; mais les bornes d'nno note ne le permettent pas. (^'ote de la seconde édition , publiée sous rempfre. Le* notes de la première édition étaient au contraire dans l'esprit républicain et philosophique, en opposition à celles-ci , qui sont uionarchiques et blbliquei^)

CHRONOLOGIE D HÉRODOTE

On prit un parti plus sa^e. Les douze candidats furent élus conjointement avjBC une éj^aïe autorité. Cet arrangement, qui concilia leurs intérêts , Ae dut avoir Heu que lorsque chacun de ces douze seigneurs eut reconnu l'impossibilité de réunir en sa faveur les suffrages de la majeure partie de la nation. Les manœuvres qu'il fellut employer , les batteries et les contre-batteries qu'il fallut dresser , les brigues, les cabales, les pour pariers, exigèrent un temps assez considérable ; et je crois volontiers , avec Diodore de Sicile \ qu'il y eut immédiatement avant le règne de ces douze princes une anarchie de 2 ans.

Hérodote semble insinuer * que ces douze rois furent établis aussitôt après la mort deSélhos. Je ne puis me le persuader , par les raisons qu'e je viens d*alléguer. Quoi qu'il en soit , ces douze princes ayant été élus , ils se partagèrent l'Egypte , s'engagèrent à ne jamais se détruire , et chnéntèrent leur union en s^alliant les uns avec les autres. TTn oracle leur avait prédit que celui d^entre eux qui ferait avec un vase d^irain des libations dans le temple de Vulcaln régnerait seul sur toute TÉgypte. Ces princes célébraient ensemble des fêtes. Le dernier jour dé celle ' de Ynlcain , étant assemblés dans le temple de ce dieu , le grand-prêtre leur ayant présenté des coupes d'or pour feirc le^ibations accoutumées , fl ne s'en trouva que onze. Psammitîclius , le dernier de ces douze rois , se servit de son casque pour Mre les libations. Les autres rois s'en étant aperçus et s^étant rappelé l'oracle, interrogèrent Psammitichus; et comme ils eurent reconnu que ce prince ne s^étaît pas »ervi de son casque de dessein prémédité , ils ne voulurent point le feire mourir , et se contentèrent de le reléguer dans les marais. Ce mauvais traitemerit ayant indisposé Psammificbus contre ses collègues , il cherdia les occasions de s'en venger. Elle ne tarda pas à se présenter. Des ^ Ioniens et des Cariens , que l'amour du butin portait à courir les mers , abordé» ent en Egypte. Il les prit à sa solde ; et avec leur secours et celui des Égyptiens de son parti , il battit les onze rois , et devint seul maître de l'Pgypte. Hérodote né dit point combien de temps ces douze rois régnèrent. Diodore de Sicile supplée à son omSsBon , et ' assnre que ce fut 45 ans. Hérodote ^ donne M ans de règne à Psammitichus. Si

4 Diodor. Sical. , lib.i , S Lxn, pag. 76. ' Herodot., lib. i, S ciuji.

*Id.,lib. ii»$cu.'

* Id., iMd. , $ cLif . Diodor. Sical.» lib. ii S lxvi, pag. 76 et 77. Diodore de Sicile y joiat des Arabes. Mais comme 061 mots ne te trouvent point en plusieurs excellents maniuaritf r jo <aroii qu'ils ont été ajoutés par qoelqae copiste» et qn'il ftint le* rc^ancher.

* Diodor. Sicol.; lib. i , S uvi > pag. 76. ' Herodot , lib. n, S cltii.

Ion retranche les 15 ans qu'il régna conjointement avec les onze autres rois , il se trouvera qull aura régné seul 59 ans.

