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CHAPITRE II

Fondation des villes de Tyr et de Garlbagë.

S L Fondation de la ville de Tyr.

Si je voulais rapporter les sentiments de tous les écrivains anciens et modernes sur la fondation de Tyr, celte simple exposition entraînerait des longueurs, et le lecteur ne me saurait aucyn gré de lui avoir présenté des opinions qui se détruisent d'elles-mêmes , et* dont la futilité est manifeste. Il n'est pas cependant inutile de faire connaître le sentiment d'Hérodote, qui est moins le sien que celui des Tyriens eux-mêmes. « Je me transportai, » dit * cet historien, à Tyr, en Phénicie : j'y vis un » temple superbe de Tllercules Tyrien ; les prêtres » me dirent que ce temple était aussi ancien que la w ville , et qu'il y avait 2,500 ans que la ville était » bâtie. M

^ Les voyages d'Hérodote sont à peu près de Tan 4,254 de la période julienne, 4G0 ans avant notre ère. Donc la fondation de Tyr est, selon l'opinion des Tyriens alîestêe par notre liistorién, de Tan 4,954 delà période julienne, 2,700 ans avant notre ère; c'est-à-dire 452 ans avant répocjuc assignée par le P. Pc tau au déluge universel.

Hérodote ne pouvait rapporter que les fables qu'il entendait débiter : n'ayant pas de justes idtfes de fa divbiilé , n'ayant aucune connaLsssanoe de sa manifestation aux Israélites, des livres saints et de la véritable origine du monde, il adoptait facîlemeiit toutes les coHnogonies; et s'il donnait la préférence à celle qui était communément reçue dans son pays, ce n'était pas une préférence exclusive. Il croyait le chaos éternel et le principe die tout. Lorsque je chaos commença à se débrouiller, les ciêux et là terre en sortirent, ainsi que les dieux, les hommes et les animaux. Que le chaos se fiU débrouillé un grand gïombre de siècles avant lui, ou un moindre nombre , cela lui devait être très-indifTérent.

Les Asiatiques étaient certainement les plus anciens peuples de la terre. Le premier hoiume fut créé en Asie, et cette belle partie du monde fut le berceau du genre humain. On ignore si les connaissances sur Torigine du monde se conservèrent chez les diverses nations jusqu au temps du déluge universel. S'il est permis d'en douter, on ne peut du moins contester que Noé , qui renouvela le genre humain , n'en fut instruit.

La tradition, dans les ancêtres de la fomille sainte,

* Herodotjib. if,$xLiv.

n'ayant pas passé par beauc<Nip de bouches , il devait la connaître parfaitement II avait va Énos , et avait conversé avec lui environ 80 ans; et celui-ci, qui éuit Ûts de Seth et petit-fll^ d'Adam , s'était entretenu ^iviron 700 ans avec notre premier père. Ainsi la tradition n'avait été jusqu'alors transmise que par trcMs personnes. Si l'on f!ciit attention qne, dans l'origine du monde, on ne s'occupait que de la culture des terres et de la nourriture des bestiaux, on n'aura pas beaucoup de peine k croire que le» premiers hommes avaient beaucoup de loisir , et que lorsque les chefe des premières fonûlles se rassemblaient , l'origine du monde et les bienfaits du Créateur étaient le lojet le plus ordinaire de leurs entretiens. Noé mourut 550 ans après le déluge. Abraham avait alors 59 ans. Isaac , son fils, vécut avec ce patriarche 75 ans; et Jacob, avec son père Isaac , environ 420 ans. I^ tradition n avait donc encore passé que par six bouches. Jacob * prédit, dans son testament, que Zabulon habitera sur les bords de la mer, du pôté de Sidon. Cette ville était donc fondée au moins i ,750 ans avant notre ère , puisque ce fut Tannée où Jacob mourut, et où la prédication fut faite. On t>ourrâit croire que Sidon ', fils de Chanaan, petitlils de Cham, et arrière-petit-fils de Noé, en fiit le fondateur. Si cela est vrai, comme il est difficile d'en douter, l'origine de Sidon remonterait plus haut.

Justin prétend ^ que Sidon ayant été prise par le roi d'Ascalon, les Habitants de cette ville allèrent fonder Tyr un an avant la prise de Troie. Or, comme cette dernière ville fut prise, selon cet auteur. Tan ^,184 avant notre ère, il s'ensuit que Tyr ne fut fondée que 4 ,185 ans avant la même ère. Joseph fait remonter beaucoup plus haut l'origine de cette ville. Il prétend, dans seé Antiquités Judaïques, liv. viil, chap. III • Si, pag. 422, que cette ville fut fondée 240 ans avant la constniction du temple de Jérusalem, c'est-à-dire lan 5,402 de la période julienne, •I ,252 ans avant notre ère.