Son fils Nécos lui succéda. Il * essaya de joindre, par un canal , la Méditerranée avec la mer Rouge ; mais n'ayant point réussi, il équipa deux flottes, l*uhe sur le golfe Arabique , l'autre sur la Méditer-^ ranée. H fit la guerre aux Assyriens ; mais comme il fallait qu'il passât sur les terres ites Juif^ , Joslas * vint à sa rencontre et lui livra bataille. Josias la perdit et fut tué. Cette bataille se donna près de Mageddo. Hérodote nomme cette >'ille Magdole. Magdole était Àe la basse Kgypte ,' et peu éloignée de la Méditerranée. L*itinéraire d'Anlonin l'appelle ' Magdolos , et la place à douze milles de Péluse. Celte ville était trop éloignée des états de Josias , et ce prince , qui n'était point en guéné avec les Egyptiens , se serait donné de garde de venir attaquer Nécos dans ses états. H y avait dans la tribu de Manas:s^ ♦, près de celles d'Issachar et d'Aser une ville nonmiée Mageddo. Elle se trouvait sur la route que devrfit Jjrendre Nécos pour entrer en Assyrie. Ce fut en ce lien que se donna cette bataille ^ si funeste à Josias. Hérodote connaissait médiocrement la Judée. lYompé * parla ressemblance des noms , il parait avoir confondu Mageddo avec Magdole: C'est ce qu'avait très-bien vu Hadrien Reland , dont je ne connaissais que de nom le savant ouvrage sur la Palestine ,Morsque je publiai ma première édition. Les motifs ^ qu'il appôi te pour changer Magdole en Afàgeddo sont les mêmes que ceux que j^ai employés! Cela ne doit pas surprendre ; ayant puisé tous deux dans les ménies sources , nous avons dû nous* rencontrer. Les raisons 'de Reland n'oril fdit aucune impression sur le P. de Tourftemme. Ce savant , dans un appendice ' à là dissei4atfon xi* qull a mise à la suite du commentaire du P. Ménochius , sur la sainte écriture , s'exprime ainsi : Docliisimus Âelandvs ad aliain Ma^eddonem. in tribu Mmias$$ reges iJIos decerld^se in Païœstind Sud^ roniendit contra pdem historiœ sacrœ et absque tdld verisimi- Utudine. Comme ce savant se contente d'aVancer que le sentiment de Reland pèche contre la vérité de l'histoire sainte et contre la vraisemblance , sans

* Herodot. lib. n, S clvw, cui.

3 Reg.» lib. ir, cap. ixm , f 29 et 50. Herodot., lib. ii , S eux.

■ Antonini Itinerar., pag. (71.

* Judic, cap. I, f 27. Jos. , cap. xtii , y H.

* Reg., ir« cap. xiui, ^ 29.

* Martbam » Gbronic. Gan. , pag. 551 .

' Hadr. Relandi Palaestina , pag. 895 , 894.

* Menocbli Oonmientarii tolini Seriptune» tome it, pag. 258.

PAR LARCHËR.

en apporter aucune preuve , je me crois d'autant plus dispensé de le réfuter , que j*ai prouvé que mon opinion était conformé à la sainte ''écriture , et que l'autre péchait contre toute vraisemblance.

Ce même prince, ayant abandonné ' l'entrepris^ du canal , ordonne à dés Phéniciens de s^embarquer sur la mer Rouge , et de revenir en Egypte par les colonnes d^Hercnle et la Méditerranée. Ce voyage réussît , et les Phéniciens racontèrent, à leur retour, des particularités que nous avons discutées en leur lieu. Je ne m'étendrai pas davantage sur les actions de ce prince , il me safiit^de dire qu'il régna ' 46ans.

Son fils Psammis lût succéda et régna ^ 0 ans. Apriés , fils de Psammis , régna * 25 ans. Diodore de Sicile met * quatre générations entre Paammitichus et Apriès , quoiqu'il n^y ait eu , entre ces deux princes, qae 'Nécos et 'Psammis. Il suit en cela l'usage des Grecs, qui comptaient toujours les deux extrêmes. Je crois presque inutile d'observer que Diodore donne k Àpriès irois années de rè^ne moins

qu*Héro<1ote. L'autorité de notre historien doit pré- abusant de Iféquivoque du terme , avaient fai( pas*

avant notre ère , il s'ensuit qu'il régna 40 ans et quelques mois ^ en supposant nvec Diodore qu'il y eut entre Séthos et les douze rois une anarclûe de 2 ans , 00 42 ans et quelques moiâ , si l'on aime mieux s'en rapporter à Hérodote.

Mon ouvrage était dé}à sous presse , lorsqiie , dans un entretien que j'eus sur la chronologie des Égyptiens avec quelques personnes éclairées , l'on me fit des observations. Ces observations ne m'étaient pas inconnues ; mais^je les avais négligées, parce qu*il m avait paru qu'il était très-iacile d'y répondre. Cependant ayant depuis réflécin que quelque autre pourrait me faire les mêmes objections , et s'imaginer qu'elles détruisaient sans ressource le système d'Hérodote , j ai cm devoir les prévenir , avant que de passer au canon èhtonologique.

M. Desvigiviles, savant distingué, prétendait* qu'en Hébreu le mot de jours sisrnifiait souvent des aiuiées. Il avait jigé , par la confi>rmilé de la langue hébraïque avec la chaldaîque , que les Clialdéens ,

valoir par les raisons ci-dessus alléguées.

Amasis , qui s'était'^ emparé de la couronne , régna 44 ans. 3ulès Africain dit ^ aussi la même chose dans la chronograpliie du Syncelle. Ce fut contre ce prince que marcha Cambyses , roi de Perse. Il n'était plus en vîé, lorsque Cambyses entra en Egypte. Psàmménit , son fils, avait pris sa place. Son rè^ne ne fut que de six mois. Cambyses monta sur le trône de Perse , selon le canon de Ptolémée , l'an 219 de l'ère de Dabonassar , qui répond à l'an 4,485 de la période julienne , 52D ans avant notre ère, et attaqua l'Egypte ^ la troisième année de la lx^iii olympiade, c'est-à-dire vers le mois de juin de Tan 4, 1 89 de la période julienne, 525 ans avant notre ère.

La somme des règnes depuis et èompris les douze rois , jusques et compris Psàmménit , est de 1 45'ans 6 mois. Si on déduit cette s^mé de l'an 4,189 de la période julienne , 525 ans avant ilotre ère , qui est l'époque de la conquête de l'Egypte par Cambyses, on aura le miheu de Fan 4,045 de là période julienne , 6^1 pour le commencement du >ègne des douze princes qui gouvernèrent conjotnteinent TÉgypte. Séthos était donc mort cette année, on 2 ans plus tôt, fri l'on admet Tanarchie de Diodore '; et comme le commencement de son tègne est. à peu près de Tan 4,(k)l dé hi période julienne , 71 5 'ans

* Herodot. , lib. ir, s xlii.

Ud. ,lib. ii,SCLix.

* Id , ibid. , $ GLi.

* Id. , ibid., S Gtii.

* Piodor. Sicol. , lib. i , § UTin , pag. 78. ^ Herbdot , lib. ni, S î.

' Syncelli Ghronogr. , pag. 75.

' Diodor. Sicut. . ftb.'i , % litih , pag. 79.

ser pour des années ce qui n'était que des jours. Il dismt des Egyptiens la même chose , mais avec un peu plus de fondement ; car Suidas assura que ies Égyptiens appelaient les jours des années^ et /ikv ^ rài^fiipgtihta»Tovii^fi^9v. A la faveur de celte équivoque , ils avaient fait , ajoute-l-il , illusion aux Giecs. Telle était la manière de penser de M. Desv> gnôles.

Suidas ne s'était pas contenté de dire ce que l'on vient de voir; il avait encore dit que le Soleil ", ûxtoç Fils de Vulcain, avait] régné 4,477 jours ^ ce qui feisait t2 ans 5 mois et 5 jours. Ce sentiment ne lui était pas particulier, et on le trouve en entier dans la chronique Pasehale ^, avec cette différeuce que l'auteur de cette chronique met 4 jours au lien de cinq : car je ne crois pas devoir m'arrêter à la version latine , où , par l'inadvertance de l'imprimeur, on a mis 5,477, pour 4,477.

Cette opinion me parait plus ancienne que Suidas et que l'auteut de la chronique Pasehale. Plutarque avait dit avant eux ^ que Tannée égyptienne était d'un mois, et qu'ensuite elle avait été de quatre. C'est pourquoi, àjonte-t-i) , quoique les Égyptiens habitent un pays très-nouveau, ils passent cependant pour irès-anciens , et ils comptent dans leur généa* logie une multitude immense d'années, parce qu'ils mettent les mois pour des années.

On avait imaginé un pareil système pour réduu^

* Chronologie de l'Histoire sainte, iomen, livre ?i, cbap. rr, pag. 649* > Snîdaa Voe. HA»;, tom. u, pag. 55.