^ ne puis approuver ni l'une ni l'autre de ces deux hypothèses. Celle de Justin surtout me paraît absurde. Comment en effet les Sidoniens, chassés de lair ville par un roid'Ascalon, auraient-ils osé jeter les fondements d'une nouvelle ville dans un lien que les Ascalonites devaient rencontrer en retournant dans leur patrie? Quant ù l'opmion de Joseph, on est d'autant plus fondé à la rejeter, qu'elle est formeUement contredite par l'Ëcritiu^ sainte. Il ^ est dit, dans le livre de Josué, chap. xix, vers, 29, que, dans le partage des terres, la tribu d'Azor

* Geoes., cap. jui, jr 15.

* Ibid. , C4p. 1, f 15 et 19.

' JusUni Histor. , lib.ivni , cap. in, pag. 453.

PAR LARCHER

SU

s'étendait jusqu'à la ville très-forte de Tyr, usque ad civitatem munitissimam Tyrum. Or, ce partage est à peu près de Tan 4 ,489 avant notre ère. Donc la ville de Tyr existait non-seulement à cette époque, mais encore bien antérieurement, puisqu'elle était déjà très-puissante. Aussi suis-je iUmné que le P. Pétau, le chevalier Marsham, et la plupart des autres .chronolc^istes, s'en soient laissé imposer par l'autorité de Joseph. Cédrénus, qui était de beaucoup postérieur à cet historien, place * la fondation de cette ville 551 ans avant la constniction du temple de Jérusalem, c'est-à-dire 1,565 ans avant notre ère. Cette opinion n'est pas plus recevable que celles de Joseph et de Justin , parce qu*elle contredit la sainte Ecriture , qui assure , comme nous venons de le voir, qu'en i ,489 cette ville était très-forte. Celte dernière date ifaccorde très-bien avec l'iûstoire de Cadmus , qui partit de Tyr et vint en Béotie environ Tan 4,549 avant notre ère. Agénor, son père, fut probablement le premier roi de Phénicie. AppoUoïiore ' nous apprend qu'il passa d'Ëgyjjte en Phénicie, et qu'il y régna. Ce fut sans doute ce prince qui tira dé Sidon ime partie de ses ïiabitants avec lesquels il fonda la ville de Tyr. Cette fondation ne peut pas être de beaucoup postérieure à son avènement au trône. Je la place par cette raison l'an 1 ,590 avant notre ère, c^est-à-dire 4CH ans avant Tégoquje assignée dans le livre de Josué. Mais cela ne contijtdit pas ce qu'on y lit , pnisqu'à cette époque Tyr était déjà une ville très-forte.

L'époque de cette fondation étant à peu près certaine, comment les Ty riens, dont lorigioe ne remontait qu'à 4,450 avant le voyage d'hérodote dans leur pays, c'est-à-du-e, 4^590 ans avant notre ère , osèrent-ils en imposer au père de Fhistou^e? 11 est vraisemblable qu'ils s en imposèrent à eux-mêmes. Ils confondirent Torigine de leur ville avec celle de Sidon, leur métropole. Cette dernière ville remontait au moins à 4 ,270 ans avant le voyage de notre historien , 4 ,750 ans avant notre ère. Il y a encore bien loin de là à 2,500 ans que les Tyriens se donnaient à l'époque de ce voyage. Mais Fou peut dire avec certitude, et sans crauite de se tromper, que les peuplesde l'Asie, qui étaient des plus anciens du monde , n'avaient plus que les idées confuses de leur ancienneté. Us avaient entendu parler de la longue vie des patriarches. Cette tradition ne leur ayant été transmise que par un très-grand nombre de bouches, parce que la vie des hommes, surtout dans les branches collatérales des patriarches, était très-racourcie; elle dut, cette tradition, s'altérer d'autant plus vite, que ces peuples, n'ayant pas encore in-

* Cedreni eompendium Historiar. , tom. i, pàg. 58» B. > Appollodori Bibliolh. , lib. lî. S»p. i , .<> i^, pag. 71 .

venté l'art d'écrire, étaient destitués du seul moyen propre à la fixer. Les Chaldéens, entre autres, avaient entendu parler des dix premiers patriarches. Que firent-ils.? Ils miaginèrent dix rois, qu'ils prétendirent avoir régné les premiers dans leur pays, ils assignèrent à ces dix rots un règne de 432,000 ans, en cent vingt ' sares. Le sare était un espace de 5,600 ans. C'est George le Syncelle qui nous a conservé, dans sa Clironographie, paç. 47, B. , ce récit absurde de Bérose, Eusèbe Pampliile ' lavait également rapporté d'après Apollodore et Alexandre Polyhistor , qui avaient copié Bérose dans le premier Ijvre de son histoire de Ciialdée ; et même il donne, d'après ces historiens, les noms de ces dix rois, avec le nombre de sares que chacun a régné.

Ces ridicules traditions enfantèrent les antiquités fabuleuses de Sidon, qu'adoptèrent les Tyriens. De là vinrent aussi celles des Égyptiens, qui n'étaient pas moins absurdes que celles des Chaldéens. Sur ces origines, il faut toujours consulter les livTes saints, qui méritent toute notre confiance, parce qu'il ont été divinement inspirés, et parce que Tesprit-Saint, qui les a dictés, ne peut nous tromper.

.Mais indépendamment de ce motif pn pônilêrant, s'il se trouvait malheureusement quelqu'un qiil ne crilt pas à iâ divinité des saintes écritures, et qui les regardât comme l'ouvrage des hommes , il uevrait encore y ajouter plus de foi qu'aux rêveries de Bérose, et aux fables extravagantes qu'il a imaginées, ou qu'il n'a écrites que d'après des traditions ridicules et mensongères. Y a-t-il en effet rien de plus absurde que de faire régner un Âlorus 56,(100 ans, un Am^lon 46,800 ans, etc. ?

J'aime bien un passage de Cicéron % dont on peut foire l'application à tous les anciens peuples : Contem-

iiamus eiiani lïabyionlos bondemneûius ^ iu-

quam , hos aui siultiiiœ , aui vàniialisy aui irn^tude)iiiœy qui cccchiix tniUiaannoriim, ni ipsi âicunty monumentis cvmprehtiisd conthieuty et m'entiri judicemuSj neesœcvlorum reliquorunijudiciumyquôd deipsis fuiurum $ii peiiimesceire,

SU. De là fondatlou de Cartha^e.

Ht rddote parle en plusieurs endroits ùeâ Carthaginois, et ce peuple acqîiit une telle célébrité, que j'ose me flatter qu'on ne trouvera pas mauvais si j'emploie qnelques moments à discuter son-4>rig'iffe.

J'ai placé dans mon canon chronologique la fondation de cette ville 6oans avant celle de Rome, c'esi-

* M. de Guignes a lu à rAcadémie , en 1 786, uu exc^flent Mémoire sur les sares et sur le règne de «i itfx rois. Ce némoire D*â point encore été imprimé.

» Euseblns.» iv xp******* Aoyû» Tr^wtfi, pag, 5.

' Cfcero de Divluat. , Hb. i , S xii.

CHRONOLOGIE

à-dire l'an de la période jnlieniie 5,895,819 ans avant Tère vulgaire , et je m'y suis cm autorisé par VelléïusPaterculus. Mais il s'est élevé un savant * qui prétend que cette fondation remonte à Tan 1 ,265 , ou tout au moins à Tan 1 ,255 avant Tère chrétienne. Ce savant s'était préoccupé que le périple d'HannoQ était antérieur environ ' de mille ans à Tère vulgaire. n fallait donc que Carthage fiHdéjà florissante, pour avoir envoyé à cette époque un de ses citoyens pour tenter des découvertes fovorables à son commerce. Malheureusement pour le système de M. Gosselin, il est impossible de fixer la date de ce périple. Ainsi, c'est à pure perte qu'il a fait ses efforts pour placer l'origine de cette ville dans des siècles très éloignés. Laissons donc à l'écart la date de ce périple, sur laquelle il n'est pas possible de rien dire de positif, et passons à la fondation de Carthage , l'objet que nous avons eh vue.

a Selon Àppien d'Alexandrie, dit M. Gosselin ^ » qui avait f^it des recherches sur l'histoire de Car- » thage , la fondation de cette ville remontait à 50 ans » avant la prise de Troie. Ce serait donc 1 ,259 ans I) avant l'ère chrétienne, en suivant le calcul de ia » chronique de Paros , et même I jtSQÙ ans j en sui- » vant le calcul d'Hérodote, que nous croyons pré- M férable. »