' Gbronïc. Paaeb. , p8g.'45, D.

4 Ptntaroh. hi Numd , pag. 72 , B.

CHRONOLOGIE D'HÉllODOTE,

le nombre îles aimées des [mtrîarches. Saint Augustin y répond d'une manière victofteuse dans la Cité de Dieu, lib. xv, cap. xiv. Il y prouve qu'a- i vant le déluge Tannée était de -12 mois, et le mois de 50 jours. Cette année était celle de INoé , celle que connurent se^ enfants , et par conséquent celle de Mesralm, son petit -fils, de qui descendent les ^ Egyptiens.

Mais ces opinions , qui me paraissent avoir été enfantées par les Juifs, furent dans la suite adoptées par les chrétiens, et même par quelques Grecs attachés au culte de leur pays. Les Juifs, dans le temps de leur captivité en Egypte , occupés de travaux serviles, et plongés daqs Tignorance , n'avaient pas le temps de s'instruire de Tancienneté de TÉgypte ; et quand même ils Tauraient eu , ils n'étaient pas assez habiles pour discuter les prétentions des Égyptiens, et pour en démontrer la futilité. Mais lorsque ce peuple eut acquis sous les rois un gouvernement stable , le conunerce et les liaisons qu'il eut avec le reste de TOrient , où les sciences étaient cultivées, lui inspirèrent du goût pour les connaissances humaines, et les livres saints sont une preuve qu'il y avait fait d'assez grands progrès. Ce fut peut-être alors qu'ayant connu plus particulièrement les Égyptiens et leurs annales , les Juifs s'aperçurent que ces annales contredisaient manifestement celles qui étaient consignées dans leurs livres. Ils ne doutaient point et ne pouvaient douter de l'autiienticité des leurs , et devaient rejeter en conséquence celles des autres peuples. Les rejeter absolument , cela leur paraissait sans doute trop hardi. Les discuter , cela aurait exigé de la critique et des connaissances qu'ils n'avalent pas alors. Ils prirent un teiupéramait ; les uns , en disant que les jours étaient des années ] les autres, que les mois étaient des années ; d'autres enfin, voulant faire remonter plus haut l'origne des Égyptiens , prétendaient que Tannée égyptienne était composée de 4 mois. Je ne donne point cela comme certain. Mais quel autre peuple que les Hébreux avait intérêt à contester aux Égyptiens leur ancienneté ? Ce n'était pas assurément les Assyriens. Ils se croyaient au moins aussi anciens que les Égyptiens, et n'avaient garde d'exammer de trop près les annales de ce peuple, de crainte de faire naître à d'autres le désir de discuter les leurs. Il importait aussi très-peu aux Grecs que les Égyptiens se perdissent dans la nuit des temps. Il n'avaient aucune iamière sur la création du monde , et quelques-uns d'entre eux croyaient le monde étemel. Il n'en était pas de même des' Juifs. Ils savaient que le monde avait été créé, et ils n'ignoraient pas combien ils'était écoulé d'années depuis la création jusqu'à leurs jours. Ce sont donc les Juifs qui ont dû imaginer ce système concilia- f

teur, parce qu ils sont les seul; qui aient eu intérêt à le faire.

Les Grecs ne connnrent les Juifs qn*après les conquêtes d'Alexandre, et je croirais volontiers qu'ils n'eurent connaissance de leurs livres , qu'après la traduction qui en fut faite sous Ptolémée Philadelphe. Ce ne fut peut-être qu'après cette époque que les Juifs, qui s'étaient beaucoup multipliés en Egypte, et surtout à Alexandrie, ccmimencèrent à écrire en grec ; et je ne crois pas m'éloigner beaucoup de la vérité, en supposant que ce ne fut que dans ce temps-là qu'ils imaginèrent le moyen de concilier les annales dès Égyptiens avec les leurs, quoique j'ai avancé un peu plus haut qu'ils l'avaient peut-être fait dès le temps de leurs rois. Quoi qu'il en soit, je pense (lue ce système resta inconnu aux Grecs , ou que s'il parvint à leur connaissance, ils n'y firent aucune attention, parce que, ne croyant pas à la divinité des écritures, les sentiments des Juifs leur importaient assez peu. Mais le christianisme s'étant établi . ceux d'entre les chrétiens qui étaient instruits crurent que le tempérament imaginé par les Juifs était excellent pour détruire la haute antiquité des.Égyptiens Ils l'adoptèrent en conséquence dans leurs écrits, et ce fut alors qu'O fut connu des Grecs.

Si les Juifs s'étaient appliqués, du temps de leurs l'ois, àTétude de l'histoire d'Egypte, je ne doute pas qu'à l'aide d'une saine critique ils ne fussent parvenus à répandre du jour sur les règnes des dieux, et qu'ils n'eussent retranché de la liste des rois un grand nombre de princes imaginaires , sans être obligés de recourir au système qui transformait les joui*s en années. Ce système, qui parait ingénieux, et qui semble au premier coup d*œil donner des Ijornes raisonnables à la durée du royaume d'Egypte, est dans le fond insuffisant et puérile : car Menés, premier roidecepavs^ étant monté sur le trùue H, 000 ans avant Sésostris , et ayant été suivi de trois cent treute rois jusqu'à Sésostris, si l'on suppose que ce sont 4 1,000 jours, il s'ensuivra que ces [trois cent trente rois n auront régné cliacau qu'un peu plus de 53 jours Tun portant l'autre. Si ces années sont des mois, le règne de cliacundeces princ&^ sera de 2 ans 0 mois l'un portant l'autre ; ce qui n'est guère moins absurde. Ce n'est \ins tout : il ne sufligait pas d'avancer que les Égyptiens avaient pris les jours pour des années , il fallait le prouver. Macrobe , l'un desplus savantshomniesqui aient été, s'mscrit en faux contre cette opinion, lorsqu'il dit : Anni cerius inodus apud solos semper j^gypiios

fuit \ Hérodote mérite notre confiance dans tous les

' Macrob. Satunial., lib. i , cap. uf , pag, 169.

PAR LARCHEH.

faits dont il a été témoin , ou qu'il a appris de personnes dienes de foi. Quant aux autres fiaits, il ne les ^ ., ., ,^.«

... . ., . * / ^ Douze rois , du nombre desquels est Psam-

garantit jamais, ettoujonrs il ajoute ces mots : on m a miUchus , régnent ensemble 1 5 ans. Dio-

dit. Parmi ces derniers feits, les uns sont dans Tordre dore de Sicile

j • ui ^ i^« -..».»«»» 1^ c.»»t rv»<. r*« Psammîlichus règne seul 59 ans, eu tout 54

des vraisemblances, les autres ne le sont pas. On j ^^^^ uérodt^te !

peut crœre les premiers, et Ton doit rejeter les Nécos, iOans. Hêrodotft seconds. Les annales des Egyptiens deviennent vraisemblables, si l'on suppose le monde éternel, ou qu'il a commencé à une période beaucoup plus reculée que celle que lui assigne récriuire. Mais elles cessent de Tôtre , lorsqu'on admet cette même écriture. Eh ! qui est-ce qui pourrait balancer entre un ouvrage divinement inspiré, et des annales qui n'ont et ne peuvent avoir aucun degré de crédibilité? Si donc, en discutant ces annales, j ai paru quelquefois pencher vers le sentiment d'Hérodote^ je prie le lecteur d'être persuadé que je ne l'ai fait que relativement aux opinions des autres historiens, et sans vouloir donner la plus légère atteinte aux vérités énoncées dans le livre des saints V

Psamniis , 6 ans. Hérodote

Apriès, 23 aiis. Uérodotc

Amasis , 44 ans. Héro()(jto

Psamméoit, 6 niuîs. llérodiîto

Conquête de l'Egypte par Cambyses

Am^rtéc se réfugie dans riled'ËIbo

Intervalle entre la sortie d'Anysis de sa retraite dans l'iie d'EIbo, et leiiti^ d'Amyrtée dans cette même Ue 503 ans.

Pério. Ann^us Jul. ÙV.S.C.

UM

S xm. Canon chronologique des rois d'Egypte , selon le

système d'Hérodote.

jPérlo.lAnnëet

Jul. [av. j.c.

eni

Le. gouvernement théocratiquc élaI)U

Egypte.