4<* Appien ne dit pas que Carthage a été fondée 50 ans avant la prise de Troie, mais que c'est l'opinion de quelques Grecs. Voici comment il s'exprime: » Carthage a été fondée en Afrique , par Zorus et » Garchédop, commeledisentquelq^iesGrecs^SOsLm » avant la prise de Troie ; mais , comme le pensent H» lesRomains et les Carthaginois eux-mêmes, ce fut I) Didon, etc. »

Ce . que j'ai .souligné n'est pas dans le texte d' Appien; mais la particule Ss, qui est adversative, w; Bs i*<atJL§ûoi, indique ^ qu'il y a eu quelque chose d'omis apï'ès iytfvovro, et qu'il faut lire iyivovto zûpâç

TC xxïKapj^riàotVy à; i.ÀXrjvwv fié^ fX9t» tnof ù^Ss Pu/csil«(.

K. T. A. La phrase marche bien alors, et n'a phis rien d'embarrassant. Mais il en résulte clairement que si Appien rapporte Topinion de quelques Grecs il s'en tient plus volontiers à celle des Romains et •des Carthaginois eux-mêmes. Ainsi, si M. Gosselin eut voulu savoir t'opiniûA d' Appien, il lui aurait fallu rechercher quel était le sentiment le plus communément reçu à Rome sur la fondation de cette viUe.

> Recherches sur ta Géographie systématique des anciens, toiu. i , pag. 128.

* Ibid. , pag. 63. noie f .

' Recherches sur la G^grapbie systématique des anciens, tom. i, pag. 107.

* Appiani Punicor. initio , pag. 304, ex edit. Schweigb. ^ Voyez les variantes dans l'édition de Schweighauser.

D*HÉRODOTE

2f* Appien ne connaissait pas le sentiment dltërodote sur la prise de Troie , et encore moùis celui de l'auteur des marbres de Paros. Celui d'Hérodote fut pendant quelque temps lé plus accrédité , et même il fut atlopté par Thucydides. Mais Eratosthènes et Apollodore, ayant fixé la prise de cette ville * à l'an 1,184 avant notre ère , leur opinion prévalut au point qu'elle fut suivie par Diodore de Sicile, Strahon, Denys d'Halicarnasse, Appien, etc. n était par conséquent inutile de nous apprendre quel était le sentiment d'Hérodote et des marbres de Paros ; ^c'était de celui d' Appien dont il fallait nous instruire.

M. Gosselin passe ensuite aux opinions d'Eusèbe et du S^Ticelle. Mais ces auteurs n'ont aucune sorte d'autorité en chronologie , à moins que leur témoignage ne soit appuyé de celui de quelque écrivain digne de foi. Enfin M. Gosselin vient à Joseph et à Velléïus Paterculus. Le premier , dans son ouvrage ' contre Apion, soutient, d'après les annales de Tyr et l'histoire de Ménandre d*Ephèse , que Carthage fut fondée 445 ans et 8 mois après la construction du temple de Salomon. Ce temple fut achevé , selon la plus commune opinion, l'an 4,009 avant l'ère chrétienne: donc, selon Joseph , Carthage fut fondée l'an 861 avant notre ère. VelléïusPaterculus place ' cette fondation 44 ans après cette époque , c'est-à-dire Tan 5,895 de la période julienne, 819 ans avant notre ère.

Il ne faut compter les annales de Tyr et Ménandre d'Ephèse qne comme une seule autorité , parce que cet auteur est, selon Joseph, plutôt un traducteur qu'un historien. Si l'opinion énoncée dans ces annales, ou si celle 3e Velleîus Paterculus eût favorisé le système de M. Gosselin ,* quels éloges ne leur aurait-il pas prodigués? Que n'aurait-il pas dit pour relever leur authenticité ? Leur autorité n'aurait-elle pas été d*un poids 'auquel rien n'eût pu résister? Mais comme, loin de le favoriser, elle le contredisent formellement, il croit détruire leur témoinage en disant' que « l'autorité de ces auteurs •) (Joseph et Velleîus Paterculus) ne peut contrèban lancer celles d' Appien et d'Eusèbe, auxquelles on » peut ajouter celle de Strabon. » Je n'aper^is dansées mots qu'une assertion, et nullement une preuve ni une réfutation. D'ailleurs , nous avons prouvé que M. Gosselin avait mal pris le sentiment d'Appien , et que l'opinion d'Eusèbe était nulle. Passons donc au témoignage de Strabon, et voyons SI ce qu'en dit M. Gosselin est plus Juste.

« Quoique ce géographe (Strabon) ne voulût pas

* Essai de Gbronoiogie, cbap. uv.

> Joseph, oonlra Apiouem, lib. i, § z?hi, xtiii.

" Velleius Patercol. , lib. r, S >'i.

PAR LARGHER.

» admettre que les Phéniciens eussent fondé sur » la côte occidentale de T Afrique un aussi grand » nombre de villes que quelques auteurs Tavaient » prétendu , il convient cependant qu'ils y avaient » pénétré peu de temps après la prise de Troie; ce » qu'il n'aurait sûrement pas avoué si , d'après ses » recherches, il ne s'était persuadé que Carthage u existait à cette époque'.»

Strabon dit ' : « Il est beaucoup parlé parmi le j> vulgaire de Tempire de la mer qu'eut Minos, et » des navigateurs des Phéniciens qui passèrent » les colonnes d'Hercule, et fondèrent en ces t) lieux, et au milieu de la Libye, des villes mariti » mes peu après la prise de Troie. »

Je ne vois pas comment M. Gosselin peut s'autoriser de ce passage pour appuyer son opinion. * 1 ° Il n*y est pas question de Cartilage, mais seulement des Phéniciens. Si ces peuples n'avaient pas connu depuis longtemps quelques-unes des côtes de l'Afrique, il ne serait jamais venu à la pensée de Didon , et des aventuriers qui l'accompagnèrent, de fonder une ville dans des parages qui leur étaient totalement inconnus. 2° Strabon ne dit pas positivement , les Phéniciens fondèrent des villes^ mais 6pvX Xiixai , famigeraivr , spargitur in tulgvs , ce qui prouve qu'il ne regardait cette opinion que comme un bruit populaire, accrédité sans aucun fondement.

Toutes les autorités de M. Gosselin étant détruites, voici les raisons qui m'ont empêché d'adopter l'opinion des annales de Tyr. Si Von était assuré de leur authenticité, il n'y aurait plus lieu de douter, et l'on devrait préférer leur témoignage à ceux de tous les écrivains. Mais Tyr ayant été dévastée par Nabuchodonosor, et ensuite par Alexandre , il est d'autant plus difficile de se persuader [qu'elle ait conservé ses annales jusqu'au temps de Joseph, que, I impression n'étant pas encore connue, il n'existait peut-être pas même une seule copie , ou du moms bien peu , de ces mêmes annales, lors de la dévastation de cette ville par Alexandre. Il y a grande apparence que celles que Joseph avait lues avaient été rétablies de mémoire. Si cela est, comme il y a beaucoup de vraisemblance, on sent qu'elles ne méritent pas une grande conGance. Telle est la raison qui me les fait rejeter. Le sentiment de Velléius, qui ne s'éloigne pas beaucoup de la date fixée par les prétendues annales de Tyr, m'a paru préférable.

Cet historien, très-exact en général et qui avait fait de grandes recherches suc les temps anciens ,

s'exprime ainsi : Hoc tractu iemporum anie annos giiingue et sexaginta quam urbs Homana condere-

' Recherches sur la Géographie systématique des anciens, etc., pag. 138.

* Strab. , Geograpb., lib. i , pag. 85, A. ' Vdl. Patercal. Hist. Roinan. , lib. i , S vr.

CHRON

(tir, abEhjssa Tyria, quaniquidam Dido autumant^ Cartliago conditur. Tel était le sentiment, non-seulement de Velléius Paterculus, mais encore des savants les plusdisUngués de Rome , où l'on était à portée de connaître parfaitement l'origine de Carthage. Tel était le sentiment d'Appien , sentiment dont n'a pas voulu parler M. Gosselin, par la raison qu'il contredisait manifestement son système. Tout ces moti& réunis me l'avaient fait adopter dans mon Cannon chronologique, et j'espère qu'on ne trouvera pas mauvais que je persiste à lui donner la préférence jusqu'à ce qu'on apporte de plus solides raisons que celles que j'ai vues jusqu'à présent.

M. Heyne , savant distingué , rapporte l'opmion qu'on prête à Appien, celle d'Eusèbe et des annales de Tyr, et ne dit qu'un mot en passant de celle de Velléius Paterculus , qu'il paraît improuver. Il admet ' ces trois opinions , et en conclut qu'il y eut trois fondations différentes, quoique chacun de ces auteurs ne parle que d'une seule et même fondation. C'est un moyen de coucilier desopuûons très-discordantes , sur lequel je ne me permettrai pas de prononcer , par égard pour un savant qui fait un honneur infini aux lettres.

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