Les graods-prétres des huit plus aneieiis dieux gouvernent ce pays. Ou ignore enquel temps commença leur règne.

Les grands-prètres des douze dieux suivants s'empai^rent de raulorité , et eommencè-

reiit à gouverner vers l'r.n.

Les grands- prêtres des dieux du troisième ordre leur suecédèrent. Celui d'Onris régna vers l'an

Ils furent dépossédés par celui d'Orus. L'on

ignore en quel .temps.

Mén(?s , 1 «^ roi d'Eg} pie , H'gne 62 ans , selon Eratosthènes. Syncelli Cbronogr., png. 9r. Trois cent vingt-neuf rois , dont le dernier 1 est Mœrls , commencent à régner vers l'an.^ . .

Mœris, 68 ans. Vecchiét' .|5290

Sésosiris, 44aus 13558

Phéron, 18 ans !54u2

Prothée, 50 ans 5420

Khampsioi(e,66 ans. Manétboo |347U

Chéop«, 50 ans. Hérodote 5056

Ch('ptiren , 56 ans. Hérodote 15586

Mycérinus, 20 ans . .I36i2

Asychis, 40ans 15662

Anysis, 58 ans '5,02;

— se réfugie dans rile d'E'bo . . ; 15705

Un prince éthiopien s'empare de l'Egypte,!

et la gouverne 50 ans 5705

Anysis sort de l'ile d'Elbo aprcs la retraite du prince éthiopien. Hérodote 5755

— meiirt 7 ans après . vers l'an '|5760

Intervalle de 241 ans, pendant lequel SahacosJ

roi d'Ethiopie, fait la couquéte de l'Egypte!

etia gouverne 50 ans '5951

Sélhos , règne 40 ans J400I

— bat les Assyriens. '4002

Anarchie de 2 ans. IModore de Sicile 14041

* Voyez sur ma vraie manière de penser le commencement de ce chapitre et le chapitre ir.

S XIV. Système de U. Jacksou sur les Égyptiens.

Il parut ù Londres , en 4752, un système de chronologie en trois volumes in-4° , par M. Jackson, sous ce titre : Chronological Antiquiiies , or the Antiquiiies and Chronoîgtj of ihe mosl anâeni k'uigdoms, from iheireation of the world,for ihe $pare offive Ihousand years.

Dans ce qui regarde TÉgyple , Tauteur a eu pour but de faire accorder la vieille chronique et Mauéthon avec TÉcrilure sainte. Pour y parvenir, il réduit les années égyptiennes à des années lunaires d*un mois. En retranchant un douzième sur les calculs de la vieille chronique et de Manéthon , il est impossible, même avec celte réduction, d'opérer cet accord. DalUeurs, ce système est purement arblti'aire , et son année lunaire de ti*ente jours n'a aucune sorte de fondement; quoiqu'il tâche de l'appuyer sur le témoignage d'Endoxe , de Diodore de Sicile, de Plutarque, de Vairon, de Pline, etc., qui n'en parlent pas d'une manière assez positive pour qu'on puisse établir un système sur le peu qu'ils en disent. D'ailleurs ,* il est bon d'observer que tous ces auteurs sont pastérieurs à îa version de-i sepi aille , et que ce système fut vraisemblablement imaginé par des Juifs hellénistes, qui, n'osant contredire ce qu'ils trouvaient cons gué dans les livres saints sur la longue vie des palriarclies, voulaient cependant l'expliquer d'une manière qui ne piit choquer les opinions des Grecs. Mais voyez l'illustre saint Augustin, qui prouve parfaitement dans la Cité de Dieu, lib. xv, cap. xiv, que Tannée antédiluvienne était de ilouze mois , et le mois de trente jours , comme elle le fut a[U'ès le déluge.

L'ouvrage de M. Jackson étant actuellemenl trèspeu connu en Angleterre , et tout à fait incoimu dans le reste de l'Europe , le peu que j'en dis me parait suffisant. Une plus longue réfutation aurait prodigieusement allongé cet article , et aurait peut-éire paru déplacée dans un ouvrage où l'on ne s'est proposé pour but que de donner un essai sur la chronologie d'Hérodote.

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CHRONOLOGIE DHÉRODOTE,

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